Et quoi ?

Chap 2

Sleipnir s'arrêta devant une grande grotte d'où montaient des grognements effrayants. Autour de l'entrée, des piles d'ossements et d'armes s'entassaient, là où étaient tombés les pauvres fous qui avaient voulu tuer le monstre à l'intérieur.

"- Fenrir ?"

Le grognement se tut soudain pour être remplacé par un glapissement qui n'avait plus rien d'effrayant.

L'énorme loup noir aux yeux verts sortit de la grotte avec difficulté tellement il remuait de la queue. Il se traina aux pieds de sa maman sans arriver à croire que c'était bien Loki qu'il voyait.

Loki se précipita vers lui pour prendre sa grosse tête entre ses bras.

Sleipnir hennit doucement pour saluer son petit frère, content de le voir malgré les chaines qui le couvraient et l'épée qui lui transperçait les joues.

"- Ho mon trésor…"

Le loup geignait comme un fou. Il finit par se coucher sur le sol pour ne pas risquer d'écraser sa maman.

"- Maman… maman…."

"- Oui mon cœur. On va te libérer et on va tous partir."

Le loup ne voulait même pas savoir ce qui se passait. Il voulait juste partir avec sa maman. C'était la seule chose qui comptait pour lui. Le pourquoi du comment était inintéressant au possible.

Loki commença par arracher l'épée.

Le hurlement de douleur de son bébé lui fit monter les larmes aux yeux.

"- Je suis désolé mon cœur."

"- Ça fait mal, maman."

"- Je sais mon trésor."

Sleipnir effleura le nez de son frère de ses naseaux pour le consoler pendant que Loki le soignait de sa magie. Malheureusement, même avec tous les pouvoirs de l'univers, le prince ne pourrait faire disparaitre la cicatrice. L'épée était restée trop longtemps en place.

Les larmes finirent par couler sur les joues de Loki

"- Je suis tellement désolé mes trésors. Je n'aurais jamais dû laisser Odin vous prendre. J'aurais dû partir d'Asgard quand il a voulu me séparer de toi, Sleipnir. Vous n'auriez pas souffert comme ça."

Les deux animaux se pressèrent contre leur maman. Ils ne pourraient jamais lui en vouloir de quoi que ce soit. Leur maman avait fait de son mieux comme il avait pu.

"- Tu es là, maman."

"- On est tous ensembles."

Loki finit par se calmer. Toute cette histoire n'était pas bonne pour ses nerfs.

"- On va finir de te libérer, Fen. Et ensuite, on va aller à Jotunheim." Il fallait qu'il parle à Laufey. "Puis on ira chercher votre frère sur Midgar."

Et pourquoi pas, peut-être y rester ?

C'était le seul royaume à part Jotunheim où personne ne viendrait le chercher. Tout le monde connaissait sa détestation des royaumes "inférieurs". Pourtant, il adorait la terre. Ce monde était une boule de chaos en perpétuelle évolution, bien loin du calme immobilisme d'Asgard. Contrairement à son frère qui ne comprenait rien à ce monde, il le connaissait parfaitement et y avait déjà une identité relative qu'il serait aisé de modifier.

Fenrir se remit sur ses pattes. L'idée d'être enfin libéré de ses chaines l'enthousiasmait comme jamais, au point que Loki dut lui dire en riant de se calmer.

Gungir se matérialisa dans la main du prince.

Il la renverrait à Asgard. Peut-être. Plus tard.

La lance était puissante.

La pointe de l'arme toucha le cadenas qui retenait la chaine. Loki concentra sa magie de roi d'Asgard dessus pour l'ouvrir.

Le métal tomba de la fourrure du grand loup avec un bruit étouffé par l'herbe épaisse.

"- JE SUIS LIBRE !" Hurla Fenrir avant de partir piquer un sprint dans la forêt, tuer un cerf, le dévorer et revenir en quelques minutes après s'être frotté à tous les arbres pour se débarrasser de son poil d'hiver, de s'être roulé dans la rivière la plus proche puis dans l'herbe pour se sécher.

