Heyyy !
J'ai mis plus de temps que prévu, et le pire est que j'ai pratiquement écrit ce chapitre en deux jours, mais j'ai été assez occupée par d'autres projets en plus de ma vie donc je n'avais pas pu m'y mettre avant x').
Contrairement à l'autre, pour me faire pardonner, ce chapitre est très long, et autant vous dire qu'il monte d'un cran dans le drame adolescent ! On a du gros angst, vous êtes prévenus :'). Ne vous fiez pas au début tout léger x').
Je n'ai pas grand-chose d'autre à dire, alors bonne lecture à vous :D !
Réponse anonyme :
Lectrice : Merci beaucoup pour ton avis, ça fait très plaisir :) ! La suite est là, en espérant qu'elle te plaira :D !
Guest : Merci beaucoup ! Je suis très contente si tu aimes les caractères, je m'attache beaucoup à ça, donc ça fait plaisir :) ! J'espère que la suite te plaira :D !
VII
C'était un bel après-midi. Le ciel bleu était sans nuages, il faisait donc beau, mais pas trop chaud. Non, c'était parfait. Izuku avait mis un jean noir et un t-shirt simple à manches courtes, de couleur blanche, ainsi que ses éternelles baskets rouges, et il se tenait prêt à aller au premier véritable rendez-vous de sa vie. Il grimaça en songeant que si sa mère l'avait su, elle aurait été limite plus excitée que lui. Il fallait reconnaître que ça lui faisait bizarre. Il avait seize ans, c'était quelque chose de ridicule, mais ça lui donnait l'impression de franchir une étape. Un petit vent rasait ses avant-bras et ébouriffait les boucles qui sortaient d'une casquette recouvrant son crâne pour l'occasion. Mieux valait se protéger du soleil avec la chaleur d'été.
Todoroki et lui avaient convenu de se retrouver au centre commercial en ville, afin de chercher un endroit tranquille où déjeuner tous les deux. Par message, il lui proposait même un cinéma. Izuku approuva avec joie, osant lui envoyer l'émoticône d'un pouce en l'air, à quoi il ajouta « plus ultra ! » enthousiaste. Shoto répondit un simple « Bien ». Il était aussi réservé par SMS qu'il pouvait l'être dans la vie, c'était assez frappant. Le vert avait tendance à se dérider lorsqu'il discutait par texto, beaucoup plus facilement qu'il ne pouvait le faire en vrai. Avec sa timidité, et la réserve de Shoto, il ressentit une certaine anxiété en pensant au moment où ils se retrouveraient. Pas dans le sens où il était mal à l'aise de le voir. Encore une fois, il appréciait vraiment bien Todoroki, ce n'était pas le souci. Il avait juste peur d'être trop perdu et de lui donner une fausse impression, de le braquer ou de ne pas savoir quoi dire. Pour un rendez-vous, ce serait un peu nul…
Ah, il commençait presque à murmurer dans sa barbe tant ça le stressait ! L'oméga s'en rendit compte, jetant un regard honteux autour de lui.
Il descendait l'escalator menant à la galerie marchande, entre des gens qui se bousculaient pour avancer plus vite et le ronronnement léger du mécanisme, ses écouteurs sur les oreilles. Il ôta une bretelle de son sac, le baissa dans son dos pour le ramener devant lui. Il ouvrit la première fermeture, découvrant une bouteille d'eau fraîche. Le temps qu'il la sorte, l'escalator l'avait accompagné jusqu'en bas. Il reprit sa marche au milieu de la foule, buvant doucement. Il rangea sa boisson, jonglant avec son téléphone qu'il tenait du bout des doigts. Son écran s'alluma, découvrant son fond d'écran de verrouillage qu'il avait récemment changé d'une photo d'All Might à celle de lui et ses amis souriant à pleines dents, heureux. Avant le coup qu'il s'était pris en intervenant entre Kacchan et Tanaka-kun. (All Might se trouvait quand même sur son écran d'accueil, ça n'aurait pas été son portable, sinon…)
Parlant de Tanaka, il y pensait de temps en temps avec déception. Il ne lui parlait toujours pas, et Izuku n'osait pas le recontacter, de peur d'avoir l'air de forcer les choses. Des fois, il se disait qu'à cause de ça, Tanaka avait peut-être cru que c'était lui qui ne voulait plus le contacter. Il hésitait vraiment. Et il n'osait pas en parler avec ses amis. Ils étaient moins hostiles à lui qu'à Kacchan, cela dit, ils étaient mitigés entre la pensée qu'avec ce qu'il avait essayé de faire, il n'était pas forcément des mieux attentionné, et celle qu'il avait été maladroit. Au début, c'était vers la deuxième option qu'ils s'inclinaient. Comme il n'avait fait aucune démarche pour s'excuser depuis, Izuku l'ayant vaguement laissé entendre, ils envisageaient l'autre solution, et lui ne savait pas à quoi s'en tenir.
De toute façon, il n'était là pour se prendre la tête au nom de personne. Tout ce qui comptait était de passer une bonne journée. Et il fut déterminé à ce que ça se passe comme sur des roulettes !
Le cœur plus léger, Izuku déverrouilla la notification d'un pouce agile.
Todoroki-kun :
Je suis devant la fontaine.
Izuku savait évidemment où elle se situait. Il fila, débarquant face à son camarade avec un sourire timide, mais bienveillant. Shoto eut une sorte de rictus discret. L'oméga bégaya :
« S-Salut ! Tu vas bien, Todoroki-kun ? »
Il réalisa juste après qu'ils avaient déjà effectué les salutations par voie virtuelle et qu'il était un peu ridicule de recommencer. Todoroki cligna des yeux, pensant sans doute à la même chose que lui. Il hocha néanmoins la tête avec complaisance :
« Toujours pareil. Et toi, Midoriya ?
