Et quoi ?
Chapitre 21
Ses mains bougeaient seules. Ses pieds bougeaient seuls.
Il ne pouvait même pas hurler lorsque ses doigts appuyaient sur la gâchette de son arme pour tuer ceux qui avaient été des amis, des collègues ou de simples gens.
Leurs kidnappeur n'avait que faire d'eux, juste de ce qu'ils pouvaient faire pour lui.
Plusieurs de ses captifs s'étaient déjà écroulés, morts de soif et d'épuisement. Tous s'étaient déjà souillés parce qu'incapables de faire autre chose d'obéir aux ordres.
Alors seulement l'Autre avait pensé à leur donner l'ordre de prendre un peu soin d'eux; dérangé par l'odeur et les morts sur le sol.
Même s'ils étaient incapables de faire autre chose qu'hurler dans le silence de leur esprit, ils avaient été soulagés. Ils s'étaient lavé, nourrit, dessoiffés.
Ils avaient même dormis.
Mais la peur et la colère étaient toujours là.
Les ordres tombaient toujours, leurs corps n'obéissaient toujours pas, mais les agents étaient ce qu'ils étaient : Des agents.
La peur, ils connaissaient tous. La terreur aussi. L'incapacité à agir également. Ils avaient quasi tous, à part peut-être les plus jeunes, déjà subit de la torture.
Petit à petit, les âmes terrifiées s'étaient calmées.
La peur était là oui. Mais la colère croissait de minute en minute.
Petit à petit, ils s'étaient rebellés. Ils ne pouvaient rien faire. Ils ne pouvaient se libérer. Mais comme Coulson avait toujours dit à ses hommes, si la porte est barricadé, que la fenêtre est piégées et que le toit est inaccessible, pète le sol et enfonce toi le plus loin que tu peux. Quand les avions avec les missiles de nettoyage passeraient, leurs ennemis seraient réduits à l'état de pulpe atomisée sur les murs et eux pourraient sortir de leur trou sans une égratignure.
Les rats survivaient toujours.
Si les corps fonctionnaient encore par reflexe et obéissaient aux ordres parce qu'ils ne pouvaient rien faire d'autres, les hommes à l'intérieur s'enfonçaient lentement de plus en plus profond en eux même.
Tellement profond qu'ils finirent par toucher quelque chose qui n'aurait jamais dû être là pour aucun humain et certainement pas aussi conscient et indépendant.
Les consciences de Phil et Clint s'effleurèrent lorsque Mjolnir les attrapa de toutes ses forces pour ne pas les lâcher avant de faire la même chose avec chaque agent qui s'enfonçait assez loin pour qu'elle puisse les agripper, passant à travers Phil pour les attraper les uns après les autres. Mjolnir n'aurait jamais dû pouvoir faire ça. Jamais elle n'aurait du toucher d'autres esprits que celui de son maitre.
Mais jamais les humains n'aurait dû non plus être prisonnier de leur propre esprit.
Utiliser la route bleue qui les maintenait prisonnier pour les trouver et les garder pour elle n'était pas si compliqué. Pas après avoir passé des mois à apprendre tous les secrets et les techniques des agents à la hanche, à défaut de sur les genoux, de son maitre.
Ils étaient ensembles. Tous.
Et sur les genoux de Phil, au plus profond du marteau de guerre qui battait, comme inerte mais impossible à retirer, le flanc de l'agent perdu dans le contrôle de la lance, une petite fille de sept ans environ aux long cheveux blonds et aux yeux blancs comme un éclair leur souriait. Pourtant, il n'y avait aucune joie dans ce sourire. Juste la rage destructrice d'une tempête de Coriolis.
« - Et maintenant ? On fait quoi ? »
Phil frémit. Mjolnir avait peut-être été sevrée de destruction un peu trop longtemps finalement.
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Tony était furieux.
Ho, certes, Steve était sorti d'affaire. Il était encore couché, a tenter de négocier avec les toubibs pour se lever. Les agents médicaux l'avaient finalement attachés au lit et histoire de le garder au pieu, avaient ordonnés au Soldat de l'Hiver de l'empêcher d'en bouger son cul jusqu'à nouvel ordre.
Les yeux du soldat s'étaient faits plus dur avant qu'il ne lâche un « à vos ordres » rauque, comme s'il n'avait plus trop l'habitude de parler.
Ça avait fait un peu frémir tout le monde d'ailleurs.
