Coucou !

Alors ça fait vachement longtemps que je n'ai pas mis à jour, et comme vous le voyez il y a eu un petit changement de programme, ce chapitre est en fait le dernier. Mais pas vraiment... Je m'explique d'abord sur ça, j'ai simplement décidé de couper en deux la fiction : cette fin de partie va marquer une rupture, vous verrez en quoi, et la partie suivante enchaînera avec un nouveau thème, disons. (CF note de fin pour de plus amples informations xD) Donc n'ayez crainte, rien de bâclé, ce chapitre aurait eu exactement le même déroulement si l'histoire avait gardé sa continuité initiale :). Je le précise parce que je sais qu'il y en a qui ne liront pas les notes de fin (peut-être même celles de début aussi, bande de petits coquins) et qu'on risque de me demander si y a une suite en commentaire, la prochaine partie sera écrite dans quelques temps, ne soyez pas impatients svp x'D.

Cela dit, au moins, je ferais en sorte de ne la poster que quand il ne me manquera qu'un chapitre pour la finaliser, et il n'y aura pas ce souci de temps de postage infiniment long ! Mes plus plates excuses pour le rythme un peu boiteux de cette publication ^^'.

Quant à mon absence, et ce pourquoi je recommande la patience pour la partie suivante, comme je l'avais dit je suis accaparée par divers projets en plus de la fac où j'ai vraiment beaucoup de boulot, et ce dernier n'est plus au premier plan pour moi, donc je peine à trouver le temps de m'y poser, mais j'admets que dernièrement je suis tellement fatiguée que je peine à écrire même sur des projets où je suis très régulière, ce qui fait que rien n'avance x'). Ça commence à revenir, mais j'essaie aussi de prendre plus de temps pour moi, j'en ai besoin et c'est pas plus mal ^^.

Sinon, je vous remercie vraiment de toutes vos reviews sur le dernier chapitre, 19, c'est vraiment énorme Oo ! Merci aux 71 personnes qui ont mis cette histoire en favori et aux 96 autres qui suivent :) ! (J'ai pris le parti de mettre les réponses anonymes à la fin ^^)

Vous le voyez au titre, il est question de changement dans ce petit (ou pas) chapitre ;). Tout a été assez complexe à mettre en place mais j'en suis assez fière alors j'espère que ça vous plaira :) !

Bonne lecture ! :D


VIII

Todoroki-kun – 17h50 :

Izuku, est-ce que tout va bien ? Il reste dix minutes avant le couvre-feu. Tu es rentré ?

Bel et bien arrivé dans sa chambre en larmes, Izuku couva un regard tendre sur son téléphone, bien entendu destiné à l'expéditeur du message – il était sonné, mais pas encore à ce point-là. Sans rire, Todoroki était adorable. Il n'avait cependant pas l'énergie de lui répondre, alors il laissa tomber l'appareil dans les plis ridés de la couette qui le couvrait jusqu'au menton. Et une nouvelle larme coula sur sa joue. Il pensait toujours à ce qu'il avait déjà pensé. Shoto aurait été l'alpha parfait pour lui. Gentil, aimable, soucieux… doux. Tout le contraire de Katsuki. Ils s'entendaient parfaitement bien – dire qu'il avait été jusqu'à l'appeler par son prénom et être aussi tactile avec lui ! En temps normal, ce genre de proximité mettait plus de temps entre jeunes Japonais, peu importe leurs genres et leurs relations, et s'il était beaucoup plus courant pour les nouvelles générations de perdre de la réserve des anciens, ils avaient fait de grands pas en un coup. Preuve qu'une relation spéciale se tissait entre eux. C'était réconfortant, ça lui laissait un sentiment chaleureux dans la poitrine. Mais ce n'était pas de l'amour.

Il peut y avoir des coups de foudre en amour, c'est aussi le cas en amitié. Il avait la conviction que Todoroki serait avant toute autre chose un très bon ami pour lui, et ça lui plaisait de ressentir une telle proximité avec quelqu'un.

