J'ouvre les yeux lentement, toujours à moitié endormie. J'entends d'une oreille distraite le pilote nous remercier d'avoir choisi sa compagnie aérienne. Le vole s'est bien passé, je n'ai même pas vu les temps s'écouler, j'étais plongée dans un bon livre. Je patiente sagement confortablement installée dans mon siège, le temps que tout le monde sorte de l'appareil. Je n'aime pas être bousculée dans tous les sens, or mes compagnons de voyage semblent tous pressés de sortir de la coque de métal qui nous a gardé plusieurs heures dans ses entrailles. Une fois certaine que je ne risque plus de me faire pousser par n'importe qui, je récupère mon sac de voyage et descends de l'avion en adressant mon plus beau sourire à la charmante steward qui m'a rendu la traversé plus...agréable dirons nous. Un soupire d'aise m'échappe lorsque je repense à mes ébats avec cette charmante blonde.

Je regarde ma montre et grimace en voyant l'heure, je suis en retard et je sais par avance que cela ne va pas plaire à Louveteau. Je récupère ma valise sans me presser, retard pour retard, peu importe maintenant. Ma prédiction se réalise lorsque j'arrive dans le hall de l'aéroport où m'attend une charmante brune qui semble mécontente. Je suis heureuse de la revoir, notre dernière rencontre remonte à plusieurs mois. Elle est légèrement plus petite et menue que moi, je remarque qu'elle a toujours la même coupe de cheveux, ses yeux me lancent des éclairs lorsqu'elle m'aperçoit.

-Tu exagères ! Comment peux-tu être aussi en retard alors que j'ai vu tous les autres passagers défiler un à un devant moi ? S'exclame mon amie.

Je hausse les épaules avec un grand sourire, je sais qu'elle ne résistera pas bien longtemps à ma mine réjouie. Encore une fois, mes suppositions sont exactes et je vois mon amie sourire à son tour avant de se jeter dans mes bras. Je la réceptionne tant bien que mal, amusée par son exubérance.

-Tu m'as tellement manqué ! Chuchote-elle, un sanglot perceptible dans sa voix alors que ses mains s'agrippent à ma chemise à carreaux rouges.

Je la sers plus fort contre moi pour lui faire comprendre qu'il en est de même pour moi. Je ne suis pas une grande bavarde et elle le sait, elle me connait tellement bien.

Une fois les effusions de joie mêlées de larmes terminées, nous sortons du bâtiment puis nous dirigeons vers le parking. Je soupire en levant les yeux au ciel devant la voiture qu'elle a choisi de louer, une audi noire décapotable.

-Quoi ? Ne me regarde pas ainsi voyons. Avoue qu'elle est cool !

Je rigole en mettant ma valise et mon sac dans le coffre de la voiture. Je ne suis pas surprise par son choix de véhicule, elle aime la vitesse depuis toujours. Je m'installe sur le siège passager pendant que mon amie prend la place du conducteur. Je vois la satisfaction briller dans ses yeux bruns lorsqu'elle allume le moteur qui ronronne. Elle sort lentement du parking, soucieuse de ne pas abimer son nouveau jouet.

Louveteau m'a vraiment manqué, nous nous connaissons depuis maintenant 6 ans et n'avons jamais vécu sur le même continent. Depuis des années, l'une rend visite à l'autre pendant les vacances d'été durant plusieurs semaines. Je chéris chacun de ses moments, le plaisir de la revoir me fait oublier le calvaire qui m'attend d'ici quelques heures.

- Retire-moi cet air sinistre de ton visage Ourson. M'ordonne-t-elle en me regardant du coin de l'œil.

Je souris instantanément en l'entendant prononcer ce surnom. C'est un petit truc entre nous, nous ne nous appelons presque jamais par nos prénoms et ce depuis le début. Les seules exceptions sont lorsque l'une de nous est en colère contre l'autre, ce qui arrive peu souvent. Elle est fan de tout ce qui peut entourer les loups, quand a moi ma grande proportion à dormir n'importe quand voir même à hiberner en hiver et à manger n'importe quoi lui a toujours fait pensé à un ours, d'où nos surnoms.

-Qu'est-ce qui ne va pas ? Tu n'es pas heureuse de me voir ?

Mon air choqué doit être une réponse suffisante car elle éclate de rire. Bien sûr que je suis heureuse de la voir.

-C'est à cause du mariage ? Tu redoutes de LA voir ? Me questionne-t-elle doucement.

