Bonjour !

Alors dans ce chapitre, un petit changement d'angle, et les choses bougent enfin ! Je préviens néanmoins qu'un passage à la fin peut être dérangeant. Il y a une note qui le décortique un peu, n'hésitez pas à la lire si vous êtes perplexes et si ça vous intéresse !

J'espère que le chap vous plaira :D !

Bonne lecture !

Réponse anonyme :

PetitPoney : Je dois t'avouer que je n'apprécie pas spécialement Katsuki moi aussi, même si j'aime shipper, et que je le trouve intéressant pour de la fiction :). Merci à toi en tout cas !

bessonangele : Yep, voici la suite :D ! C'est écrit sur le résumé, de toute façon, il y aura 14 chapitres ^^ ! Merci à toi !


V

Si Katsuki avait une chose à dire, c'est que son week-end avait été à chier, il le qualifiait aisément comme le pire de sa vie.

Sa mère, d'abord, qui lui avait posé cinquante milles questions sur ce qu'il apprenait en cours, ce qu'il faisait avec ses amis, s'il ne faisait pas de conneries, s'il se comportait bien, comme s'il était un gosse de cinq ans. Ce genre de choses, autant dire que Katsuki ne les tolérait pas et il ne lui répondait que par l'agressivité ou l'indifférence, ce qui engendrait inévitablement des querelles, comme ils montaient tous deux dans les tours et les cris pour un mot de travers. Le blond ne l'aurait jamais dit à voix haute, mais peut-être que d'un côté, elle lui avait manqué. C'était sa putain de mère, quand même. Le sentiment avait bien vite disparu, remplacé par un 'putain, pourquoi je suis revenu ?'. Il aimait cette femme autant qu'il la détestait, parfois, et l'intensité de sa haine pouvait être particulièrement violente. Son père n'avait pas été trop chiant, comme d'habitude, il était d'un naturel plus effacé devant l'explosivité de sa mère. Il avait quand même réussi à l'irriter en la soutenant et en essayant de les tempérer. Comme si avec les années, il n'avait pas compris que tout ce qu'il pouvait dire ne marchait putain de pas.

Sa relation avec sa famille pouvait être compliquée, de prime abord.

Katsuki avait tout pris de sa mère. Ses cheveux blonds cendrés, le caractère de chien enragé, son individualité et son statut d'alpha. Ses parents étaient l'un des rares couples alpha-oméga où l'homme était un oméga et la femme une alpha. Tout simplement parce qu'une femme alpha, ou même oméga, était excessivement rare. Son père était quant à lui un homme posé et intelligent, pas que sa mère était stupide, mais Katsuki tenait sûrement le gros de ses capacités de réflexions de lui. Toujours doux et apaisant, il était en quelque sorte le pilier de leur famille quelque peu dysfonctionnelle, quand bien même une fois que Katsuki et sa mère étaient partis à se crier dessus, il fallait simplement les laisser exploser pour que ça redescende.

Le jeune homme n'était pas un monstre, malgré tout, il aimait quand même sa famille. Seulement, ayant passé une journée de merde, alliée à une semaine de merde, il n'avait vraiment pas eu envie de se prendre la tête pour des conneries. Sa mère avait dû le sentir, puisqu'elle avait laissé tomber. Katsuki avait été dans sa chambre, avec l'idée de se défouler sur un jeu vidéo et pourquoi pas de prendre une putain de douche chaude si sa colère ne passait pas. Se changer les idées n'avait pas tellement marché. Il n'avait pas pu oublier Deku. Ça commençait à lui peser qu'à chaque fois que ça le concernait, il n'était pas foutu de passer outre.

La façon dont il l'avait engueulé – comme s'il était au-dessus de lui, comme s'il avait le droit de lui donner un ordre ou de lui parler comme ça, et surtout, comme s'il s'énervait contre lui ! D'accord, il avait déjà souhaité le voir s'énerver, il pensait que ça l'aurait amusé en plus de lui taper sur les nerfs, mais maintenant que ça arrivait… Ce n'était pas aussi bien qu'il l'avait imaginé, ça ne lui faisait pas exactement ce qu'il avait imaginé. Il s'en voulait, aussi. Pourquoi se sentir blessé comme un gros con, alors qu'en étant un peu plus objectif, il le méritait ? Pourquoi s'être retenu de lui péter la gueule ou de défoncer l'autre connard qui l'accompagnait ? Pourquoi avoir été infecté par ses phéromones, putain ! Il n'était pas le seul oméga du lycée, il en avait bien croisé d'autres. Il n'y faisait pas attention, alors pourquoi lui !