Ils avaient presque oubliés ce qu'était Bucky Barnes. Les tests génétiques avaient été impitoyables.
C'était bien Bucky Barnes avec eux.
Un Bucky Barnes différent, froid, qui avait visiblement tout oublié à part son Stevie.
S'il était toujours enchainé dans la chambre du capitaine et semblait satisfait du moment que personne ne cherchait à l'éloigner de lui, l'homme qu'ils avaient devant eux était un animal sauvage. Pas un homme libre.
De sa place sur le pas de la porte, Tony grinçait des dents. Ils avaient perdu Coulson et Barton. Ils avaient failli perdre Steve.
Une fureur comme il en avait rarement ressentit lui serrait les tripes. Même quand Obadiah l'avait trahis il ne s'était pas sentit aussi furieux. Choqué, peiné, blessé oui. Mais Furieux ? Pas à ce point.
Là, ça confinait à la haine.
On avait blessé une partie de sa famille. Lui qui n'en avait jamais eu vraiment depuis la mort de Jarvis, lui qui s'était fait moquer par son codétenu dans une cave d'Afghanistan par le chirurgien qui venait de lui sauver la vie pour sa solitude imbécile au milieu de ses milliard réalisait soudain qu'il avait une famille. Et qu'on la lui avait cabossée.
Avec Loki disparu depuis quelques jours pour il ne savait ou, Tony ne savait plus quoi faire. Il s'occupait des gamins évidement. Si Loki les lui avait laissés, c'était qu'il allait revenir. Et qu'il lui faisait une confiance aveugle qui lui remplissait la poitrine d'une émotion qu'il refusait encore de regarder en face. Mais surtout, c'était l'inquiétude qui prédominait.
Jamais Tony ne s'était sentit aussi impuissant. Pas même lorsqu'il était dans cette foutue cave justement.
« - Monsieur ? Peut-être devriez-vous passer votre temps sur quelque chose de productif ? »
Tony ne pouvait que reconnaitre la justesse de la suggestion de Jarvis. Il n'avait rien pu faire pour protéger Rogers. Il n'avait rien pu faire pour aider Loki.
Il était temps que ça change.
Il laissa Steve aux soins de Barnes et à la surveillance des agents ainsi que de Bruce pour retourner dans son labo.
Quand il y entra, les trois enfants l'attendaient déjà. Il n'y avait aucune inquiétude dans leurs yeux. Steve survivrait, leur mère reviendrait, leurs pères seraient à l'abri. Et si Fenrir réclama quelques câlins parce qu'il avait peur pour son papa, son angoisse se calma très vite quand Tony se mit au travail.
Plus personne ne blesserait encore sa famille.
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L'autre avait donné ses ordres.
Une équipe, menée par Coulson allait récupérer l'empreinte oculaire nécessaire pour ouvrir le coffre avec l'iridium pendant que l'autre, menée par Barton, allait récupérer la pierre.
L'Autre était très content d'avoir mis la main sur les deux agents. Ils étaient efficaces, rapides, et totalement sans scrupule de base. S'ils en avaient, il n'aurait pas été si simple de tordre leurs perceptions par le spectre.
Pierce était encore pire. L'humain n'avait quasi pas eut besoin de la pierre pour révéler ce qu'il était vraiment.
Hydra.
L'Autre avait été fasciné de réaliser que cette organisation avait creusé sont trou au sein même de son ennemi et la surveillait de l'intérieur, prête à la dévorer pour en éclore, plus forte et plus puissante que jamais.
Vraiment, les humains fascinaient un peu plus chaque jour l'Autre. Au point qu'il avait conseillé à son maitre de ne pas les exterminer. Ils faisaient de bien trop bon soldats pour les perdre. Meilleur même que les Chitauris et leur esprit de ruche.
Bien sûr, l'Autre ne réalisait pas qu'au sein même de son contrôle grondait une rébellion plus brutale qu'il n'en avait jamais rencontré.
Mais l'Autre aussi était un insecte. Il ne pouvait concevoir qu'on puisse se rebeller contre le pouvoir en place. Il ne pouvait comprendre même qu'on puisse le vouloir.
C'est donc un grand sourire humide aux lèvres qu'il fit son rapport à son maitre.
Il ne réalisait pas les yeux de certains de ses esclaves humains qui palissaient de plus en plus du bleu le plus profond vers le blanc le plus éblouissant.
