Chapitre 4

Eleonora ferma la porte de sa chambre à clé. Ridicule. Elodie Verlac lui avait bien dit qu'aucun démon, ou autres créatures démoniaques ne pouvaient entrer dans l'Institut. Mais ce fut plus fort qu'elle. Elle avait besoin de se sentir inatteignable. Puis, il faut reconnaître qu'elle n'avait jamais eu de chambre pour elle toute seule, elle comptait bien en profiter.

Elle se laissa tomber sur le lit et contempla le plafond. Quelle journée, ça a été ! Un vampire pervers, une attaque de démons, une femme à la peau mauve et surtout les Chasseurs d'Ombres… Elle trouvait ces derniers tellement courageux, ils servaient une noble cause. Leur histoire était incroyable. On lui avait dit qu'elle était une Nephilim, elle aussi. Elle avait du mal à y croire. Est-ce que le fait d'ouvrir une porte suffisait pour l'affirmer ? Elle ne le pensait pas. Elle ne leur ressemblait en rien. Elle n'était ni courageuse, ni agile, ni forte… Elle avait eu tellement peur en voyant les démons, elle en était tétanisée. Est-ce qu'un Chasseur d'Ombres le serait ? Il y a peu de chances. Finalement, elle avait peut-être fait une erreur en venant ici…

Puis… qu'est ce que j'ai mal au crâne !

Le soleil filtrait à travers les rideaux. Eleonora ouvrit lentement les yeux. Son mal de tête avait disparu. Elle s'étira longuement.

Je dormirai bien encore quelques minutes…

Elle sursauta : quelqu'un frappait à sa porte, ou plutôt y tambourinait. Elle se leva à contre-cœur et ouvrit la porte. Elle se retrouva nez à nez avec une Cléo souriante.

- Salut, la belle au bois dormant, tu as assez dormi ou tu as encore besoin de douze heures de plus ?

- Salut Cléo, il est quelle heure ?

- Midi. On va bientôt passer à table, tu te joins à nous ?

- Avec plaisir mais j'aimerais bien prendre une douche et me changer sauf…

- Sauf que tu n'as pas de vêtements... File dans la salle de bain, je vais bien te trouver un truc qui va t'aller.

Sur ces mots, elle repartit. Eleonora suivit ses ordres, et sans attendre se glissa sous la douche de sa salle de bain privée.

Une salle de bain rien qu'à moi c'est comme à l'hôtel !

La douche brûlante lui fit du bien. Ses idées étaient moins confuses. Sa vie était un bazar complet et bien soit ! elle allait y remédier. Mais d'abord, à table ! Son ventre grognait de faim.

Cléo avait laissé des vêtements sur son lit. La jeune fille avait le compas dans l'œil. Les vêtements lui allaient comme un gant, bien que le t-shirt soit un peu grand. Mais bon ça donnait un style.

Eleonora sortit de sa chambre et descendit les escaliers. Après quelques minutes de recherche, elle trouva enfin la cuisine. Les jumeaux Juliot et Elodie y étaient attablés. Cette dernière lui sourit et lui servit une assiette à côté d'elle.

- Comment va Matthieu ? Demanda-t-elle.

- Il s'est réveillé dans la nuit, il avait mal mais il s'est rendormi après que je lui ai mis une iratze. Il dormait encore il y a vingt minutes, lui répondit Cléo.

Le reste du repas se déroula en silence. Ce qui rendit Eleonora mal à l'aise, elle était habituée à l'agitation de l'orphelinat. Enzo termina son assiette le premier. Il se leva et dit à sa sœur :

- Je vais m'entraîner. Tu me rejoins quand t'as fini de manger ?

- Ouais, ouais.

Il quitta la pièce les mains dans les poches et la mine renfrognée.

- Il a l'air d'être de mauvaise humeur aujourd'hui, constata Elodie.

- Il est juste fatigué, justifia Cléo, on n'a pas très bien dormi.

- C'est tout à fait compréhensible, aller va t'entraîner ma grande, Eleonora et moi allons débarrasser.

Cléo sourit tout en quittant la table. Elodie se leva et commencer à mettre les assiettes et les couverts dans l'évier. Eleonora l'aida. Tout en faisant la vaisselle, elles discutèrent :

- J'ai envoyé un message au Consul à Idris. Je lui ai expliqué qui tu étais et de m'envoyer ce qu'il comptait faire de toi.

Un sourire malicieux éclairait son visage. Eleonora aimait bien Elodie, elle avait quelque chose dans son regard qui incitait à la confiance.

- Je n'ai jamais entendu parlé d'Idris, c'est dans quel pays?

- Dans aucun, Idris est un pays. Il est situé entre l'Allemagne, la France et la Suisse. Il est inexistant pour les Terrestres, c'est pour cela que tu n'en as jamais entendu parlé. Si un Terrestre traverse une frontière, il se retrouve directement dans l'autre pays, il ne passe même pas par Idris.

