Et quoi ?

Chapitre 18

Loki se servit une tasse de thé avant d'aller s'asseoir dans son fauteuil, près de la fenêtre.

La monstruosité de cuir était aussi laide que confortable.

Loki n'avait pas su au début où Stark avait trouvé la chose puis avait demandé à Jarvis. A chaque fois qu'il s'y asseyait avec ses enfants sur ses genoux pour leur raconter une histoire ou juste leur faire un câlin, les yeux de Stark s'emplissaient de quelque chose d'indéfinissable. Alors il avait demandé à l'IA.

Ce fauteuil était celui où la mère de l'humain s'asseyait quand il était petit pour lui raconter une histoire le soir avant qu'il ne s'endorme. Pour Tony, le fauteuil était celui de l'enfance, de l'innocence et de "maman".

Quand il y voyait le jotun installé, c'était comme faire un peu revivre sa mère défunte. Loki n'en chérissait que davantage l'outrageant meuble aussi affreux que confortable.

C'était donc pour ça qu'il se faisait un point d'honneur à l'utiliser, même lorsqu'il était seul comme c'était le cas ce matin.

Steve et Tony, avec l'aide de Sam, avaient décidé de sortir les enfants de la tour, autant pour leur faire prendre l'air que pour les distraire de l'absence de Clint et Phil.

Fenrir était très inquiet pour son papa évidement mais les trois enfants étaient inquiets pour les deux hommes tout court.

Leur Oncle Nick les avaient envoyé en mission depuis plusieurs jours. Bien sûr, avec leurs statuts et leurs capacités à tous les deux, il était évident qu'ils finiraient par retourner sur le terrain. Six mois à se faire du lard à la tour Stark pour surveiller la petite famille venue d'ailleurs était déjà pas mal. C'était même ce que Clint et Phil avaient connu de plus proche d'une lune de miel.

Loki finit son thé.

D'un geste de la main, la tasse se remplie à nouveau.

Lui aussi était inquiet. Quelque chose n'allait pas dans l'air. Il le sentait depuis des jours mais la sensation de catastrophe imminente était de plus en plus précise.

Un gros soupir lui échappa.

"- Jarvis ? Ou sont les enfants et leurs gardiens ?"

Jarvis resta silencieux moins d'une seconde avant de répondre.

"- Monsieur Stark, monsieur Rogers et monsieur Wilson sont au musée de l'homme avec les enfants."

L'IA pirata sans peine les caméras de surveillance pour rassurer Loki.

Sleipnir tenait la main de Tony dans la sienne, Jor était à cou dans les bras de Steve, la joue sur son épaule et Fenrir tenait la main libre du Capitaine.

Les mains dans les poches, Wilson bavardait tranquillement avec Steve pendant que Tony gesticulait en expliquant aux trois bambins ce qu'était le squelette de T-Rex exposé devant eux.

Loki commençait à se demander si le Cap n'avait pas un intérêt croissant pour Sam Wilson. Les deux hommes s'étaient quasi immédiatement bien entendu. Malgré la façon dont l'ancien soldat avait été jeté dans l'arène de leur petite famille bizarre sans concertation, il n'avait eu aucun mal à s'attirer l'approbation de tous. Même Fury l'appréciait ce qui n'était pas rien. Le Directeur avait d'ailleurs commencé à lui faire la cours pour qu'il accepte de signer avec le SHIELD. Loki ne pouvait pas appeler ça autrement.

Wilson rechignait. Il n'avait pas envie de se battre. Défendre, protéger, oui. Mais il n'était ni un espion, ni un tueur.

Fury lui avait proposé un poste de conseiller pour les agents qui en avaient un peu trop sur le cœur. Wilson y réfléchissait vraiment. Avec les ailes que Tony lui avait offert en prime, c'était très, très tentant. Suffisamment pour qu'il renâcle de moins en moins. Loki comptait les jours avant qu'il ne signe son contrat.

"- Ha…Prince Loki ? Je ne voulais pas vous déranger."

Loki sourit à Banner.

Le scientifique était une petite souris. Il était difficile de croire qu'un berserker se cachait dans ce petit homme si timide.

"- Vous ne me dérangez pas, Docteur Banner. Puis-je vous offrir une tasse de thé ?"

