CHAPITRE 42
Blablazone : Bonjour ! Alors oui la mort de Kenny en a surpris plus d'un. Mais c'était le destin de ce pauvre garçon. Et puis je jure que sa mort a été utile… pour l'histoire.
Je vous laisse sur ce chapitre, amusez-vous bien avec les Érudits ! La bise !
Réponses review :
Moni : Salut ! Moi aussi je ne pensais pas que Ivy se montrerait aussi forte face à Éric. Je voulais bouleverser les choses et vraiment insister sur le fait qu'Ivy n'a jamais eu « peur » d'Éric. En plus j'ai adoré lui donner ce côté vraiment provocateur. Arg, je n'ai pas la référence, tant pis. Bonne lecture et à bientôt !
CourneyAckles : Hello ! Merci pour ta review. J'ai tendance à tué trop de monde dans mes histoires. Bonne lecture et à bientôt !
Nous étions tout juste arrivé au quartier des érudits qu'on m'avait planté une seringue dans le cou. Je m'étais évanouie aussitôt. Et je m'étais réveillée sur une table, attachée. La pièce était d'un blanc éclatant. En face de moi se trouvait une paroi de verre, derrière laquelle je voyais des ordinateurs, des éprouvettes et tout un tas de matériel scientifique. Malgré les entraves de mes poignets et de mes genoux, j'avais tenté de bouger. Ce qui me permit de remarquer que je portais un simple t-shirt blanc et un pantalon blanc. Je me sentais plutôt propre et j'avais presque l'impression qu'on avait soigné mes blessures. Mon corps n'avait plus rien de douloureux.
La porte finit par s'ouvrir et une érudite entra. Son carré de cheveux blond clair tenait parfaitement, son tailleur bleu foncé la mettait en valeur à la perfection. Et lorsqu'elle leva son visage vers moi, je ne perçus aucune imperfection. Le visage lisse, symétrique. Je reconnus Jeanine Mattews. Parfaite en tout point, impassible et charismatique. Cependant elle faisait bien plus jeune en vrai que sur les vidéos.
- Jeannine Mattews, leader Erudit, se présenta-t-elle.
- Je sais, croassais-je.
- Et tu sais pourquoi tu es ici ?
- J'en ai une vague idée.
- Développe.
- Vous savez que je suis divergente. Mais vous ne m'avez pas encore tué alors je pense que je suis un nouveau cobaye. Combien en avez-vous depuis votre descente chez les Sincère ?
- Un chiffre que tu découvriras bien assez tôt. Tu as tapé juste, tu es un cobaye.
- Que cherchez-vous au juste ?
- Développe.
Son ton calme me glaça mais je m'efforçais de ne rien montrer. A côté d'elle, je me sentais minuscule.
- Donc vous avez des cobayes. Leur particularité est qu'ils sont tous divergents. A quoi vont-ils vous servir ? Quelle est votre expérience ?
- Tu penses mériter une réponse ?
- Oui. Je veux savoir ce que je vais devenir. Max m'a dit que je servirais à la bonne cause mais je ne vois pas de bonne cause.
- Tu es trop jeune pour comprendre. A tes yeux, je suis la méchante érudite qui ne sert que ses intérêts. Mais je me consacre à l'avenir des habitants de Chicago, je fais tout ça pour eux.
- Vous avez tué Marcus Eaton !
- Ce n'était qu'un dommage collatéral. Eaton était trop faible pour rester leader.
- Vous ne m'avez pas répondu.
- Tu découvriras ton rôle en temps voulu.
Je la fusillais du regard, mécontente qu'elle m'ait fait tourner en bateau. Je sursautais lorsqu'elle s'empara d'une aiguille qu'elle enfonça dans mon bras pour me prélever du sang. Depuis le début, son visage n'avait rien laissé paraître. Pas de compassion dans ses yeux, pas de sourire satisfait. Cette femme était une statue de glace. Lorsqu'elle eut terminé, elle fit appeler deux gardes audacieux. Ils me détachèrent et me passèrent les menottes.
Je n'étais jamais entrée chez les érudits et je découvrais les lieux en même temps que j'avançais. Nous finîmes par arriver dans un lieu qui menait à plusieurs pièces aux portes vitrés. Derrière se trouvait tout un tas de personnes. Ils posèrent tous leur regard sur moi et je compris vite que je me trouvais dans une sorte de prison. Vieux, jeunes, femmes ou hommes, tous étaient mélangés, tous portaient la même tenue que moi t-shirt blanc, pantalon blanc. Leurs visages étaient fatigués et les enfants somnolaient contre les adultes. Pouvait-on vraiment considérer ces enfants comme des cobayes ?
Ils me mirent dans une cellule avec une majorité de femmes de tout âge. Lorsque la porte se referma, mon cœur se serra. J'étais à nouveau prise au piège. Je tâtais mon poignet à la recherche de la bosse si familière maintenant. Malgré les cordes qui m'avaient rongé la peau, la puce était toujours là, à l'abri. J'avais eu peur que les cordes m'entaillent assez profondément pour la faire sortir mais rien de tout cela ne s'était passé. Pour l'instant le plan se déroulait comme prévu. Bien qu'encore une fois je ne savais pas qui était le contact d'Evelyn chez les Erudits et ça me mettait mal à l'aise. Je laissais mes poignets tranquilles et me tournait vers les autres. Ils m'observaient comme une bête curieuse mais n'osaient pas prononcer un mot.
