CHAPITRE 33
Blablazone : Bonjour, bonjour ! Vous avez aimé cet Éric en mode épave ? Vous avez détesté cet Éric en mode désespoir ? Mes amis de toute façon le leader reprend du service ! Mais ce n'est pas le plus important, le plus important c'est ce qu'il cache et ce que nos protagonistes vont découvrir. Je vous souhaite une bonne lecture et je vous dis à la semaine prochaine !
Réponses review :
Moni : Hello ! Pas de problème, on ne peut pas toujours avoir de l'inspiration même pour les commentaires. Oui Éric devient préoccupant mais ça ne va pas durer. Ça c'est la nouvelle grande question, Ivy va-t-elle tuer Éric ? Moi aussi j'ai adoré écrire la confrontation entre Zack et Éric.
Je te souhaite une bonne lecture et à bientôt !
CourtneyAckles : Bonjour ! En ce moment Éric n'en mène pas large, le pauvre c'est la descente aux enfers mais ça ne va pas durer. Ivy n'est pas aussi radicale, peut-être qu'elle changera d'avis.
Je ne sus pas si ce fut les paroles de Zack qui avaient fait écho à Éric mais ce dernier repris le travail. Il recommença à aller à son bureau et il débarqua pendant les simulations provoquant une trouille bleue chez les initiés. Ils étaient de ceux qui n'avaient encore jamais croisé Éric tel qu'il était et ils pouvaient s'estimer heureux de ne pas avoir eu la pression du leader pendant leur initiation. Finalement il avait juste fallu pousser le leader un peu pour qu'il se reprenne. Si j'avais su que le remettre d'aplomb serait si facile.
Alors que je rentrais chez moi, je tombais sur le compte-rendu de la dernière mission de ma sœur. Si Éric était de retour, cela signifiait-il que la brigade anti-divergent aussi ? J'espérais que non car alors j'en serai responsable. Regardant le dossier, je décidais de le rapporter. Je ne l'ouvrais plus depuis mon passage chez les Sans-faction.
Toquant à la porte j'attendis une réponse positive. A la place, la porte s'ouvrit violemment. Éric s'apprêtait à hurler un ordre mais en me voyant il se ravisa. Le bureau avait été remis en bon état, il n'y avait plus cette odeur de renfermé. Il se replaça derrière son bureau et attendit que je m'installe. Je ne savais pas depuis quand il était devenu aussi formel. Je me mis à le fixer. Ses yeux surtout. Il avait toujours eu pour moi un regard de mépris mais là je n'y lisais rien de tel.
- Que puis-je pour toi ? Tu viens me surveiller ?
J'étais estomaquée. Éric venait-il de plaisanter ? Avec moi ? Il me fallut plusieurs minutes pour me reprendre. Un rapide coup d'œil sur son bureau m'apprit qu'il était en plein rangement. Les dossiers s'amoncelaient. Même à l'envers je reconnus le symbole de la brigade anti-divergent. Une flamme au-dessus de l'œil des Érudits. J'eus un frisson de peur en pensant que cette chose allait recommencer à sévir.
- Hé ! Tu m'écoutes ? s'exclama-t-il.
Secouant la tête, je lui adressais un hochement de tête. De quoi avait-il bien pu me parler ?
- Je suis venue te rapporter ça.
Devant lui, je déposais le dossier. Son regard se voila de tristesse et ce fut avec une certaine réticence qu'il s'en empara. Pour ensuite l'ouvrir. Combien de fois l'avait-il lu avant moi ? J'avais passé des nuits entières à le lire, à regarder les photos du cadavre de ma sœur. Lui aussi ? Ça me coûtait de le reconnaître mais nous n'étions peut-être pas si différents sur ce point-là. Lui comme moi, nous étions hantés par la mort d'une proche mais pas pour les mêmes raisons.
- Et sinon, qu'est-ce que tu fais ? changeais-je de sujet.
- Le tri.
- Et la brigade anti-divergent, ça en est où ?
- Qu'est-ce que tu veux savoir exactement ? me demanda-t-il sèchement.
- Savoir si ça va reprendre du service.
- Pour l'instant rien n'est décidé.
Il s'empara d'une pile de dossier et alla les ranger ailleurs.
- Tu voudrais nous rejoindre ?
- Non.
Heureusement qu'il était de dos pour ne pas voir mon air horrifié. Il soupira presque de déception. Mais que croyait-il ?
- Veux-tu que je t'aide à ranger ? proposais-je.
- Non.
Je regardais une nouvelle fois vers lui et m'assurant qu'il était toujours perdu dans son armoire, je fis glisser l'un des dossiers vers moi. Avec le plus de discrétion je l'ouvris. Le nom de Cherry apparaissait sur le feuille. Je pris la feuille pour mieux lire. Son comportement en mission, ses aptitudes, points forts, points faibles, ses relations avec les Audacieux, ses relations avec les Érudits. Et la dernière case un pourcentage.