Loki s'était assis par terre pour le regarder faire en riant.

"- Tu es sale comme un vieux peigne." Sourit le jotun.

Son fils s'ébroua vigoureusement, la langue en mirliton sur le côté de la gueule.

Loki passa sa main dans sa fourrure. Il la retira pleine de terre, d'eau et de feuilles avec une grimace.

Heureusement, ce n'était rien du tout pour sa magie. Les cochonneries disparurent en même temps que les poils morts, laissant un Fenrir efflanqué mais tout propre.

Le rire de Loki s'était étouffé dans sa gorge.

"- Tu es maigre à faire peur, mon fils."

"- Les guerriers ca nourrit pas beaucoup."

Loki faillit retourner péter les dents à Odin. Il avait laissé son fils mourir de faim ?

"- Tu vas pouvoir manger à ta faim maintenant."

Fenrir fit une grosse lèche à sa mère.

"- On va où maman, maintenant ?"

"- Jotunheim." Et Loki n'était pas à moitié aussi détendu qu'il le montrait. Bien au contraire.

Il remonta sur le dos de Sleipnir. Fenrir attrapa le bout de la queue de son frère pour pouvoir le suivre dans les branches d'Yggdrasil. Le cheval se mit au tout petit trot. C'était suffisant pour ouvrir le voile mais pas assez rapide pour que son frère peine à le suivre.

Le transfert fut bien plus long cette fois.

Ce fut le froid glacial de Jotunheim qui les accueillit.

Loki secoua la tête.

Il aurait dû se douter que quelque chose n'allait pas dès le début. Le froid ne le dérangeait pas une seule seconde alors que Sif, comme les autres, étaient transit. Même sous cette forme d'Ase, le froid était son ami.

En lui, il entendit la Cassette gémir de retourner enfin chez elle, autant qu'il sentit la planète entière se tendre vers elle.

Il ne pouvait pas repartir avec. Ce n'était pas possible.

"- Maman ?"

Loki s'était si bien perdu dans ses pensées qu'il n'avait pas entendu les jotuns l'encercler.

"- Que fais-tu ici, Asgardien ? Que fait le Menteur ici ?"

Gungir se matérialisa dans la main du prince.

"- Je veux voir votre roi. De dirigeant à dirigeant"

Ce serait son dernier acte au bénéfice d'Asgard : assurer qu'il n'y aurait pas de guerre entre elle et Jotunheim.

Les gardes s'entre regardèrent. Ils pouvaient le tuer. Enfin…peut-être. Ils connaissaient tous Sleipnir et sa force. Sans compter l'énorme loup plus gros encore que le cheval qui les regardait avec un calme tranquille. Pour l'instant.

"- Suivez-nous. Au moindre geste agressif…."

Loki hocha la tête sèchement.

"- Je ne suis pas Thor."

Les jotuns ne purent s'empêcher de sourire. En effet, le petit prince n'avait rien à voir avec le Faiseur de Foudre. Plusieurs d'entre eux avaient été là quand Thor et son petit groupe était venu chercher la bagarre. S'ils en voulaient tous à Byleist de l'avoir ouvert, ce qui avait causé la mort de nombre de guerriers, ils reconnaissaient que le petit prince avait tout fait pour éviter le conflit.

Peut-être qu'il serait possible de discuter avec un roi comme ca ?

Vautré sur son trône, le visage sombre, Laufey suivit l'approche de Loki.

Ses deux fils étaient encore à l'infirmerie à se faire recoudre et voilà qu'un ase de plus venait les titiller ?

"- Que veux la Putain d'Asgard ?" Railla Laufey.

Les doigts de Loki se crispèrent sur Gungir. Si ce qu'avait dit Odin était vrai, c'était son propre père qui l'insultait ainsi. Mais Laufey ne pouvait pas savoir.

Evidement qu'il ne savait pas.

