Alors même que les deux compères quittaient le bureau, Iruka se rassit avec force sur son fauteuil. Il soupira bruyamment. Il s'excusa auprès de ses collègues pour son manque de professionnalisme et leur expliqua la relation qui le liait à Asuma. Satisfaits de son explication, les autres ninjas reprirent leur travail de triage des papiers. Il se prit la tête dans les mains. Il pouvait sentir le rouge lui monter aux joues. Voilà encore une raison supplémentaire de faire jaser le village à son sujet. Lui qui, avec son passif de fauteur de troubles, s'était pourtant promis de laisser tomber les projecteurs pour vivre dans l'ombre … Il fit le vide dans son esprit. Il fallait absolument qu'il apprenne à se contrôler. C'était absolument primordial en tant que ninja. Une douce fragrance vint lui titiller les narines. Il releva la tête. Il tomba nez à nez avec un ninja peu commun : Itachi Uchiha était venu lui remettre un rapport. Il avait entendu parler du frère aîné de Sasuke mais n'avait jamais eu la chance de le rencontrer. Il semblait bien que le jour était venu. Il pria très fort pour qu'il n'ait pas à rembarrer le jeune prodige et à s'en faire un ennemi dès leur première conversation. Ce dernier lui tendit le papier. Il se redressa et le prit d'un air désintéressé. Il jeta un coup d'oeil rapide à la feuille qu'il tenait. Tout semblait être en ordre. L'écriture élégante d'Itachi courait sur le papier immaculé de la moindre tâche suspecte. Sans qu'il puisse s'en empêcher, un sourire franc illumina ses traits. Il regarda son homologue droit dans les yeux :
— Je vous remercie Uchiha-san, votre rapport a l'air en règle. Rétablissez-vous de votre mission, nous avons besoin de plus de ninjas comme vous !
— … Merci.
Iruka ne fut pas déstabilisé de ce manque évident de sociabilité. Il pratiquait le « Sasuke » de manière quotidienne depuis le début de l'année maintenant. Itachi se retourna et sortit. Il transmit le rapport à ses collègues qui le regardait d'un œil fixe. Il haussa les épaules et annonça qu'il sortait se prendre un café à la machine. Après son altercation avec Naruto (qui s'est soldé par une promesse de ramen s'il nettoyait toutes ses bêtises avant la fin de son service) et Asuma, l'idée d'un café sans saveur dans la salle de repos avait un côté presque réconfortant. Il pouvait se permettre de prendre une micro-pause.
Il s'étira la nuque tout en marchant vers la machine salvatrice. Il pouvait sentir la fatigue le gagner. Sa première journée touchait presque à sa fin et on ne peut pas dire que le monde se bousculait comparé à l'autre jour. L'idée le fit sourire. Il estimait qu'après sa petite « altercation », il aurait moins de mal à se faire entendre. C'est ce qu'il espérait, du moins. Il repensa à Itachi et à son rapport, accepté, dans le respect des nouvelles normes. Il se demanda rapidement si le jeune homme, de quelques années son cadet, avait entendu parler des nouvelles règles avant de lui rendre son papier, ou si celui-ci avait toujours été appliqué. Penser à Itachi lui rappela Sasuke, un enfant introverti comme semblait l'être son frère, mais appliqué dans chacun de ses devoirs.
Il introduisit les pièces dans la machine et sélectionna un café sucré. Perdu dans ses pensées, il sursauta lorsqu'il sentit l'approche d'un homme qui commandait à la machine voisine. Un sourire timide fut échangé entre eux et une fois servi, Iruka alla s'asseoir sur l'une des extrémités d'un des canapés de la salle de détente. Il posa son gobelet bouillant sur la table basse et aperçut du coin de l'oeil le frère aîné de son élève. Ce dernier se tenait droit, un rouleau codé (certainement une technique secrète) à moitié déroulé sous ses yeux. Il observa la salle et vit qu'il n'y avait aucune autre place assise de libre. Il ne voulait pas déranger. Un léger froissement de parchemin attira de nouveau son attention sur son voisin de fortune.
