Et quoi ?
Chapitre 11
Odin jeta un regard dégouté au chemin défoncé qu'il devait monter.
Il allait en avoir pour des heures pour ne pas se casser une guibole. En bas du chemin, Tyr et une phalange de gardes attendaient leur roi.
Les Norns avaient été très strictes. Le roi d'Asgard devait monter les voir seul.
Et comme à chaque fois, elles ne faisaient rien pour aider à la balade. Il fallait mériter leurs informations.
Ou leurs ordres ?
Bah.
Il grimpait depuis deux bonnes heures sans avoir l'impression de se rapprocher de la grotte.
Le vieux roi fit une pose pour avaler un peu d'eau de sa gourde et reposer ses pieds.
Il était trop vieux pour ces conneries. Ce devrait être Thor qui aurait dû être là. Mais son idiot de fils était encore coincé à Jotunheim. Sa mission n'était pas compliquée pourtant ! Il aurait dû y parvenir sans peine. Avec son tact de lampadaire, ils devraient déjà être à nouveau en guerre ! Laufey aurait déjà dû briser le traité et provoquer une nouvelle guerre, juste pour pouvoir étrangler son imbécile de fils. Mais non. Pour l'instant, Thor ne semblait même pas foutu de provoquer assez le vieux roi pour que celui-ci l'attaque.
Son fils ne servait à rien.
Au moins, Loki avait été un diplomate correct, lui. Quand il lui donnait un ordre, il savait qu'il l'exécuterait. Dans tous les sens du terme.
Il avait si bien détruit l'estime de soi du gamin que jamais Loki ne pourrait être autre chose qu'une victime obéissante. Ou un bourreau.
Ça allait parfaitement au vieux roi.
Pour le rôle qui serait celui de l'avorton jotun, c'était idéal.
Mais non, il avait fallu que ce petit crétin décide de partir au lieu de causer une catastrophe.
Vraiment, on ne pouvait pas compter sur ces créatures répugnantes.
Avec un soupir, le roi reprit son ascension.
Il lui fallut encore six bonnes heures de grimpette pour parvenir enfin devant la grotte des Norns.
Il entra sans attendre, agacé, fatigué et un brin en colère aussi.
A peine eut-il franchit le seuil qu'un froid de glace l'envahit. Il referma sa cape autours de lui.
Il n'allait pas avoir peur d'un peu de froid et d'obscurité quand même, non !
Drapé dans sa colère en plus de sa cape, il avança d'un bon pas, remontant le bruit du métier à tisser jusqu'aux trois femmes.
"- Nous t'attendions Odin Bestlason."
Le roi serra les mâchoires sous l'insulte. Il était le fils de sa mère oui. Et alors ? Personne de parlait de Bestla. Le jotun, frère de Laufey, avait fini par prendre ses clics et des claques à force d'endurer les mauvais traitements de Bor et d'Asgard, abandonnant son fils adolescent à des demi-frères et aux maitresses de son père. Odin n'avait guère été plus miséricordieux que les autres avec sa mère. C'était un jotun. C'était suffisamment dégoutant pour ne pas en plus s'abaisser à avoir de l'affection pour ça.
Peut-être même que sa mère était encore en vie quelque part sur le caillou désolé qu'était Jotunheim… Si c'était le cas, Odin l'aurait fait tuer avec soulagement. Asgard avait heureusement oublié qui était sa mère, ce n'était pas pour qu'il ressorte d'une boite au pire moment.
"- Pourquoi avoir requis ma présence ?"
"- Nous avons ordonné ta venue pour te parler de l'avenir, Bestlason." Caqueta la plus vieille des trois.
Odin dut une fois de plus se forcer au calme. Les mots avaient leur importance. Il n'aimait pas qu'on lui rappelle sa subornation aux Norms et au Destin. Il était Odin, Roi d'Asgard. Il faisait ce qu'il voulait.
"- Tu as échoué, Roi d'Asgard. Tu as échoué dans ta quête." Sourit la plus jeune.
Elle coupa un fil qu'elle tissa immédiatement à un autre.
