ÉPISODE 1 - Partie 3

Trois coups retentirent sur le battant de sa porte d'entrée et Clarke sursauta. Elle jeta un oeil à sa montre et n'en cru pas ses yeux. 14h30. Elle avait passé presque trois heures la tête plongée dans ses dossiers et ne s'en était même pas rendu compte.

Trois autres coups résonnèrent et une voix s'exclama :

Clarke ?

Finn ? interrogea-t-elle à haute voix tout en se dirigeant vers l'entrée.

Elle ouvrit le battant et le garçon lui apparut. Il lui sourit, avec ce sourire ingénu et sincère qui le caractérisait.

Bonjour, Princesse. Hunt m'a dit qu'il t'avait renvoyé chez toi, alors j'ai pensé te rendre une petite visite.

Bien que l'intention la touche et qu'elle soit ravie de voir le jeune homme, Clarke aurait préféré rester concentrée sur la tache qui lui incombait. Il lui restait encore plusieurs dossiers à lire et quelques recherches à faire pour se sentir vraiment en confiance.

Finn sembla lire dans son esprit et déclara :

Je sais que tu préfèrerais sans doute travailler, mais je me suis dit que tu aurais peut-être faim.

Il tendit deux sac estampillés du logo de son restaurant japonais préféré et cette vision finit de la convaincre. Elle lui rendit son sourire et l'invita à rentrer. Il embrassa sa joue en passant devant elle et se dirigea vers sa cuisine sans qu'elle ait besoin de l'y mener. Il connaissait les lieux, maintenant.

Finn et elle s'étaient rencontrés il y avait de cela deux ans, lorsque la firme d'avocats chargés de la défense de leur hôpital l'avait embauché et qu'il avait soutenu leur première affaire au tribunal. Ils s'étaient tout de suite bien entendu, tous deux investis des mêmes idéaux : le besoin de faire le bien autour d'eux, l'envie de sauver des vies, l'investissement sans borne qu'ils mettaient dans leurs métiers. Leurs points communs les avaient rapprochés. Ils étaient finalement devenus amis.

D'un mouvement ample, elle rassembla les dossiers en deux piles bien nettes avant de les placer sur le comptoir de sa cuisine. L'une contenait les dossiers des patients qui arriveraient demain, l'autre celles des autres vagues qui suivraient la première. Une fois la table libre, il y déposa la nourriture et elle s'installa avec un grand sourire.

Yakitoris et makis ? demanda-t-elle.

Affirmatif, répondit-il en lui rendant son sourire.

Il la connaissait bien. Ils mangèrent quelques minutes dans un silence apaisant jusqu'à ce qu'il étouffe un petit rire.

Quoi ? interrogea-t-elle lorsque son regard s'attarda sur sa figure.

Tu as un peu de sauce là, dit-il en désignant sa joue.

Elle frotta l'endroit indiqué et il rit de plus belle.

Attends...

Il se pencha au-dessus de la table et passa doucement ses doigts sur la commissure de ses lèvres.

Des papillons... pensa Clarke. Depuis quelques mois, elle s'efforçait de décrire la sensation que provoquaient les petites attentions de Finn à son égard.

Ce tremblement délicat dans son ventre, sa gorge qui se nouait, le battement précipité de son coeur... tout en légèreté, en douceur et en simplicité. Quand Finn la touchait ainsi, elle avait l'impression d'avoir à nouveau 15 ans. Elle retournait dans la cour du lycée et y revivait son premier flirt...

Des papillons ? interrogea le jeune homme, l'air perplexe.

Mince... Est-ce que j'ai pensé à voix haute ?

Elle se racla la gorge, gênée, avant de répondre.

Je repensais seulement à une patiente que nous recevons demain. Une adolescente atteinte du papilloma virus.

Oh... souffla Finn. Est-ce qu'il s'agit d'une des personnes qui arrivent du centre de jeunes délinquants ?

Elle hocha la tête en engouffrant un autre maki. Elle se demandait parfois comment son cerveau parvenait à la sortir comme par lui-même de ce genre de situation.