- C'est confidentiel ! éclata Éric. Qu'est-ce que tu crois au juste ?
- Désolée, elle était par terre, mentis-je.
- Va-t'en. Et ne reviens pas. Toi et moi on va arrêter de se voir. Je n'ai plus besoin de toi, en fait je n'ai jamais eu besoin de toi.
- Aide les autres et voilà comment ils te remercient, ris-je jaune.
J'eus un pincement au cœur malgré moi, comme si je commençais à m'attacher à Éric. Ce qui était inimaginable. Je lui tournais le dos en espérant ne jamais le revoir, difficile vu que nous habitions la même faction. J'arrivais au travail le cœur battant et toujours en tête ce petit pourcentage en bas de page. Depuis quand les Audacieux menaient des dossiers aussi complets sur leurs membres ? C'était presque trop analytique, trop invasif. Serait-ce un coup des Érudits ? Cela leur permettrait de garder une certaine domination et se renforcer leur lien avec les Audacieux ? Et s'il existait une fiche d'information sur Cherry alors sur les autres aussi. Je devais en avoir le cœur net.
Lorsque ma dernière minute de travail se termina, je me précipitais vers la sortie. Mais c'était sans compter sur Ray qui me retint.
- Je vais finir par croire que tu n'aimes plus ton boulot, me reprocha-t-il.
- Je l'adore ! Et tu le sais très bien. Toi aussi je t'adore.
- Tu ne m'auras pas par les sentiments à chaque fois.
- T'es un amour Ray !
Je me mis à courir. Prochaine étape de mon plan, aller trouver Quatre. Si l'initiation m'avait montré une chose, c'était qu'agir en solo n'était pas bénéfique. Quand on avait des alliés autant s'appuyer dessus. Je toquais à son appartement mais n'obtenu aucune réponse. Pour la première fois je me rendais en salle de contrôle, là où travaillais Quatre. Savoir que nous étions surveillés par des caméras n'avait rien de rassurant mais cela pouvait s'avérer pratique. Quatre me jeta un rapide regard avant de se reconcentrer sur ses écrans.
- J'ai besoin de toi. Ce matin j'ai rendu visite à Éric dans son bureau et je suis tombée sur un dossier sur Cherry. Tout y est consigné depuis sa naissance. Est-ce que c'est normal ?
- Normal dans quel sens ?
- Fais un effort ! Qu'on soit recensé, oui. Mais à un tel point.
- Ivy, soupira-t-il. Je n'ai jamais entendu parler d'une telle chose. C'est peut-être une nouvelle réforme. En tout cas, je n'en sais pas plus.
- J'ai toujours besoin de toi. Je veux rentrer dans le bureau d'Éric et consulter d'autres dossiers. Tu n'as pas vu la pile de dossier qu'il était en train de ranger. Et ce pourcentage qu'est-ce que ça signifie ?
- Tu vas t'attirer des ennuis.
- Non, j'essaie de comprendre. Notre système se doit d'être clair mais s'il est corrompu alors rien n'en ressortira. Quatre, Evelyn va bientôt mener une révolte, lui confiais-je en chuchotant. Tout notre système s'écroule.
- Alors cela n'a aucun rapport avec ta sœur et Éric ?
- Peu importe. Vas-tu m'aider ?
- Oui. Parce que je me sens responsable de toi et que si je peux t'éviter les ennuis, je le ferai. Ce soir, minuit, devant le bureau d'Éric.
- Avoue que j'ai éveillé ta curiosité.
- Peut-être.
Sur ces mots je tournais des talons.
L'excitation de ma prochaine mission m'empêcha de dormir. Quand je n'observais pas Zack dormir, je jetais un œil sur le réveil. Jamais le temps ne m'avait paru aussi long. J'espérais avoir le temps de revenir avant que Zack ne se réveille et ne s'aperçoive de mon absence. Je culpabilisais de lui faire des secrets mais je ne voulais surtout pas le mêler à mes affaires. Déjà parce qu'il était une personne loyale et aussi parce que bientôt Archi deviendrait leader. Zack n'avait donc pas besoin de se monter la tête contre Éric. Dans un sens je pensais préserver une certaine innocence chez lui. Si l'on découvrait ce que je manigançais, je passerai en cours martial et sans mentir, il n'y avait que deux choix, la mort ou l'exil. J'ignorais la peine que pouvait écoper un traître mais je penchais pour la première option. Laisser un traître en vie c'était laisser une anomalie dans le système. Nos fondateurs avaient créé ces factions justement pour annihiler la corruption et empêcher la traîtrise. Ces derniers-temps, les valeurs de nos fondateurs tombaient en ruine.