—Aussi, » Izuku rit nerveusement en opinant, décidant d'être honnête, « Désolé, je suis un peu stressé. »
Shoto rétorqua que lui aussi, surprenant le vert, et lui proposa qu'ils cherchent à manger, coupant court aux banalités.
Ils slalomèrent entre les gens, trouvant un fast-food qui vendait des crêpes en dessert, c'était marqué sur la carte, affiché tel un argument de poids en marketing. Ce qui n'était pas totalement faux dans leur cas. Ils se sourirent gentiment en scellant leur décision. La nervosité ne quittait pas Izuku. Au début, ils se contentèrent de commander et mangèrent silencieusement. Il n'y avait rien d'étonnant à cela. Shoto n'avait jamais été des plus loquaces et ils n'avaient pas l'habitude de traîner tous les deux. En s'alpaguant rapidement, il n'était pas difficile de trouver de quoi échanger. Plusieurs heures durant, c'était différent. Avec sa timidité, Izuku marchait sur des œufs. De temps à autre, tandis qu'il se mordillait les lèvres avec embarras entre deux bouchées, Todoroki le dévisageait. C'était gentil, sans insistance, tout en étant teinté d'appréciation. Et ça le faisait rougir comme un dingue ! Il n'avait pas l'habitude d'être regardé comme ça par quelqu'un.
Finalement, ils trouvèrent bien vite de quoi discuter. En camarades, ils parlèrent des cours, et le vert demanda au vairon s'il avait amélioré le maniement de l'alter de son père. Précautionneusement, sachant que c'était un sujet sensible. Shoto n'en avait pas été miné, et il l'avait rassuré à ce sujet. Izuku s'était donc lâché : il avait énormément de question à lui poser sur ses alters, après tout. La conversation fut bientôt fluide. Aussi, l'oméga se rendit compte que c'était l'étiquette du 'rendez-vous' qui l'avait totalement renfermé, de même pour Todoroki. Ils eurent le réflexe commun de s'excuser pour les blancs du début, riant comme deux amis face à une blague hilarante. C'est ce qui frappa Izuku.
Pour un rendez-vous, n'étaient-ils pas censés ressentir une sorte de tension… romantique ? C'était affreusement cliché et il avait conscience qu'il s'enfonçait là-dedans joyeusement. Cependant, il avait l'impression que ce qui était en train de se nouer entre Todoroki et lui était plus une tendre sympathie, teintée d'appréciation physique, qu'autre chose. À vrai dire, qui avait dit qu'une relation était plus que ça ? Il cogitait.
Ils conclurent le repas, embrayant sur des sujets plus personnels, mais pas trop, surtout leurs centres d'intérêts et quelques opinions. Dans le même temps, ils se mirent à la recherche du cinéma. Il y en avait un tout prêt de la zone des commerces. Ils s'engagèrent dans les rues. Jetant un coup d'œil à son téléphone, Izuku remarqua qu'il était déjà 14 heures. Ainsi qu'il avait quelques notifications. Dans la conversation de groupe qu'il partageait avec Ochako et Tenya, trois messages clignotaient. Un salut de la jeune fille, puis Tenya lui demandant comment se passait le rendez-vous, Ochako renchérissant d'un « dis-nous tout, Deku-kun ! ».
L'oméga fut gêné des questions des deux bêtas, mais il sourit malgré lui. Ils étaient adorables. Il leur envoya un smiley, accompagné d'un « je vous expliquerai plus tard ! ». Ochako envoya une émoji cœur et un clin d'œil, le traitant de cachotier, tandis qu'Iida-kun optait pour un simple « amuse-toi bien dans ce cas ». Izuku rougit, rencontrant le regard de Shoto, qui s'était interrompu dans leur conversation, voyant qu'il était absorbé. Il se remit à bafouiller :
« M-mes amis te disent bonjour.
—Tu peux le leur retourner. »
À sa voix dubitative, Izuku fut sûr qu'il n'était pas dupe et qu'il avait traduit de ses rougeurs qu'il se faisait taquiner. Ils reprirent leur petite conversation, et arrivèrent devant le cinéma. Là, ils optèrent pour un film d'action. Une histoire de superhéros. Dans une société centrée sur l'héroïsme, ça devrait faire l'effet d'une overdose, pourtant, ces films étaient on ne peut plus populaires. Puis, il fallait le dire, en voyant Todoroki grincer devant les quelques films romantiques qui étaient proposé, mieux valait s'en tenir à ça. Izuku lui-même n'était pas spécialement porté romance, même s'il regardait des dramas où elle prenait souvent une part importante dans l'intrigue. Ça aurait été gênant d'aller voir ça pour un premier rendez-vous…
Et, il l'admettait, quand bien même un synopsis de ces comédies aurait été intéressant, il n'avait pas envie de donner une image de lui comme étant un oméga fleur bleu, quand bien même il ne pensait pas qu'être romantique était une mauvaise chose. Il n'avait pas envie d'être sujet à des aprioris, car beaucoup se moquaient, alors que ça n'avait aucun sens. Il se disait vaguement que s'interdire de faire ou de penser une chose à cause des aprioris qu'on lui assignait était une façon de les valider, ils cheminaient dans les rangées de sièges.
La salle fut bientôt plongée dans le noir, les deux adolescents se réjouissant de leur après-midi. Deux heures plus tard, ils furent sortis.