Pourquoi n'avait-il pas pu ignorer ce besoin de le protéger et de l'isoler des autres alphas ? Pourquoi avait-il, lors d'un instant, cherché à se le garder ? Bordel ! Il penserait que tout s'arrêterait une fois chez lui. Un alpha pouvait facilement être affecté par les phéromones d'un oméga lorsque celui-ci le côtoyait régulièrement, mais s'éloigner rompait en quelque sorte la force brute de l'attraction. Elle le libérait de son effet hypnotisant, l'alpha serait toujours sensible à l'odeur de l'oméga puisqu'elle comportait quelque chose qui lui plaisait, mais à moins que ce dernier n'entre en chaleurs devant lui, il n'y aurait plus d'impression de suggestions ou de désirs incontrôlables. Bien naïvement, il le reconnaissait, Katsuki avait espéré que passer la porte de chez lui suffirait pour qu'il n'en ait plus rien à branler, tout simplement parce que c'était son sentiment avant tout ça. Il était intelligent, il savait que les choses comme ça ne marchaient pas comme par magie, mais dans son cas, c'était un sale tour que la vie lui avait faite et il ne voyait pas de raison que ça s'éternise.

Ce qui lui broyait joyeusement les parties intimes, en dépit de tout ce raffut de questions qui allaient parfois dans des sens totalement contraires, c'était que la jalousie continuait de le bouffer en sachant qu'Izuku était parti avec l'autre. Qu'il l'avait probablement amené chez lui pour le soigner. Vu que son intervention avait dû le faire flipper, y avait de bonne chance pour qu'il se soit confessé. Il n'aimait pas à quel point la pensée que Deku ait pu dire oui lui foutait une claque et le travaillait. Celle qu'il s'en soit tenu à son quasi serment de dire non le soulageait. Merde, il aurait dû s'en foutre, à fond qu'il aurait dû s'en foutre, tout comme ça n'aurait pas dû autant le faire chier qu'Izuku soit en colère contre lui.

Katsuki avait tout essayé pour oublier, voyant que son jeu ne marchait pas. La douche chaude, puis froide. Noyer son tourment dans la bouffe. Sortir dehors, jusqu'à la forêt, à la recherche d'un coin où il pourrait faire péter quelque chose, ça l'avait à peine soulagé. S'était engueulé avec ses parents comme d'habitude, pour passer un peu ses nerfs. Avait essayé de se branler – il était un adolescent, ça lui arrivait parfois, et là, prendre son pied lui aurait fait tellement bien qu'il aurait pu jouir rien qu'à l'idée. Il n'avait même pas réussi à bander. Tendu et frustré, il avait laissé tomber. A croire que rien ne pourrait le délivrer.

Quand Katsuki avait réellement cru qu'il allait craquer, parce qu'il n'y avait rien à faire, qu'il n'arrivait plus à supporter les tentatives de monologue interne et qu'il était plus paumé que jamais, il avait abandonné la lutte. Après avoir passé sa journée à repousser, le stress et l'oppression, le poids de ce qu'il rejetait se faisait encore plus insupportable, alors autant l'accepter. Ce n'était pas plaisant de s'y résoudre, mais si ça pouvait aider son cerveau à fermer sa grande gueule, il laissa le flot déborder.

Former une réflexion à partir du bordel de ses pensées n'était pas aisé. C'était carrément difficile quand tout s'en mêlait et quand en plus il refusait d'en considérer certaines par fierté et par totale haine de ces idées, Katsuki était quand même suffisamment honnête avec lui-même pour savoir ça. Il fallait pourtant les passer en revue, peu importait qu'il les ait déjà imaginées, qu'il les connaisse, ou qu'il les emmure derrière d'autres plus acceptables.

