Chapitre VII
Ils attendaient tous les quatre Elodie dans le hall d'entrée. Eleonora était nerveuse. Il y avait de quoi. On venait de lui révéler une prophétie : « Le Yin et le Yang réunis libéreront le feu et la glace. Ensemble ils réaliseront de grands desseins. ». Elle était le Yin. Elle ne savait pas très bien ce que cela signifiait. Mais au fond d'elle, elle savait que cela n'amènerait rien de bon. Un frisson la parcourut. C'était la peur, la peur de l'avenir beaucoup trop incertain. L'inconnu fait peur c'est notre caractéristique d'humains.
Pas tout à fait d'humains… On dira plus caractéristique de mortels. Les sorciers ont peut-être aussi peur de l'inconnu…
Enfin, Elodie arriva, un sac de voyage à la main.
- Bon allons, il nous faut nous dépêcher, Eva nous attend à la gare de Lyons.
Quelques minutes plus tard, ils déambulaient d'un pas rapide dans les rues parisiennes. Il faisait nuit et une légère neige tombait. Tout était calme. Ils croisèrent juste quelques hommes et femmes, de la nuit, entendez par là Terrestres de la nuit. Quelque chose chiffonnait Eleonora :
- Je suppose qu'il n'y a pas de train pour aller à Idris, ou du moins de train Terrestre. On va devoir foncer dans un mur pour arriver au quai 9 ¾ ?
Ses compagnons la regardèrent comme une extra-terrestre. Apparemment, on n'a pas les mêmes références littéraires dans le Monde Obscur.
- Tu vas voir Eleonora, ce sera plus rapide que le train, lui dit Matthieu.
Eleonora énuméra dans sa tête les moyens de transport les plus rapides que le train, jusqu'à ce qu'ils arrivent à la gare. Elle en avait conclu qu'ils se rendraient à Idris soit par avion, soit par hélicoptère, soit par transplanage.
La gare était quasiment déserte, seulement quelques SDF qui cherchaient à s'abriter du froid. Eleonora remarqua, avec désespoir, qu'il s'agissait principalement de femmes. Elles cherchaient la sécurité des agents de sécurité.
Elodie conduit les jeunes vers les toilettes pour femmes. Eleonora hésita. Etait-ce leur destination ou Elodie avait-elle besoin d'aller aux toilettes ? Cléo lui fit signe de se dépêcher. Apparemment, c'était leur destination puisque les garçons les suivaient.
On va peut-être pas passer par le quai 9 ¾ mais par les toilettes…
Elodie poussa la porte. Se trouvait dans la pièce, Eva qui faisait les cent pas le long des lavabos.
- Ah ! Enfin ! Vous, les jeunes, il faut vraiment que vous appreniez la ponctualité.
Les jeunes ?! elle n'est pas beaucoup plus vieille que nous !
Au moment où elle formulait cette pensée, Eleonora se rappela que les sorciers étaient immortels. Eva semblait si jeune, une vingtaine d'années pas plus, et pourtant elle pouvait avoir plus de deux cents ans.
La sorcière ouvrit une des portes sur laquelle trônait un panneau « WC hors-service ».
Waouh ! C'est carrément plus la classe que de mettre les deux pieds dans la cuvette.
Au lieu de trouver des toilettes, comme d'ordinaire, il y avait un mur d'eau bleu azur avec des reflets argentés. Il y avait même des remous. Ce n'était probablement pas de l'eau mais c'était envoutant.
Eleonora s'approcha un peu plus. Elle se sentait comme appelée par cette eau. Elle tendit la main mais Enzo la retint et enserra son poignet.
- Attention, tu ne voudrais pas te retrouver dans un lieu infesté de Créatures Obscures.
Eleonora se ressaisit et recula. Enzo lâcha délicatement son poignet.
- Comment ça marche ? demanda-t-elle.
Il y a un système runique démoniaque, tout autour du cadre, qui indique une destination mais ce n'est pas précis. Il faut faire marcher son imagination petite Néphilim, et penser très très fort à l'endroit où tu veux te rendre.
- Mais, je ne connais pas l'endroit où je veux aller ! dit-Eleonora paniquée.
- Tu sais que tu vas à Idris ?
- Oui
- Alors tu y seras.
- Mais…
- Ne t'inquiète pas, Nora, on passera ensemble, la rassura Cléo.
- Il est l'heure, ils ont ouvert de l'autre côté, dépêchons, déclara Elodie.
Sur ces mots, elle disparut dans le portail. Enzo la suivit. Avant de traverser le portail, Matthieu adressa un petit sourire d'encouragement à Eleonora.
Cléo lui prit la main.
- On y va ?
Eleonora hocha la tête. Elle ne pouvait pas faire autrement de toute façon. Inconsciemment, elle retint sa respiration avant d'entrer dans le portail. Elle se répétait mentalement le nom « Idris ». Elle se laissa guider par Cléo. Mais c'était comme si elles étaient dans une mer déchaînée. Une bulle d'eau l'éloigna de sa guide. Quelque chose la tirait, quelque chose de fort. Elle avait beau serrer de toutes ses forces la main de son amie, elle la lâcha. Elle fut tirée en arrière. Elle cria. Elle perdit de vue Cléo qui avait dû déjà être à Idris. Eleonora fut projetée à l'extérieur du portail.
Elle atterrit sur un sol mou dans lequel elle s'enfonça.
Mou et froid !
Elle se releva d'un bond. Un mal de tête la fit s'asseoir de nouveau. Elle attendit quelques minutes que ses vertiges cessent. Elle se releva doucement. Elle était seule. Il faisait nuit noire. Il y avait une tempête de neige. Elle ne voyait rien. Et il faisait froid, bien plus froid qu'à Paris.
Ne pas paniquer ! Ne pas paniquer ! Respire profondément Léo ne cède pas à la panique !
Ces pensées positives ne fonctionnaient pas : Eleonora paniqua. Les larmes roulèrent sur ses joues comme un torrent. Elle suffoqua à cause de ses pleurs. Qu'allait-elle devenir ? Elle était seule au milieu d'une tempête de neige, en pleine nuit alors que quelqu'un essayait de la tuer !
Soudain, elle sentit un mouvement derrière elle. Elle fit volte-face. Son cœur s'emballa. Deux yeux jaunes luisant la fixaient. Elle recula doucement mais trébucha et tomba les fesses dans la neige. Les yeux se rapprochèrent. Elle pouvait maintenant voir leur propriétaire et surtout sentir son souffle. C'était un énorme loup au crocs brillants.