Loki devait s'en convaincre

"- Odin a sombré dans le Sommeil. Thor a été exilé d'Asgard, sans pouvoir et sans Mjolnir, pour avoir causé la mort de vos guerriers." Commença Loki.

Il savait qu'il prenait un risque. Mais il ne pouvait se sortir si vite de siècles de bourrage de crâne. Il lui faudrait du temps avant qu'il accepte qu'il n'était plus un prince d'Asgard.
Des murmures de satisfaction se firent entendre dans la salle du trône.

"- Ca ne suffira pas à éviter une guerre, petit roi."

Loki inclina la tête.

Ça aurait pu être une insulte, mais Laufey reconnaissait son rôle pour l'instant. Ce qui était déjà une grande évolution en quelques minutes.

"- Combien de vos guerriers ont-ils péris sous nos coups ?"

Laufey apprécia la chose. Le jeune prince ne se dédouanait pas de ses actes même s'il n'avait jamais voulu en arriver là, c'était évident. Le petit prince avait une réputation de menteur, de fourbe mais ce n'était pas un guerrier assoiffé de sang comme son frère.

"- Cent douze. Et mes deux fils ont été blessés."

Une peine immense passa soudain sur le visage de Loki sans que Laufey n'en comprenne la raison, puis elle disparut derrière le masque impénétrable que le gamin portait en permanence.

Laufey en fut impressionné. Ce petit, à peine entré dans l'adolescence s'il avait été Jotun, savait déjà se comporter comme un politique roué à tout.

Intéressant.

"- En tant que roi d'Asgard, je suis venu vous proposer un marché.

"- Une compensation pour le sang versé ? Nous n'avons que faire de l'or."

Loki secoua la tête.

Fenrir se rapprocha de lui pour lui donner un petit coup de museau dans l'épaule.
Le prince sourit pour de vrai à son fils.

La transformation sur son visage fut aussi impressionnante qu'inattendue.

Loki avait peur.

Laufey dut retenir un sourire. Tient tient…C'était encore plus intéressant. Comment pouvait-il se servir de cette peur pour avoir davantage ?

"- Roi Laufey. Votre monde est en train de mourir." Loki ne se laissa pas impressionner par les rugissements des jotuns. Oui, leur monde mourrait. A cause d'Odin et de sa race honnie. Mais ils étaient forts. Ils ne mourraient pas à genoux et… "Je vous propose de vous rendre la Cassette de l'Hiver. En échange, vous signerez avec moi un traité de non-agression. Restez dans vos frontières, ne cherchez pas le conflit, et je vous la rends."

Laufey en resta les bras ballants.

La cours entière était silencieuse.

Etait-ce une mauvaise farce ?

"- Est-ce une mauvaise plaisanterie, jeune prince ?" Gronda Laufey en se levant

Loki ne recula pas mais avala sa salive.

"- Odin vous a-t-il volé autre chose que la Cassette lors de ce dernier combat ?" Les yeux de Laufey s'emplirent de rage. "Un bébé peut-être ?"

"- TU OSES ?" La peine de Laufey pétrifia Loki un instant. Suffisamment pour qu'il ne puisse bouger quand le roi se rua sur lui pour l'attraper par le gorge et le soulever de terre.

Immédiatement, le pâle de sa peau céda la place au bleu.

Laufey le lâcha aussitôt.

"- Quelle est cette sorcellerie."

Loki toussa un peu, protégé par Fenrir et Sleipnir. Que quiconque tente encore de l'approcher et ils les tueraient.

"- Odin….Odin a pris un bébé." Souffla Loki. "Votre fils. Un bébé petit. Trop petit…. Mais avec une grande magie…. Il m'a dit…Que vous m'aviez laissé à mourir…"

Laufey avait les larmes aux yeux. Son esprit voulait lui dire que c'était impossible. Que c'était faux. Ca ne pouvait pas être son fils devant lui. Pas après tout ce temps. Mais les lignes sur la peau du petit prince ne mentaient pas. Pas plus que son cœur de mère qui bondissait dans sa poitrine.

"- Loptr…."