Ça ne le distrayait quand même pas de son problème. Kacchan. Kacchan qui avait essayé de l'embrasser. Izuku était à la fois furieux et déconfit – comment avait-il pu faire ça ? Et pourquoi ? Il avait eu peur, il avait toujours peur. Il trouvait son attitude effrayante. Et si ça ne pouvait pas changer ? Si c'était parti trop loin ? Izuku voulait espérer, mais il avait l'impression que dans toute cette histoire, l'espoir était ce qui le tuait. Il se rongeait les ongles malgré lui, n'arrivant pas à s'arrêter de pleurer et de trembler.

Il avait longtemps espéré un changement de Kacchan. Ça lui faisait juste mal de se rendre compte que l'autre le traitait comme une chose dont il disposait à sa guise, ça faisait tellement mal… ! Izuku avait envie de vomir en pensant à ce qui s'était produit. C'était tellement violent. Et il était inquiet en pensant aux grosses larmes sur le visage de Kacchan, autant qu'elles ne le surprenaient pas. Car Izuku le savait, Kacchan avait toujours eu une sensibilité exacerbée, qui se traduisait souvent par de la colère, et des explosions hautes en couleur, mais quelques fois, à force de cri et d'assèchement de ses cordes vocales, il arrivait que sa cornée suinte de ce que sa salive ne pouvait plus produire en hurlements. Il se rendait compte de tout ça, et il espérait – encore – qu'un jour, Katsuki prenne conscience de ces choses par lui-même et qu'il change en conséquence.

Ça semblait trop demander.

À cet instant, l'on cogna à sa porte.

Izuku se redressa mollement, sentant qu'il tanguait en posant ses pieds sur le sol, et croisa son reflet dans le miroir une fois parfaitement debout : aïe. Il avait le nez rouge à force de renifler, le tour des yeux carmin et les joues cramoisies. Personne ne croirait qu'il allait bien s'il ouvrait la porte. Il aurait pu prétendre ne pas être là, et il hésita franchement, restant planté comme un imbécile dans la même position un moment. Néanmoins, les voix de Tenya et d'Ochako retentirent à ses oreilles :

« Deku, tu es là ? Ouvre ! On a eu un message de Todoroki, il nous a dit qu'il t'avait laissé avec Bakugou-kun, il est inquiet et nous aussi ! »

Cela décida Izuku. Il avait besoin d'être seul mais il ne voulait pas inquiéter ses proches. Il vint entrebâiller la porte, assez pour rendre son visage moins facilement discernable, surtout ses larmes, et parla d'une voix faussement enjouée :

« Je suis rentré, je faisais une sieste. On se verra demain.

—Attends ! » fit Ochako d'une voix mal assurée. « Tout va bien ? Qu'est-ce qui s'est passé avec Bakugou ? Et avec Todoroki ? Si tu as besoin de parler, on t'écoute. »

Izuku aurait voulu élaborer un mensonge. À la place, il se pétrifia littéralement. Ses mains lâchèrent le bois de la porte et il la laissa s'ouvrir en grand sur lui, tel un projecteur aveuglant. Les maigres bribes d'explications qu'il tentait de former n'étaient pas cohérentes, et il sentait ses lèvres trembler alors que son front lui semblait proche de transpirer à grosse gouttes sous l'effort. Il ne parvenait pas à aligner un mot, ce n'était pas possible, c'était trop ! Et il s'effondra en larmes.

Tout de suite, Ochako et Tenya échangèrent un regard avec un hoquet de surprise, éberlués. Ils avaient face à eux un Izuku en larmes qui cachait maintenant son visage dans sa main alors que ses épaules tremblaient sous les sanglots qui les secouaient. Ils ne surent comment réagir face à ça. Certes, Izuku pleurait facilement et il était très sensible, ça, c'était un fait établi. Néanmoins, une telle explosion de sanglots… C'était inquiétant. Il n'allait vraiment pas bien. Ochako posa une main maladroite sur l'épaule d'Izuku, tandis que Tenya contractait sa mâchoire.