Odin s'intéressa pour la première fois à la Tapisserie. Ce n'était pas la première fois qu'il la voyait, mais c'était la première fois qu'il n'en distinguait pas le motif. C'était comme s'il y avait un énorme nœud en plein milieu que les trois femmes tentaient de démêler avec peine. Les fils qu'elles coupaient étaient immédiatement rattachés ailleurs et non jeté. Des bouts entiers de Tapisserie étaient en train d'être défait et retissés.
Qu'est ce qui se passait ?
"- Tu as échoué." Répéta encore Skuld, la plus jeune.
Urd, la plus vieille, quitta son ouvrage. Son travail de coupeuse de vie était bien inutile ou presque en ce moment. Leur Tapisserie était une catastrophe.
"- Il a fallu que casse le fil de lui-même, imbécile. Il a fallu que par ta stupidité, tu brises notre Tapisserie."
"- Je n'ai jamais…"
Verdandi lui jeta un regard moins qu'intéressé.
Il n'y avait bien qu'Urd pour s'intéresser encore à ce vieux débris. Elle, elle s'occupait plutôt d'un jeune prince dont la présence sur Midgar était en train de changer le destin de plusieurs mondes à la fois sans même qu'il le réalise.
Avec Skuld, elles comptaient bien récupérer tous ces fils qui auraient du être détruits et en refaire une nouvelle toile, infiniment plus intéressante.
"- Je t'avais promis Ragnarok, vieux fou." Continuait à siffler Urd. "Mais Ragnarok s'éloigne de seconde en seconde. Il n'y aura pas d'ultime bataille pour toi. Il n'y aura pas de mort glorieuse au combat. Il n'y aura pas de destruction du monde et de renaissance dans la gloire et la force. Tu mourras, seul, vieux, inutile et grabataire. Tu mourras comme tu as vécut. Seul et hait sans même t'en rendre compte."
Odin était devenu livide.
Qu'est-ce qu'elle racontait ? On lui avait promis Ragnarok ! Il avait tout préparé pour. On lui avait promis les monstres qui devaient se déchainer sur Asgard. Il s'était assuré lui-même de leur existence. C'était lui qui s'était débrouillé pour que Svadilfari rattrape Loki. C'était lui qui s'était assuré que Fenrir serait tourmenté chaque jour jusqu'à la folie et que Jormugandr serait assez grand et fort pour s'entre tuer avec Thor.
Et voilà que…
"- Loki s'est arraché à ton influence, vieux fou. Et rien ne l'y remettra. Sa force croit et la tienne décline. Ses alliés s'amassent et les tient t'abandonnent."
"- Je reprendrais le contrôle…"
Les trois norns éclatèrent de rire.
"- Crois-tu ? Tu n'as pas été capable de suivre une Tapisserie faite pour toi. Penses-tu avoir la force d'en modifier une qui a été arraché de force à nos mains et qui se reconstruit d'elle-même ?"
Skul semblait ravie.
"- Tu appartiens au passé, vieux roi. Ne pollue pas davantage l'avenir. Incline-toi devant le futur qui s'approche. C'est la seule chance qu'il te reste pour ne pas sombrer dans l'anonymat du passé. N'oublie pas qui fait l'Histoire vieux roi. Et tu ne seras pas le gagnant de celle-ci."
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La pierre s'était réveillée en même temps que son maitre.
Quoi que non. Il n'était pas question de maitre ici.
C'était juste une coïncidence.
C'était toujours bien les coïncidences. Certains y voyaient des évidences qui n'étaient que cela, des coïncidences.
Celle-là en était une.
Peut-être pas à 100%, non. Le Destin était une pute après tout et les forces en jeu étaient bien trop grandes. Mais la pierre aurait pu se réveiller n'importe quand dans un delta de 70 ans en plus ou en moins.
Elle avait juste choisit "ce" moment parmi tous.
Evidemment, à travailler pour la plus grande agence d'espions du monde, les esprits devenaient paranoïaque, même lorsqu'il n'y avait pas de raison.
Quoique, dans celle-ci…
Mais encore une fois, c'était une coïncidence.
N'est-ce pas ?
Le jeune chercheur se jeta sur son téléphone pour appeler son chef.
"- Chef ? Le Tesseract viens de s'activer seul."
