Bonjour à tous et à toutes! Voici le chapitre 3, j'espère qu'il vous plaira ;) N'hésitez pas à me donner votre avis sur l'histoire, vos hypothèses, ect.
Bonne lecture!
xoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxoxox
Quelques minutes plus tard, nous sommes toutes réunies dans le salon, assises sur les canapés. Il doit être 2 heures du matin, la plupart des invitées sont alcoolisées et ravies à l'idée de jouer au jeu stupide de la mariée. Chaque joueuse devra énoncer à voix haute une chose qu'elle n'a jamais faite et celles qui l'ont déjà fait doivent boire une gorgée d'alcool. Je souffle de dépit.
-Arrête de faire la tête Ourson. Tu n'as pas envie de connaître tous les vilains secrets de tes amies? Essaie de me convaincre Louveteau.
Je ne veux pas l'avouer, mais c'est vrai que je suis curieuse de nature. Je pourrais apprendre deux ou trois informations croustillantes pour m'en servir plus tard contre Octavia. Cependant quelque chose me retenait.
-Le souci n'est pas que je connaisse les secrets des autres, mais plutôt qu'on apprenne les miens. Je réplique.
J'aime garder mes secrets, je ne partage les mystères de ma vie qu'avec très peu de personne. Qui plus est, je sais que les questions détournées vont surtout toucher la vie intime des participantes or ma vie intime est privée et très compliquée. D'autant plus qu'ELLE et Blondie sont présentes ce qui risque d'être très gênant.
Malgré mes protestations, je suis forcée une nouvelle fois de participer à un jeu d'Octavia. Je m'installe confortablement dans le canapé, puisque je ne peux rien y faire, autant essayer de m'amuser. La bonne humeur de Louveteau et d'Octavia me contamine au fil des minutes et je me surprends à apprécier le moment. Les "je n'ai jamais..." s'enchaînent. Tout d'abord cela reste bon enfant, mais le temps passant les participantes ont de moins en moins de filtre. J'observe avec amusement les mines choquées de certaines personnes devant des révélations pour le moins étonnantes.
-Je n'ai jamais...fait l'amour dans le foin. Lance Gaïa, toute guillerette, un verre de vodka à la main.
Quelques personnes boivent, pendant que je note avec amusement de qui il s'agit. Je suis surprise parfois, d'autres fois non. Je m'amuse beaucoup et éclate de rire lorsque j'écoute Octavia nous raconter une histoire hilarante sur la fois où Lincoln a failli mettre le feu à la maison après avoir voulu faire l'amour à sa compagne entourée de bougies.
-Je n'ai jamais fait de bêtises dans un cinéma! Sort d'un coup ma canadienne avec une voix enjouée en posant des guillemets imaginaires sur le mot "bêtises".
Je lui lance un regard noir, elle a fait exprès de me piéger. Je suis obligée de boire une gorgée de ma bière tandis que plusieurs personnes font de même. Heureusement je suis la seule à savoir que j'ai initié la moitié de ces personnes et que c'est à cause de moi qu'elles boivent. J'ai beaucoup trop bu depuis le début de ce jeu, sans doute parce qu'il y a vraiment peu de chose que je n'ai pas déjà essayé.
-Je n'ai jamais couché le premier soir.
Je fixe celle qui a prononcé cette phrase, sa voix glaciale me fait frissonner. ELLE me regarde droit dans les yeux, intéressée de connaître la suite des événements. Je n'ai cessé de lui jeter des coups d'œil depuis qu'on a commencé et j'ai bien vu qu'elle n'apprécie pas ce jeu. ELLE est tout comme moi très secrète. De plus, je ne pense pas qu'elle soit contente d'apprendre toutes mes frasques, jalouse comme ELLE est.
Je lève mon verre dans sa direction avec un sourire narquois tandis que ses yeux me lancent des éclaires. ELLE se détourne, hautaine et fait mine de discuter avec sa voisine.
Notre échange n'a duré qu'un instant et d'autres jeunes femmes portent leur verre à leurs lèvres. J'observe Blondie faire de même, elle me regarde à son tour. Je sais qu'elle se remémore en quelles circonstances c'est arrivé.
4 ans plus tôt.