"- Odin… Il m'a dit que vous m'aviez abandonné…."

Loki se retrouva serré contre le large torse du vieux roi qui pleurait comme un veau.

"- Jamais ! Jamais mon fils !" Il sentait le lien être mère et enfant qui reprenait sa place comme s'il n'avait jamais été coupé. "Odin était à nos portes. Tu es né trop tôt. Mais c'est souvent le cas avec les enfants comme toi qui sont bénit par l'Hiver. Tellement de magie…. Tu avais tellement de magie en toi. Avec ton père, nous avons eu peur qu'il t'arrive quelque chose. Nous t'avons déposé dans le temple avec la Cassette. Nous espérions qu'Odin respecterait au moins ça."

Un garde avait couru chercher le consort du roi pour le prévenir. Farbauti ne quittait que peu les appartements de la famille royale à présent. Il s'occupait de ses deux fils cadets à l'exclusion de toute autre chose.

"- Après les combats… Je suis venu te chercher. Farbauti était blessé, moi aussi, mais je pouvais marcher. Pas lui. Et je n'ai trouvé ni la Cassette. Ni toi. Il y avait du sang partout. L'autel où je t'avais posé était couvert de sang… j'ai cru qu'Odin t'avait tué et qu'il avait jeté ton corps…." Avec la magie de Gungir, il ne restait jamais grand-chose des pauvres Jotuns frappés par sa magie. Que le petit corps d'un nouveau-né ait été vaporisé n'aurait pas été inattendu.

Loki n'arrivait pas à comprendre.

Alors…Il n'avait jamais été abandonné ? Il n'avait pas été laissé à mourir ? Il avait été….Volé ?

"- Alors…Vous m'aimiez ?"

La question désola Laufey.

Le vieux roi se redressa, le petit prince assis sur son avant-bras. Il était si petit pour un jotun ! Sa magie était si forte !

"- Nous n'avons jamais cessé de porter ton deuil, mon fils. Même tes frères qui ne t'ont jamais connu portent encore ton deuil."

Un jotun plus petit que Laufey, plus fin également et avec de longs cheveux noirs, le premier avec des cheveux que Loki voyait déboula en courant dans la salle du trône.

Il s'immobilisa en voyant ce que Laufey avait dans ses bras.

"- L…Laufey ?" Etait-ce possible ? Après tout ce temps ? "Loptr ?"

Farbauti s'approcha lentement. Fenrir se leva d'un coup de rein. Pas plus que son frère ils n'étaient intervenus après les premières secondes. Comme Sleipnir, le loup sentait l'odeur du roi et de la..heu…. Mais si Laufey était la mère de leur maman…Attendez…. Hein ?
Enfin bref. Farbauti et Laufey sentaient comme leur maman. Ils étaient de la famille.

"- Odin… Odin nous l'a volé, Farbauti. Mais il nous est revenu." Laufey souriait si largement qu'il allait probablement s'en fendre le visage.

Perdu dans les bras de sa mère, Loki subissait la situation avant un mélange d'abandon, de panique et d'incrédulité. Le front plissé, il faisait tellement jeune que Farbauti ne put se retenir plus longtemps. Il le prit dans ses bras à son tour pour l'embrasser sur le front.

"- Bonjour mon fils. Bienvenue à la maison."

Ce fut suffisant pour que Loki s'effondre en lourds sanglots.

Un des gardes préféré sortir avant de fondre en larmes lui aussi.

"- Bon, ben je vais prévenir les cuisines qu'on a du monde en plus hein."

Il ne faudrait pas très longtemps avant que la planète entière ne soit au courant de la présence du petit prince.

XXXXXXX

Fenrir finit par se lever.

Le couple royal avait emporté Loki dans leurs appartements. Sleipnir et Fenrir avaient naturellement suivit leur maman. Personne n'avait tenté de les retenir.

La situation était suffisamment étrange pour que personne ne s'interpose.

Après une longue heure de larmes, de câlins, d'incrédulité et de câlins encore, le calme était à peu près revenu.