- Je m'appelle Ivy North, me présentais-je. Je suis une native altruiste, une ex-audacieuse et aux dernières nouvelles une Sans-faction rebelle. Vous êtes enfermés depuis longtemps ?
Seul le silence me répondit. Je haussais les épaules, je n'allais pas les forcer et je m'assis dans un coin, le plus proche de la porte. La plupart des personnes restaient à contempler le vide. Certains parlaient mais toujours à voix basse. Je fermais les yeux pour échapper à tous ces visages perdus. Je ne pouvais rien faire qu'attendre.
- Hé !
Quelqu'un me bouscula et j'ouvris de grands yeux. Une jeune fille, les cheveux bruns courts, de taille menue, se tenait debout au-dessus de moi.
- Tu viens d'arriver ? me demanda-t-elle.
- Oui. Il y a quelques heures je pense.
- Je m'appelle Amanda Kang, ravie de te rencontrer, dit-elle en me serrant la main. Paraît que tu viens de la part des Sans-faction ? Mon père aurait dû accepter le marché que vous lui proposiez.
- Tu es la fille de Jack Kang, souris-je. J'ai des questions.
- Comme nous tous.
- Vous savez à quoi nous servons ?
- Pas vraiment. Parfois des soldats audacieux viennent chercher deux ou trois personnes mais elles ne reviennent pas toujours. Et celles qui reviennent ne veulent pas en parler. J'ai compris que ça avait un rapport avec une étude sur la divergence mais je n'en sais pas plus.
- Moi non plus, soupirais-je de dépit.
- Mais si tu es là, tes amis vont venir te chercher, non ?
- Je plantais mon regard dans les yeux foncé d'Amanda et je secouais la tête, détruisant l'espoir dans son regard.
- Ça ne fait pas parti du plan, regrettais-je. Je ne suis pas ici pour être sauvée.
- Pour quoi alors ? me demanda-t-elle la voix cassée.
- Je ne peux pas te le dire.
- Tu ne me fais pas confiance ? s'énerva-t-elle.
- Non, c'est à eux que je ne fais pas confiance, dis-je en désignant les soldats. Maintenant je vais dormir parce que je n'en peux plus. Bonne nuit.
J'ignorais qu'elle heure il était mais pour moi nous étions toujours dans la journée où Kenny était mort. Je m'allongeais, me recroquevillais sur moi-même et je fermais les yeux. Malgré moi, les larmes coulèrent sur mes joues mais j'avais appris à les rendre silencieuse.
- Hé !
J'ouvris les yeux et je bloquais la main d'Amanda avant qu'elle ne me touche l'épaule. Elle me regarda bizarrement et se recula.
- Voici le toutou de Jeanine, me désigna-t-elle un homme dans le couloir.
Je tournais le regard dans la direction qu'elle pointait. Un érudit avec des lunettes à fines montures observait sa tablette. Il releva les yeux et les fixa vers moi.
- Caleb Prior, murmura Amanda.
Son nom fit écho à celui de Tris et je me rappelais que cette dernière avait un frère. Se pourrait-il que ce soit lui mon contact chez les érudits ? Si c'était lui, c'était une aubaine parce qu'il était au plus proche de Jeanine. Amanda avait bien dit que c'était son toutou. Je le fixais à mon tour, attendant un signe de sa part mais il se repencha sur sa tablette, appela quelques noms et ressortit. Je vis trois personnes sortir de leur cellule pour disparaître suivit par des gardes. Un frisson me parcourut sans que je sache pourquoi et mon estomac se mit à gargouiller.
- Où vont-ils ? demandais-je à Amanda.
- On n'en sait rien, me répondit-elle. A l'expérience sûrement.
- Comment vous faîtes pour vous doucher ou pour manger ?
- Ils nous emmènent en groupe. Et tu as raté le repas d'hier soir et de ce matin. Les gardes n'en donnent qu'à ceux qui sont éveillés et nous avons interdiction de réveiller les endormis, grimaça-t-elle.
- Pas grave, souris-je. Je suis habituée.
Je me levais et m'étirais longuement. Certains me jetaient des regards en coin comme si j'étais une curiosité. Pour l'instant je n'avais de contact qu'avec Amanda mais j'espérais que ça changerait.
- Comment fait-on pour être choisie pour partir ? lançais-je.
- Tu ne peux pas. Tout est dû au hasard, me répondit Amanda.
- Vous êtes combien en tout ?
- Une trentaine, vingt-sept maintenant qu'ils ont emmené les autres. A peu près cinq par cellule.
- Vous avez tenté de parler aux soldats audacieux ?