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Loki s'écroula sur la glace, la respiration sifflante, les membres tremblants et le cœur au bord des lèvres.
Un des prêtres de l'hiver pressa contre ses lèvres une petite tasse de la taille d'une bassine pour lui. Loki avala le lait chaud d'araignée des glaces avec un mélange de délectation et de répulsion. La chose était tellement sucrée qu'on eut dit du sirop.
Il toussa un peu, avala encore un peu de lait sucré puis s'assit plus confortablement par terre. Depuis deux jours, il communiait sans prendre de repos avec la Cassette de l'Hiver.
Il apprenait en accéléré tout ce qu'un sorcier jotun aurait dû apprendre depuis ses premières étincelles de magie.
C'était harassant.
Pourtant, le prince ne se laissait par rebuter par l'ampleur de la tâche. Ce n'était pas la première fois qu'il apprenait une magie en accéléré. Il n'avait déjà fait a de nombreuses reprises, à chaque fois pour sauf Thor. Ou Asgard.
Cette fois, c'était pour protéger quelque chose de largement plus important à ses yeux désormais : sa famille.
« - il faut que vous vous reposiez mon prince. » Tenta un des prêtres, inquiet.
« - non, j'ai encore de la réserve. » Sans compter que la Cassette lui redonnait l'énergie qu'il épuisait. La seule chose que la Cassette ne pouvait lui donner était le repos de l'esprit.
« - Vous allez devenir fou à engranger autant d'informations aussi vite ! »
« - je suis déjà fou. » lâcha calmement le petit jotun, affreusement conscient de l'état de sa psyché ravagée. Partir pour Midgar avait été la meilleure idée de sa vie. Mais même ainsi, même avec les mois passés, les gens rencontrés, les tendresses déclarées, il était impossible de soigner un esprit brisé depuis des siècles en quelques jours.
Ca prendre du temps. Sans doute autant, ou presque, qu'il avait fallu pour la fracasser. Mais Loki avait du temps. Sa famille avait du temps. Et ceux qui en manquaient encore un peu n'en manqueraient plus dans peu de temps.
Le jeune jotun reposa ses mains sur la cassette. Il continua à travailler avec elle encore quelques heures avant de s'écrouler pour de bon, inconscient. Pour la troisième fois en autant de jour, le prêtre souleva le petit jotun, à peine plus grand qu'un enfant normal de huit ans et le mit au lit sous d'épaisses fourrures confortables. Loki dormit d'un sommeil emplis de rêves et de fantômes. Même endormis, la cassette lui parlait encore.
« - Comment va-t-il ? »
« - Il s'épuise mon roi. » Souffla le prêtre lorsque Laufey les rejoints en fin de journée. « Il s'épuise, mais je n'ai jamais vu quelqu'un apprendre autant et aussi vite. Il est vraiment né pour et par la magie. »
Laufey hocha la tête, inquiet pour son petit. Loki ne venait que rarement les voir. Il avait encore du mal à accepter ce qu'il était malgré les édifiants progrès qu'il avait fait. Mais Laufey savait la vérité. On ne passait pas par-dessus des millénaires de bourrage de crâne en quelques semaines ni en quelques mois.
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Nick Fury fixait la ville de la baie vitré de son bureau.
Les mains croisées derrière le dos, il ne disait rien depuis des heures.
Des années de terrain, des années à envoyer des gens à la mort, des années à déterminer qui devait être sauvé ou non lui avaient donné un instinct de la catastrophe assez remarquable.
Les catastrophes avaient toujours le même rythme, la même musique. C'était une complainte aussi lénifiante et désagréable que les gémissements d'une mère sur le cadavre de son enfant.
Le vieux directeur serra les mâchoires.
Il le sentait jusque dans ses os.
Ils étaient dans cet instant de respiration juste avant la catastrophe.
Ils étaient dans ce moment suspendu ou chacun fourbit ses armes avant de se jeter sur l'adversaire invisible qui ne va pas tarder à vous sauter à la gorge.
Deux gras se refermèrent autours de sa taille avant que Fandral ne pose son menton sur son épaule.
« - tu penses trop. »
« - il faut bien que quelqu'un le fasse. »
« - peux-tu changer quelque chose à ce qui va se produire ? »
« - …..non…. »
« - Alors prends des forces plutôt que de les perdre à attendre »
Nick n'eut même pas le temps de répondre.
« - Monsieur ? L'agent Coulson a été repéré à Munich. »