Suffisamment pour que la basse politique reprenne le dessus.

Loki avait quitté les genoux de Laufey pour s'asseoir sur l'énorme banquette en glace couverte de fourrures. Fenrir s'était couché sous ses pieds, Sleipnir près de lui.

"- Loptr… Ou Loki ? Que préfères-tu mon fils ?" Farbauti avait conscience que s'ils avaient nommés leur ainé Loptr, il allait avec un autre nom depuis si longtemps qu'il aurait sans doute du mal à accepter d'en changer.

"- Loki. J'ai l'habitude de Loki."

Le couple hocha la tête. Ils n'allaient pas se plaindre alors qu'ils venaient de retrouver leur enfant !

"- Tu te rends compte que ça change tout n'est-ce pas ?"

Farbauti fronça les sourcils.

"- Odin mériterait une guerre…"

Laufey posa une main apaisante sur le bras de son consort.

"- J'ai assez fait la guerre, mon aimé. Notre monde a besoin de calme. Pas de guerre."

Farbauti soupira mais devait approuver. Ils avaient besoin de temps, de calme et surtout de la cassette.

Loki intervint.

"- Je suis venu à vous en tant que roi d'Asgard. Je doute de garder même mon titre de prince, mais pour l'instant et jusqu'au réveil d'Odin, je suis roi de plein droit. En tant que tel, il est de ma responsabilité de pouvoir signer un traité avec Jotunheim. En échange de votre neutralité, je vous donnerai la Cassette. Dans le traité, nous y noterons que vous acceptez la cassette en dédommagement pour les morts causés par Thor et pour mon vol. Asgard s'engagera à ne pas avoir de prétention militaire ou punitive, ni à chercher à récupérer la Cassette."

Farbauti eut un sourire sans joie.

"- Et qu'est ce qui empêchera Asgard de rompre ce traité aussitôt signé ?"

"- Parce que je vais en envoyer copie à quelques amis comme Malekith et Surtur." Le roi des elfes noirs et le roi des géants de feu étaient des amis proches. Mais surtout, leur poids politique était considérable. "Et également à Freyr et Freyja. Ils sont les parents de Frigga." Ca comptait aussi. "Mais surtout, à ma fille."

Le sourire de Loki se fit purement mauvais, faisant frémir la couple royal mais aboyer Fenrir.

"- Petite sœur ? On va aller voir petite sœur ?"

Laufey et Farbauti en restèrent perplexe. Quoi ?

Loki s'excusa.

"- Avec tout ça, je ne vous ai même pas présenté vos petits-enfants." Et la peur revint dans les yeux du jeune prince. Asgard avait hait et rejeté ses enfants. Et ici ? "Voici Sleipnir, mon fils ainé. Et Fenrir, mon second. J'ai encore deux autres enfants vivants. Jormugandr, qui est sur Midgar et Hela, reine de Helheim."

Le couple royal en resta comme deux ronds de flancs.

"- Tu es déjà marié ?"

Loki en resta idiot. La forme de ses enfants ne semblaient pas les défriser mais qu'il en a, beaucoup plus.

"- Heu…Oui ? Plusieurs fois ?"

Farbauti se leva avant de se mettre à faire les cent pas en jurant. Laufey semblait combattre une fureur sans nom. Sleipnir et Fenrir s'était rapprochés de leur maman pour le protéger au cas où.

Il fallut un moment pour que le roi et son consort reprennent leur calme.

Ils mirent le reste de la journée pour expliquer à Loki la base de leur anatomie particulière. Et la base de leur civilisation.

Les jotuns étaient hermaphrodites. Il était normal que Loki soit mère. Normalement, c'était une raison de réjouissance. Mais dans son cas ? Les jotuns s'appariaient pour la vie. Il n'était pas bien vu qu'un jotun ait un enfant hors mariage. Alors le cas de Loki….
Mais ils ne lui en voulaient pas. Par l'Hiver non ! Ils voulaient juste éventrer Odin avec leurs cornes. Oui, les cornes qu'ils n'avaient plus et que les ases s'étaient amusées à leur couper. Loki verrait ses jeunes frères. Eux avaient de jolies cornes. Rare étaient les adultes à en avoir encore.

