CHAPITRE 11


Les semaines passèrent, et si Lexa était redevenue invincible au combat et accaparée par sa fonction de Commandante, rassurant en cela Titus et Indra, elle n'oubliait pas pour autant Clarke qui, quand elle était seule, occupait toutes ses pensées. Mais Lexa était aussi devenue froide et amère, un changement que devaient subir tous ses proches quand ses ordres cinglaient comme un fouet et que son regard glacial les frappait.

Et puis un jour, pendant une réunion avec les généraux, la porte de la salle du trône s'ouvrit à la volée, laissant entrer Octavia sans être annoncée, en sueur et essoufflée, qui se jeta à genoux aux pieds de Lexa. D'une main, la Commandante stoppa les gardes de la porte qui s'étaient précipités à sa suite, et qu'Octavia avait visiblement neutralisés pour pouvoir entrer.

Moba, Heda ! Em ste meija ! Désolée, Commandante ! C'est important !

Chit's gon daun ? Que se passe-t-il ?

Klark kom Skaikru a été enlevée !

Lexa se leva d'un bond de son trône, le souffle de la peur s'emparant de son coeur.

Gouva yu klin ! Explique-toi !

— Clarke est partie en forêt avec deux gardes pour chercher des plantes, comme elle le fait tous les deux jours... Ne la voyant pas revenir, je suis allée la chercher. J'ai trouvé les deux gardes à terre, le sac de plantes sur le sol, et Clarke avait disparu. Un des deux gardes a pu me dire avant de mourir que c'était les Azgeda, il avait reconnu leurs scarifications traditionnelles.

Tous les généraux purent voir les mâchoires de Lexa se crisper, son regard se remplir d'une rage incandescente et ses mains se mettre à trembler légèrement, alors que l'image de la tête ensanglantée de Costia s'imprimait soudainement dans son esprit. Tous connaissaient l'histoire tragique de l'amante de Lexa, et tous étaient suspendus à ses lèvres, terrifiés à l'avance par sa réaction. Contre toute attente, elle ferma les yeux, prit une longue inspiration et se rassit sur son trône.

— Gustus, fais parler tous tes espions dans la capitale Azgeda ! Je veux savoir qui a fait ça et où ils l'ont emmenée. Elle ne doit pas être là-bas, ils n'auraient pas pris le risque que cela soit si voyant. Je veux une réponse ce soir ! Et envoie un de nos meilleurs pisteurs avec Octavia, s'ils ont été négligents, on pourra peut-être suivre leurs traces.

Sha, Heda.


Clarke avait été assommée. Quand elle se réveilla, elle était attachée sur une chaise, un bâillon sur la bouche, les liens lui mordant les poignets. Elle regarda autour d'elle et constata qu'elle devait se trouver dans une grande tente. Des hommes entrèrent, tous portaient les cicatrices rituelles des Azgeda. Ce que Lexa craignait s'était bien réalisé.

— Voilà la putain de Lexa, comme promis, dit l'un en trigedasleng.

— Bien, laissez-nous, dit un guerrier aux cheveux blonds, les yeux d'un bleu acier froids et calculateurs.

L'homme observa un moment la prisonnière avec un petit sourire sadique, puis il s'agenouilla à sa hauteur.

Heda a bon goût, commenta-t-il en faisant glisser ses doigts sur la joue de Clarke qui baissa la tête pour échapper au contact. Mais elle n'a visiblement pas retenu la leçon. Elle n'est pas aussi sage qu'on le dit.

— Dis-moi, Clarke, je me suis toujours demandé, elle est comment au lit ? continua-t-il en lui retirant le bâillon.

Clarke lui cracha au visage en guise de réponse.

— Vous êtes un porc ! Je ne dirai rien, je ne sais rien de toutes façons !

Il se releva et s'essuya la figure sans jamais se départir de son sourire. Il sortit un poignard de sa ceinture, et d'un geste vif, le planta dans l'épaule de Clarke.

Clarke hurla, la douleur si intense qu'elle faillit s'évanouir.

— Dis-moi, Clarke, reprit l'homme, à combien se monte l'armée de Heda ?

— Je ne sais pas, dit-elle dans un sanglot, le sang commençant à perler de la plaie.

Il prit le manche du poignard et tourna la lame d'un quart de tour, faisant sursauter Clarke sur sa chaise et pousser un cri strident.

— A combien se monte l'armée d'Heda ?

— Je... Je ne sais pas... pleura-t-elle. Nous n'avons jamais discuté de ça.

L'homme prit un autre poignard, et découpa presque langoureusement le tee-shirt de Clarke de haut en bas, incisant la peau qui se mit à saigner.

— Admettons... Combien de fusils avez-vous fourni à son armée ?

Clarke n'avait aucune idée de la réponse, seul Marcus Kane s'était chargé de ces détails.

— Je ne sais pas... C'est le chancelier Kane qui s'est occupé des armes.

L'homme fronça les sourcils et sa lame fit une longue estafilade sur la joue de Clarke qui serra les dents.

— Bien. Une question à laquelle tu devrais pouvoir répondre maintenant. Combien de fusils avez-vous et où les rangez-vous dans votre camp ?

Il fit tourner la dague d'un quart de tour dans l'épaule de Clarke qui hurla à nouveau. Cette fois, le sang se mit à couler à flots de la blessure, et elle s'évanouit.


Dehors, Lexa écoutait les cris insupportables de Clarke en se mordant la lèvre. Ils avaient retrouvé facilement la piste des ravisseurs et attendaient le bon moment pour intervenir. Le dernier hurlement de douleur de Clarke mit fin à la patience de la Commandante qui passa à l'attaque. Dans un rugissement, elle bondit, ses épées tranchant les deux hommes en garde devant la tente, pendant que ses guerriers s'occupaient du reste des Azgeda. Elle se précipita à l'intérieur, et alors qu'elle allait décapiter l'homme devant Clarke, elle arrêta son geste au dernier moment.

- Roan ?

- Heda, dit-il sobrement en mettant un genou à terre en signe de soumission quand il comprit immédiatement qu'il ne servait à rien de riposter, la lame de Lexa pesant sur sa gorge.

La rage se déversa dans les yeux de Lexa qui lui assena de toutes ses forces un coup du pommeau de son épée, brisant la mâchoire de Roan, fils de la reine Nia, prince des Azgeda.

Elle se tourna enfin vers Clarke et réprima un cri de stupeur. Il y avait tant de sang partout qu'elle crut être arrivée trop tard, mais elle vit sa poitrine se soulever légèrement. Elle se retint de se jeter aux pieds de Clarke et de la serrer dans ses bras de peur d'accentuer ses blessures.

Em ste kiken ! Ai gaf fisa in ! Elle est vivante ! J'ai besoin d'un guérisseur ! ordonna-t-elle à Gustus qui l'avait rejointe.

Les deux guérisseurs qui avaient accompagné Lexa et ses hommes arrivèrent enfin dans la tente et s'empressèrent de l'ausculter. L'un deux retira d'un coup sec le poignard de l'épaule de Clarke et comprima la plaie.

— Elle vivra. Aucune de ses blessures n'est mortelle, Heda, rassura l'autre guérisseur.

Lexa poussa un soupir de soulagement, puis se tourna vers Octavia.

— Octavia, je te charge de ramener Clarke à Arkadia avec la moitié de mes hommes en escorte. Je m'occupe de cette pourriture Azgeda et je vous enverrai Abby pour qu'elle soigne Clarke.

Sha, Heda.