Je regardais mon téléphone pendant que j'étais assise dans le bus. Toute sourire, je répondais à un message de Blondie. Après un mois à s'envoyer des textos, nous avions enfin décidé de se voir réellement. Des amis communs nous avaient mis en contact, certains que le courant passerait bien entre nous. Nous avions discuté jusque très tard dans la nuit durant de longues semaines. Nous racontant notre vie, apprenant à nous connaître l'une l'autre. Nous avions échangé des photos, commencé un jeu de séduction. Je venais de me séparer d'une de mes exes et ne désirais rien de sérieux mais je gardais l'esprit ouvert. Quant à elle, elle n'était pas du genre à chercher un coup d'un soir et m'avais averti dès le début.
Je descendis à mon arrêt en resserrant mon écharpe autour de mon cou. C'était l'hiver et un vent mordant soufflait fortement. J'enfilai mes gants à la fois excitée et un peu stressée. J'appréhendais ce moment, j'allais enfin la voir pour de vrai. Nous nous entendions si bien par messages, qu'il aurait été dommage que cette relation ne dépasse pas le virtuel.
Je la vis, assise sur un banc, les yeux rivés sur son téléphone, à m'attendre. Elle était si belle, ses cheveux blonds irradiant au soleil. J'attendis quelques minutes, pris mon temps pour l'observer. Enfin, je m'approchai doucement d'elle. Elle se leva d'un bond, rayonnante et me sauta au cou.
Nous passâmes l'après midi dans les rues de Nancy à discuter de tout et de rien. Je n'osais pas trop m'approcher d'elle, par peur de l'effrayer. La nuit tomba et nous décidâmes de faire un tour du côté du marché de noël. Je lui offris des churros pendant que nous furetions dans les étales. Nous nous rendîmes à la place Stanislas, émerveillées par les éclairages. Je faisais le pitre afin de lui voler un sourire, elle riait de bon cœur sous mon charme. Elle aperçut une grande rue un peu plus loin et m'y entraîna joyeusement. Nous fîmes la queue et lorsqu'enfin notre tour vint, nous montâmes sur le manège. Elle parlait beaucoup, je voyais bien qu'elle était heureuse d'être ici avec moi et j'en étais heureuse. Au sommet de la grande roue, elle posa sa main timidement sur ma cuisse et je lui souris en la recouvrant de la mienne. Elle sortit son téléphone et immortalisa l'instant par une photographie.
Nous descendîmes de la roue puis retournâmes sur la place, là où devait avoir lieu un spectacle de son et de lumière sur les murs de l'hôtel de ville. La représentation dura une quinzaine de minute, je supportais mal le froid et elle le vit. Elle se rapprocha de moi et partagea sa chaleur avec moi tandis que timidement elle me prit la main. Ça avait été une journée parfaite.
Je fus surprise lorsqu'elle m'invita chez elle après avoir mangé dans un Tacos. Bien sûr je me demandais si elle avait une idée derrière la tête, mais je me rappelais rapidement qu'elle m'avait dit qu'il ne se passerait rien ce soir. Je la suivis donc, curieuse de voir ce qu'elle avait prévu.
Elle me proposa un chocolat chaud pendant que je m'asseyais sur le canapé. Elle me ramena la tasse et alluma la télévision. Une émission quelconque de musique en fond, nous discutions joyeusement. Au fil de la soirée nous nous rapprochâmes tant que nos lèvres n'étaient plus qu'à quelques centimètres. Je la laissais décidé de franchir ou nous le pas, ce qu'elle fit finalement. Nos baisers étaient doux et tendres, un peu timides, nous voulions nous apprivoiser sans nous presser. Cependant après un long moment de tâtonnement, le désir monta entre nous et les caresses commencèrent. Les baisers se firent plus langoureux, nos mains se glissèrent sous les vêtements, nos langues s'entremêlèrent. Je rompis le baiser, l'interrogeant du regard. Je voulais m'assurer qu'elle ne regretterait pas ses gestes. Elle me sourit alors et plaça une main sur ma nuque pour m'attirer à elle et reprendre là où nous nous étions arrêtées.
-Toi! Tu as fait ça? Je croyais que tu étais contre ce genre de chose! Apostrophe en riant Octavia en pointant un doigt accusateur à Blondie.
-Hum... on va dire que... je me suis laissée emporter par le moment. Réplique la blonde avec un sourire de connivence à mon attention.
Le jeu se poursuit tardivement. Après de franches rigolades et des moments très embarrassants, Octavia annonce la fin du jeu. La plupart des invitées montent se coucher. Il faut dire qu'il est près de 4 heures du matin et que le réveil risque d'être difficile demain.
Louveteau se lève aussi, bras dessus bras dessous avec la rousse à la robe verte du début de soirée. Elle me fait un clin d'œil et j'applaudis silencieusement, certaine qu'elle va bien s'amuser en cette fin de nuit.