Je détourne le regard, me concentrant sur le paysage. La circulation est peu dense et très vite les bâtiments laissent place à des champs. Mon amie accélère sur la route déserte, attendant patiemment que je réponde à sa question mais je me mure dans le silence. Je n'ai pas envie d'en parler, ni d'y penser. Pourtant j'y pense depuis des mois, depuis que j'ai reçu ce sms de malheur. Je vivais bien avant, je ne me posais pas trente six milles questions, je ne redoutais pas d'assister au mariage d'une de mes meilleurs amies mais ce message à tout changer. Je sors mon téléphone de ma poche et ouvre la conversation que j'ai avec mon amie Octavia. Je fais défiler la conversation jusqu'à trouver ce que je cherche.

« Je suis tellement contente que tu viennes à mon mariage et Lincoln aussi a hâte de te voir ! Ca fait tellement longtemps qu'on ne s'est pas vu. Tu as vraiment abusé en partant si loin de nous tous... On se revoit le 18 Juillet ma belle bisous 3

Ps : Elle sera là aussi, j'espère que ça ne te pose pas trop de soucis »

Je sers mon poing libre pendant que la colère me submerge. Bien sûr que ça me pose un souci de savoir qu'ELLE sera là. J'ai failli annuler mon voyage en France quand j'ai appris la nouvelle, c'est Louveteau qui m'a convaincu de ne pas le faire. Octavia est mon amie et son mariage est tellement important pour elle que je serais une bien piètre amie si je n'étais pas présente.

J'inspire profondément en fermant les yeux pour me calmer. Je ne me mets pas facilement en colère d'habitude mais CETTE fille me rend dingue, littéralement. Une fois l'énervement passé, je me retourne vers mon amie.

-Merci d'avoir accepté de m'accompagner. Ma voix ne tremble pas, je n'aime pas parler mais j'ai toujours su m'exprimer clairement sans que mes émotions ne paraissent.

Elle me sourit gentiment, consciente que mes remerciements sont sincères.

Lorsque je l'ai appelé une semaine après avoir reçu le message d'Octavia pour lui demander de m'accompagner à un mariage elle a tout de suite accepté, repoussant ses projets de vacances pour moi. Nous devions nous voir chez moi à Londres durant le mois d'août comme chaque année depuis mon déménagement, pourtant elle a avancé son voyage pour me soutenir. Son vol depuis Québec a atterrie quelques jours plus tôt que moi et elle en a profité pour visiter la région alsacienne en attendant mon arrivé.

Elle allume la radio et nous avalons les kilomètres dans une ambiance tranquille et sereine. Le soleil caresse ma peau agréablement pendant que le vent fait volter mes longs cheveux bruns. Je juche mes ray ban aviator noires sur mon nez et je vois Louveteau pouffer de rire. Elle se moque de mon choix de lunettes de soleil, selon elle, j'ai trop regardé Top Gun mais tant pis pour elle, moi j'aime ce style.

Quelques heures plus tard, après avoir traversé plusieurs cols aux virages abruptes, nous arrivons dans une charmante petite vallée bordée par un lac, la forêt tout autour de nous nous coupe du reste du monde. Plusieurs canoës voguent sur la surface brillante de l'eau azur. La voiture s'enfonce dans une allée menant à un gigantesque chalet dans lequel le mariage doit se dérouler et les inviter loger quelques jours. Les époux ne seront unis que demain, ce soir une soirée de vie de jeune fille est prévue sur place avec les amies et les membres féminins des familles des époux pendant que les amis de Lincoln et le reste de la famille feront la fête dans la ville la plus proche à une quinzaine de kilomètres de là.

Les pneus de la voiture crissent sur les graviers pendant que mon amie se gare sur un parking à moitié plein. Je suis soulagée de constater que nous ne sommes pas les dernières arrivées. Nous sortons du véhicule et récupérons nos affaires. J'enfile ma veste en cuir, dont je ne me sépare que très peu souvent et prends mon sac de voyage pendant que mon amie se débat pour faire rouler sa valise dans les graviers.

Alors que nous nous dirigeons vers l'entré de la bâtisse, une grande brune aux yeux pétillants court vers nous le sourire aux lèvres. Pour la seconde fois aujourd'hui, je dois rattraper in extremis l'une de mes amies. Je la fais tourner dans les airs pendant que sa robe d'été virevolte. Je la repose au sol et me décale légèrement pour inclure mon amie canadienne dans la conversation.

-Je suis tellement heureuse que tu sois enfin arrivée Lexa ! Et tu dois être le louveteau de miss mutisme non ? Demande Octavia fière de sa blague alors que je me renfrogne un peu.

-Oui c'est tout à faire ça ! Ravie de te rencontrer et mes félicitations pour ton futur mariage.