— Ne vous inquiétez pas. Je vois bien que vous souhaitez vous éclipser. Je peux partir si vous vous sentez mal à l'aise, lui dit-il.
— Non, pas du tout ! s'exclama le chûnin, au contraire, c'est moi qui m'assoie auprès de vous sans y être invité. Je ne voulais pas vous déranger pendant votre lecture …
Un silence s'installa.
— Vous ne me dérangez pas, chûnin-san.
— Oh, je vous en prie, appelez-moi Iruka.
— Iruka … Umino-san ?
Le susnommé cligna des yeux.
— Oui, c'est moi.
— Vous êtes le professeur de mon petit frère.
Il était franchement surpris. Il ne s'attendait pas à ce qu'il le connaisse.
— Mon frère parle souvent de vous. Vous êtes un bon professeur.
— … Merci, ça me va droit au cœur. Comment va Sasuke-kun ?
— Bien.
Iruka sentit un petit malaise s'installer. Il prit une gorgée de café, qui lui brûla le gosier, tandis qu'il tentait de trouver un moyen de rebondir pour continuer la conversation, par pure politesse. Il fut étonné lorsque l'autre continua dans un souffle :
— il apprend à vivre autrement que par le clan grâce à l'académie. C'est toujours compliqué pour lui de le montrer à la maison. Mais je le vois.
Il ne pouvait pas dire qu'il était surpris d'entendre ça. Les enfants des branches principales étaient souvent des jeunes socialement handicapés du fait des attentes et de la pression exercées sur eux depuis leur plus jeune âge. Il suffisait de regarder l'Alpha près de lui pour le constater. Et encore, Itachi était réputé pour être un génie en plus d'être l'héritier. Il n'enviait en rien sa situation.
— Oui, intervint-il, Sasuke-kun est un garçon talentueux bien que solitaire. Naruto aime le chahuter, mais je pense qu'il cherche un moyen d'attirer son attention.
— Je suis content.
Nouveau silence, encore une fois comblée par le plus jeune.
— Mon père était très réticent à l'idée que vous enseigniez à Sasuke. Il est assez … traditionnel dans sa conception du monde.
— Ah. Dans ce cas, un oméga enseignant à son fils doit être le summum de la « décadence » pour lui. J'ai déjà eu affaire avec d'autres chefs de clans dans la même optique. Au moins votre père n'est pas du genre à venir faire un scandale.
Seul le silence lui répondit. Itachi l'observait beaucoup trop intensément. Pour détourner son attention, il se saisit de son café encore brûlant qu'il avala d'une traite.
— Non. Il n'aurait pas hésité à passer par le conseil pour vous faire renvoyer si vous ne l'aviez pas convaincu du contraire au vu des progrès évidents de Sasuke sur la voie de ninja.
Iruka ne douta pas un instant de la véracité de ses propos. Il lança un sourire désabusé à son cadet (et supérieur hiérarchique lui souffla une petite voix). Il se leva du canapé puis lança son gobelet vide dans une poubelle avoisinante. Il se tourna ensuite vers Itachi :
— Me voilà soulagé de savoir un minimum exercer mon métier. Je dois reprendre mon service. Je vous souhaite un bon rétablissement Itachi-san, au plaisir de vous revoir.
— De même Iruka-san.
Itachi le regarda partir. De dos, il pouvait admirer ses épaules, qu'il devinait saillantes, rouler d'avant en arrière au rythme de sa marche. Sa queue-de-cheval rebondissait paresseusement de droite à gauche, caressant par intermittence la peau de sa nuque, qui se découvrait timidement au regard d'Itachi, à chaque mouvement de balancier. Il le trouvait vraiment très charmant. Un sourire invisible illumina ses traits alors qu'il repensait à son agréable effluve qu'il perçut grâce à leur proximité. Rien ne semblait indiquer que le jeune homme avait quelqu'un dans sa vie et Itachi comptait bien en profiter.