« Tu en as pensé quoi, toi ? » demanda Izuku, circonspect.
Shoto haussa les épaules pendant qu'il détaillait son profil droit, cherchant à cerner son expression.
« Je ne sais pas trop, j'ai vu mieux. Les motivations du héros et de l'antagoniste étaient assez faibles.
—J'ai trouvé que l'explication du fonctionnement de son alter et de son impact incohérent. »
Todoroki se tourna vers lui alors qu'ils descendaient les marches d'un petit escalier en pierres marbrées pour rejoindre la rue.
« Je veux dire, précisa l'oméga, un type qui fait des tornades, normalement, avec la force du vent, c'est compliqué à garder sous contrôle, et il ne causait presque aucun dégâts. C'est illogique.
—On est d'accord. Ce qui m'a quand même frappé, c'est que le héros s'obstine à refuser d'aider les gens jusqu'à ce que son compagnon le supplie, et que le méchant soit un éternel illuminé qui veut dominer le monde. C'est tellement cliché. »
Cet argument fit hausser les épaules d'Izuku.
« Si on prend l'exemple des Vilains, ils ne sont pas forcément mieux…
—Oui, mais ils ont des mobiles. Une idée erronée de la justice qu'ils veulent faire appliquer, des esprits détraqués… Ici, on avait un homme qui s'ennuie. C'est déjà vu. Pour du cinéma, ils pourraient chercher plus loin. »
Le jeune oméga s'arrêta à un carrefour. Ils devaient traverser un passage piéton pour rejoindre le centre ville, et ils attendaient que le feu pour passant devienne vert. Il eut un petit sourire.
« Quelque fois le fait de ne pas avoir de raison peut être original, » argumenta-t-il timidement. « Je pense surtout que c'était mal tourné. On va dire que c'était un peu nul.
—C'était un peu nul, » répéta Shoto fermement.
Et ils rirent gentiment.
« Tu veux faire quoi, maintenant ? »
Ils avaient l'autorisation de sortir, mais Aizawa-Sensei les avaient prévenus : les étudiants de Yuei écopaient d'un couvre-feu à 18h, et avec leur escale nourriture et leur film, il était déjà 16h30. Ils avaient certes encore un peu de temps, sauf qu'il filait vite. Et sa mère voudrait qu'il l'appelle avant 20 heures, sinon elle s'inquiéterait. Todoroki leva les yeux au ciel, comme pour réfléchir.
« Il y a un parc pas loin d'ici, on pourrait le rejoindre et s'y asseoir un moment pour discuter, si ça te convient. »
Cette demande formelle et poli résonna avec satisfaction chez l'oméga. Il opina, tout content.
« Oui, bien sûr ! Il faut quand même faire gaffe, avec les horaires…
—Oui, j'y pensais aussi. »
Ils se mirent en marche. Le parc n'était effectivement vraiment pas loin : ils avancèrent le long d'une côte, et il apparut à l'angle du carrefour suivant.
C'était un grand jardin Japonais traditionnel, avec des rangées d'arbres et de bambou, le tout d'une verdure claire et resplendissante. Des étendues d'eau bordées de pierres étaient disposées çà et là, avec quelques personnes assises en train de discuter ou de regarder leurs écrans de portables. Shoto et Izuku s'engagèrent dans un chemin, à la recherche d'un endroit non surpeuplé. Ils trouvèrent bientôt des rangées de pierres sous un pont. Le coin était ombragé, ils étaient juste derrière une portion de l'étang. C'était frais et agréable.
Au début, ils étaient étrangement silencieux. Étrangement parce que depuis qu'ils avaient trouvé comment se parler, ils avaient eu peu de blancs, du moins pas si long. Todoroki finit par briser le silence, avec son caractère direct qui étonnait toujours Izuku :
« On ne sortira pas ensemble, toi et moi.
—Todoroki-kun ? »
Izuku ne s'était pas attendu à ce qu'il lui dise ça si brutalement. Shoto parut réaliser qu'il avait été brutal et il lui fit un sourire contrit.
« J'ai le sentiment qu'on s'entend très bien. Mais il n'y a pas vraiment de… déclic, si on peut dire. Et j'ai déjà remarqué que tes regards étaient souvent dirigés vers quelqu'un d'autre, au lycée. » Izuku baissa les yeux. Son affection pour Kacchan transpirait trop autour de lui, il le savait déjà. « J'ai tenté ma chance, et je ne sais pas si je me freine à cause de ça, mais j'ai surtout l'impression que tu seras un ami pour moi, si tu le veux aussi. Je ne nous vois pas ensemble, sur le long terme. »
L'oméga déglutit. En un sens, Shoto avait entièrement cerné la situation, tout comme lui l'avait réalisé : pas d'attirance à proprement parlé, juste une affection amicale. Ça l'avait frappé aux premiers instants, et ça avait continué. Il se sentait surtout désolé, ayant peur d'avoir blessé le vairon.
« Tu ne le prends pas mal ? Que ça ne fonctionne pas. »
Todoroki secoua la tête.
« Non, je suis même très content d'avoir passé cette journée avec toi. »
Ça eut le mérite de rendre Izuku heureux. Voir que le sentiment de sympathie était mutuel lui fit très plaisir. Il pensa brièvement à Ochako et Tenya qui seraient sans doute plus déçu que lui… Il eut un fin sourire.
« Alors on est amis ?
—On est amis. Ce serait, hm, » Shoto rougit – par timidité, « agréable, si on pouvait remettre ça.
—Pourquoi pas ! »
L'atmosphère fut moins embarrassée, et l'oméga se tritura un peu les doigts.