-Tu ne viens pas te coucher?
Toujours assise dans le canapé, je lève les yeux vers Blondie qui a prononcé cette phrase d'une voix suave. Sa question en cache une autre. Je suis tentée d'accepter sa proposition mais le doute m'assaille. C'est sans doute une très mauvaise idée et nous le savons toutes les deux. Néanmoins je m'apprête à accepter, je ne suis pas à une mauvaise idée près. Un dernier éclair de lucidité me pousse à décliner.
-Tu as raison j'ai sommeil, je vais m'écrouler dans mon lit je pense.
Je vois la déception dans ses yeux, mais elle se ressaisit vite. J'aurais pu accepter, mais j'aurais été égoïste de le faire. Je ne veux pas la blesser et je sais que si je couchais avec elle alors que je ne suis pas sûre de vouloir plus, elle en souffrira. Sa proposition n'est pas aussi simple qu'il y paraît. Blondie n'est pas du genre à coucher juste comme ça. Me revoir a dû lui provoquer une multitude de questions et la conversation sur la terrasse m'a prouvé que notre histoire n'était peut être pas finie. Cependant je ne suis pas en état de prendre des décisions si importantes, il est tard et j'ai bien trop bu pour cela. Je préfère y réfléchir demain à tête reposée.
-Tu me raccompagne jusqu'à ma chambre? J'ai peur de me perdre dans ce si grand chalet. Je demande.
Elle rit à mes mots puis me sourit tendrement. Elle sait parfaitement que je n'aurais aucun mal à retrouver mon chemin et que j'ai dit cela seulement pour atténuer la douleur engendrée par mon refus. Ainsi je la repousse maintenant tout en lui faisant comprendre que je laisse la porte ouverte pour plus tard.
Je me lève, elle me prend la main pour me tirer derrière elle. Je commence à la suivre lorsque j'aperçois, dans l'ombre de la terrasse une chevelure blonde que je reconnais sans mal. Une chevelure blonde serrée par la main manucurée de Mégane. Elles s'embrassent lascivement cachées dans la nuit. La colère m'assaille et monte de plus en plus car cela me met en colère d'être en colère. C'est idiot, je n'ai aucune raison de ressentir cela, ELLE peut bien faire ce qu'elle veut. Après tout j'ai envisagé un court instant d'accepter la proposition de monter dans la chambre de mon exe pour faire la même chose. ELLE est face à moi et je la vois ouvrir les yeux. Ses orbes azures se posent sur ma main reliée à celle de Blondie qui ne remarque rien et poursuit sa route vers l'escalier. SES yeux s'emplissent de rage tandis que je la fixe sans émotions apparentes bien que je boue intérieurement. Décidée à me venger, et même si c'est stupide, je lui souris narquoisement comme j'en ai le secret et suit Blondie dans le couloir, LA laissant hors de ma vue avec sa proie de la nuit.
Une fois sûre d'être hors de porté de voix, je m'arrête en pressant légèrement la main de la blonde avant de la lâcher.
-Ça va? Me demande-t-elle, inquiète.
-Oui oui. Je te laisse monter seule, en fait je pense que je vais aller prendre l'air dehors avant de dormir. J'explique sans entrer dans les détails.
Elle hésite à me laisser mais finit par s'y résoudre, comprenant que j'ai envie de rester un peu isolée. Peut-être pense-t-elle que j'ai besoin de me retrouver seule après avoir côtoyé tant d'inconnues toute la soirée. Mon cœur se sert en réalisant qu'elle se soucie autant de moi. Je lui fais un sourire rassurant et elle se détourne pour prendre l'escalier.
Je la regarde monter à l'étage, puis me dirige vers la porte du chalet. J'ai vraiment besoin d'air pour calmer ma colère. J'aurais préféré retourner sur la terrasse mais sachant ce qu'il s'y passe, je n'ai aucune envie d'y remettre les pieds.
J'ouvre la porte et m'engouffre dans la nuit.
Je marche dans les ténèbres sans autre but que de celui d'oublier. Je m'efforce de refouler mes sentiments. J'y arrive si bien d'habitude, alors je me demande avec agacement pourquoi je n'en suis pas capable maintenant. Je veux repousser loin de moi tout ce que je ressens, cacher au plus profond de mon être ce qui me blesse, si profondément que je n'y penserais plus. Je m'efforce de respirer lentement pour me calmer. Ça ne sert à rien que je me mette dans des états pareils. Mes pas me mènent à travers les bois, la sérénité de la forêt me fait du bien. Les bruits de la nuit m'apaise petit à petit et je parviens à penser normalement.