Premièrement, même si les phéromones exerçaient une attraction à l'instinct, que ça ne se contrôlait pas forcément, toujours, rien de magique là-dedans. Si l'odeur de Deku lui plaisait, cela signifiait qu'il l'attirait en quelque sorte. Il avait peut-être déjà admis qu'il était mignon, il l'avait pensé, c'était quelque chose de très superficiel, pas de quoi fouetter un chat. Ça l'énervait quand même, comme chaque qualité qu'il percevait chez lui, de toute façon, tout ce qui se rattachait de près ou de loin à Izuku l'énervait. Deuxièmement, oui, il avait eu la conviction qu'Izuku l'aimait auparavant, comme sa dévotion à son égard semblait foutrement exagérée.

Sans y penser autrement qu'à un moyen de le blesser ni décider de le lui retourner, sachant de toute manière que Deku n'aurait jamais eu les couilles de se confesser, le simple fait qu'il ait déjà eu la vague idée de tester l'état d'oméga de son bouc-émissaire… Ce n'était pas si anodin que ça, ça avait forcément une conséquence, quand on examinait le reste. Bien sûr que ça ne l'était pas. Katsuki se foutait de l'amour, des sentiments, de ce genre de conneries. Il continuait et continuerait à tonner qu'il n'avait pas que ça à foutre et que si, d'accord, il avait des hormones et des besoins comme tout jeune homme, il n'était pas pressé de se choper un petit oméga pour le satisfaire. Il se foutait des omégas. Ça ne changeait pas qu'il ne supportait pas de voir Deku avec un alpha, encore maintenant qu'il n'était logiquement plus influencé par ses phéromones.

Sa relation avec Deku était compliquée dans son ensemble, simple quand on en sectionnait des morceaux, comme les raisons pour lesquels il s'était acharné sur lui, pour lesquels il ne l'appréciait pas… Il en avait un putain de gros paquet prêt à déborder.

La principale, qu'il refoulait et qu'il autorisait à le poignarder comme un couteau acéré, était très douloureuse à visualiser, mais elle donnait vie aux autres.

Il l'insupportait à ce point, parce que malgré son infériorité incontestable, il était beaucoup mieux que lui par certains plans. Katsuki savait que sans son individualité, il ne serait rien d'autre qu'une brute qui inspirerait la crainte plutôt que la sympathie – c'était déjà le cas, voire un voyou pitoyable. Il avait reçu des éloges sur éloges pour ses capacités, la force que lui conférait son pouvoir, mais à part ça…Il n'avait rien. Peut-être son intelligence. De l'autre côté, l'oméga avait le caractère d'un héros et du bon samaritain par excellence. Il était gentil, souriant, pouvait se montrer adorable en étant du genre à faire passer les autres avant lui-même. En plus de tout ça, il n'était pas trop con non plus. S'il n'y avait pas eu d'individualités, Katsuki n'aurait servi à rien, il n'aurait eu aucun rôle et ne serait pas sorti du lot. Il aurait été une grosse tête qui avait pris la grosse tête parmi d'autres.

Alors qu'Izuku… Il avait tout ce qui fallait comme il le fallait, tout ce que Katsuki n'avait pas. Sans compter le fait qu'il avait en réalité un putain d'alter puissant…

Katsuki détestait ça.

Il le détestait pour ça. Pas besoin d'être un génie pour comprendre qu'il était jaloux. Et au fond, ça tuait Katsuki d'être jaloux pour ça. D'être jaloux de Deku. Un mec qu'il continuait à considérer comme inférieur tout en ne pouvant pas s'empêcher de le percevoir comme meilleur que lui. Genre de pensées qui lui donnaient envie de se cogner dans les murs, accompagnées d'une colère irrationnelle qui lui donnait tellement chaud qu'il aurait pu en transpirer.

C'était aussi de là que venait son besoin d'être le meilleur, le plus fort, d'hurler au monde entier à quel point il était génial. De son insuffisance. Avoir laissé ces mots atteindre sa conscience lui avait fait l'effet d'une douche froide. Il avait coupé court à ses réflexions. Sa poitrine gonflée, ses joues s'étaient mises à chauffer, et le tour de sa vision s'était flouté.