"- Sérieux ? Qu'est ce qui s'est passé ? Vous avez fait quoi ?"
Depuis 70 ans ou presque que le SSR, puis le SHIELD, avaient eu l'artefact entre les mains, c'était la première fois que le cube était autre chose qu'un gros caillou cubique et vaguement translucide avec des trucs dedans qui bougeaient si lentement qu'il fallait une caméra pour en faire des time-lapse.
"- On a rien fait, chef. Mais il a émis sa première pulsation énergétique quand le Capitaine Rogers a été sorti de son glaçon."
"- …Vous êtes sur ?"
"- Certains."
"- Vérifiez encore."
"- Bien monsieur."
Encore des soucis…Toujours des soucis….
L'agent faillit appeler Fury mais se retint. Le Directeur était parfois un peu trop rigide pour le bien de l'organisation.
Il appela le Secrétaire Pierce.
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Steve sursauta quand son téléphone sonna dans sa poche.
Il cessa de courir après avoir dépassé pour la troisième fois le même gars qui lui avait crié dessus au passage avant de tenter de suivre, sans succès évidement, son rythme.
Ce n'était que la quatrième fois qu'il sortait seul de la tour Stark.
Il avait été réveillé des glaces depuis trois mois à présent. Son adaptation avait été difficile.
Toutes ces années écoulées, les deuils à faire…
Il avait vu Peggy bien sûr. La vieille dame avait frappé son fils avec sa canne de ne pas l'avoir prévenue à la seconde ou ils avaient trouvé le Capitaine et il avait fallu l'intervention de Steve pour qu'elle n'assomme pas l'agent par accident.
Puis ils s'étaient tombés dans les bras en pleurant.
Peggy avait insisté en fin de visite pour que Phil mette une valse sur la platine disque pour cette fichue danse qu'elle avait promis au capitaine.
Phil était sorti, les larmes aux yeux. Même si sa mère avait passionnément aimé son père, Steve avait une place à part dans son cœur.
Finalement, c'est un Steve à la fois apaisé et affreusement déprimé, à la limite de la dépression, qui était revenu aux USA.
Peggy avait regagné l'Angleterre après avoir démissionné du SHIELD.
Le soldat avait été accueilli par un Jormugandr inquiet qui lui avait sauté immédiatement dans les bras.
Avec les semaines qui s'étaient écoulées, le Capitaine devait bien admettre que s'il avait été laissé plus ou moins seul dans la nature comme le SHIELD voulait le faire au départ en simplement le remettant à niveau au niveau histoire et technique, il se serait probablement tiré une balle.
A la tour Stark, au moins, n'était-il jamais seul.
Il avait apprivoisé Stark autant que Tony l'avait apprivoisé lui-même. Il avait été difficile pour l'ingénieur d'arriver à voir non plus le Capitaine dont Howard lui avait rabâché les oreilles mais simplement Steve. Heureusement, le super soldat avait une botte secrète qui avait été bien utile : sa cuisine. Comme on appâte un petit animal farouche avec son aliment préféré, il avait pris sur lui de nourrir Tony à heures fixes. Et accessoirement, le reste de la maison, a la délectation quasi orgasmique de Jarvis. Pour un peu, l'IA lui aurait roulé une pelle d'avoir pris en charge de nourrir cette bande de bras cassés qui oubliaient toujours de manger.
Il y avait bien eut quelques accrochages entre le "parfait soldat aux dents blanches" et le " génie milliardaire, philanthrope et playboy". Il y avait même eux quelques coups échangés à l'entrainement entre armure et bouclier. Mais une fois que les deux hommes, hors d'haleine et couverts de gnons avaient demandés une pause, ils s'étaient soudain trouvés un grand lien fraternel de petits garçons prit en faute.
Loki avait toutes les ressources du tragédien.
L'engueulade monstre qu'ils s'étaient pris tous les deux faisait encore pleurer de rire Coulson, Barton et même Fury des semaines après.
Loki les avaient tant et si bien écorchés vif avec sa langue acérée que les deux hommes en avaient été réduit à l'état de petits garçons les larmes aux yeux incapables de dire autre chose que "oui Loki" et "non Loki", le museau bas et l'oreille en berne.