« Il y a quelque chose que je me demandais, mais tu n'es pas obligé de me répondre. »
Les yeux du garçon aux cheveux bicolore se posèrent sur lui. Izuku s'expliqua malaisément :
« Est-ce que tu te sens… mieux, à l'internat ? Du fait de ne plus voir ton père régulièrement ? Pas que ça me regarde, mais le fait que tu utilises davantage ton deuxième pouvoir… Je… Ah, désolé, c'est déplacé. »
Il se sentait prendre une expression contrite et regrettait d'avoir eu l'audace de poser sa question. Shoto le fixa avec neutralité. Il finit par soupirer :
« Ne t'en fais pas, Midoriya. S'il y a une personne à qui je peux parler de ça, c'est bien toi. Tu m'as réconcilié avec mon pouvoir.
—Je n'ai rien fait de spécial, hein, Todoroki-kun… C'est surtout toi qui a…
—Parce que tes arguments pendant le championnat m'ont convaincu. Mais je vais te répondre, oui. C'est vraiment une bénédiction pour moi. »
Izuku lui fit un grand sourire.
« J'en suis content. »
Shoto saisit alors sa main dans la sienne. C'était un geste platonique, ils le savaient tous les deux. Aussi, Izuku voulut poser sa tête contre l'épaule du plus grand. Ce dernier se tendit au début, puis ses épaules se relâchèrent, signe qu'il acceptait sa proximité. Le silence le fit, entrecoupé du chant de quelques oiseaux, du bruissement de l'eau, et des feuilles des arbres. Ils s'étaient dégoté un petit coin de paradis.
« A mon tour de demander quelque chose. Toi aussi, tu ne seras pas obligé de répondre. »
Du coin de l'œil, Izuku releva le regard sur lui. Le vairon s'éclaircit la gorge.
« Katsuki Bakugou. Qu'est-ce qu'il y a entre vous ? »
Izuku fut tellement surpris qu'il releva la tête et bégaya :
« Todoroki-kun, je suis désolé… Je…
—J'ai dit que tu n'étais pas obligé de répondre, Midoriya. Ne panique pas. »
Le vert hocha la tête. Il déglutit difficilement.
« Tu peux m'appeler par mon prénom, si tu veux. »
Il rougit. Les mots étaient sortis d'eux-mêmes. En y pensant, même avec ses deux amis, à part en pensée, ils ne se nommaient par leur prénom, si on oubliait Ochako qui l'appelait Deku, encore que c'était plus un surnom. C'était quelque chose qu'il devrait faire prochainement. Iida-kun était très formel, mais il se doutait que ça passerait. C'était un signe de proximité évidente, même entre jeunes Japonais, amis ou amants, d'employer le prénom. Ça ne se faisait pas n'importe quand, ni n'importe comment. Il eut un peu peur d'avoir griller les étapes avec Shoto. Ça se passait tellement bien entre eux que… Arf, il s'inquiétait sans doute pour rien.
Clignant des yeux, Shoto le toisa.
« Izuku, » dit-il alors. « Toi aussi. »
Le susnommé opina de nouveau, montrant son approbation. Il prit une inspiration.
« Et bien… C'est très compliqué. Et un peu long.
—J'ai le temps, si ça ne te dérange pas. J'ai juste l'impression que quelque chose s'est passé. Il n'agit pas comme lui-même. »
Alors Todoroki aussi avait cette impression… Izuku prit une deuxième grande inspiration.
« Ne le dis à personne, s'il te plaît, je n'aimerais pas faire courir de mauvais bruits dans la classe, mais… Il m'utilisait comme sa tête de turc, au collège. Il a changé d'attitude avec moi après que je l'ai aidé quand il a été attaqué par un vilain.
—Je me souviens, j'ai vu les images à la télé. »
L'oméga déglutit, pour la énième fois.
« Ça n'est toujours pas devenu le grand-amour mais disons qu'il m'avait laissé… Et je ne sais pas pourquoi, quand des alphas ont commencé à s'intéresser à moi, il est devenu fou. Il s'est même battu avec un alpha qui ne me parle plus à cause de ça. J'en suis extrêmement déçu, je voulais m'en faire un ami, mais bon… J'ai bien vu qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas. Je me suis d'abord mis en colère, j'étais furieux… Mais j'ai aussi été le voir pour essayer de faire un pas vers lui, d'en discuter. »
Il eut envie de pleurer en disant ces mots. Shoto dut s'en apercevoir, parce qu'il revint lui saisir la main.
« Il m'a agressé. Ça faisait longtemps qu'il n'avait pas été aussi violent avec moi. Depuis, il n'est plus que l'ombre de lui-même. Des fois, je me dis qu'il s'en veut et ça m'adoucit. À d'autres moments, je suis tellement furieux que j'aurais envie de le frapper pour le secouer, moi aussi. »
Todoroki parut réfléchir alors que le jeune oméga se mordait la lèvre. Il avait laissé les mots sortir d'eux-mêmes, à nouveau, et il s'en voulait, quelque part. Seulement, c'était la stricte vérité. Une part de lui pensait que c'était plutôt à lui, d'être prostré et abattu avec tout ça, et que Katsuki n'avait qu'à assumer la responsabilité de ses actes comme un homme une bonne fois pour toute en s'excusant. De l'autre, il se disait que Kacchan, son Kacchan, celui qu'il avait toujours aimé et admiré, avait de graves problèmes. Il avait craqué par anxiété, ça, il s'en rendait compte. Ça ne changeait pas le fait que ce qu'il lui avait fait était inacceptable.