Il avait serré les poings qu'il frappait contre son matelas en inspirant rageusement. Ses yeux qui commençaient à le brûler… Il avait hurlé mentalement qu'il ne voulait pas se mettre à chialer comme une putain de merde maintenant. Ça n'avait pourtant pas manqué. Il en aurait presque éventré son oreiller avec ses dents en cachant son visage baigné de larmes à l'intérieur. Bordel, il détestait se sentir comme ça, comme s'il avait foiré quelque chose, comme s'il était un moins que rien, et c'était totalement le cas quand son œil se posait sur la situation.

Il haïssait Deku, le haïssait depuis onze ans bordel, mais pourtant, quand il se donnait la peine d'y réfléchir, il n'avait jamais pu le laisser de côté avant le lycée, jamais pu l'oublier, jamais pu l'ignorer complètement. Izuku ne le lâchait pas, mais lui non plus, putain ! Et ce n'était toujours pas le cas. Ça devenait même pire qu'avant, alors qu'il comprenait qu'Izuku, lui, pouvait passer autre chose, que sa vie ne lui demandait qu'à passer à autre chose. C'était comme si le blond refusait de le laisser partir, quand bien même il ne voulait pas de lui, comme s'il était attaché à l'état actuel des choses et qu'il ne voulait pas que ça change. Il aimait le fait qu'Izuku courre après lui et de le faire mariner cruellement. Détestait le fait qu'il se lasse de lui et trouve ce qu'il voulait ailleurs. Détestait le fait que Deku juge un autre meilleur que lui, préfère un autre à lui. Simplement parce qu'il aurait perdu son admiration et son affection, et que ça contrariait curieusement son égo.

Il avait eu envie de crier. Peut-être qu'il y avait des chances pour qu'il ne ressente pas que de la haine et de l'indifférence pour son ennemi mortel, aussi antipathique qu'il lui apparaisse. Peut-être.

Peut-être. Que ce n'était pas la première fois qu'il se faisait la réflexion.

Bien sûr.

Personne ne décidait en une journée de ses sentiments envers une personne détestée à l'origine. Et c'était tordu. Il se savait tordu. Tellement.

Parce que dans son brouillard, il savait qu'il ne voulait toujours pas qu'Izuku ait quelqu'un. Les larmes de rage, envers lui-même et envers le vert, qui n'avait rien demandé en réalité, s'étaient écoulées comme une cascade violente sur ses joues. Un autre sentiment s'entrelaçait à tout ça, tapis derrière sa vexation… La culpabilité. Bien qu'il ait décidé d'arrêter de s'acharner sur l'oméga, il ne s'était jamais vraiment senti coupable de ce qu'il lui avait fait. C'était de sa faute, il n'avait qu'à pas être si stupide, si naïf, et si idiot de croire que sans une individualité, il allait pouvoir devenir un héros. Il n'avait qu'à pas le défier, ne pas représenter une menace pour l'affirmation de sa suprématie. Le blond avait dépassé les bornes plusieurs fois en l'humiliant et en le rabaissant, dit et fait des choses horribles, mais il les avait trouvées méritées. Parce que ça n'allait pas plus loin. Parce qu'il ne voyait pas plus loin, oubliant les fois où il avait eu cette pensée qu'Izuku était un oméga et lui un alpha.

Maintenant qu'il prenait en compte sa jalousie, ses sentiments nébuleux concernant le vert, toutes ces humiliations et son désir de – bordel, de faire de lui son oméga ! Il savait que quelque chose n'allait pas chez lui. Ce n'était pas normal. Il ne pouvait pas le détester, lui avoir fait tant de mal, et vouloir qu'il soit à lui. Il ne pouvait simplement pas. Les phéromones l'influençaient encore, hein ? Katsuki savait pourtant que non. La logique faisait que ce n'était même pas leur faute en premier lieu. Il prenait conscience que ce qu'il avait fait, que les émotions à l'intérieur de lui, que ce qu'il pourrait prévoir de faire, était mal. Moralement, ça aurait fait de lui le pire des salopards. C'était quelque chose de nouveau et de profondément déplaisant pour lui.