- Oui Ivy, soupira-t-elle. Ils ne veulent rien entendre, ils obéissent aux ordres et lorsqu'on les irrite un peu trop, il réclame le silence et vont jusqu'à nous frapper.
Je secouais la tête pour chasser cette vision de violence que j'avais. Nous étions des cobayes, ça je le savais. Mais tout de même nous étions humains. Et même si un soldat se devait d'obéir aux ordres, comment pouvaient-ils le supporter ? Ou alors Éric avait fait en sorte que seul les plus cruels se chargent de surveiller les cobayes ?
Je passais ma journée à tourner comme un lion en cage. Je guettais la porte en attendant de revoir les autres. Amanda avait beau me dire de me calmer, c'était impossible. Mon corps se réparait je le sentais. Il était douloureux mais pas autant que quand j'étais prisonnière des audacieux. Ça faisait du bien de pouvoir marcher, m'étirer. Et me focaliser sur cette porte me permettait d'oublier que Kenny était mort.
J'eus droit à un repas en milieu de journée. Un simple bol rempli d'une bouillie sans odeur et d'une couleur verdâtre. Je les regardais tous se jeter dessus. Ces pauvres gens devaient être affamés. Quand à moi je rechignais à en prendre une cuillère. J'avais encore cette peur d'être empoisonnée mais pourquoi Jeanine irait-elle gâcher ses si précieux cobayes. Alors je mangeais en essayant d'ignorer le goût infâme, la texture qui me collait dans la gorge. Je terminais mon bol avec une grimace mais au moins avec quelque chose dans le ventre.
- On finit par s'y habituer.
Je tournais la tête vers le jeune homme assis à côté de moi. Il devait avoir mon âge mais c'était la première fois qu'il quittait son mutisme pour m'adresser la parole. Sa peau gardait encore quelque marque de bronzage et j'en conclus que c'était un fraternel. Il commença à se gratter la joue et à détourner les yeux devant mon regard insistant. Alors tout de suite pour briser ce malaise, je baissais les yeux vers mon bol vide.
- Je suis arrivé avec mon meilleur ami, me glisse-t-il. Mais il a été emmené dès le premier jour et je ne l'ai plus jamais revu. Penses-tu qu'il soit en vie ?
- Je l'espère, je réponds.
- Moi aussi. Tu es arrivée quand ?
Je l'observais un instant, interdite puis je lui répondis du bout des lèvres.
- Hier.
Il hocha la tête et m'offrit un sourire. Je lui trouvais un air plus vivant avec ce sourire. Il s'appelait Greg et je passais ma journée à discuter avec lui. Du coin de l'œil, je vis Amanda nous observer plusieurs fois mais elle ne participa jamais à notre conversation. On ne parlait pas de choses trop sérieuse, Greg me racontait des souvenirs de son meilleur ami ou ce qu'il aimait chez les fraternels, parce qu'il était bien un fraternel. Il ne me demanda jamais de parler en fait ce fut lui qui parla le plus et j'eus l'impression que ça lui fit du bien. Il me parlait encore de son meilleur ami lorsque la porte vers l'extérieur s'ouvrit. Je bondis sur mes jambes et me plaquais contre la porte de la cellule. Sur les trois de ce matin, seule une personne revint. Un jeune garçon. Il avait les larmes aux yeux et tanguait un peu. Je frappais plusieurs petits coups pour attirer son attention mais perdu comme il était, il ne m'entendait pas. Finalement il fut remis dans une cellule et les gardes sortirent. Le petit tomba dans les bras d'une des femmes de la cellule et se mit à pleurer. J'ouvris la bouche mais Amanda m'en empêcha.
- Ne lui demande pas, secoua-t-elle la tête.
- Il a peut-être les réponses. N'as-tu pas envie de savoir ?
- Si. Tous les jours qui passe je me demande ce qu'il va m'arriver. Si je vais un jour revoir mon père. Mais là c'est un enfant. Un enfant. N'agis pas comme Jeanine s'il te plaît.
Je laissais mes mains glisser le long de la porte vitrée. Un petit garçon qui sera traumatisé. Je finis par m'asseoir dans un coin. Je frottais mon poignet, à moitié rassurée d'y sentir la puce. Que pouvait bien faire le contact d'Evelyn ? A ce train-là j'allais rester enfermée encore longtemps. En même temps je l'avais accepté. Avec Evelyn nous avions eu une longue discussion à ce sujet, sur la possibilité que je ne reviendrais peut-être pas. A cet instant je me mis à regretter ma décision. Je voulais m'en sortir, revoir mes parents, retrouver Zack et l'embrasser une dernière fois. Je n'étais pas courageuse, ce n'était pas moi la jumelle audacieuse. Pourquoi me battais-je au juste ? J'en venais à oublier pourquoi on me traitait comme une prisonnière.
Pourtant au fond je souhaitais un nouveau système. J'étais pour l'abolition des factions malheureusement personne ne pourrait communiquer mon choix. Je ne m'étais confiée à personne. J'en étais à survivre alors que je désirais vivre.
Vendredi, vendredi, vendredi… prochain, pour la suite. On se donne rendez-vous, prenez soin de vous.