Le jotun eut un geste de la main. Une seconde tasse pleine se matérialisa près du scientifique qui sursauta. Il n'avait été que peu au contact du Jotun et avait encore du mal a simplement admettre que la magie existait. Que Loki n'ai absolument aucune peur de lui mais au contraire encourage Hulk était encore plus perturbant.

"- M…Merci."

Le scientifique piétina d'un pied sur l'autre un moment jusqu'à ce que Loki l'invite à s'asseoir sur l'un des canapés.

"- Je cherchais Tony."

"- Le Capitaine, Monsieur Wilson et Tony en décidés d'emmener les enfants se promener."

Bruce avait aussi du mal avec ça. Trois gamins d'une mère qui était d'apparence un monsieur, qui avaient choisi chacun un père parce qu'ils les appréciaient…Ca faisait beaucoup. Mais comme il était à l'abri, Bruce n'allait pas se plaindre. Bien au contraire.

"- Ha…"

"- Vous vouliez lui montrer quelque chose ?"

Bruce eut un petit sourire nerveux. Il avait du mal à se retrouver devant cet individu venu d'ailleurs. Il s'inquiétait toujours de ce qu'il pourrait faire contre eux.

"- je ne vous veux aucun mal, Docteur Banner."

Bruce eut un sourire difficile.

"- Je…je suis désolé. Mais vous comprendrez…"

Loki baissa les yeux sur ses mains.

"- Je sais que je suis un monstre, Docteur Banner. Mais je ne ferais jamais de mal a quiconque. Pas sans raison en tout cas." Le murmure était si triste et résigné que Bruce ressentit le besoin de s'excuser.

Ses paroles moururent dans sa bouche sans qu'il ne les prononce. Loki était…Bleu… bleu et couvert de lignes bizarres argentées.

"- Je suis un monstre." Répéta Loki. "Je ne le savais pas il y a encore peu de temps mais c'est ce que je suis. Malgré tout ce que mes parents biologiques font pour tenter de me faire admettre le contraire, c'est ce que je suis. Un monstre. Vous n'êtes pas la seule créature de destruction ici, Docteur Banner. Et comme vous, je lutte contre ma nature. C'est à vous, comme à moi, de savoir si nous voulons y céder ou non."

Loki était petit, il ne ressemblait en rien à ses frères de race, il avait de la magie… Il ne ressemblait pas non plus à sa race d'adoption. Il était le pire des deux rassemblé dans un seul individu. Malgré le masque d'acceptation qu'il montrait à tous, il était évident qu'il n'avait toujours pas admis ce qu'il était.

"- J'ai tué bon nombre de personnes, Prince Loki. Cette…Chose en moi…"

"- A-t-il tué par accident ou parce qu'il le voulait ?"

"- Quelle importance ? Le résultat est le même !"

Loki posa soudain une main sur celle du scientifique qui sursauta brutalement. L'anneau vert dans ses yeux était bien présent mais le jotun n'en semblait pas effrayé.

"- Docteur Banner, à Asgard, votre qualité de Berserker ferait de vous l'un des guerriers les plus révérés et votre qualité de Scientifique ferait de vous l'un des individus les plus révéré parmi les simples gens du commun. Ici, certains vous regardent avec terreur. Là-bas, vous seriez honoré chaque jour et les pères vous proposeraient tous leurs filles à marier. Vous êtes un scientifique. Tout est question de perspective."

Bruce semblait affreusement perturbé par les paroles de Loki.

N'était-il un monstre que pour les humains ? N'était-il un monstre que par ses actes ?

"- Dans ce cas, qu'êtes-vous donc, Prince Loki ?"

Le sourire triste du Jotun le fit tressaillir.

"- Il y a des monstres qui le sont malgré tout ce que vous pourriez en dire, Docteur Banner. Et je suis de ceux-là."

Jarvis ne dit rien mais n'était absolument pas d'accord. Un monstre ne ferait pas autant de bien que lui à son maitre.

Il faudrait juste le lui prouver.

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Clint, pas plus que Coulson, n'avaient eu envie de quitter la tour Stark. L'un comme l'autre savaient, sans arriver à en parler à l'autre, que lorsque leur engagement serait terminé, la retraite du service actif leur tendait les bras.