Un brutal choc émotionnel et profond.

Il avait finalement hurlé dans son oreiller, le tissu absorbant le son, alors que ses sanglots devenaient bruyants et qu'ils le dégoutaient de lui-même un peu plus à chaque seconde.

Heureusement, il avait fait sa crise le soir, quand ses parents dormaient et que personne ne risquait de venir l'emmerder –il avait rejeté sa faiblesse sur le coup de la fatigue, avant de s'engueuler, s'insultant intérieurement, la réalité, c'était qu'il était juste faible, point barre.

Les pensées le démolissaient plus qu'autre chose, il n'avait franchement pas besoin de ça. Le sommeil avait été son sauveur, comme souvent lorsqu'il se sentait à bout. Son dernier jour de week-end était passé de manière morose. D'autant qu'il pensait avec exaspération, était sûr, que Deku viendrait s'excuser avant leur première heure de classe, ou pendant un intercours, alors que lui n'avait franchement pas envie de voir sa gueule. Parce que c'était son style et qu'il le connaissait trop bien. Il s'en était senti échauffé et s'imaginait déjà l'envoyer chier avec pertes et fracas.

Les premiers jours de la semaine l'avaient tristement enfoncé dans son désarroi. Il avait bien vu que Deku avait l'air abattu et devinait que le Tanaka avait dû se faire rejeter et n'avait pas aimé. Il l'avait ressenti comme une petite victoire et avait presque eu envie de s'étrangler, mains en flammes. Il ne s'était pourtant rien passé le concernant et Katsuki n'aurait pas dit qu'il ne s'en sentait pas giflé. Parce que si Izuku ne s'excusait pas, c'était soit qu'il était toujours remonté, soit qu'il n'en avait rien à foutre. Les deux idées, Katsuki ne les aimait pas. Oh, au fond, il ne les méritait même pas, ces excuses. Il ne méritait rien. Izuku avait eu raison, c'était encore pire que ce qu'il pensait, et si Tanaka était fâché contre lui à cause de la pagaille qu'avait créé Katsuki, il avait des raisons de nourrir une rancœur à son écart.

Katsuki en blâmait inévitablement ses sentiments. Il avait presque envie que le vert se trouve un alpha pour se mettre à l'épreuve.

Les jours écoulés, il s'était surpris à attendre les fameuses excuses, pas par envie d'en recevoir, mais comme une preuve que Deku réagissait encore à lui – ce qui déchainait en lui une pulsion colérique à son encontre, car c'était quelque chose qu'il ne pouvait pas accepter, sans résultat. Finalement, vers la fin de la semaine, il avait arrêté d'attendre et les deux parts de lui-même étaient d'accord pour dire que c'était pour le mieux. En retournant au dortoir après les cours, il avait entendu des pas de courses derrière lui. Il n'avait pas eu le temps de se retourner qu'une main avait touché son épaule et qu'une voix ô combien irritante avait secoué ses tympans.

« Kacchan… Je pourrais te parler ? »

Le blond avait cru que ses yeux allaient décoller de leurs orbites en même temps que son poing dans la mâchoire du vert. Une telle réaction violente était démesurée, mais avec tous les sentiments bordéliques que lui inspiraient Deku, c'était pas vraiment le moment qu'il vienne lui adresser la parole, quand bien même un côté de Katsuki s'était langui pour qu'il le fasse. Katsuki savait qu'il était contradictoire, et s'il pouvait choquer les autres avec ça, il était parfois le plus emmerdé par son propre tempérament. Restait qu'il ne s'était peut-être pas planté. Il prédisait déjà la conversation. Et ça le faisait chier tout autant qu'une part de lui s'écriait rageusement 'c'est pas trop tôt !'. Celle qui fanfaronnait, il la repoussa. Il ne se sentait pas en position de faire ça. Il voulait rester dans sa position de détester Izuku et de ne pas vouloir d'interaction positive avec lui, et il était têtu. Tant pis si une autre part de lui-même désirait le contraire. Il ne méritait pas qu'Izuku s'excuse et finissait par rejeter l'idée qu'il le fasse.