Plongé dans ses pensées, il ne fit pas attention au groupe de ninja qui entrait d'un pas pressé dans la salle de repos. Parmi eux se trouvait son cousin et meilleur ami Shisui. Ce dernier se faufila loin du groupe dont il ne faisait apparemment pas partie pour se glisser à ses côtés. Sentant à nouveau une présence, Itachi y attacha une seconde d'attention. Il n'eut même pas besoin de lever les yeux vers lui pour le reconnaître, il avait décelé son aura.
— Bonjour Shisui, le salua-t-il
— Bonjour Itachi. C'est inhabituel de te voir ici.
— Je sais. Je voulais un peu de calme après être rentré d'une mission aussi longue.
— Du calme ? Ici ?, lui rétorqua son cousin dubitatif.
Itachi abandonna son air rêveur pour se tourner vers lui. Il le fixa d'un œil qu'il voulut morne et désintéressé, mais le « Mirage » du clan Uchiha connaissait son cousin mieux que quiconque. Shisui l'observa patiemment, attendant que sa langue se délie. Sa détermination paya lorsque Itachi soupira. Il lui offrit un sourire de connivence :
— Ta soudaine envie de changer d'air n'aurait pas un lien avec le chûnin que je viens de voir sortir à l'instant ?
— Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
— Le fait que je t'ai vu lui parler ? Et aussi le fait que j'attendais le moment où tu serais seul pour pouvoir te harceler de questions ?
— Tu es incorrigible Shisui. Ça fait trois semaines qu'on ne s'est pas vues et tu joues les voyeurs maintenant.
— Je me suis dit qu'avoir l'attention du talentueux Itachi Uchiha devait déjà être assez de pression pour le pauvre bougre, je ne voulais pas le faire fuir.
Itachi lâcha un sourire.
— Si tu crois que tu es impressionnant pour qui que ce soit, permets-moi de te rassurer sur ce point, ça n'est pas le cas.
Shisui geint discrètement comme un animal blessé.
— Trahi par mon propre sang ! Itachi tu es censé me soutenir !
Il haussa les épaules en réponse, feignant l'indifférence. Cela fit sourire Shisui.
— Alors ? Qui c'est ?
— Umino Iruka.
— Le prof de Sasuke-chan ?
— Et maintenant en charge de la réglementation des comptes-rendus de missions.
— Et c'est tout ?
— Qu'est-ce que tu veux qu'il y ait d'autres ?
— Oh je ne sais pas moi, tu te montres socialement abordable avec un inconnu qui est plutôt mignon, à une semaine et demie de ta première saison des chaleurs … je m'attends forcément à plus !
— J'ai toujours haï ta perspicacité en ce qui concerne ma vie privée.
— Que veux-tu … il faut être un Uchiha pour comprendre un Uchiha !
Ils échangèrent un rire discret. Autour d'eux, les autres ninjas déambulaient à la recherche d'un coin tranquille. Personne ne leur prêtait la moindre attention parmi leurs collègues, à l'abri comme ils étaient dans un coin de la pièce.
— S'il vous plaît ! Je souhaiterais avoir votre attention !
Le brouhaha environnant s'estompa. Itachi et Shisui se tournèrent vers la voix mélodieuse de la jolie Kurenaï qui venait d'entrer, habillée d'une tenue très sobre qui contrastait de ses vêtements chatoyants habituels.
— Merci. Notre Hokage vient de me confier une mission de dernière minute. Je dois monter une équipe de toute urgence. Genma-san, j'aimerais que vous soyez de la partie.
Ledit ninja au senbôn toujours coincé entre les dents se leva nonchalamment de son canapé qu'il partageait avec Raidô. Itachi remarque l'absence d'Iwashi, certainement en service actif dans la protection de l'Hokage. Il se plaça aux côtés de Kurenaï qui le remercia d'un hochement de tête. Elle se retourna vers la foule.