Clint approchait les 45 ans, Phil avait dépassé la cinquantaine et même si l'un comme l'autre savait parfaitement que Nick voyait en Phil son héritier désigné, aucun des deux ne voyait le vieil agent dans ce rôle. Phil n'avait ni la cruauté, ni la froideur nécessaire pour pouvoir ordonner des meurtres, des massacres et accepter les ordres du Conseil Planétaire. Ni les reins assez solides pour les envoyer se faire foutre s'il le fallait.

Non que Phil soit faible, simplement, Fury avait été dressé pour son rôle par Peggy. Phil était moins brutal dans son approche. Malheureusement, certains ne comprenaient que la brutalité.

"- ….C'est vide en effet."

Fury les avaient dépêchés à la base Pegasus pour tenter d'en apprendre davantage sur la situation. Ils n'avaient pas beaucoup d'informations évidement. Par recoupement, ils avaient plus ou moins déterminés que le Tesseract avait été entreposé et étudié ici. Puis avait été emmené, avec tous les scientifiques qui s'en occupaient. Il ne fallait pas être très intelligent pour comprendre ce que signifiait l'absence de corps ou de sang. Et même si tous les agents avaient été rassemblés au même endroit avant d'être massacrés, ils auraient au moins reçu le retour de leurs puces toutes à la même localisation ce qui n'était pas le cas.

La seule solution logique était que tout le monde était partit de son plein gré, ce qui était totalement impossible.

Les deux hommes, leurs armes à la main, continuèrent à explorer le bâtiment. Ils n'étaient que deux. Pas que Nick ait craint d'envoyer plus de monde. Simplement, la situation était trop délicate pour qu'il fasse confiance à d'autres agents.

Le couple finit par trouver la salle vidéo. Elle avait été totalement détruite. C'était le premier signe qu'il s'était passé quelque chose depuis leur arrivée.

"- Quelque chose de récupérable ?"

Phil tenta de trouver un ordinateur en état ou quoi que ce soit d'utilisable.

"- Pas dans la couche 1. Aide-moi."

Clint l'aida à détacher la console principale du sol, la pousser et accéder a la console secondaire. Tous les bâtiments du SHIELD disposaient de ce genre de fonction mais seuls les niveaux 7 et plus étaient au courant.

Et encore. Seulement certains d'entre eux.

Phil se laissa tomber dans la goulotte devant la console secondaire. Elle s'alluma et accepta ses codes sans problème.

"- Clint, viens voir."

L'archer rejoint son compagnon.

Les deux hommes passèrent les vidéos de sécurité en accéléré. Heureusement, il y avait un serveur secondaire. Le principal avait été évidement détruit.

Clint ne put retenir un hoquet en voyant l'Autre.

"- Qu'est-ce que c'est que ça ?!"

Phil était sombre.

"- J'en sais rien. Mais c'est mauvais." Il fallait prévenir Nick au plus vite. De ce qu'il voyait, la base entière était sous le contrôle de l'ennemi, avec en prime un artefact dangereux dans la nature.

"- Pas autant que vous pouvez le croire"

Les fléchettes de tranquillisant les cueillirent sans qu'ils puissent même se défendre.

Les agents aux yeux bleus les portèrent jusqu'à leur quinjet et l'utilisèrent pour rejoindre la nouvelle base.

C'était ce qui manquait jusque-là. Des agents séniors.

Avec eux, l'Autre avait tout ce qu'il fallait pour vaincre.

Rumlow avait été inspiré de laisser une équipe pour s'occuper des agents qui finiraient par être forcement envoyés pour traiter la situation. Ils n'auraient pourtant jamais rêvés jusque-là que ce soit Coulson et Barton qui soient envoyés.

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Les gamins couraient dans les allées du jardin avec un plaisir visible. Même Jormugandr qui était souvent extrêmement timide courait avec ses frères dans une partie de chat endiablé.

Epuisés et hors d'haleine, Tony, Sam et même Steve s'étaient laissés tomber sur un banc pour se reposer un peu.

Les trois enfants avaient une énergie qui semblait sans limite.

Steve se remit plus vite que les deux autres.

"- Quelqu'un veut une glace ?"

Les deux hommes grognèrent. Là, ils voulaient bien n'importe quoi, même une balle dans la tête. Il fallait une endurance d'ase, ou de jotun, pour pouvoir suivre les trois gamins.