Sous le regard stupéfait de la jeune fille, elle dit :

- Magique, hein ? Et encore tu n'as pas vu Alicante, la capitale et unique ville. Il n'y a pas de mots pour décrire la cité de verre. C'est juste… magique. Je pense que tu y iras bientôt. Je l'espère pour toi. Aller ! Fini la vaisselle ! Je t'emmène faire le tour de l'Institut !

Elle jeta son torchon sur le plan de travail et sortit de la cuisine. Eleonora la suivit un sourire aux lèvres.

J'adore cette femme !

Elle lui montra d'abord, la grande salle à manger, et le salon, puis elles montèrent au premier étage où il y avait les chambres.

- Waouh ! Il y a combien de chambres ? On dirait un hôtel.

- C'est parce que ça en est un. Il y a des Instituts partout dans le monde, ils offrent un refuge pour les Chasseurs d'Ombres.

- C'est ouvert à tous ?

- Bien sûr, l'Institut appartient à tous.

- Mais tu n'en es pas la directrice ?

- Directrice oui, pas propriétaire. Je me contente de tenir la maison, et de gérer les affaires avec les Créatures Obscures du coin, c'est tout. Mon job s'arrête là, je n'ai même pas le droit de refaire la déco pourtant ça me démange de le faire. Oh ! Et pour répondre à ta question initiale, on peut accueillir une centaine de Néphilims.

Elles montèrent au deuxième étage. Là, il y avait encore quelques chambres, l'infirmerie mais elles n'y entrèrent pas de peur de réveiller Matthieu.

- Là, la porte de gauche, c'est mon bureau. Tu peux frapper à ma porte quand tu veux j'y suis plus souvent que dans ma chambre. Et là, la porte du fond, c'est la surprise. On y entrera en dernier.

Oh ! La torture !

A contre-cœur, Eleonora suivit Elodie au troisième et dernier étage.

- A ta gauche, ce trouve les vestiaires, première porte pour les hommes, deuxième pour les femmes. A ta droite, il y a l'armurerie. Vas-y entre.

La pièce était grande et lumineuse. Toutes sortes d'armes tapissaient les murs : couteaux, épées, sabres, haches et plein d'autres dont Eleonora ignorait le nom. Une idée frappa la jeune fille.

- Mais, il n'y a pas d'armes à feu !

- Et non, on est plutôt de la vieille école chez les Chasseurs d'Ombres. Tiens, viens par ici je voudrais te montrer quelque chose.

Elle tenait dans sa main, une sorte de tube assez long.

- Ceci est un poignard séraphique. Oui, ça en a pas l'air comme ça mais attend de voir. Amriel !

Le tube se transforma en une lame qui émettait une lueur bleuté.

- Quand tu prononces le nom de l'arme, elle s'active.

- Comment sait-on le nom de l'arme ?

- Quand un Néphilim obtient un poignard séraphique, il le baptise avec un nom d'ange, sauf Raziel ça porte malheur. Allons voir la salle d'entraînement.

Elles sortirent de l'armurerie et entrèrent dans la pièce du fond… et passèrent à deux doigts de la mort !

- Enzo ! rugit de colère Elodie, la cible est là-bas ! Ton couteau est passé à deux doigts d'Eleonora. Tu aurais pu la tuer.

- Aucun danger Elodie, c'était maîtrisé .

Celle-ci récupéra le couteau planté dans le mur et le lança dans le mannequin de chiffon à côté d'Enzo.

- Ouch ! En plein dans les parties intimes… j'aimerai pas me fâcher avec toi Elodie.

- Eleonora, je vais te faire faire le tour de la salle, Cléo la prit par le bras et l'entraîna vers le centre de la pièce, là il y a les mannequins pour s'entraîner à manier l'épée, le sabre, pour se mettre dans des conditions qui ressemblent à vrai combat. Sur le mur du fond, il y a des cibles pour tout ce qui est armes de lancer, là il y a des tapis pour les corps à corps. Il y a des poutres là-bas pour travailler son agilité. Et bien sûr, toutes les machines de muscu sont dans le coin, là-bas. Sans vouloir, être méchante, je pense que tu en auras besoin. Oh ! Je viens d'avoir une idée ! Je vais être ta coach personnelle ! Ça te dit ? On commence demain matin !

Génial ! J'espère qu'elle va me laisser ma grasse matinée quand même…

- Prête pour ma surprise Eleonora ? Lui demanda Elodie, aller on redescend !

En moins de deux, elles étaient au second. Eleonora était tout excitée de découvrir ce qu'il se cachait derrière la porte. Pour l'embêter Elodie prit tout son temps pour ouvrir la porte. Mais une fois qu'elle l'eut fait, la jeune fille en resta bouche-bée. Devant ses yeux se trouvait la plus grande bibliothèque qu'elle n'avait jamais vu. Des étagères croulant sous les livres tapissaient les murs du sol au plafond. Il y avait des tables de travail au centre de la pièce.

- Waouh ! C'est géant ! J'adore !