« C'est normal. Les violences dans les relations, j'en ai été témoin toute mon enfance, et j'en ai subi, c'est très complexe. Ça rend vraiment en colère. »
Izuku se sentit pétrifié. Merde, quel con ! Il venait exactement de remuer le couteau dans la plaie !
« Shoto-kun, excuse-moi, je n'aurai pas dû…
—Ce n'est rien. J'ai proposé de t'écouter, et je suis capable d'en discuter. »
D'un doigt rapide, Izuku essuya une larme qu'il sentait couler de sous l'un de ses yeux. Il ne savait plus quoi faire. Shoto poursuivit :
« Tu as toutes les raisons d'être en colère et il n'avait pas le droit de faire ça. Maintenant, s'il devient fou quand un alpha t'approche, ça risque d'être problématique. Tu sais pourquoi ?
—Si seulement. Tout le monde me dit que c'est de la possessivité, ça y ressemble, mais ça n'a aucun sens… Il m'a avoué qu'il avait été attiré par mes phéromones, tout ça pour me dire qu'il me déteste.
—Si ça se trouve, il ne se rend pas compte lui-même de pourquoi il le fait. C'est peut-être ce qui le rend agressif. »
L'oméga haussa les épaules.
« Je ne sais pas. Toujours est-il que j'aimerais tellement qu'il soit plus facile et qu'on puisse… en discuter, je ne sais pas. Comme des personnes normales.
—Et toi, tu ressens quoi pour lui ? Tu… ? »
Il n'avait pas besoin de finir, Izuku savait où il voulait en venir.
« Tu me juges si je réponds que je ne suis pas sûr de pouvoir dire non à cette question ? »
Shoto secoua la tête.
« Non. Peut-être que s'il ne se reprend pas, ou s'il le fait, tu pourrais essayer de lui dire ce que tu penses. Mais ne te laisse surtout pas faire, même si je sais que c'est difficile quand on est pris par surprise et qu'on a peur. Surtout que tu tiens à lui. »
Izuku serra sa main dans la sienne. Il reposa sa tête sur son épaule, gentiment.
« Oui, tu as raison. Je verrais bien. Mes amis me déconseillent de le faire et par moment je doute d'en avoir envie… Je ne veux quand même pas le laisser souffrir. Je pense que s'il est comme ça, c'est pour ça. Il souffre. Mais je ne veux pas le subir. Et je ne sais pas comment faire pour qu'on arrête d'être coincé dans ce schéma du bourreau et de la victime, lui et moi. »
Todoroki garda le silence.
« En prenant le contrôle. Tu décides ce qui est bon pour toi, et tu ne te laisses pas mener. C'est long, ça prend du temps, et on ne peut pas t'en vouloir d'avoir du mal. N'abandonne pas d'y arriver. Et, j'y reviens un peu tard, mais pour cet alpha qui ne revient plus vers toi… Essaie peut-être de recontacter, si tu regrettes ça. »
Ils se regardèrent longuement, Izuku considérant ces paroles sages. Il venait d'avoir une idée. Il savait parfaitement ce qu'il allait faire. Il se redressa alors, si content qu'il avait presque envie de sautiller. Enthousiaste, il tortilla encore ses doigts :
« Est-ce que je peux te faire une bise ? Désolé, mais je te remercie vraiment, tu viens de me donner une idée ! »
Todoroki s'empourpra de surprise et acquiesça.
« Ravi d'avoir, hm, pu être utile. »
L'oméga s'exécuta, et riant de bon cœur, les deux garçons se rassirent. Pile quand ils allaient entamer un autre sujet de conversation, un autre duo d'adolescents déboulèrent au loin. Deux personnes bruyantes, qui les aperçurent bientôt.
Izuku s'étouffa avec sa salive.
Ça devait forcément être une mauvaise blague.
Kacchan et Kirishima.
Le deuxième tira le premier, qui baissait la tête avec contrariété, et s'exclamait, déjà enthousiasmé :
« Todoroki, Midoriya ! Qu'est-ce que vous faîtes là ? »
À cet instant, Izuku réalisa qu'ils s'étaient repris par la main avec la surprise. L'oméga perçut le regard de l'alpha blond. Il serra les dents en visualisant leurs mains, ses iris virant furieux. Il eut un peu peur – reste du choc de la dernière fois, pourtant, il tint bon.
« On profite du parc pour se balader et discuter. »
Kirishima coula un regard presque inquiet sur Katsuki, et leurs mains liées. Izuku savait qu'ils étaient proches, et ça l'angoissait davantage au sujet de Kacchan si même son ami semblait s'en faire. Il se racla la gorge.
« Nous aussi. Kat' a été malade et j'ai pensé que ça lui ferait du bien.
—La ferme, j'étais pas malade ! Et m'appelle pas comme ça, putain d'enfoiré !
—T'as béger' toute la soirée hier, mytho pas ! »
Katsuki semblant à deux doigts d'en découdre, Eijiro se mit à rigoler.
« Enfin bref, on a fait le tour et on allait partir. Je vous conseille de faire gaffe aussi, Aizawa a dit qu'il remonterait les bretelles de tous ceux qui zappent le couvre-feu. »
Izuku hocha la tête, mal à l'aise. Comme d'habitude, Shoto était neutre. Il ne lâchait pas sa main et l'oméga s'y cramponnait comme à une bouée. Quant au blond… Il n'arrêtait pas de les fixer. Ça ne lui plaisait pas, ça, c'était visible.
Un long, long silence s'installa. Assez pesant.
« On va y aller, » entama Kirishima d'une voix traînante.