Steve frémit. On les surveillait. Il le sentait depuis un moment.

C'était pour ça qu'il s'était levé mais il ne voyait rien.

Il sentait entre ses omoplates d'où venait le regard qui ne les lâchaient pas depuis qu'ils étaient entrés dans le parc mais sans parvenir à voir qui, ou quoi les surveillait.

"- LES ENFANTS !" Les trois gosses revinrent vers lui à la pleine vitesse de leurs jambes. "Vous voulez une glace ?" Avec leur génétique, les trois bambins adoraient évidement la glace. Même Jor.

"- VOUIIIII !"

Le cri unanime fit sourire Steve qui commanda six glaces

Il paya, servit les petits puis donna à Jor et Sleipnir les glaces pour Tony et Sam. Il retint néanmoins Fenrir.

L'enfant leva vers lui un regard curieux mais pas inquiet. Il faisait une confiance aveugle au papa de Jormugandr. Cet humain, comme les autres que leur maman avait trouvé, avaient été plus gentil avec eux en quelques mois que tout Asgard pendant toute leur vie. S'il le fallait, ils les défendraient jusqu'à la mort.

"- Fen, je sais que quelqu'un nous observe."

Le petit prédateur hocha la tête.

"- Oui. C'est un monsieur dans les fourrés."

"- Tu l'as vu ?"

L'enfant opina encore du chef.

"- Oui. Mais il sent pas le méchant."

Steve sentit une partie du nœud entre ses épaules disparaitre. Qui mieux qu'un prédateur pour en sentir un autre ? Si le loup-enfant était sûr qu'il n'y avait pas de danger, il voulait bien le croire.

"- Ça arrive souvent ?"

"- Ben, d'habitude, c'est des gens avec des heu…appareil…photo ?" Il avait encore du mal avec certains termes.

"- Des paparazzis."

"- Ouiiii ! C'est rigolo de leur courir après en leur mordant les fesses." Gloussa le gosse. "C'est des larves."

Donc des proies, donc des victimes, donc sans importance à part pour jouer. Steve grimaça en comprenant que si Fenrir n'en avait pas encore tué, c'était uniquement parce qu'ils étaient justement trop minables pour qu'il s'y intéresse autrement que pour les harceler.

"- Il ne faut pas mordre les gens qui n'ont rien fait, Fen."

Le petit haussa les épaules.

"- Papa il dit que tant qu'il y a pas de sang, c'est pas grave. Et que c'est eux qui ont pas le droit."

La grammaire était aléatoire, mais Steve n'était pas vraiment surpris. Clint détestait les paparazzis autant que lui ou Tony.

Le Captain soupira quand même.

"- Clint n'a pas tort, mais quand même. Tu es très, très fort, Fen. Ce ne sont que des humains. Tu pourrais les blesser par accident, et après, ce serait ton papa et ta maman qui auraient des ennuis.

Le louveteau lâcha un petit gémissement de contrition.

"- Je ferai attention."

"- Bon. C'est tout ce que je te demande." Sourit Steve.

Le petit retrouva le sourire. C'était ce qui était bien avec leurs nouveaux papas. Ils ne hurlaient jamais, ne se mettaient jamais en colère et quand lui ou ses frères faisaient une bêtise, ils ne les frappaient jamais. Il leur expliquait pourquoi ils avaient fait une bêtise et leur demandaient de ne pas recommencer. Bien sûr, les trois humains les avaient déjà punis, mais ça n'était jamais pire que d'être privé de dessert ou devoir rester dans sa chambre quelques heures. Jamais ils n'avaient criés ou levés la main sur eux. C'était tellement différent de tout ce qu'ils avaient craint que simplement voir la déception sur le visage de l'un d'eux étaient suffisant pour les faire pleurer.

"- et pour le monsieur qui nous observe ?"

"- Ben… Il a le poil noir et long sur la tête et moins long sur la figure, il sent la tristesse et la peur. Et il a un bras tout en métal. Il sent un peu comme tonton Tony. Et c'est pas nous qu'il observe. C'est toi."

Steve en resta perplexe. Quoi ? Pourquoi l'observer lui ? Et un bras en métal ? Un vétéran peut-être ? Mais pourquoi ne pas venir le voir directement ? il n'avait jamais repoussé qui que ce soit. Encore moins quelqu'un dans le besoin.