- Je m'en doutais. J'adore cet endroit aussi. Tu y trouveras tous les livres nécessaires pour enrichir ta culture sur le Monde Obscur. Je t'ai préparé une petite pile sur la table là-bas. Ce sont des livres que l'on donne aux enfants pour leur éducation, ils sont plus simples à comprendre que les autres.

Je dois retourner travailler. Tu as des questions ?

Oh oui, elle avait une qui la démangeait depuis hier.

- Est-ce que mes parents sont des Chasseurs d'Ombres ?

- Au moins l'un des deux ?

- Tu crois que tu les connais ?

- C'est fort probable, on se connaît plus ou moins tous. Je ne peux pas te dire qui sont tes parents, Eleonora mais tu peux être sûre que ce n'est pas de gaieté de cœur qu'ils se sont séparés de toi. Les enfants sont sacrés. Si tu as d'autres questions, passe me voir dans mon bureau.

Sur ces mots, elle sortit. « Les enfants sont sacrés ». Elle avait l'air tellement triste quand elle a dit cela. Peut-être avait-elle des enfants ? Mais où seraient-ils ? Non, il est plus probable qu'elle n'en a pas eu et que cela la rende triste.

Eleonora s'installa à la table et ouvrit le premier ouvrage sur les différentes espèces du Monde Obscur. Elle avait à peine commencé le premier chapitre que quelqu'un entra dans la bibliothèque. Elle leva la tête, Matthieu s'installait en face d'elle.

- Salut Eleonora.

- Salut Matthieu.

- Tu vas bien ?

- Et bien je n'ai pas été empoisonnée par un démon-crocodile géant donc c'est plutôt à toi qu'il faut poser cette question. Alors tu vas bien ?

- Comme un homme qui vient de passer à côté de la mort, super bien ! Mais ce n'est pas moi qui a vu sa vie bouleverser en une soirée. Alors tu vas bien ?

- Je ne sais pas… J'aime beaucoup cet endroit, j'ai toujours voulu quitter l'orphelinat mais…

- Tu regrettes ?

- Non, pas du tout. Je ne sais pas comment le dire. C'est juste que les démons et tout ça… c'est …

- Flippant ?

- Oui. C'est ça. Je me sens pas l'âme d'un Chasseur d'Ombres.

- Personne ne se sens l'âme d'un Chasseur d'Ombre. Qui n'est pas terrifié par ces monstres ? Sérieusement, ils sont carrément flippants ! Je vais te raconter un secret. La première fois qu'Enzo a vu un démon, il s'est fait dessus et il avait pas cinq ans.

Eleonora pouffa.

- Quoi ? Tu ne me crois pas ? Mais c'est vrai ! Demande à Cléo, elle te le confirmera.

- Pfff… Et tu vas me dire que toi, par contre, tu es l'exception qui confirme la règle, que tu as tué ton premier démon à mains nues…

- Euh non, parce que 1) personne ne tue un démon à mains nues et 2) mon cerveau avait cessé de fonctionner à cause de la peur…

Matthieu lui souriait et la regardait droit dans les yeux.

Waouh ! Ses yeux ! Des yeux verts comme ça c'est du jamais vu !

- Elodie, t'as dit ce que l'Enclave a prévu pour toi ?

- Je crois qu'elle n'a pas encore reçu de réponses.

- Je pense qu'ils vont te laisser le choix.

- Un choix ?

- Entre l'Académie, l'école de Chasseurs d'Ombres à Idris ou un Institut.

- Ça serait cool de rester ici. Cléo s'est déjà proclamée comme étant ma coach personnelle.

- Ça ne m'étonne pas ça, Cléo aime bien diriger les gens. Mais t'inquiète pas ta torture ne durera pas longtemps.

Hein ?

- Pourquoi ?

- Il va bien falloir qu'on rentre à Marseille un jour. C'est cool Paris mais bon le sud c'est plus sympa que la grisaille du nord.

- Ouais...

Ces mots rendit triste Eleonora. Elle s'était faite des amis et apprendre qu'ils pouvaient bientôt partir lui brisa le cœur.

- Mais j'y pense, tu as un troisième choix .

- Ah oui ?

- Tu peux retrouver ta famille. Elodie sait peut-être quelque chose…

Eleonora secoua la tête :

- Non, elle ne sait pas qui pourrait être mes parents. Elle dit que personne n'aurait sciemment abandonné un enfant…

- Tu veux enquêter ?

- Avant, j'aurais dit non parce que je pensais que si j'avais été abandonnée c'est parce qu'on voulait pas de moi. Maintenant,j'ai envie de savoir. Je pense qu'il est arrivé quelque chose... enfin c'est le pressentiment que j'en ai, peut-être que c'est pas le cas…

- Il faut toujours suivre ses pressentiments. Et tu sais quoi je vais t'aider à retrouver tes parents ! Je ne sais pas comment mais je vais le faire !

Eleonora sourit face à son engouement, il lui rendit son sourire. Les fossettes qui creusèrent les joues du jeune homme firent fondre le cœur de la jeune fille.

Leo ferme la bouche, si tu ne veux pas qu'il te voit baver devant lui !