Autant que ça reste comme ça, autant qu'il lui en veuille et qu'il le déteste lui aussi, pour qu'ils puissent se foutre la paix définitivement, c'était tout ce que Katsuki voulait vraiment.

Ou peut-être pas, mais Katsuki avait une apparence et un masque à maintenir en place, il ne les laisserait pas se fissurer si stupidement.

Apparence agressive, prenant sa tête des mauvais jours, (y en avait-il de bons chez un être aussi belliqueux que lui ?) il gonfla les joues, crachant à l'encontre de l'oméga dont la main quitta son épaule précipitamment. C'est ça, se disait-il, flippe ta vie et casse-toi, sale nerd.

« Mais qu'est-ce que tu me veux, putain ? Tu crois qu'on est amis ? Va te faire enculer, Deku ! »

Izuku fit un pas en arrière mais ne bougea pas d'un iota. Ses prunelles figées sur lui, il ne départirait pas.

« S'il te plait, c'est important. »

Katsuki tira sa besace. Il exerça un demi-tour, peu désireux de laisser la conversation se continuer.

« Je m'en branle. »

Une emprise – putain de sa race – brutale sur son bras le força à effectuer un nouveau tour sur lui-même. Izuku le tenait fermement. Le connard, il osait, il osait ! Et Katsuki sut qu'il ne s'en dépatouillerait pas.

« Kacchan, même si tu m'exploses, je ne lâcherais pas. »

Pas besoin de le dire, il avait compris. De la fumée sortait de ses mains mais il ne s'enflammait pas. Physiquement, du moins. Émotionnellement, ce n'était pas la même chanson.

« Tu me fais chier, » hurla-t-il, « putain ce que tu me fais chier ! »

Izuku écarquilla les yeux et se mordit la lèvre.

« Pardon, Kacchan, c'est juste que…

—Je me fous de ton blabla. Accouche. T'as cinq minutes. »

En temps ordinaire, Katsuki aurait riposté, par fierté, il n'aurait pas cédé. Il ne le faisait que parce qu'il était fatigué, lessivé par tout ça… Il voulait juste que ça se termine. Il donnait le droit au nerd de le questionner, mais pas amicalement. Il avait l'idée de tourner la future conversation à son avantage. Il allait lui faire comprendre définitivement et clairement qu'il n'avait rien à espérer de lui. Tout ce qu'il fallait, c'était qu'Izuku parle et qu'il sème les graines de sa propre destruction. Katsuki le fixait, méchamment patient. Izuku ne se démontait pas et osa lui sourire.

« En fait, je… tenais à m'excuser pour la façon dont je t'ai parlé vendredi dernier. »

Comme si c'était la peine de parler si prudemment et de faire durer le suspense. Katsuki resta stoïque, Izuku se grattant l'arrière de la nuque.

« Je me suis emporté contre toi et sans chercher à t'enfoncer ni à encore dire du mal, dans le fond c'est des vérités et c'est vrai que tu as abusé– enfin, bref, je sais que j'ai dit des choses méchantes moi aussi et que je me suis trop énervé, parce que ce n'est plus comme avant entre nous et je suis désolé si ça t'a… déplu.»

Le blond savait qu'il s'était retenu de dire 'blessé' et il fronça les sourcils, sa mâchoire se crispant. Izuku semblait attendre une réaction. Katsuki n'en aurait pas encore. Il continuait de le regarder avec sévérité et mépris. Le vert déglutit et commença à se triturer les doigts.

« Tanaka-kun a essayé de m'embrasser. »

Katsuki écarquilla les yeux à cette mention, ses poings se serrèrent à se briser. La jalousie recommençait à bouillir. Il ne s'y attendait pas. Merde, pourquoi il lui sortait ça, pourquoi –

« Je ne pense pas qu'il avait de mauvaises intentions et tu n'avais pas besoin de te battre avec lui mais si tu as senti qu'il voulait tenter quelque chose, tu avais raison, donc je crois que je comprends. Ton geste était exagéré, mais je voulais te remercier de t'être assez intéressé à moi pour ça, même si je ne comprends pas tellement. »

Nouveau sourire plus grand, plus hésitant.