— Et je dois aussi déléguer mon rôle dans l'entraînement des pré-gênins lundi en début d'après-midi.
À l'annonce de la nouvelle peu réjouissante, la plupart des ninjas dévièrent le regard de leur jolie collègue. Comme des enfants refusant d'être interrogés par leur professeur, ils fuirent son regard, priant intérieurement pour ne pas être désigné. Se retournant vers son cousin, Itachi constata que ce dernier avait fui discrètement. Il savait que depuis leur mission commune, Shisui et Kurenai n'étaient pas dans les meilleurs termes. De fait, il évitait toute situation publique où il aurait pu apparaître à son désavantage face à elle. Itachi ne put s'empêcher de soupirer doucement face à une telle preuve de puérilité. Kurenaï était une des rares jônin (promue récemment) qui acceptait avec joie d'aller donner des conseils aux jeunes enfants du village en formation primaire. Pour elle, c'était un moyen de transmettre la volonté du feu à la nouvelle génération, comme elle l'avait promis à son père. Beaucoup de ses collègues, tout comme Shisui, la respectaient pour cela, mais très peu avaient le courage de passer une après-midi à essayer d'enseigner quelque chose aux petits monstres de l'académie.
Kurenaï s'impatienta. Elle croisa ses bras pâles et releva le menton.
— Écoutez, je sais que peu d'entre vous apprécie de faire ce job, c'est pour cette raison que je préférai venir voir s'il y avait un volontaire avant d'en référer à notre Hokage qui désignera quelqu'un parmi les ninjas en repos. Pour peu que vous y mettiez un peu de bonne volonté, les enfants seront attentifs et de toute façon Iruka-sensei sera présent pour les gérer.
La révélation de l'identité du professeur titulaire eut l'effet d'un électrochoc qui provoqua deux réactions. La première et la plus commune fut un frisson glacé qui parcourut l'assemblée qui avait très bien retenu le nom du nouvel intendant du bureau des missions. Personne ne voulait plus avoir affaire à lui dans une situation qui aurait pu provoquer sa colère. Et une salle ou une cour d'entraînement pleines de braillards représentaient une situation propice à cela. La seconde réaction fut unique, car elle ne se manifesta que chez le jeune Uchiha assis seul dans le coin. Une opportunité se présentait pour lui. Bien qu'il serait certainement plus accaparé par les enfants que par le professeur et sujet de son attention, ça restait tout de même un moyen de l'approcher et de lui prouver de quoi il était capable. Initier un contact plus long. Attiser sa curiosité à son sujet. Pouvoir se baigner dans son odeur délicate d'oméga, à l'orée d'une nouvelle saison de chaleur.
— Kurenaï-san. Moi je veux bien vous remplacer si vous le souhaitez, dit-il en se levant, attirant irrémédiablement tous les regards.
Tout d'un coup, la vie reprit son cours tout autour d'eux. Un énorme poids venait de s'évaporer pour la totalité des ninjas présents qui recommencèrent à vaquer à leurs occupations, Ils lançaient des œillades reconnaissantes à Itachi, beaucoup trop intimidés par le jeune génie pour le remercier directement. Il les ignora. Les yeux vermeils de Kurenaï le transpercèrent. À mesure qu'elle s'approchait de lui, ses paupières se plissaient, comme un prédateur jaugeant les réactions d'un autre prédateur. Clairement suspicieuse d'un dévouement aussi soudain, elle l'interrogea :
— Itachi-san, bien que je sois ravie d'avoir un volontaire, je ne peux que m'interroger de ton intérêt soudain aux jeunes du village.
— Je sais que cela peut sembler surprenant. Mais … mon petit frère fait partie de la classe d'Iruka-sensei, et je dois vous avouer que de pouvoir l'observer progresser et pourquoi pas l'assister lui et tous ses camarades me remplit d'une fierté personnelle.