Shoto commença à se lever aussi, lâchant la main d'Izuku qui se mordit la lèvre. Son regard croisa celui de Katsuki. Il vit une sorte de dégoût, du ressentiment, et… du regret.
« Izuku. »
Todoroki venait de parler, Kirishima hoquetant et Katsuki le foudroyant du regard. Le rouquin se retourna vers son ami, et l'oméga fut perdu entre les trois individus qui l'entouraient. Il était anxieux.
L'alpha blond parut avoir été décidé par l'intervention du vairon.
« Deku va rester là. » Izuku hoqueta bruyamment, aussi, l'alpha braqua l'œil sur lui, menaçant. « Faut que je te parle. »
Entendre Kacchan lui dire ça le choqua, et le concerné ne paraissait pas des plus ravis par son annonce. Le fait qu'il lui impose de rester sans demander son avis, en revanche…
Todoroki s'avança, mais le vert secoua la tête. Il savait ce qu'il allait faire. Ça aurait juste lieu plutôt que prévu.
Les autres partirent, ne laissant seuls que les deux « amis » d'enfance. Le silence se mettait à peser du plomb, inutile de le préciser. Après un temps qui parut bien trop long, durant lequel Izuku se mordillait l'intérieur de la joue et avait la bouche sèche, voire pâteuse, et un Katsuki mitraillant le sol et ses pieds des mirettes, le dernier ouvrit la bouche :
« Tu vas sortir avec Todoroki, Deku ? Vous roucouliez ?! »
L'agressivité dans sa voix était très mal contenue, surtout sur le dernier terme. Izuku se sentit pris en défaut, alors qu'il n'y avait pas de raison. Il ne devait rien à Kacchan et il était libre de faire ce qu'il voulait. Il était temps que l'autre le comprenne une bonne fois pour toute.
« Qu'est-ce que ça peut te faire ? Tu disais que je devais rester loin de toi. »
Il ne s'était pas levé de sur son rocher et Katsuki était à environ une distance de bras. Quand le blond pivota subrepticement sur ses talons, éternellement sombre, il se ratatina sur lui-même. Et Todoroki qui lui avait conseillé de prendre le contrôle ! Il n'était même pas fichu de tenir la confrontation !
« J't'ai posé une question, Deku.
—Je n'y répondrai pas. »
La réponse d'Izuku les surprit sans doute autant l'un que l'autre. Ce dernier se mordit la langue et continua :
« J'en ai marre, Kacchan. Vraiment marre. Tu ne peux pas t'emmêler chaque fois qu'un alpha essaie de m'avoir et me traiter comme ça ensuite ! Tu m'as bien fait comprendre que tu ne voulais pas que je m'approche de toi, alors à quoi tu joues ?! »
Comme perdu, le blond recula et le fixa en poussant un grondement de rage.
« Si je m'en suis mêlé, c'est parce que ces alphas me cassaient les couilles, ils étaient totalement cons, et ils perdaient d'autant plus leur temps avec toi ! »
Katsuki braillait, mais à la seconde où il prononça les mots, il parut les regretter. Il se mordit la lèvre et gueula un putain en direction du ciel. Izuku se raidit.
« Si je suis une perte de temps, pourquoi tu t'acharnes ? Qu'est-ce que ça peut te faire que je sorte avec Shoto-kun ?
—Shoto-kun ? T'es sérieux ? »
Il ne l'avait pas encore agressé, et il poussait sa chance. Cependant, le vert ne voulait pas baisser les bras. Il voulait lui tenir tête.
« On s'entend bien, lui et moi. La question n'est pas là. Tu me veux quoi, à la fin ? »
Définitivement désarçonné, Katsuki perdit ses mots :
« Je…
—Je n'ai pas que ça à faire, » et Izuku se leva, serrant les poings, le toisant de toute sa hauteur, bien qu'il soit plus petit « alors si tu veux bien parler rapidement, Kacchan. Il ne faudrait pas qu'on loupe le couvre-feu.
—Ta gueule, Deku ! »
Cette fois, une gerbe de flammes jaillit devant ses yeux. Izuku cilla. Mais il exerça une avancée en diagonale, cessant de tourner le dos au rocher et empêchant l'autre de l'acculer. Il était énervé.
« Non, Kacchan. Ça ne marchera pas comme ça. Pas aujourd'hui. Maintenant parle.
—Ne me dis pas ce que j'ai à faire, oméga ! »
Le blond avança vers lui. Il le saisit à l'encolure, approchant son visage du sien tout en prononçant ces mots. L'oméga eut peur –il avait pris un timbre puissant, le ton d'un alpha, et lui, il se sentit projeté dans son rôle d'oméga, le rôle du soumis, de la victime, qu'il avait été bien trop longtemps. Une victime n'était jamais fautive. Ce n'était pas à elle de ne pas être faible, mais aux autres de ne pas profiter de sa faiblesse. Sauf que Katsuki ne fonctionnait pas comme ça. Il n'avait jamais compris ces rudiments. Et Izuku était maintenant devenu assez fort pour être capable de s'extirper de cette emprise que l'autre croyait légitimement posséder sur lui.
« Je suis peut-être un oméga, » martela-t-il avec colère, « mais je ne suis pas ton oméga, Kacchan. Je n'ai pas de compte à te rendre, tu n'as pas d'ordre à me donner et je n'ai plus peur de toi. Je ne vais pas continuer à attendre pour quelqu'un qui ne sait pas se donner les moyens d'avoir ce qui est à lui. »
L'oméga déglutit. Il l'avait fait. Il l'avait dit.