Lorsqu'ils avaient fui la salle d'entrainement avant que le prince ne reprenne son souffle, ça avait été pour tomber sur les trois gosses du prince qui avaient dignement hochés la tête.
"- Faut pas contrarier maman."
Oui, ils avaient appris leur leçon.
Sans doute pour ça que Tony ne passait plus 72h d'affilées dans son labo sans manger ou se doucher et ne chouniait presque plus pour les conseils d'administration hebdomadaire
Ho, ça ne durerait pas évidement. Le génie était ce qu'il était. On ne pouvait pas le contraindre très longtemps. Loki le savait parfaitement et n'aurait jamais essayé de lui rogner les ailes. Mais un peu de contrainte était parfois bon comme moteur de motivation.
La preuve, Steve avait commencé à secouer sa déprime et depuis deux semaines, sortait tous les matins pour courir. Au début, Barton ou Coulson étaient évidement avec lui.
Puis, à mesure qu'il allait mieux et se sentait, tout simplement, mieux dans ses pompes, les deux agents l'avaient laissés aller à son rythme au lieu de le contraindre à se caler sur le leur.
Puis, ils avaient carrément laissé le soldat dans le parc tout seul.
Et ce matin, enfin, il avait pu sortir seul, venir au parc seul et courir seul.
La seule chose avait été la montre qu'il avait au poignet et le téléphone dans sa poche.
C'était Jarvis qui les lui avait imposés.
Au début, Steve avait refusé. Si on le laissait seul, ce n'était pas pour qu'on le suive à distance. Jusqu'à ce que l'IA lui explique qu'il avait, de sa propre initiative, profité des dernières blessures d'IronMan pour coller dans les fesses de son maitre une puce transpondeur et un capteur biométrique.
Le Captain faisait partie de son cheptel à surveiller. Il était donc normal que lui aussi ait de quoi être surveillé. Même Loki et les enfants étaient surveillés à distance.
Ce n'était pas pour savoir ce qu'ils faisaient que pour être sûr de pouvoir les retrouver s'il leur arrivait quelques choses.
Steve avait finalement accepté.
Ce n'était pas bien grave et puis, un téléphone et une montre, c'était quand même moins invasif qu'une aiguille à vache dans les fesses.
Les aiguilles à vache, merci beaucoup, mais il avait donné hein. Ca suffisait.
"- Rogers"
"- Ha ! Capitaine." La voix de Fury était soulagée.
"- Que se passe-t-il ?"
"- …Est-ce que vous vous sentez prêt à remettre le collier ?"
Pourquoi Fury avait-il attendu qu'il soit seul et à l'extérieur ? Sans doute pour que Barton, Stark et Loki ne lui tombent pas sur le râble.
"- …Est-ce que vous en avez envie." Continua le vieux Directeur.
Parce que finalement, c'était ce qui comptait le plus.
"- je ne sais pas si je sais faire autre chose, Directeur. Pourquoi cette question ?"
"- J'ai…Un gros problème. Au sein même du SHIELD."
Steve haussa un sourcil. Un problème avec le SHIELD ?
"- Que se passe-t-il ?"
"- Il semble que quelqu'un essaye de me faire un enfant dans le dos. Et je n'aime pas ça. Les petites luttes d'influence dans les agences, c'est une constante. Mais là…Quelque chose que je n'aime pas est en train de se préparer."
Steve n'aimait pas les sous-entendus du Directeur.
"- Pourquoi m'en parler à moi ?"
"- C'est à propos du Tesseract, Capitaine."
"- …Vous l'avez retrouvé ?"
"- Depuis très longtemps. Howard a longtemps travaillé dessus. Mais jusque-là, le cube était plus ou moins inactif. Il s'est éveille il y a peu. Et personne ne m'a prévenu.
Ha…oui…Si le SHIELD était en possession de la chose et que personne n'avait prévenu le DIRECTEUR que l'artefact était éveillé, en effet, ça puait un brin.
"- Que voulez-vous que je fasse ?"
"- Je veux que vous le récupériez."
Steve avala sa salive avec difficulté.
"- Je ne sais pas si j'en serais capable, Directeur."
Le Tesseract le terrifiait.