A onze heure cinquante-trois pile, je sortis du lit et enfilais une veste. La porte s'ouvrit pour une fois sans grincer. A peine l'eus-je refermée que je me mis à trottiner dans les couloirs. Si mes insomnies m'avaient appris une chose, c'était qu'on trouvait des Audacieux à toutes heures d'un jour de vingt-quatre heure. Donc le jour comme la nuit, j'étais susceptible de tomber sur quelqu'un. J'arrivais devant le bureau d'Éric mais il n'y avait personne. Je tournais en rond plusieurs fois. Soudain la porte s'ouvrit et je fus attirée à l'intérieur. Mon cri disparut lorsque je tombais sur Tris.
- Qu'est-ce que tu fais là ? m'étonnais-je.
- Je viens en renfort, me sourit-elle.
- Donc tu ne penses pas que c'est une mauvaise idée ? doutais-je.
- Bien sûr que si.
Nous nous mîmes à chercher les dossiers. Ils étaient tous rangés dans une armoire qu'Éric ne prenait même pas la peine de fermé avec un cadenas. En même temps, qui oserait pénétrer dans son bureau sans son accord ? Je tombais sur des dossiers portant le symbole de la brigade anti-divergent. Parmi eux je trouvais celui de ma sœur. Tout comme celui de Cherry, le dossier de ma sœur était complet et révélait tout sur elle, jusqu'à ses secrets, des choses qu'elle n'aurait pas voulu que tout le monde sache. Je passais directement au bas de la page à la recherche du petit pourcentage. Ce dernier indiquait « 85% ».
- Quatre, j'ai trouvé ton dossier, déclara Tris.
Je fermais le dossier de ma sœur et continuais de chercher. En tombant sur celui intitulé « Béatrice Prior », je le tendis à Tris. Finalement j'eus entre les mains les dossiers de plusieurs personnes que je connaissais. Je remarquais qu'ils étaient plus complets pour les membres qui étaient arrivés récemment, notamment les Transferts. Pourquoi nous surveillaient-ils ? Était-ce essentiel pour les leaders ? Me montais-je la tête ? Ou alors nous étions bel et bien surveillés, comme s'ils s'attendaient à ce qu'on les trahisse alors que la faction avait pour principe la loyauté. Quatre me tendit mon dossier. Dans son regard je lus qu'il ne regrettait pas son choix de m'aider.
Je lus mon dossier du début à la fin. Après la mort de ma sœur, on avait ajouté un commentaire comme quoi j'étais passée par une phase de « détresse émotionnelle » qui était passée « trop rapidement ». Celui qui avait rédigé ce rapport pensait que j'allais craquer un moment ou un autre à force de tout garder en moi. Mon dossier précisait aussi que je fuyais la violence et que je serai sûrement incapable de tuer de moi-même ou pour obéir à un ordre. Ensuite vinrent plusieurs lignes sur ma relation avec Zack, avec April, Tomas et mes autres camarades. Même nos retrouvailles hebdomadaires étaient notées jusqu'à l'endroit où nous allions. Ça me faisait froid dans le dos. Ce dossier était là comme pour me prouver que je n'avais plus de vie privée. Enfin je me concentrais sur le pourcentage en bas de la page, « 10% ».
- Quels sont vos pourcentages ? demanda Tris.
- Soixante-dix pourcents, répondit Quatre.
- Dix, répondis-je.
- Seulement ? s'étonna Tris.
Je le regardais sans comprendre. Puis soudain elle se mit à fouiller avec frénésie dans les dossiers. Elle les ouvrait, consultait le pourcentage puis ouvrait un autre dossier. Je la laissais chercher et continuais de mon côté. Entre mes mains se trouva le dossier de « Rebecca Niels ». Un mauvais pressentiment me prit. Soucieuse, je l'ouvris pour lire une date de mort avec pour cause « suicide ». Je ne cherchais pas à lutter contre la curiosité. Depuis la mort de Rebecca je cherchais le problème que ça me posait. En bas de page un pourcentage. Sur la page suivante, une autorisation. En la parcourant des yeux mon cœur se serra. Rebecca devait mourir car elle était suspectée d'aider des divergents à s'échapper et à les cacher. Elle-même était soupçonnée de divergence.
- C'est vrai ? croassais-je.
Quatre me prit le dossier des mains et je lui montrais la ligne qui spécifiait la soi-disant traîtrise de Rebecca.
- Oui, confirma-t-il.
- Était-elle divergente ?
- Non, répondit Tris. Son pourcentage ?
- Cinq, répondis-je.
- Qu'as-tu trouvé ? demanda Quatre. Ça fait trois fois que tu relis les mêmes dossiers.