« J'ai remarqué que tu étais tendu et que tu semblais étrange, enfin dans le sens préoccupé, et je sais que tu te moques de ce que je remarque, mais si c'est ma faute, je m'excuse sincèrement, Kacchan, je ne voulais te mettre dans l'embarras ou quoique ce soit et j'apprécie ta considération, hm, malgré tout. »

Ses mains s'agitaient comme des girouettes pour l'illustrer. Katsuki était intérieurement en feu, et l'extérieur n'était pas loin. Oui, il se foutait de ce que Deku remarquait, oui, il se foutait de ses excuses, oui, l'enflure l'avait mis dans l'embarras, c'était même pire que ça, il l'avait plongé dans la merde jusqu'à la dernière mèche de cheveux. Là, ce qu'il faisait, c'était lui larguer une enclume sur la tête pour le faire couler. Ça ne pouvait pas prendre cette tournure-là. C'était le signal qu'il attendait. Izuku allait comprendre qu'ils n'avaient aucune raison d'être amis et si ce qu'il avait fait vendredi n'était pas suffisant pour qu'il lui en veuille, Katsuki allait lui donner une bonne raison de le détester maintenant. Il avait l'impression cela dit que c'était vain, comme si durant toutes ces années de calvaire, il ne lui en avait pas donné des centaines…

Il réagit vite, agrippant l'autre à l'encolure, récoltant un 'Kacchan !' incompris et apeuré. Katsuki colla presque son front contre celui du nerd – brutalement, Izuku en glapit – en éructant, lèvres retroussées.

« Me remercie pas, bordel. »

Sa bouche détachait hargneusement les mots. Il reprit. Ses paumes chauffaient à vif, les vêtements du plus petit fumaient aussi.

« J'ai pas fait ça pour toi et je m'en branle. Tu veux la vérité ? Tes phéromones m'ont influencé, parce que t'es un salopard d'oméga qui va bientôt entrer en chaleur et que je suis un alpha ! J'ai senti qu'il fallait te protéger parce qu'un alpha te couvrait alors que tu ne foutais rien pour t'en éloigner. C'était purement instinctif, y a aucun sentiment là-dedans. Je me fous de toi. Je te déteste. T'es inférieur, inutile, et j'supporte pas de parler avec toi. »

Yeux écarquillés, physiquement perdu, la douleur se mêlait à l'expression d'incompréhension d'Izuku, mais Katsuki l'ignora. Il s'en moquait. Il ajouta, avant que le vert puisse réfléchir à ce qu'il avait dit : « Si tu tiens tant que ça à te faire baiser, prends-toi des jouets ou trouve réellement un alpha, mais reste hors de ma putain de vue. »

Cette fois-ci, l'oméga rougit à son allusion. En réalité, elle le blessait plus qu'autre chose. Insinuer ce qu'il insinuait était avilissant. Katsuki en était tout à fait conscient. Ses pupilles eurent du mal à s'accrocher aux siennes et ses mains qui étaient montées pour essayer d'ôter les siennes étaient retombées. Il commençait à avoir l'œil vide et à murmurer dans sa barbe. Katsuki tira davantage sur sa veste d'uniforme, pour empêcher Izuku de perdre – figurément – conscience. L'une de ses mains monta jusqu'à la gorge du vert. Il vit la terreur dans son regard. Katsuki n'irait pas jusqu'à l'abîmer, mais le faire flipper pour qu'il n'y revienne pas, c'était une garantie supplémentaire. Il serra –à peine, de quoi faire une marque qui s'estomperait. Izuku le regardait toujours avec ce visage terrifié, des larmes montant aux coins de ses yeux.

Il pouvait se défendre, bien sûr qu'il pouvait se défendre, mais il ne le ferait pas contre lui. Katsuki en était d'autant plus enragé. Les auras se mêlaient et leurs senteurs émotives respectives ne s'accordaient pas, montrant bien que leur altercation les divisait. Si Katsuki avait craché le morceau, c'était simplement parce qu'il n'avait rien à perdre. Izuku ne savait pas ce qu'il ressentait, il n'était pas dans sa putain de tête, bordel de merde, il ne savait rien. Katsuki disait la vérité et la vérité n'avait pas besoin d'explication approfondie. Elle était, c'est tout.