"- Je ne sais pas qui envoyer d'autre, Steve. Stark…est un scientifique. Je ne sais pas s'il acceptera de comprendre que sa place est dans une boite."
"- Parce que vous voulez me faire croire que vous n'en faites rien ?" Le ton du capitaine était ouvertement méprisant et railleur. "Ne me prenez pas pour un idiot Directeur."
"- ….Nous avons besoin d'armes nouvelles, Steve."
"- Jusque-là, on se débrouille pas mal pour s'entre tuer je trouve."
Qui aurait cru que Captain America puisse être aussi cynique.
"- Ce n'est pas le problème, Cap."
"- Alors c'est quoi ? Les Russes ? Ils sont aux fraises. Les Chinois ? Ils sont occupés avec leur pillage systématique de l'Afrique." Oui, il avait un peu lu.
"- Le problème c'est Loki ! Et Thor, et Odin, et Asgard et Jotunhein. Et tous les autres ! Ils savent que nous sommes là. Ils savent que nous évoluons. A ce rythme, nous serons même probablement dignes d'intérêt dans peu de temps. Qu'est-ce qu'on fera si un autre monde débarque et tente de nous coloniser ? Vous avez vu Loki à l'entrainement ! Nos armes ne l'effleurent même pas !"'
"- Loki…"
"- Evidement que Loki n'est pas un danger. Pour l'instant." Ca faisait du mal au Directeur de l'admettre. "Imaginez qu'il arrive quelque chose à ses gamins. Aussi forts soient-ils, imaginez que quelqu'un les kidnappe. Vous croyez vraiment qu'il ne fera pas n'importe quoi pour les récupérer ?"
Steve ne pouvait contredire le Directeur. Loki était un jeune homme tout ce qu'il y avait de poli, délicat et bien élevé mais si vous faisiez l'erreur de menacer ses enfants, il se transformait en prince sorcier guerrier écumant qui pouvait vous arracher les intestins avec les dents pour vous les faires bouffer par les orbites. Le général Ross en avait fait la douloureuse expérience.
Stark avait été absent quelques heures pour aller menacer le dit général de ficher la paix à un scientifique avec un petit problème caractériel. Steve avait vu les dégâts causés par Hulk. Mais comme Barton et Loki, il n'avait pu que constater que les problèmes n'arrivaient QUE lorsqu'on venait chatouiller Banner là où ça ne le démangeait pas. Qu'on lui fiche la paix et il se débrouillait très bien merci beaucoup. Le SHIELD le surveillait depuis des mois sans qu'un seul "incident" ne soit à déplorer, si bien que Fury avait ajouté son nom au projet Initiative. Comme pour Loki, Stark avait très vite vendu la mèche au Capitaine. Il ne voulait pas qu'on tente de les arnaquer au vol.
Stark était un type bien, même s'il s'en défendait.
Bref. L'ingénieur était donc allé menacer Ross. Sans que Jarvis ne soit encore parvenu à savoir d'où venait la fuite, mais avec ce que venait de lui apprendre Fury, Steve soupçonnait une complicité interne, Ross avait appris pour l'existence aussi bien que pour l'origine de Loki.
Il avait débarqué avec troupes et manœuvre pour "prendre possession du dangereux alien" que Stark hébergeait en dehors de "tout cadre légal". Si ce n'était les quelques proto traités qui étaient en cours de rédaction entre le SHIELD et le trône de Jotunheim à travers le prince évidement.
Curieux comme seuls des enfants peuvent l'être, Sleipnir, Fenrir et Jormugandr étaient venu voir ce qu'étaient les hurlements au lieu de rester tranquillement dans leur chambre comme le leur demandait Jarvis.
Les soldats avaient immédiatement tentés de leur sauter dessus pour les enlever pendant que Loki expliquait par le menu à Ross ce qui allait lui arriver s'il continuait à l'ennuyer.
Si le prince était déjà impressionnant dans son mantel de diplomate qui vous rabaisse un bonhomme à l'état de petite crotte sous sa chaussure, Steve devait admettre qu'il était carrément terrifiant en maman protectrice.