Cette journée a été riche en émotions et une chose est sur, je ne m'attendais pas à tout cela. Je savais que ce serait difficile de LA revoir, mais je ne me doutais pas que revoir Blondie me bouleverserait ainsi. Nous n'avons été qu'une année ensemble et pourtant ça a été ma plus longue relation. Je m'adosse à un arbre et ferme les yeux pour profiter du silence relatif de la nuit tandis que je repense à ma relation avec elle.
3 ans et demie plus tôt.
Je regardais avec impatience l'heure sur ma montre. Je ne voulais pas être en retard, cependant le sort était contre moi. Ma correspondance Strasbourg/Nancy avait eu du retard, ajouté à cela le fait que le tram ne voulait pas redémarrer, j'avais peu de chance d'arriver à l'heure. Je me reconcentrai sur la conversation téléphonique que j'avais à ce moment.
-Sérieusement?! Mais tu dois vraiment beaucoup l'aimer pour bouleverser ainsi ton petit train-train. S'exclama Louveteau d'une voix ahurie.
-Elle est différente, je t'assure. Je n'ai jamais ressenti cela. Je répondais.
Je lui avais expliqué que sur un coup de tête j'avais décidé de prendre un bus direction Nancy après un cours afin de surprendre Blondie, ma copine depuis plusieurs mois, en débarquant à l'un de ses cours de psychologie.
Nous continuâmes la conversation pendant plusieurs minutes puis je dues raccrocher car j'étais non loin de la faculté de sciences humaines.
Je regardais mon téléphone, cherchant la conversation messenger que j'avais eu avec l'une de ses copines de classe pour connaître la salle dans laquelle elle devait se trouver cet après-midi. Le numéro de l'amphithéâtre en tête, je rangeai mon téléphone dans la poche de ma veste en cuir. Je me repérai sans mal dans les dédales de la faculté, ayant passé 2 ans entre ses murs lors de mes premières années de Licence.
Je traversai la cours marchant dans l'herbe plutôt que sur le chemin pavé, soucieuse d'arriver le plus vite possible à destination. Plusieurs étudiants paraissaient sur l'herbe en attendant le début de leur prochain cours, profitant du soleil de ce début de printemps.
Je finis par arriver, quelques minutes en avance finalement. J'envoyai un message à l'amie de Blondie, la prévenant de mon arrivé. Le plan était qu'elle fasse sortir ma copine à l'intercours pour que je puisse la surprendre.
Lorsque la cloche sonna, l'impatience me gagna. Je n'avais jamais rien fait de tel pour aucune de mes exes mais comme je l'avais dit à ma canadienne, Blondie était différente et j'éprouvais le besoin irrépressible de me démarquer pour elle.
Les étudiants commençaient à sortir de l'amphithéâtre afin d'assouvir leur besoin de caféine ou de nicotine. Je fronçais le nez de dégoût en sentant l'odeur de tabac qui flottait dans l'air.
Soudain, mon ange blond apparut devant moi. Elle ne me remarqua pas tout de suite mais lorsqu'elle le fit, je vis la surprise traverser fugacement son visage, puis tout de suite après un bonheur indicible. Elle me sauta au cou, m'embrassant fougueusement. Nous ne nous étions pas vu depuis 2 semaines et cette surprise la ravissait.
Je mis fin à l'étreinte après plusieurs baisers, n'aimant pas trop m'exposer ainsi devant les inconnus qui nous entouraient.
Je passai l'heure suivante assise à côté d'elle dans l'amphithéâtre à écouter un cours sur la psychologie de l'enfance. Au bout d'un quart d'heure, je m'ennuyai. Je décidai donc de m'amuser un peu en plaçant ma main sur la cuisse de Blondie. Elle sursauta à mon contact en me faisant les gros yeux. Je continuai mon petit manège et je la vis fermer les yeux et se mordre la lèvre inférieur. J'amorçai quelques mouvements de vas et viens lents dans le but évident de l'émoustiller d'avantage mais elle retira ma main. Légèrement déçue, je boudai quelque peu lorsqu'elle vint me chuchoter au creux de l'oreille qu'elle comptait bien se venger plus tard dans la soirée.
Quand le cours toucha à sa fin, elle me présenta à ses amis qui nous proposèrent d'aller boire une verre. Blondie déclina pour nous deux l'invitation et nous leur dîmes au revoir. Elle me ramena chez elle rapidement. Nous avions l'intention de poursuivre ce que j'avais initié sous la table durant le cours.