Il leur fallut encore une longue journée le lendemain pour accoucher du traité entre Asgard et Jotunheim, mais quand le rouleau atterrit par magie sur le bureau d'Odin, il était signé et scellé magiquement par Laufey et Loki.

Rien ne pourrait le rompre ou l'invalidé. Par alors qu'il avait été scellé avec Gungir elle-même et le sceau royal d'Asgard.

Ce serait le dernier acte de Loki au bénéfice d'Asgard, mais il en valait le coup.

Le lendemain à midi, c'est devant un parterre de Jotun exultant qu'il leur donna la Cassette pour qu'elle reprenne sa place, plus de mille années plus tard, dans le temple principal de la capitale.

Il ne faudrait pas longtemps avant que ses pouvoirs bénéfiques ne se fassent sentir sur toute la planète.

Loki eut un large sourire. Comme les autres, il sentait la caresse de la Cassette sur lui.

"- Majesté…"

Un jeune jotun avec un pagne vert et une étole translucide sur les épaules vint se présenter devant le roi.

"- La Cassette à reprit sa place et remercie le jeune prince."

"- Merci Angrobda."

Le jeune prêtre-sorcier s'inclina encore avant de grimacer.

"- Pardonnez-moi, jeune prince mais…. La Cassette… Elle dit que vos enfants sont victimes d'un sort."

Loki ne se mit pas en colère. Il ne s'énerva pas.

Tout ce qui lui était arrivé depuis trois jours l'avait laissé nerveusement un peu amorphe.

"- Un sort ?"

"- Qui les contraint sous forme animale."

Le visage de Loki se fripa comme s'il allait pleurer. Une seconde, il faillit dire que c'était impossible. Que ses enfants étaient nés sous forme animale. Mais il avait été tellement épuisé par la naissance. Il se rappelait de Frigga prenant les bébés avant même qu'il ne puisse les voir et les confier à Eir pour qu'elle les nettoie. On ne les lui avait rendu les petites boules de poils que de longues minutes après leur naissance.

Les jotuns se serrèrent peureusement les uns contre les autres. Le ciel était en train de se couvrir à une vitesse folle et la glace à trembler autour d'eux. La magie de Loki réagissait à la nouvelle avec une soif de destruction telle qu'elle menaçait de se déverser sur Jotunheim toute entière.

"- La Cassette peu rompre le sort." Prévint Angrobda, livide.

Laufey fit un signe à jeune jotun qui courut chercher la cassette pendant que le couple royale tentait de calmer leur ainé.

"- Mes enfants… Il a été jusqu'à s'en prendre à mes enfants." Mais qu'y avait-il d'étonnant à ça ? Sans doute que Frigga avait aidé. Et ça, ça faisait mal. Bien plus que la trahison, une de plus, d'Odin.

"- Maman !"

Loki s'agenouilla dans la neige. Sleipnir et Fenrir se précipitèrent dans ses bras en riant. S'ils étaient tous nus, ils étaient sur deux jambes. Ils cahotaient difficilement au point de s'écrouler contre leur maman, mais ils étaient humanoïdes.

La magie de Loki s'éteignit d'elle-même au grand soulagement de tout le monde.

C'était si facile soudain. Si aisé. Comme si le chemin qu'il avait suivi jusque-là et qu'il avait rejeté avec violence n'existait plus et n'avait jamais existé. Ce n'était bien évidement qu'un court répit, il en était sûr, mais pour l'instant, Loki acceptait de prendre tout ce qu'on voulait bien lui donner.
Et pour l'instant, c'était deux de ses enfants, un d'environ 15 ans et l'autre de 8 ou 9.

Loki en pleurait.

Jamais il n'avait pris une meilleure décision que celle de claquer la porte à Asgard.