Les soldats qui tentaient de s'en prendre à ses enfants s'étaient retrouvés tout simplement expulsés de la tour par sa magie. Aucun n'avait été blessé gravement heureusement. Mais ils avaient volé à l'autre bout de la rue et sur plusieurs dizaines de mètres de haut pour ne plus laisser que Ross, seul au milieu des armes abandonnées.
Loki l'avait soulevé par le col d'une seule main avant de le trainer sur la terrasse.
"- Touchez a un seul de mes enfants, approchez-vous d'eux à moins de 100 mètres, parlez leur, pensez simplement à eux, et je vous promets une guerre d'annihilation tellement rapide et totale, que l'humanité sera au passé avait même que vous n'éternuiez."
Et quand c'est un bonhomme avec des cornes de près d'un mètre de long, en pagne, tout bleu et avec des lignes argent sur le visage et le corps, qui vous menaçait comme ça, vous aviez de grandes chances de faire comme le général : vous pissez dessus.
Puis Loki l'avait jeté par-dessus le parapet.
Tony s'était précipité pour récupérer le général, mais le message était passé.
Le Prince de Jotunheim n'accepterait pas la moindre menace et était prêt à y faire face. Pire, il avait les moyens de sa politique.
Steve avait eu un peu peur de Loki après ça. Pas de son apparence exotique, non. Il le trouvait tellement beau qu'il l'avait supplié de reprendre cette forme pour pouvoir le dessiner. Loki avait eu l'air particulièrement perturbé que Steve le trouve beau ainsi et n'avait toujours pas accepté d'ailleurs. Que Tony lui bave carrément dessus en lui faisait des propositions indécentes le perturbaient encore plus mais la cerise sur le pompon avaient été Barton, Coulson et même Fury qui avaient eu besoin d'une grosse minute pour reprendre le contrôle de leurs hormones.
Fury quoi ! Ce type avait passé la soixantaine et semblait totalement oublieux du reste de l'humanité pour se concentrer sur son travail. Qu'il eut encore des hormones était perturbant.
Non, vraiment, Steve n'avait pas eu peur de l'apparence du prince. Steve avait eu peur de sa sauvagerie. Il avait fallu une longue discussion avec Jarvis pour comprendre. Loki venait d'un monde à la culture à peu près similaire à celle des viking. Il pouvait être un garçon affreusement civilisé. Du moment qu'on ne s'en prenait pas aux siens. Là, il abandonnait toute apparence de grâce pour éliminer la menace. Avec ce qui était arrivé à ses enfants en prime, le prince avait tout de la maman dragon.
"- Loki est… Loki."
"- Loki est une maman dragon avec un instinct de louve qui ne sait pas ce que "pitié" veut dire quand ses enfants sont concernés." Reprit Fury. "Bref. Je compte sur vous ou pas ?"
Steve soupira lourdement.
"- Ai-je vraiment le choix ?"
"- Vous le sentez comme moi, Rogers. C'est pour ça que vous courez. Vous sentez quelque chose vous démanger. Et vous ne savez pas quoi. Vous avez l'instinct du chasseur."
Le Capitaine ne pouvait en disconvenir malgré le frisson qui lui remontait dans le dos. Il n'aimait pas que Fury se compare à lui. Pas pour des raisons éthique ou physique. Non. Mais parce que Fury était un peu trop sur son dos et lui avait donné un peu trop facilement un accès de niveau huit là ou Coulson n'avait eu le sien que depuis peu. Si le capitaine avait été un peu plus cynique encore, il aurait pu se demander si Fury ne le préparait pas à prendre sa place. Mais Fury n'était pas à ce point un salopard. Et il n'était pas si vieux.
Si aux deux questions ?
Ha.
"- Quand voulez-vous me voir ?"
"- Je vous envoie une voiture."
Steve raccrocha.
Il n'avait même pas le temps de finir sa petite course et il allait être en retard pour la sortie au parc des enfants. C'était son moment préféré de la journée. Ils sortaient tous ensembles, comme une vraie famille. Loki, Tony, Clint, les enfants et lui.
Chacun des petits semblait s'être choisit un papa de substitution.