Car c'était ça, la stratégie qu'il avait élaboré grâce à sa discussion avec Todoroki. Dire la vérité à Katsuki. Lui dire ce qu'il ressentait. Il voulait le secouer profondément. Lui faire comprendre qu'il devait changer avec lui. Et lui dire surtout pourquoi. C'était ça que ça voulait dire, « se donner les moyens d'avoir ce qui est à lui. » Changer. Apprendre. L'accepter. Arrêter de le traiter comme un inférieur. Tout ce que sa mère avait dit était vrai, de même pour ses amis. Katsuki était possessif avec lui. Et il savait que ce qu'il pensait était vrai aussi. Il y avait du bon en Katsuki. Et il avait vraiment des problèmes en ce moment. Il ne savait pas si ça allait l'aider ou si ça allait davantage le perturber, il s'en souciait évidemment, mais… Il y avait aussi son propre côté. Il ne pouvait plus se laisser traiter comme ça.
Les lèvres du blond tremblèrent un court instant, signe de nervosité. Il le relâcha.
« Tu parles de moi ? Tu me dis que t'es pas mon oméga et après ça, c'est un peu contradictoire, à quel point t'es con ? »
Izuku dut faire un effort surhumain pour ne pas rentrer dans la provocation.
« Tu sais, tu pourrais être mon alpha si tu faisais des efforts avec moi. Reconnais-le, tu n'aimes pas qu'un autre alpha veuille me marquer. Toi et moi, on sait très bien ce que ça veut dire, Kacchan. Toutes ces années, tu m'as traité comme un moins que rien, alors que je désespérais de te voir changer. Et tu oses attendre que je me réserve pour toi ? » L'oméga fronça durement les sourcils. « Tu ne changes pas et je ne veux pas continuer comme ça alors que j'en souffre. Je mets les choses au clair. Je préfère qu'on reste à ce qu'on est. Alors tu peux me détester et vouloir me cramer, je sortirais avec Shoto-kun tant que tu te comporteras comme un enfoiré. »
Il mentait. Il ne comptait pas plus sortir avec Todoroki que tout à l'heure, et il culpabilisait de l'utiliser comme ça, mais c'était la seule solution. Il fallait que Katsuki se réveille. En un sens, lui dire la vérité une bonne fois pour toute, c'était aussi pour son bien. Il fallait qu'il en prenne conscience, qu'il arrête de réagir comme ça et qu'il avance un peu. Il eut du mal à avaler sa salive face à la hargne qu'il lut dans le regard de l'autre. Des jets de flammes explosèrent, Izuku assistant au spectacle avec impuissance.
« Je t'ai putain de rien proposer alors te fais pas de film, Deku ! Et tu ne vas pas sortir avec Todoroki. Tu crois que c'est un alpha pour toi ?! »
Sa voix s'était raffermie, la détresse y perçait. Il regardait autour d'eux, perdu, comme au bord des larmes. Oh, c'était dur aussi pour Izuku. Les siennes lui brûlaient la rétine. C'était une conversation qu'ils auraient dû avoir depuis longtemps, en réalité.
« À moins que tu me donnes une bonne raison de ne pas le faire, je le ferai. À plus, Kacchan. Je rentre aux dortoirs. »
Ainsi, Izuku tourna les talons. Il sentait son souffle bloquer dans sa poitrine, ça chauffait, ça pinçait, ça faisait mal – autant dans ses yeux qu'à l'intérieur. Il venait peut-être de briser le cœur de Katsuki, mais aussi le sien. Est-ce que c'était ça, l'amour ? Il n'avait vu que son mauvais côté. Quand verrait-il le bon ? C'était ça, au fond, le pire. Todoroki aurait été un alpha parfait pour lui. Et ça ne marchait même pas comme ça.
Il s'engagea plus loin dans l'allée et se sentit brusquement tiré par le bras, pour être retourné. Katsuki se trouva à deux centimètres de lui, littéralement. Il pleurait. Il avait les yeux rouges et gonflés, et il était secoué de sanglots encolérés. Izuku n'y comprit plus rien. Il entendit à peine sa voix quand il murmura :
« C'est ça que tu veux, hein, Deku ? »
Paumé, l'oméga le vit incliner son visage et essayer de l'embrasser. Mou au début, il évita ses lèvres et tenta de s'extirper de ses bras. Ça ne lui plaisait pas. Il se sentit perdu.
« Qu-Qu'est-ce que tu-, Kacchan ?! »
Katsuki renifla piteusement et s'exprima avec ce qui semblait rester de sa fierté :
« Je considère l'idée de prendre ce qu'est à moi. C'était tes mots, non ? T'as avoué. »
Un coup de poignard dans le cœur d'Izuku.
« Pas… comme ça…
—Si, totalement comme ça. Ouvre les lèvres. »
Non, non, et non. Izuku était pétrifié. Ça allait beaucoup trop loin ! Kacchan ne pouvait pas faire ça, il ne voulait pas !
« Non, arrête, » voyant que l'alpha réitérait sa tentative, il détourna le visage en hurlant : « Kacchan, arrête ! »
Ils étaient isolés, dans ce recoin du parc que Todoroki et lui avaient choisi pour discuter sans être dérangé. L'eau couvrait leur voix. Personne ne les voyait. Katsuki pleurait davantage. Il semblait le supplier. Izuku avait peur.
« Putain, Deku, ouvre les lèvres.
—Donc t'irais jusqu'à me forcer ? »
Sa voix était éteinte. Il avait l'impression d'avoir fait tout ça pour rien et il regrettait. Il regrettait tellement.