Steve se mordilla les lèvres en réfléchissant.

"- Fen, trésor. Je vais en parler à Tony et Sam, puis je vais aller chercher ce monsieur. Mais il va sans doute essayer de fuir. Tu pourrais le rattraper ? Sans lui faire de mal ?"

Le grand loup aboya avec plaisir, à nouveau dans ses poils. Il tourna autours de Steve, tout prêt à chasser.

"- Steve? Qu'est ce qui se passe ?

Tony finissait sa glace, Jor sur les genoux. L'enfant avait fini la sienne et faisait maintenant sa sieste dans les bras de son papa. Les paparazzis se régalaient de la scène au téléobjectif. Les supputations sur la vie de Stark allaient bon train en ce moment. De le voir toujours accompagné d'hommes depuis quelques temps, et même d'enfants, laissait libre court aux rumeurs les plus folles. Comme Stark n'en avait rien à foutre, aucun démentit ne venait mettre un holà a leurs élucubrations. Les rumeurs de pédophilie et pire, d'homosexualité, faisaient les choux gras de la presse. Une action des services sociaux était en cours, mais sans savoir qui étaient ces gamins, c'était difficile. Jarvis avait déjà renvoyé dans leurs bureaux plusieurs inspecteurs des services de l'enfance. Il n'y avait aucun enfant humain dans la tour Stark. Qu'ils se renseignent mieux. Et comme ils ne pouvaient pas prouver quoi que ce soit et qu'ils n'avaient même pas le début d'un commencement de preuve pour étayer leurs demandes à part les délires de journaux à scandale, aucun juge n'était assez fou pour signer un mandat.

Oui, l'argent protégeait.
C'était triste mais c'était un fait.

"- Quelqu'un nous observe. Fenrir l'a vu. Et ce n'est pas un journaliste. Il dit que c'est un prédateur mais pas un danger. Mais ça me perturbe quand même. Je vais aller le confronter."

Tony leva les yeux au ciel.

"- Ben voyons ! Et s'il est dangereux !"

"- Je vais l'attraper, tonton Tony ! T'en fait pas !" Rassura Fenrir, très fier de lui.

Tony se mit immédiatement à protester.

"- Non ! Non, NON ! Hors de question que tu te mettes en danger !"

"- Mais on va l'aider, papa."

"- NON !" Râla véhémentement l'ingénieur. "Je ne veux pas qu'il vous arrive quelque chose. Et toi, Capitaine ! Tu ne devrais pas mettre des trucs pareils dans la tête des gamins ! Il va dire quoi Loki hein ? Et s'il leur arrive quelque chose. Et si…"

"- Et si c'est un dangereux personnage qui prépare un sale coup ?" Coupa Sam. "Désolé Tony, mais pour le coup, je suis d'accord avec Steve. Ce type doit même pas savoir qu'il a été repéré et on a deux super prédateurs avec nous."

L'ancien soldat avait encore du mal à admettre que les trois gosses soient des extraterrestre mais comme pour le reste, il avait pris sur lui d'accepter sans chercher à comprendre.

Pour l'instant.

"- Mais je n'ai pas mon armure !" Tony n'avait même pas prit la portable.

Sleipnir passa ses bras autours de son cou.

"- C'est pas grave, papa. Tu sais, on est grand. J'ai mené ma première bataille y a presque mille ans. S'il le faut, je peux tuer plein de gens avec mes sabots."

Tony était totalement catastrophé. Slei et les deux autres n'étaient que des bébés. C'était leur rôle à eux, adultes, de les protéger. Pas l'inverse ! Et les enfants ne l'en aimaient que davantage pour ça.

Fenrir posa sa grosse tête sur ses cuisses.

"- Tu sais qu'on est capable, tonton Tony. Et là, on peut vous aider. C'est juste un gens. Même s'il a une arme à feu, il peut pas nous faire de mal."

A moins qu'il ait des armes anti blindages qui ne toucheraient même pas Jor, il ne toucherait pas les autres non plus.

"- Stark…Tony…" Insista Steve. "Il est parfois préférable de prendre un risque mesuré à un moment M que de laisser faire et de se retrouver avec une catastrophe sur les bras quelques jours après, non ?"