Jor l'avait choisi et l'appelait même "papa" sans le moindre complexe. Ça avait semblé donner des idées à ses grands frères. Depuis quelques temps, Fenrir avait décidé que "papa" était Clint pour lui. Sleipnir avait choisi Tony.
Le pauvre ingénieur avait failli avoir une attaque cardiaque la première fois. Son arc avait même eut une saute de tension. Il avait fallu le changer pour éviter un problème.
Sleipnir s'était excusé, les larmes aux yeux. Il n'avait pas voulu faire peur au milliardaire.
Le sourire de Tony, un mélange d'incrédulité et de joie presque enfantine avait été un crevé cœur à voir.
Mais toujours était-il que tous les enfants de Loki avaient un père maintenant. Un père différent mais peu importait. Le tout faisait une grande famille bizarre et totalement hétéroclite qui…
"- A votre gauche."
Steve sursauta quand le coureur qu'il avait dépassé trois fois le dépassa à son tour en trombe.
Le Captain eut un large sourire.
"- Vraiment ?"
Il rattrapa l'autre coureur en moins de vingt foulées.
"- HA NON ! C'est pas juste !" Mais l'homme riait.
Epuisé, il se laissa tomber au pied d'un arbre, les poumons sur les genoux.
Steve revint vers lui, amusé.
"- Ca va aller ?"
"- Je finis de cracher mes poumons et je vous réponds."
Rogers tendit la main au militaire. Pas besoin de se poser de question avec le Tshirt de l'armée qu'il avait sur le dos.
"- Steve Rogers"
"- Sam Wilson."
"- Quelle arme ?"
"- Air Force. 58eme régiment de recherche. Mais j'ai raccroché. Je bosse pour les vétérans maintenant. Et vous ?"
"- Armée de terre, 107eme. Mais je ne suis plus dans l'armée." Non, même s'il avait touché tous ses salaires jusqu'à ce qu'il dénonce son contrat, quelques semaines plus tôt, avec l'aide de Jarvis.
"- Libre comme l'air ?"
"- Pas tout à fait. Je suis sur le point de signer une nouvelle mission. Mais plus dans l'armée."
Sam s'étira en souriant.
"- Hésitez pas à venir nous voir. "
"- Je n'ai…"
"- Le bruit des bombes, le lit tellement moelleux qu'on s'enfonce dedans avec l'impression de s'y noyer.. Je sais ce que c'est. On sait tous ce que c'est."
Steve hocha simplement la tête, la gorge serrée, avant que son téléphone ne vibre. C'était Jarvis qui le prévenait que son chauffeur arrivait. Comment l'IA le savait, comment écoutait-il tout ce qui se passe, le Capitaine avait cessé depuis longtemps d'essayer de comprendre les capacités réelles de Jarvis. Ça aurait été trop perturbant.
Une grosse berline noire finit par venir s'arrêter près du Capitaine. Au volant, une jolie rousse le salua de la tête.
"- Capitaine Steve Rogers ? Natasha Romanov. Montez, le Directeur Fury nous attends."
Sam regarda le couple partir. "Capitaine Steve Rogers de la 107eme". Quelque chose le titillait mais c'était tellement impossible qu'il refusa de s'y attarder. Ce n'était évidemment qu'une coïncidence. Et la ressemblance aussi.
N'est-ce pas ?
Il reprit son footing à petite foulée, bien évidement ignorant de Jarvis qui fouillait déjà son passé pour estimer si le jeune soldat ferait un ami correct pour le Capitaine. Il n'y avait pas que les habitants physiques de la tour qui s'inquiétaient de lui.
De ce qu'il trouvait, Jarvis était content.
Oui, il allait inviter le jeune homme à passer à la tour Stark. Mais d'abord…
Il récupéra les blue-print d'une certaine combinaison de vol.
"- Monsieur ? J'ai quelque chose à vous demander."
Tony releva le nez de l'armure noire et violette, plus proche d'un exosquelette qu'autre chose qu'il était en train de fignoler.
"- Qu'est s'passe ?"
"- C'est pour monsieur Rogers."
Tony repoussa l'exosquelette de combat qu'il bricolait avec Clint en tête.
"- Envois ?"
Les dossiers de la combinaison et de Sam Wilson apparurent sur ses écrans.