J'ouvre les yeux, mes souvenirs refluent. Je me remets en marche, direction le chalet maintenant que je suis calmée.
Lorsque j'entre dans la bâtisse, je ne perçois que le silence. Toutes les invitées sont parties rejoindre les bras de Morphée. Le salon est vide à présent seules demeurent les cadavres de bouteilles et les assiettes vides. Je sais qu'il serait plus sage que je monte me coucher mais je n'en ai pas encore envie et préfère me diriger vers la bibliothèque. De plus, je ne suis pas tenue de me lever trop tôt demain puisque le mariage ne sera célébré qu'en début de soirée. J'entre dans la pièce en refermant la porte derrière moi afin de m'isoler dans ce lieu que j'affectionne.
Je délaisse les livres et poursuis mon chemin jusqu'au piano. Des rayons de lune éclairent les touches noires et blanches de l'instrument. Je caresse distraitement le piano en me demandant si je risque de réveiller quelqu'un en jouant. Je me rappelle soudainement qu'Octavia m'a dit que cette pièce du chalet était spécialement conçue pour qu'on n'entende rien depuis l'étage et je m'installe devant l'instrument sans crainte d'importuner quiconque.
Je commence par jouer des mélodies faciles pour m'exercer et me familiariser avec le piano puis je me laisse emporter.
C'est sans surprise que je laisse sortir toutes mes émotions refoulées. La musique a toujours été un exutoire pour moi et même si je ne la pratique que depuis que je suis à Londres, depuis aussi loin que je m'en souvienne, je me servais des notes et des paroles des autres pour exprimer mes sentiments.
La mélancolie me traverse ainsi que la peine. Mes doigts courent sur les touches du piano pendant que je me donne corps et âme. J'enchaîne les mélodies tristes et entêtantes sur des amours contrariés, qui finissent mal ou tout simplement impossible. J'entends au loin le couinement d'une porte mais je n'y prête pas attention, trop concentrée par ce que je fais. Faded d'Alan Walker retentit dans la pièce alors que je pense à ELLE. Les souvenirs que j'ai avec ELLE se repassent en boucle dans mon esprit pendant que la musique m'envahie. Les paroles que je connais par cœur se forment dans mon esprit en même temps que mes souvenirs. Where are you now. Was it all in my fantasy. Where are you now. Were you only imaginary. Je me suis souvent réveillée après avoir rêver de ce que nous avions été en me demandant si je n'avais pas tout imaginer, si ELLE n'avait été qu'un songe.
Alors que j'achève la dernière note, j'entends le plancher de la bibliothèque grincer non loin de moi. Je ne suis plus seule dans la pièce. J'inspire profondément en fermant les yeux. Je sais qui est mon spectateur nocturne. Je reconnais SON parfum.
-C'est si triste...
SA voix n'est qu'un murmure. Je me retourne vers ELLE, la contemplant silencieusement. Je ne lui confie pas que je joue toujours cette musique en pensant à ELLE, je ne lui dis pas tout ce que je ressens, je ne lui parle pas de mon conflit intérieur qui fait rage en moi depuis que je la connais. Non, je décide de me taire, comme toujours, convaincu qu'ELLE n'a pas besoin de le savoir. Qu'ELLE n'en a pas le droit. ELLE a perdu ce droit lorsqu'ELLE m'a effacé de sa vie.
Elle est tellement belle, le clair de lune la nimbe d'une douce lumière froide. Si froide, comme ELLE. Si je devais associer mes exes aux astres, Blondie serait le soleil et ELLE serait la lune. Je m'en suis toujours voulu d'être plus attirée par la lumière lunaire que pas la solaire. L'une est si froide alors que l'autre est tellement chaude. Ses cheveux blonds presque blancs à cause de la lune ont l'air aussi soyeux que la soie et je sens mes doigts me picoter tellement ça me démange d'y passer la main. Je me rappelle alors que la main d'une autre femme se trouvait dans cette chevelure il y à peine plus d'une heure et la colère que j'avais pourtant réussis à calmer monte à nouveau en moi.
Je me détourne d'ELLE et observe le lac par la fenêtre. Je l'entends se rapprocher mais je refuse obstinément de la regarder. Bientôt ELLE est si proche que son parfum me parvient sans effort. J'inspire avec délice cette odeur unique tant chérie.
-Joue moi autre chose...
C'est presque une supplique, je ne peux y résister et comme si nous étions retourner huit ans en arrière, j'exécute son souhait.