Tris leva la main pour lui signifier de la laisser réfléchir. Existait-il un dossier pour cet homme qui s'était pris une balle dans la tête. Rebecca avait été victime d'un meurtre et à présent que je savais, ça ne me soulageait pas. Cela me confortait dans l'idée qu'Éric était un monstre. Je l'avais vu au plus bas mais ça n'excuserait jamais ses actes.
- L'heure avance, nous devons y aller, pressa Quatre.
- Encore quelques minutes, quémanda Tris.
J'avais cessé de chercher. A présent le dossier de ma sœur se trouvait sur mes genoux. Il y avait quelques photos d'elle et je m'appliquais à la détailler. Son sourire me manquait, son joli sourire qui faisait plisser ses yeux de bonheur. Quel était ce monde dans lequel nous étions nées ?
- Ivy es-tu sûr pour ton pourcentage ? me demanda Tris.
- Oui.
- Je crois que ce sont des pourcentages de divergence, déclara-t-elle. Reste le mystère du tiens. Et comment l'ont-ils eu.
Un long silence s'ensuivit, chacun perdu dans ses pensées. Nous devions partir mais ce que nous venions d'apprendre nous avait abattu.
- Je sais comment, chuchotais-je. La dernière visite médicale, nous avons fait des prises de sang à tout le monde. Comme nous n'avions pas le matériel pour étudier des anomalies, nous avons confié les fioles aux Érudits et nous avons reçu un rapport pour chaque fiole. Apparemment un rapport incomplet, grimaçais-je. Une fois, avec Sevy nous avons eu une discussion sur la divergence. Elle pensait que c'était génétique et que les Érudits arriveraient vite à cette constatation.
- Donc ils seraient capables de reconnaître la divergence par le sang, synthétisa Tris. C'est terrible. S'ils connaissent notre taux de divergence, pourquoi ne font-ils rien ? Ils auraient pu nous arrêter.
- Mais Éric est tombé dans une sorte dépression, il n'a peut-être pas eu le temps d'étudier tous les dossiers.
- Ça m'étonnerait que les Érudits aient laissé passer une telle information. C'est une aubaine pour eux. Vous vous rendez compte que grâce à cela, ils vont pouvoir exterminer les divergents pour de bon, s'écria Quatre.
- Sauf qu'ils ne l'ont pas utilisé, fis-je observer. Pourquoi ?
- L'autre question est de savoir pourquoi tu as un taux si faible, ajouta Tris. Je pourrais me tromper.
- Et si Sevy avait échangé les pourcentages ? proposa Quatre.
- Pourquoi ma sœur aurait-elle fait cela ? Qu'est-ce que ça aurait pu lui apporter ?
Plusieurs minutes s'écoulèrent avant qu'une lumière se fasse. Seulement une hypothèse mais qui avait l'air possible. Sevy m'avait sauvé. J'avais eu peur qu'un jour elle ne soit face ça, un dilemme entre son métier et moi. Choisir entre me tuer ou me laisser vivre. J'étais persuadée qu'Éric avait lu le dossier de Sevy. Ma jolie, mon adorable sœur, ce n'était pas elle qui devait me protéger, c'était moi. Et c'était de ma faute si elle était morte.
- Ivy, nous avons vérifié pendant les simulations, Sevy n'était pas divergente, nous en étions sûrs, m'affirme Tris.
Elle tendit une main rassurante vers moi mais je me reculais. J'aurais pu mourir à sa place. Elle aurait pu vivre.
Je ne sus pas vraiment ce qui se passa ensuite. Tris me ramena jusqu'à mon appartement. Entretemps Quatre suggéra qu'on quitte la faction Audacieuse, parce que cela devenait trop dangereux. Il prévoyait d'en discuter avec Uriah et avec d'autres divergents. Il me semblait que j'avais demandé où nous allions allés si nous fuyons et il m'avait répondu chez les Sans-faction. Evelyn nous accueillerait certes, mais pour combien de temps ? Pourquoi nous accepterait-elle ? Que pensait-elle des divergents ?
- Bonjour, me salua Zack. Bien dormi ?
- Oui. Et toi ?
- A merveille.
Je souris à Zack. Encore une nuit d'insomnie que j'avais passé à espionner puis à l'observer. Il était le garçon que j'aimais. Pourtant je sentais que notre temps se réduisait. La menace grandissait de plus en plus et bientôt je serai obligée de fuir. Je ne pouvais pas mêler Zack à ça, lui infliger l'exil et peut-être la guerre.
- Je t'aime, lui glissais-je à l'oreille.
- Moi aussi, rit-il.
- Non, attends, dis-je prenant son visage entre mes mains. Je t'aime vraiment beaucoup, pour toujours. Tu dois le savoir et tu ne dois jamais en douter.
Et peut-être que tu sauras me pardonner.
Les choses avancent. Mais ce n'est pas encore la fin. Profitez, profitez… Et retrouvons-nous la semaine prochaine !