Izuku attrapa courageusement son poignet pour le forcer à lâcher prise, bégayant :

« Me… Me blâme pas pour ça, j'ai aucun contrôle là-dessus, je n'ai jamais voulu t'influencer !

—Je m'en fous, ça reste ta faute. » Dans la colère, il serra fort contre sa paume d'Adam, une larme coulant sur la joue de l'oméga. « Alors maintenant tu me lâches, et tu réfléchiras à deux fois avant de me présenter des excuses pour rien. Même si tes accusations étaient fausses, comme tu le vois, je n'ai aucun putain d'intérêt pour toi ou tes relations. » Il le lâcha, Izuku portant les mains à sa gorge en prenant une goulée d'air, tremblant. « Et crève loin de moi, loser. »

Les pas de Katsuki furent rapides et furieux alors qu'il abandonnait la silhouette démunie du plus petit.

Il avait gagné, hein ? Il avait détruit le semblant de chance qu'il aurait pu avoir d'être l'alpha de Deku. C'était tant mieux…

Tant mieux.

Tant mieux…

C'était du moins pour le mieux. C'était ce qu'il devait faire. Et il avait réussi, oh oui, il avait réussi à tout foirer ! Il se mordit la lèvre avec rage, au point que du sang en perla. Il ne pouvait empêcher son cœur de le lancer, ainsi qu'une salope de culpabilité. Merde, une part de lui avait presque envie de courir enlacer l'oméga qu'il entendait sangloter derrière lui. Il avait l'impression de revenir au temps du collège, d'agir comme avant, comme un connard de première… Katsuki mordit cette fois-ci son poing pour chasser ses propres larmes qui avaient envie de faire un tour à l'extérieur de ses paupières. Ses poings fumaient encore, et il avait bien envie de se les envoyer au travers de la gueule.

Mais Izuku avait compris, comme ça. Le blond avait été trop loin, il n'y avait plus de chance qu'il y revienne, le vert lui en voudrait et c'était fini. Une impression de vide gagnait Katsuki, mais au fond, c'était bien. Ils n'étaient définitivement pas compatibles et faits pour être ensemble, de toute façon. Pas qu'il l'aurait voulu, non, jamais de la vie, mais c'est pour ça qu'il avait dû gâcher les perceptions positives d'Izuku sur lui, et qu'il avait dû remettre les choses en ordre entre eux. Il ne serait jamais celui qui rendrait l'autre heureux. Katsuki n'avait plus qu'à apprendre à le voir l'être avec un autre sans péter de câbles. Ça se ferait bien. Il n'aurait pas le choix.

À suivre...


Donc pour la violence de Katsuki, vous aurez vu dans ce chapitre qu'il se remet en question, s'analyse beaucoup et a du mal à se comprendre. Il est, depuis le début, en train de traverser une crise identitaire, ce qui cause son explosion de colère, qui se traduit par la violence, envers Izuku. Je trouvais que ça lui correspondait de réagir comme ça sous pression. Par contre, qu'il soit présenté comme étant perturbé et perdu ne légitime en rien son acte. Il fait un très mauvais choix ici, ce dont il se rend compte lui-même, et réduit à néant l'amélioration de leur relation déjà très faible. Si vous pensez que c'est minable de sa part c'est normal, c'est le cas.

Évidemment, ça ne va pas passer comme une lettre à la poste pour Izuku (qui n'a pas trop réagi parce qu'il était choqué, je pense que c'est normal), et ça risque d'être assez compliqué niveau relationnel entre eux pour les prochains chapitres.

Parlant des prochains chapitres, je vais essayer, je dis bien essayer, de poster le 6 pour la fin du mois, histoire d'accélérer un peu le rythme sur cette fiction ^^ ! Si je n'arrive pas à en poster deux ce mois-ci, ce sera bon pour août x).

Reviews ? N'hésitez pas, ça fait toujours super plaisir d'échanger avec vous :) !

Merci d'avoir lu !