Tony se passa une main sur le visage. Steve avait entièrement raison mais il n'avait pas à aimer ça. Du tout.

"- Très bien."

Jarvis choisit ce moment pour ramener sa fraise.

"- Voulez-vous que je vous envoie Mak VI monsieur ?"

Tony resta stupéfait un instant. Jarvis utilisait le hautparleur de son téléphone. Très bien. Mais…Lui envoyer son armure ?

"- Par DHL ?"

"- Non monsieur, mais je peux la piloter en vol simple jusqu'à vous."

Diantre !

"- Va falloir qu'on ait une petite discussion à processeur ouvert, toi et moi, J."

"- Quand vous voulez monsieur. Voulez-vous votre armure ?"

Tony soupira. Visiblement, cette journée allait être une catastrophe.

"- Envoie la moi. Et pitié, ne dis rien à Loki."

"- Evidement monsieur."

Il avait d'ailleurs coupé le retour vidéo pendant que Loki et Banner discutaient. Tant qu'ils pouvaient éviter de paniquer les deux dangers publics dans la tour hein…

Sleipnir et Jormugandr reprirent leurs formes animales. Les trois enfants étaient prêts à obéir aux ordres de leurs papas et tontons à la seconde.

"- Bon. Alors, je vais aller droit sur lui." Fenrir lui avait montré l'arbre derrière lequel le monsieur les surveillait. "Fen et Jor, vous aller le prendre à revers parce qu'il va sans doute tenter de s'enfuir. Slei, tu prends Sam et Tony sur ton dos tant que Tony n'a pas son armure et s'il se passe quelque chose, tu les mets à l'abri."

"- Rogers…."

"- La ferme Tony."

Le ton du capitaine força Stark à se taire, choqué. Il était rare qu'il soit confronté au Captain en mode combat. Il comprenait le fanatisme qu'il avait pu générer chez les Howling Commandos. Il y avait quelque chose chez lui, comme une aura, qu'il n'avait jamais vu chez personne d'autre ou presque. Fury avait la même, Coulson une larme qui s'épanouirait avec le temps mais c'était bien tout. C'était l'aura de commandement qui séparait les vrais gradés des simples étoilés pour faire joli comme Stark en avait vu au kilomètre dans les couloirs du Pentagone quand il y allait avant.

Steve finit d'organiser leur intervention puis ébouriffa les poils de Fenrir avant de déposer un bisou sur le large nez émoussé de Jormugandr. Le loup comme le serpent avaient été raisonnables et n'avaient pas pris une forme trop grande. Pour l'instant. Dès qu'ils ne seraient plus visibles par leur proie, ils changeraient ça.

"- Allez-vous amuser encore un peu, d'accord ? Ensuite on rentre." Leur proie ne se poserait pas de question en l'entendant comme ça.

Les trois enfants s'éloignèrent, l'un au petit trot pour ne pas distancer ses jeunes frères, l'un au grand galop en jappant de plaisir et le dernier en ondulant rapidement dans la poussière. Jor pouvait être incroyablement rapide lui aussi.

Steve les regarda s'éloigner quelques instants avant de se rasseoir sur le banc.

Il sentait toujours ce regard sur eux. Sur lui.

Il attendit encore quelques minutes puis se leva.

Résolument, Steve mit à courir vers l'arbre où se cachait sa proie.

Sans doute les enfants déteignaient-ils un peu. Où peut-être n'avait pas eu assez d'action ces derniers temps. Mais il sentit à la seconde prête quand le chasseur devint proie et quand son adversaire prit peur pour détaler.

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Le Soldat de l'Hiver n'avait pu que revenir

Malgré le danger, malgré les recherches, il ne pouvait rester loin de Stevie. Si ses souvenirs ne revenaient plus trop à présent qu'il était loin de lui, il savait que sa place était près de lui. Il se languissait de sa présence comme une salade dépérissait sans eaux.

Alors malgré le risque qu'Hydra le reprenne, il était revenu.

C'était avec un soulagement à la limite de la douleur physique.

Lorsque Stevie, les deux hommes qui l'accompagnaient –Stark. Anthony Edward Stark. Mission de kidnapping invalidée- et les trois enfants étaient sortis pour aller au parc, il les avait suivi.

