Chapitre 9
Le loup se rapprochait dangereusement. Eleonora chercha autour d'elle quelque chose qui pouvait lui servir d'arme mais il faisait nuit noire, elle ne voyait rien. Soudain, le loup s'arrêta. Il leva son museau. Il semblait humer l'air. Puis, il plongea ses yeux jaunes dans les siens. Quelque chose en lui changea. Il se contractait, se convulsait. Son museau se rétracta, ses poils disparurent un à un. Peu à peu, ses pattes avants se transformaient en bras et les pattes arrières en jambes. Ses griffes sont devenues des ongles sales. Sans qu'Eleonora comprenne, le loup n'avait plus rien d'un loup. Un jeune homme au corps massif lui faisait face. Ses muscles saillants se contractaient sous sa respiration haletante. Du loup, il ne restait que les deux yeux jaunes. Soudain, une pensée traversa Eleonora.
Il est complètement nu !
La jeune fille détourna les yeux, gênée. L'ancien loup prit la parole. Mais il ne s'exprimait pas en français. Quelque chose dans son regard montrait qu'il avait compris que la Néphilim ne parlait pas la même langue.
- Why are you here ? Dit-il dans un parfait anglais.
- I'm lost, répondit Eleonora qui avait quelques notions dans la langue de Shakespeare.
- Where did you come from ?
- Paris.
Les deux yeux jaunes la transperçaient comme s'ils essayaient de lire en elle.
Peut-être est-ce le cas ?
- A gate ?
- Yes.
- Follow me.
Il tourna les talons et en moins de deux, il se transforma en loup. Il disparut dans la tempête. Eleonora se leva et le suivit tant bien que mal. Ne voyant rien dans l'obscurité, elle se laissa guider par les yeux luisants. Après ce qui lui semble une éternité, ils arrivèrent à une route, au bord de laquelle était garée une moto.
Le lycan avait repris forme humaine. Il récupérait des vêtements dans une des sacoches du deux roues et s'habillait. Il tendit une veste à Eleonora, et s'installa sur la moto. Il fit signe à la jeune fille de monter derrière lui. Elle hésita. Devait-elle lui faire confiance ? Peut-être que les Juliot et Elodie allaient-ils venir pour elle ? Et si ce n'était pas le cas ? Elle ne pouvait pas se permettre d'attendre dans le blizzard. Le loup-garou la regarda avec insistance.
Roooh ! Et puis zut !
Ses amis allaient bien la retrouver. Ce sont des Chasseurs après tout. Elle monta sur la moto. Sans attendre plus longtemps, ils se mirent en route. Enfin, si on pouvait appeler ça une route. C'était plutôt un chemin sinueux entre les congères où les plaques de verglas menaçaient de faire glisser les usagers.
Après plusieurs minutes où le vent glacial accentué par la vitesse du véhicule fouettait le visage d'Eleonora, ils arrivèrent devant une grande demeure. C'était un manoir digne du comte Dracula. Peut-être était-ce vraiment le sien ?
Ne sois pas stupide Léo, un loup-garou ne t'emmènerait jamais chez un vampire…
La jeune fille descendit de la moto. De plus près, le bâtiment était encore plus impressionnant. Il donnait la chair de poule. Eleonora frissonna sous la veste trop large. Un son de cloche la fit sursauter. Elle se retourna. Le loup-garou tenait dans ses mains une corde qui était reliée à une cloche accrochée à un arbre. Quelques secondes plus tard, la porte d'entrée s'ouvrit.
- Come on, dit le garçon en la précédant.
Flippant...
Elle le suivit, faisant attention à ne pas glisser sur les marches du perron verglacées. Ils entrèrent dans le manoir.
Waouh !
Une chaleur bienveillante les enveloppa. L'intérieur ressemblait à l'Institut de Paris: de riches tapis, des meubles dignes du Roi Soleil... Peut-être que ce n'était pas un vampire qui vivait là finalement. Une petite femme d'un âge avancé vint à leur rencontre. Elle se mit à parler très vite dans la même langue que le loup-garou.
Russe ? Néerlandais ?