Je trouve ton projet admirable, Clarke. Tu ne te rends pas compte à quel point ce que tu fais est admirable. Non seulement, tu aides des jeunes en difficulté, mais tu leur offres une deuxième chance. Une chance de mieux faire, de réparer leur erreurs, de prendre un nouveau départ.

Il posa sa main sur l'avant-bras de Clarke et les papillons se manifestèrent à nouveau. Elle décida sur le champ que cette sensation l'agaçait. Elle n'avait plus 15 ans. 10 ans étaient passés depuis son premier flirt dans la cour de l'école. Elle était une adulte responsable. Un médecin qui plus est ! Elle ôta doucement son bras et lui retourna le compliment.

Merci, Finn. Mais tu y es pour beaucoup. C'est toi qui m'a inspiré cette idée. C'est toi qui a trouvé le centre. Et c'est toi qui m'a aidé avec le financement. Je ne sais même pas comment je pourrai te remercier.

Elle se mordit la langue en prononçant les derniers mots. La perche qu'elle lui tendait était tellement longue et visible que ç'en était presque pathétique. Bien sûr, il la saisit immédiatement.

Avec un dîner ?

Elle sourit malgré elle. Son regard plein d'espoir et son sourire en coin étaient craquants, oui. Mais était-elle seulement prête à sauter le pas ? Était-ce seulement le bon moment ?

Non, pensa-t-elle avec force.

Son amitié avec Finn lui convenait en l'état. Elle se sentait bien dans cette relation facile et agréable. Elle n'avait pas envie que cela change.

N'est-ce pas justement ce que nous sommes en train de faire ?

La pirouette était maladroite, mais il fallait la tenter. Il rit à nouveau et les papillons dansèrent au son de sa voix.

Etant donné que nous sommes au milieu de l'après-midi et que j'ai débarqué chez toi sans prévenir, je ne pense pas que nous pouvons qualifier cela de rendez-vous.

Un rendez-vous ? Est-ce que c'est ce qu'il désire ? Est-ce que je suis ce qu'il désire ?

Oui, souffla-t-il, mal à l'aise.

Pendant une seconde, son coeur s'arrêta et elle se demanda laquelle de ses pensée elle avait vocalisé. Il répondit à ses doutes en continuant :

Un vrai rendez-vous, ça me plairait beaucoup.

Il plongea ses yeux dans les siens et elle se surprit à s'y perdre. Elle n'avait jamais remarqué la petite touche de vert qui illuminait ses prunelles couleur noisette.

Clarke ? l'interpella-t-il, la sortant ainsi de sa contemplation.

Mm ?

Est-ce que ça te plairait, toi aussi ?

Il avait l'air tellement hésitant... comme si elle avait sa vie entre les mains et que d'un mot, d'un geste, elle pouvait décider de son sort. La réponse fusa sans qu'elle puisse la contrôler :

Oui.

C'était un "oui" timide et gêné, mais un "oui" quand même. Le visage de Finn se fendit d'un sourire si pur et sincère qu'elle ne put trouver la force de regretter sa décision.

Bien, je vais te laisser travailler. Je sais à quelle point tu peux être consciencieuse.

Il se leva et, posant une paume chaleureuse sur son épaule, déposa un léger baiser sur cette même commissure que ses doigts avaient effleurée un instant plus tôt avant de murmurer à son oreille :

À bientôt, Princesse.

Les papillons s'agitèrent à nouveau et elle ferma les yeux. Lorsqu'elle les rouvrit, il était parti et elle se sentait idiote.

La seule question qu'elle parvint à se poser, c'était pourquoi, avec Finn, elle n'arrivait plus à laisser sa raison diriger son coeur.


Note de l'auteur (c'est moi) :

Mes excuses pour ce petit moment Flarke. J'ai galéré un peu à l'écrire car je ne suis pas (et n'ai jamais trop été) fan de ce couple.

J'espère que le résultat vous convient et que j'ai réussi à faire passer ce que je voulais.

Que pensez-vous de la relation Finn-Clarke ?

Avez-vous été Flarke à un moment donné ?

Cette partie était un peu plus longue que les deux autres, j'espère que ça vous a plu.

Des bizouzou