Le comble était qu'il ne mentait même pas. Il avait toujours été surpris de la sérénité que lui apportait la possibilité d'assister Sasuke dans chaque aspect de sa vie. Il est vrai que le jeune garçon était tout pour lui. Il était devenu sa raison de vivre du moment où il était venu au monde et certainement le resterait-il jusqu'à sa mort.
Bien que la raison de son volontariat soit basiquement une demi-vérité, Itachi n'éprouva aucune honte d'évoquer son petit frère comme une excuse. Parce qu'au fond, Sasuke ne sera jamais une excuse pour lui. Itachi avait juste des intérêts supplémentaires à enseigner à sa classe qui n'étaient pas totalement incompatibles avec la raison qu'il communiquait à Kurenaï. Cette dernière sembla néanmoins satisfaite. Elle savait, au fond, qu'Itachi était un ninja compétent qui prenait très au sérieux chaque responsabilité qui lui était confiée. Elle accepta donc de lui déléguer cette charge. Elle s'éclipsa rapidement après cela pour finir les préparatifs de sa mission. Itachi fut chargé d'annoncer son remplacement en personne à l'Hokage qui, à l'occasion, l'observa avec des yeux tellement écarquillés de surprises que le jeune Alpha se demanda avec amusement s'ils n'allaient pas sortir littéralement de leurs orbites. Après avoir reçu l'autorisation de procéder de la part d'un Sandaïme pensif, il sortit de l'immeuble administratif avec la ferme intention de rentrer chez lui.
Le soleil déclinait paresseusement à l'horizon, derrière la cime des arbres de la forêt. Il aperçut au loin le jeune porteur du Kyubi qui se dirigeait dans la direction opposée à la sienne, les bras en l'air, prêts à embrasser quelqu'un, un sourire placardé sur son visage rond d'enfant. Leur chemin se croisant, Itachi tourna légèrement la tête pour apercevoir Iruka être englouti d'un violent câlin. Bien que prit légèrement au dépourvu, il y répondit avec la même ferveur. Maintenant trop loin pour entendre quoi que ce soit, Itachi vit Naruto saisir la main de son professeur et l'emmener avec vigueur vers une des rues adjacentes. La dernière expression qu'il aperçut avant qu'Iruka ne disparaisse, au détour de la rue, fut son sourire. Étrangement revigoré, il reprit sa route lui aussi. Son périple ne dura pas longtemps. Il fut intercepté par un certain trio de ninja qui sortait du célèbre bar, le Shinobi's Way. Gaï et Asuma étaient bras dessus, bras dessous en train de festoyer, sous le regard mi-agacé mi-amusé des passants et de leur acolyte Kakashi. Ce dernier les suivait les mains dans les poches, et la démarche nonchalante, caractéristique du bonhomme.
— Itachi-kuuun ! Voilà un autre parfait exemple de la force de la jeunesse !, hurla la panthère de jade de Konoha.
Ils s'approchèrent en titubant, manquant de percuter les passants et de tomber à plusieurs reprises malgré les quelques mètres qui les séparaient du jeune homme. Arrivé à sa hauteur, Asuma le saisit de son bras d'ours pour l'enfermer dans une étreinte amicale.
— T'étais passé où ? On s'était pourtant promis de boire à ta santé à ton retour de mission !, l'alpagua-t-il.
— Asuma-san, je pense que vous avez assez bu pour ce soir, résonna-t-il en essayant de ne pas être embarqué dans la course vacillante des deux soûlards.
— N'importe quoi ! Je peux en boire encore quelques-unes ! C'est pas tous les jours que Kakashi trouve quelqu'un !
— Pour la énième fois Asuma, intervint le susnommé à quelques pas, je ne me suis pas « trouvé quelqu'un ».
— Mais allons !, s'exclama-t-il en levant les bras au ciel.