« QUOI ?! » Katsuki beugla entre ses larmes. « Qui parle de forcer, putain de Deku, alors que t'es d'a-… »
Puis, le blond parut prendre conscience de l'état dans lequel il était. Paniqué, rouge de fureur et de peur, de grosses larmes coulant sur son visage. Il le laissa repartir arborant lui aussi une expression épouvantée. Izuku bredouilla, encore sous le choc :
« Je ne te dirais pas non en pensant oui.
—Deku, putain, je… »
De nouvelles larmes apparurent sur le visage de l'alpha, autant que les siennes dévalaient ses joues. Il semblait chercher les mots pour s'excuser, avec toute la mauvaise foi du monde, aucun d'eux ne pouvait nier le fait qu'il venait d'essayer de le forcer à l'embrasser. Ce n'était qu'un baiser, d'un certain point de vue, ça pouvait paraître dérisoire. Sauf que c'était quand même violent, de la façon dont ça se produisait. Ça restait une tentative d'agression physique. Ce n'était pas la première fois entre eux. Mais c'était la première fois que ça prenait un chemin intime, et Izuku réalisait à quel point tout ça était malsain. Sans doute que Katsuki aussi, à ce qui semblait soudain détruit dans son regard. Il était paumé.
Son nez bouché se mit à couler. Il parla, dégoulinant de larmes et de morves non contenus :
« Je voudrais bien que tu sois mon alpha et je sais que tu vas te moquer de moi mais je t'aime sincèrement, Kacchan. Depuis toujours, alors que je ne devrais pas. Cependant…Tu ne me traites pas correctement donc je ne veux pas accepter de relation avec toi et si tu dépasses les bornes à ce point, je ne serais pas capable de te pardonner, même en tant qu'ami. » Il poussa un sanglot aigu. « J'aimerais que tu changes. Vraiment. Toutes ces années, c'est ce que j'attendais de toi. Mais tu continues, tu me traites mal, tu m'agresses sans arrêt, et là… Je ne peux plus continuer. J'ai essayé de te laisser une derrière chance, mais je ne vais plus pouvoir continuer. »
Il s'essuya rapidement le nez, en vain.
« Kacchan, » prononça-t-il difficilement, « si tu ne changes pas, je ne veux plus entendre parler de toi. C'est la dernière fois. »
Katsuki ne faisait que secouer la tête. Il le regardait avec des yeux flous, pleins de larmes, n'ayant vraiment pas l'air mieux que lui. Izuku poursuivit malgré lui, il n'arrivait pas à s'arrêter :
« Je n'ai aucune valeur à tes yeux, pour que tu me traites comme ça ? » Il contracta sa mâchoire pour éviter de s'effondrer, mais c'était tellement dur. « Est-ce que tu me vois au moins comme un être humain ? Non ? Je suis un objet, une chose inutile que tu peux prendre et utiliser à ta guise sans te soucier d'autre chose ? Est-ce que c'est comme ça ?»
Les sanglots perçaient sa voix. Il avait si mal. Katsuki secoua la tête plus fort. Izuku ne fut plus capable de discourir. Il n'était pas du genre à fuir. Pourtant, en voyant Katsuki s'effondrer et se prendre la tête entre les mains, il partit, dans un état second. Il sentit un frisson lui glacer le sang aux hurlements de son ami d'enfance.
« Bordel de merde ! PUTAAAAAAAAIN ! »
Des bruits d'explosion retentirent, et il se dépêcha de quitter le parc. Il ne pensait plus à rien d'autre. Il voulait rentrer, se mettre au lit.
Cette fois, il était celui qui laissait l'autre anéanti, sauf qu'il était largement aussi détruit que lui.
À suivre...
Donnnc oui, la fin est partie en couille XD. Comme dit dans le texte, "avec toute la mauvaise foi du monde", ils ne peuvent plus revenir en arrière, l'un comme l'autre, après ça. Surtout Katsuki, qui est en pleine crise et qui a été très loin ! Du coup je pense qu'on peut le réaliser, avec ça, Katsuki va bien être obligé de se remettre en question pour de bon, ou d'au moins s'excuser. Ce qui ne fait pas tout et ne veut pas dire que c'est gagné tout de suite pour le KatsuDeku, of course x'). D'ailleurs ça risque d'être un passage assez délicat à écrire par rapport à son personnage, et j'ai hâte de m'y coller.
J'espère btw que ça vous aura semblé bien par rapport à leurs caractères ! Je m'attache à les respecter, mais après, je pars aussi du principe qu'une fanfic' prend son propre chemin et que les personnages évoluent avec le chemin qu'elle leur fait emprunter, donc forcément ça sort un peu du canon, sinon c'est impossible d'écrire quoique ce soit, faut pas se leurrer. C'est comme ça que je le vois après et j'essaie vraiment malgré ça, cependant, je ne m'interdirai pas non plus de leur faire subir un développement qui sert mes idées ^^. J'essaierai de l'amener de la manière la plus cohérente possible, en espérant que tout semble bien là-dessus pour le moment :) !
Concernant le rythme de publication, je préfère pas m'avancer parce que les aléas de la vie me font mentir, mais je vais tenter pour le 31 août. Sinon, peu de temps après :). Je garde toujours l'objectif d'avancer autant que possible sur cette fic, et je suis vraiment chaud patate dessus, don't worry :).
Reviews sur tout ça ? N'hésitez vraiment pas à me faire part de vos remarques ^^ ! Depuis deux chapitres vous êtes assez peu à réagir sur ce site, c'est pas grave et ça me fait quand même très plaisir de voir qu'il y a du monde, je sais en plus que c'est lent, mais faut vraiment pas hésiter, je ne mords pas et les avis font plaisir :3 !
Merci d'avoir lu !