« Mon dieu, Deku, qu'est-ce qui se passe ? Tu veux nous dire ce qui s'est passé ? Tu veux qu'on te laisse ? » Voyant qu'il ne répondit pas, la brunette l'appela par son vrai prénom : « Izuku ?

—Je n'ai pas très envie de le laisser comme ça, » bredouilla Tenya à côté d'elle en chuchotant, malgré son corps raide car il n'était absolument pas à l'aise avec ce genre de scène. « Je ne sais pas quoi faire… ! »

Ochako lui jeta un œil hagard en serrant les dents, voulant probablement signifier qu'elle non plus. Elle n'était en effet pas plus avancée que lui alors que l'oméga pleurait sans pouvoir s'arrêter. Il se mettait à renifler piteusement, et ses tentatives de les regarder dans les yeux semblaient redoubler ses sanglots. Il n'allait pas se ressaisir comme ça.

Finalement, la jeune fille prit les choses en main et le prit dans ses bras. Izuku s'y nicha volontiers. Le regard qu'elle échangea avec Tenya était cette fois sans équivoque. Ils avaient pris leur décision, ils n'allaient pas le laisser dans cet état. Doucement, elle poussa Izuku à rentrer dans la chambre, le guidant en direction de son lit aux draps défaits, alors que Tenya fermait la porte. Ils l'aidèrent à s'allonger et Ochako s'assit tout à côté de lui, tandis que l'autre garçon lui posa une main amicale sur l'épaule avant de prendre place au pied du lit.

« Hm, pleure autant que tu veux, on t'écoutera après.

—Oui, on est là, Deku ! »

Izuku sourit entre ses larmes, avant que cette expression ne s'évanouisse. Il détourna les yeux de honte.

« Vous… vous pouvez me passer des mouchoirs ? »

Tenya s'empressa de s'exécuter, allant chercher la boîte de kleenex sur son bureau et la lui tendant. Izuku s'en empara et se moucha, gardant ensuite la boîte sur ses genoux.

« Tu veux de l'eau, aussi ? »

Le vert avait une petite bouteille d'eau à côté de son lit qu'Ochako lui montra, après s'être penchée pour la ramasser. Encore, il opinait. Il se saisit de la bouteille et but goulument. Enfin, après s'être enfilé la moitié de la bouteille d'eau, il les regarda, les bras tremblants.

« Kacchan et moi nous sommes disputés.

—Encore ?! »

Il n'eut même pas la force de leur faire les gros yeux avec cette exclamation. Il se sentait pris en faute, et totalement idiot. Il s'était fait avoir parce qu'il était trop gentil. Encore. Pourtant, il avait voulu se montrer devant Kacchan, se mettre en rogne et lui dire ses quatre vérités. Ça n'avait pas marché. Katsuki avait encore voulu avoir le dessus. C'était tellement prévisible, et tellement décevant.

« Je sais qu'on ne fait que ça. Croyez-moi, je n'en peux plus. C'est allé trop loin cette fois… Il a… »

Il se remit à pleurer, et Ochako serra les poings.

« Qu'est-ce qu'il a fait ? » Elle était énervée mais se contenait, ça se voyait. « Est-ce qu'il t'a frappé ? Il t'a menacé ? »

Izuku secoua la tête. Ses lèvres tremblèrent encore plus.

« Il a tenté de m'embrasser… Par la force.

—QUOI ? »

L'oméga eut un geste de la main, qu'il ouvrit et referma en un poing serré, ne comprenant rien non plus. Ses yeux étaient flous. Il prit une longue inspiration et la libéra en soufflant, pour tenter de recouvrer un semblant de calme. Tenya massa son épaule et Ochako le tint par la main. Cela l'y aida.

« Il m'a avoué, entre autres, qu'il ne voulait pas me voir avec un autre. Je lui ai dit que je ne pouvais pas accepter ses sentiments tant qu'il ne changerait pas, je me suis vraiment énervé, j'étais furieux. Je voyais bien qu'il était perdu, et il est littéralement devenu fou. C'est là qu'il a tenté de…

—Mon dieu, Deku… »

Ochako avait remonté ses mains devant sa bouche, sous le choc.