Je sens d'ores et déjà que c'est deux là vont bien s'entendre. Nous échangeons quelques banalités sur nos voyages respectifs puis Octavia nous invite à la suivre pendant qu'elle nous fait une visite sommaire du chalet. Le salon est gigantesque comme le reste du bâtiment. Elle nous montre la cuisine à la pointe de la technologie mais je m'en désintéresse rapidement. Je n'ai jamais été une grande cuisinière. Mon intérêt se ravive lorsqu'elle nous fait visiter la bibliothèque. Les murs sont couverts de bibliothèques remplies à rebord de livres. Cependant ce qui attire véritablement mon regard est le magnifique piano au fond de la pièce, juste à côté d'une fenêtre donnant sur le lac. Elle nous quitte la pièce et nous la suivons à l'étage où elle nous montre nos chambres respectives.

Le chalet est vraiment immense et contient des dizaines de chambres, ce qui va sûrement poser un problème pour se repérer lorsque les invités auront un ou deux verres de trop dans le nez. Je mémorise l'itinéraire pour parvenir à la mienne ne souhaitant pas me retrouver dans la chambre d'un ou d'une inconnue par mégarde. Quoique si l'inconnue en question est une jolie jeune femme, je ne ferais pas trop ma difficile. Celle de Louveteau est à côté de la mienne, bien qu'elle soit comptée comme mon « plus un », Octavia m'a assuré qu'elle n'aurait pas à partager ma chambre, la place ne manquant pas. Je me rappelle lorsque j'ai annoncé la nouvelle à mon amie canadienne, elle a fait un mauvais sous-entendu graveleux et je me souviens en avoir ri de longues minutes. Nous avons toujours eu une relation un peu ambiguë, une sorte de jeu de séduction toujours présent sans que cela n'altère notre amitié pour ma plus grande joie. Je ne sais pas ce que je ferais si je devais la perdre à cause d'une histoire entre nous deux qui aurait mal fini.

Octavia nous abandonne à nos chambres respectives et je salue ma canadienne avant de pénétrer dans la mienne. Je laisse mes affaires en plan dans la pièce sans défaire mes bagages puis vais m'écrouler sur le lit moelleux gigantesque qui occupe la pièce spacieuse décorée avec goût. Je ne compte absolument pas ranger mes affaires dans les grands placards que je vois sur le côté gauche de la pièce, nous ne restons que deux nuits. Je rigole sous cape en pensant aux réprimandes que Louveteau ne manquera pas de me faire. J'entends d'ici sa voix prendre un timbre sévère pour me dire que mes vêtements seront tous froissés et que je devrais les ranger et non les laisser dans ma valise.
Couchée sur mon lit, je mets mes écouteurs et ferme les yeux. Je me laisse emporter par la musique qui me berce. La soirée ne sera que dans plusieurs heures, j'ai largement le temps de faire une petite sieste. Je m'endors en imaginant ce qu'il pourrait se passer à cette soirée, ce qui pourrait se passer lorsque je la reverrais ELLE.

Je m'éveille progressivement, les rayons du soleil déclinant caressent mon visage. Je grogne légèrement, j'aurais bien voulu rester un peu plus longtemps au lit mais un coup d'œil à la montre attachée à mon poignet droit m'indique que je ne peux plus me permettre ce petit plaisir. Il me reste moins d'une heure pour me préparer et je ne dois surtout pas être en retard si je ne veux pas qu'Octavia me passe un savon. Autant Louveteau ne m'impression pas avec ses gros yeux, autant si Octavia se met en colère contre moi, je ne donne pas cher de ma peau.

Je retire mes écouteurs branchés à mon téléphone et mets la musique à fond. Alors que je me dirige vers la salle de bain, j'entends quelqu'un toquer à ma porte. Je jure tout bas, je n'ai pas le temps pour cela. Je fais mine de ne rien avoir entendu et reprends mon chemin. Je me déshabille rapidement et file sous la douche. L'eau brûlante cascadant sur mon corps finit de me réveiller. Je cherche du regard le shampoing puis m'en saisis et entreprends de laver mes longs cheveux bruns. Une fois la tâche réalisée, je m'occupe de mon corps puis sors de la douche. La douche n'a pas duré très longtemps et je constate que j'ai largement assez de temps. J'enroule une serviette blanche autour de moi lorsque je réalise que j'ai oublié de prendre mes vêtements avec moi dans la salle d'eau. C'est en sortant de la salle de bain que je perçois des coups répétitifs à la porte de ma suite. Le son m'agace rapidement pendant que je cherche dans ma valise une tenue décente pour ce soir. J'ai beau me dire que la personne qui s'est mis en tête de défoncer ma porte va partir si je ne réponds pas, je perds patience. Je me dirige alors rapidement vers la porte et l'ouvre brutalement.