Caché derrière un arbre, il les avait observé jusqu'à presque tomber dans une transe légère ou il ne voyait que son Stevie. Mais ce n'était plus ce Stevie qu'il voyait, mais un jeune homme bien plus petit, bien plus maigre, fragile et en permanence malade. C'était lui sans l'être. Mais le Soldat savait que c'était quand même SON Stevie. Peut-être même encore plus que celui-là, si fort et si solide. Il revoyait la crevette maladive au milieu d'une ruelle se faire rouer de coups mais refuser de faire marche arrière. Il le voyait, couché sur un lit, tremblant de froid et de fièvre, refuser de boire sa soupe parce que Bucky en avait plus besoin que lui.

Il le voyait, roulé en boule dans ses bras, a trembler de froid, pendant qu'ils tentaient de se réchauffer l'un l'autre pendant l'hiver…

C'était des souvenirs. De vrais souvenirs. SES souvenirs.

Ceux de James Buchanan Barnes.

Ce n'était pas le Soldat qui se souvenait. C'était Bucky.

Le bruit d'une course le fit tressaillir. Une seconde, il resta saisit. Stevie l'avait repéré ?
Ses instincts de Soldat reprirent le dessus. Il avait été repéré en opération, il devait se replier sur une position arrière.

Sans attendre, il détala aussi vite que Stevie.

Le Capitaine parut surpris. Qui était cet homme qui courrait aussi vite que lui ?

Les mâchoires serrées, il sprinta pour de bon.

L'homme en noir, un soldat ou un agent spécial, bondit par-dessus une voiture en déboulant sur la route. Steve l'imita. Ils zigzaguèrent au milieu du trafic sans s'arrêter ni ralentir malgré les coups de klaxon ou de freins autours d'eux.

Le bruit de sabots ne surpris pas Steve mais fit obliquer sa course à l'agent qui déboula dans une ruelle.

Bucky freina des quatre fers lorsqu'un énorme loup de presque trois mètres au garrot sauta devant lui en grondant.

Qu'est-ce que c'était que ce truc !

Il voulut faire demi-tour mais Stevie était là. Déjà. Son Stevie lui coupait toute retraite.

"- Arrêtez-vous." La voix calme de Stevie faillit le faire gémir. "Qui êtes-vous. Qu'est-ce que vous me voulez ?"

Les yeux baissés, le visage caché par ses cheveux trop longs, Bucky recula lentement. Il sentait le souffle du loup non loin mais l'animal improbable ne semblait pas déterminé à lui faire du mal. Pas pour l'instant en tout cas. C'était un bon point pour lui. S'il arrivait à se rapprocher assez de la benne à ordures sur la droite, avec l'échelle de secours… Il pourrait fuir.

"- Qui êtes-vous ?" Insista Steve.

Le Soldat releva finalement le nez vers lui. Qu'est-ce qu'il pouvait dire ou faire de toute façon, à part se battre pour sa liberté ?

Steve se figea en voyant enfin le visage de son adversaire pour la première fois. Il reconnaissait cette mâchoire carrée, ces yeux vibrants de passion…Son cœur rata un battement.

"- …..Bucky ?"

Le Soldat tressaillit.

Il le reconnaissait ? Alors… Il ne s'était pas trompé ? C'était de vrais souvenirs ?

"- GO GO GO !"

Steve jura. Des agents en noir leur tombèrent dessus. Un piège ? Il écrasa son poing dans la figure de ce qui semblait être un agent spécial. Pourtant, s'ils étaient là pour lui et que…Bucky ? Était l'appât, pourquoi s'en prenaient-ils aussi, et surtout ! À lui ?

"- BUCKY !"

"- TUEZ LE CAPITAINE" Ordonna un gradé sur le côté.

Une douleur affreuse remonta dans le flanc de Steve. Il baissa les yeux un instant pour voir un impact de balle et une auréole de sang s'élargir. Un grondement lui échappa. Il écrasa le crane d'un ennemi à main nue malgré le casque et jeta le corps sur deux autres qui approchaient. Bucky se battait lui aussi de son mieux.

Une grande torpeur engourdit Steve alors qu'il tentait de se rapprocher de son ami de toujours.

Il s'écroula avant de faire trois pas.

Finalement, c'était confortable la mort. On ne sentait même pas le sol vous heurter au visage.