Cela eut pour effet de repousser Gaï qui ne tenait plus debout tout seul. Il tomba sur les fesses en geignant quelque chose d'incompréhensible. Kakashi le harponna au passage pour le remettre sur ses deux guibolles. Passant un bras dans son dos, il le soutenait contre lui.
— Avec une belle gueule comme la tienne, personne ne peut te résister ! Fonce ! Continua le fumeur.
— C'est gentil Asuma, mais c'est pas aussi simple et-
— Ah oui, t'as bien raison là-dessus !
Il se pencha très près vers le visage d'Itachi qui eut le déplaisir de retenir l'homme qui se laissait aller de tout son saoul dans leur étreinte improvisée. Incapable de se délester sans le faire lourdement chuter, il se résolut à sentir son haleine alcoolisée s'abattre sur son visage. Bien qu'il était clair que l'intention d'Asuma était de feindre de lui confier un secret, il chuchota tellement bruyamment, que Kakashi put sans mal l'entendre :
— Iruka n'est pas comme les autres. Le connaissant comme je le connais, il ne se laissera pas avoir comme ça par un joli minois !
Itachi opina par réflexe et Asuma se tut. Il n'était jamais bon d'argumenter ou même de répondre à un homme intoxiqué par l'alcool. Pourtant, découvrir qu'Asuma était potentiellement proche d'Iruka attisa sa curiosité. Tout en marchant, il remarqua que son fardeau somnolait debout. Les yeux fermés, ses jambes avançaient en autopilote. Il reposait entièrement son avenir proche à son cadet. Il observa Gaï, et constata avec amusement que ce dernier avait la tête penchée à presque 90° sur l'épaule droite de son éternel rival. Quelqu'un aurait certainement des douleurs à la nuque le lendemain. Il semblait marmonner des choses sans queue ni tête mais il discerna sans mal la bénédiction qu'il délivra à son meilleur ami de « vivre l'amour et la fougue de la jeunesse avec Iruka-sensei ».
Il jeta un regard plein de sous-entendus à Kakashi qui le lui rendit. Les deux hommes savaient pertinemment ce qui allait se jouer dans les jours qui suivraient. Ils avaient tous les deux été attirés par cet oméga débarqué de nulle part, en plein milieu de leur meeting. Ils se connaissaient suffisamment pour savoir ce que cela signifiait l'un pour l'autre. Arrivés à une intersection, les deux pauvres malheureux qui soutenaient leurs collègues se firent face comme ils purent.
— Bon. Je vais raccompagner cette loque chez elle. Tu peux te charger d'Asuma ? Demanda-t-il.
— Aucun problème Kakashi-san. La prochaine fois, éviter de trop festoyer pour qu'ils puissent rentrer chez eux sans assistance, admonesta-t-il gentiment.
— Maa … répondit-il d'un haussement de l'épaule gauche, je ne suis pas responsable de leur tolérance à l'alcool. Ils voulaient simplement me porter chance pour la prochaine saison qui approche.
La nuit était tombée. Il ne fut donc pas étonnant pour les passants d'être secoués d'un vent glacial. Les deux hommes se dévisageaient. Itachi amorça le premier le départ dans la direction de l'appartement d'Asuma, opposé à celui de Gaï. En guise d'adieu, il lança :
— Eh bien Kakashi-san, j'espère que vous vous montrez digne et responsable à l'approche de la saison. Je sais que je suis assez déterminé à obtenir ce que je veux.
— Nous sommes tous les deux des hommes déterminés, Itachi, avertit-il.
— Bonsoir Kakashi-san.
— Bonne nuit Itachi.
Ils s'éloignèrent alors, sans jeter à l'autre un regard. Le vent qui soufflait de plus en plus fort semblait indiquer le début d'une série de rafales qui durerait certainement toute la nuit. Certains affirmèrent que ces bourrasques transportaient une promesse : « que le meilleur gagne ».