-Quoi ? Je demande avec énervement.

Une jeune femme blonde, dans la vingtaine, sursaute et recule d'un pas.

-Je suis désolée, je...Lexa ? C'est bien toi ? Me demande la jeune femme.

Je reste interdite quand je réalise de qui il s'agit. Mes exes ont-elles décidé de se donner rendez-vous à ce mariage ?

-Hey, ça faisait longtemps Blondie. Je la salue sans grande conviction.

Cela m'est étrange de la retrouver après tout ce temps. Nous nous sommes quittés i ans et même si nous nous étions promis de rester en contact, nous nous sommes rapidement perdues de vue. C'est en partie à cause d'elle que j'ai fui la France direction l'Angleterre sans un regard en arrière.

-Je ne savais pas que tu viendrais au mariage d'Octavia, je pensais que tu étais à Londres.

-C'est mon amie, je n'allais pas rater ça. Je réponds en haussant les épaules.

Le mouvement de mon corps fait dériver les yeux de Blondie, jusque là sur mon visage, à mon buste.

-Hum, pourrais-tu t'habiller, s'il te plait ? Demande-t-elle en se raclant la gorge.

Je réalise alors que je suis toujours vêtue uniquement d'une serviette de bain. Je la vois me détailler d'un regard tout aussi gêné qu'intéressé.

-Pourquoi ? Tu es déconcentrée ? Dis-je en lui décrochant mon plus beau sourire de séductrice hors-pair.

Autant je n'aime habituellement pas parler, autant j'ai toujours adoré taquiner la gente féminine. Mon sourire et la situation pour le moins caucasse a dû lui rappeler des souvenirs car je la vois soudainement rougir violemment et son regard se replonger dans mes yeux. Je ne dis rien, la laissant prendre la parole.

-Bref. Je toque à ta porte depuis une bonne demi-heure. Toutes les autres chambres sont vides et j'ai entendu de la musique provenant de la tienne. J'ai oublié mon chargeur et j'attends un coup de fil très important, je me demandais si je pouvais emprunter le tien ? Me demande-t-elle avec une expression suppliante.

Je ne sais pas de qui est ce coup de fil mais elle a l'air d'y tenir. J'acquiesce puis la laisse en plan pour fouiller dans mon sac resté sur mon lit. Je récupère le chargeur puis me retourne, je surprends ses yeux avides sur mon corps. Je lui souris avec espièglerie, nous savons toutes les deux que je l'ai prise en flagrant délit de mattage mais je ne dis rien et elle me remercie d'un regard soulagé. Je lui tends l'objet de sa convoitise pendant qu'elle me remercie une nouvelle fois. Elle part, sûrement vers sa chambre, se retourne et me lance une dernière phrase.

-Ne sois pas en retard ce soir !

Ma réputation n'est plus a faire, je me remémore toutes les fois où je suis arrivée en retard à l'un de nos rencards. Elle avait beau dire que cela ne la dérangeait pas, je l'ai toujours admiré pour avoir supporté mon manque de ponctualité pendant plus d'un an.

Je retourne me préparer, consciente qu'il me reste peu de temps. Je sors un jean noir avec un débardeur blanc et une chemise. Bien sûr j'ai conscience que je devrais faire un effort vestimentaire pour cette soirée de vie de jeune fille mais je sais aussi que demain je vais devoir supporter une robe choisie spécialement par Octavia pour moi alors tant pis pour le glamour ce soir, je préfère une tenue confortable vu ce qui m'attend demain. Qui plus est, j'adore porter des chemises alors pourquoi m'en priver.

Une fois habillée je me sèche les cheveux, encore humide de ma douche. Pendant que la chaleur de l'appareil fait son office, je repense à ma rencontre avec Blondie. Bien sûr je savais qu'elle et Octavia étaient amies puisque collègues dans le même établissement, cependant je ne pensais pas la retrouvais ici pour ce week-end. J'ai beau fouiller dans ma mémoire je ne me souviens pas qu'Octavia m'est prévenue de sa présence même si en soi cela ne me gêne pas tant que cela. Certes nous avons eu un passif amoureux, mais cette histoire est derrière moi et de l'eau à coulé sous les ponts.

Je suis toujours perdue dans mes souvenirs avec Blondie lorsque j'entends la porte de ma chambre claquer, je sais tout de suite qui est entré.