Elle prit Eleonora par les épaules avec des manières mi-rudes mi-bienveillantes. Elle la mena dans un fauteuil près d'une grande cheminée. Elle la força à enlever ses deux vestes trempées par la neige et l'enveloppa dans un vieux plaid. La petite femme s'adressait au lycan, celui-ci se contentait de grommeler. Elle le chassa d'un geste de la main. Il quitta la pièce et la vieille femme le suivit. Eleonora se retrouva seule dans cette grande pièce. Mais bizarrement, la peur qu'elle ressentait depuis son atterrissage disparaissait peu à peu. Cette maison avait quelque chose de familier, grâce à sa ressemblance avec l'Institut peut-être…
La vielle femme revint avec une tasse fumante qu'elle tendit à Eleonora. Celle-ci la prit, c'était un chocolat chaud à l'odeur alléchante. Avant qu'elle ne put tremper ses lèvres dans ce breuvage aux airs délicieux, le loup-garou revint accompagné d'un homme. Il avait une trentaine d'années et pourtant ses cheveux étaient grisonnants. Son style vestimentaires jurait avec la décoration du manoir. Il portait un bas de jogging éliminé et un gilet en laine bien trop grand pour lui. Il s'arrêta quelques secondes dans l'encadrement de la porte. Il la dévisageait étrangement.
En même temps Léo comment veux-tu qu'il te dévisage ? Tu as atterri au milieu d'une tempête de neige, tu dois ressembler à un yeti...
Il s'agenouilla près d'Eleonora et lui tendit la main. Eleonora fit de même après quelques secondes d'hésitations. Il sortit sa stèle et commença à tracer une rune sur le creux du poignet de la jeune fille. C'était la première Marque qu'on lui traçait. Une chaleur se dégageait de la stèle, ça devenait de plus en plus chaud, ça brûlait presque quand il termina.
« C'est pas agréable, je te l'accorde, lui dit l'homme en français.
En français ? c'est louche Léo ! Il te connaît ! Il fait peut-être partie des gens qui veulent te tuer !
- Vous êtes français ?
Il ne semblait pas prêt à entendre une question aussi directe. En même temps, il y a mieux comme interrogations quand on se retrouve dans un endroit totalement inconnu.
- Non, je ne suis pas français, mais si j'avais su que toi, tu l'étais, je ne t'aurai pas torturer avec ma stèle. J'ai quelques notions dans la langue de Molière, une bonne amie à moi me la apprise il y a bien longtemps, Elodie qu'elle s'appelait, qu'elle doit encore s'appeler, j'espère.
Il la dévisageait en quête d'une réaction. Cela ne faisait aucun la Elodie dont il parle est la Chasseuse d'Ombre qu'Eleonora connaît.
- Où suis-je ? Demanda la jeune fille pour changer de sujet.
- Dans mon modeste Institut, je suis Boris Pachkov.
Ce nom disait quelque chose à Eleonora mais elle n'arrivait pas à se souvenir où elle l'avait entendu.
- Et toi qui es-tu ?
- L'Institut d'où ?
- Saint-Pétersbourg, dit-il d'un ton patient bien qu'Eleonora est sciemment éviter sa question.
- La Russie… ça explique le froid…
- Je vois que tu as de l'humour mais je ne peux pas accueillir dans mon Institut une jeune Néphilim ne possédant pas la Marque de Seconde Vue, perdue dans le blizzard, sans connaître son identité. Qui es-tu ?
Il la regardait avec une telle intensité qu'elle avait envie de tout dévoiler. Mais elle devait être prudente, elle ne connaissait pas encore les intentions de cet homme. Elle devait lui répondre mais en lui disant le moins possible.
- Je m'appelle Eleonora et je viens de Paris.
Les yeux de l'homme se mirent à briller. Il la connaissait, cela ne faisait aucun doute.
- Mais comment saviez-vous que j'étais une Néphilim ? Comme vous l'avez si bien remarqué je n'ai pas la Marque.
- Tu pues le Néphilim, intervint le loup-garou.
- Et toi, tu sens le chien mouillé !
Bravo Léo, tu l'as dit tout fort ! Quelle bonne idée que d'énerver un loup-garou !
- Je n'en étais pas sûr à 100 % mais bon j'ai pu tracer une Rune, répondit Boris Pachkov.
Soudain, une douleur se déclara au niveau de son aine droite, de sa tâche. Quelques secondes plus tard, la porte d'entrée claqua :
- Igor, toujours là pour profiter du délicieux chocolat chaud de Nanny ! Déclara une voix rieuse.
La douleur dans l'aine droite d'Eleonora augmenta. C'était comme un feu intérieur. Ça la brûlait. Elle se tordit de douleur renversant le contenu de sa tasse sur le directeur de l'Institut. On entendit un grand boum dans le couloir. Mais Eleonora ne vit pas plus. Sa vision se brouilla, elle entendit juste des bruits sourds, puis plus rien. Elle avait perdu connaissance.