« J'ai vu qu'il pleurait, lui aussi. Il a certainement dû agir sans réfléchir, certainement eu du mal à comprendre que j'étais sérieux, et c'est ma faute ! Je lui ai donné tellement de pouvoir sur moi, j'ai même dit que je l'aimais, que je voulais qu'il change, il l'a pris pour une invitation, il est instable et perturbé, et c'est ma faute, vous aviez raison, j'ai… »

Il s'était remis à marmonner dans sa barbe et les sanglots dévalaient ses joues de nouveau.

« Non, Izuku, corrigea Tenya, ce n'est pas de ta faute. Tu le connais depuis longtemps et tu l'aimes, ça t'a rendu plus indulgent, et tu as voulu lui laisser l'occasion de s'amender et tu as tenté d'être patient, ça se comprend. C'est pas ça qui te rend fautif, ni Uraraka-san ni moi n'avons voulu dire ça. Maintenant, il faut peut-être que tu comprennes qu'on ne peut pas sauver tout le monde, dans la vie. Je sais, pour un héros, ça semble un comble de dire ça, mais c'est vrai. Son mal être, il est le seul à pouvoir le combattre. S'il te laissait le soutenir d'une façon saine et qui vous apporte à tous les deux, ça pourrait marcher, mais comme ça, tu te détruis. »

Izuku le savait. Il essuya ses larmes rageusement. Il n'était pas idiot, seulement, il refusait d'abandonner. Il ne voulait pas que ça se finisse comme ça. Il concédait néanmoins que ses amis avaient raison.

« Je sais. Je refuse qu'il se serve de moi comme punching-ball et qu'il m'utilise comme si j'étais un objet qui lui appartenait. Ça me fait tellement mal, je me sens tellement humilié, tellement dégradé…

—Parce que ça l'est. Il a vraiment été loin, cette fois.

—Je sais, oui. Mais il a vraiment des problèmes. Je crois qu'il ne sait pas ce qu'il ressent et qu'il est perdu. Ça fait un moment que je le vois comme ça. En fait, je crois que c'est depuis son enlèvement et depuis qu'ils ont dit, à la télé, qu'il ressemblait à un Vilain. Je pense vraiment que ça le fait se remettre en question et qu'il souffre beaucoup. Ça ne change pas ce qu'il m'a fait mais je ne peux pas ignorer qu'il a besoin d'être guidé et aidé… Il pleurait quand je suis parti et je crois qu'il n'avait pas voulu que ça aille aussi loin, mais il m'a fait tellement peur et je me demande comment il a pu oser ! » il le répétait en outre, « je… sais pas quoi faire.

Ochako et Tenya soupirèrent à l'unisson.

« Laisse-le évoluer seul pour le moment, et réfléchir par lui-même. Ce n'est pas à toi de le guider. Pense d'abord à toi. Tu es en colère, tu lui en veux, et tu as RAISON. » Ochako claqua ses mains sur ses cuisses en prononçant ses mots, ce qui fit sourire Tenya et Izuku — très brièvement. « Si jamais il revient vers toi et qu'il s'excuse, si jamais il a compris qu'il a été trop loin, qu'il est sincère, peu importe ce que tu feras, on te soutiendra. Mais n'oublie pas pour autant et sois ferme avec lui. Il doit comprendre qu'il y a des limites. Embrasser quelqu'un contre son gré, c'est une agression. Il a aussi plaqué ses mains autour de ton cou, tu nous l'as dit. C'est aussi une agression, et c'est grave. Alors ne te laisse pas faire.

—Je sais, Uraraka, je le sais, mais…

—Mais rien du tout. On est tes amis, personne de censé et de bienveillant ne te conseillerait de fermer les yeux, enfin !

—Ce n'est pas ce que j'allais dire. » Izuku renifla. « J'allais dire que j'avais justement pris cette décision, au fond de moi. Je ne veux plus jamais être traité comme ça. Je suis juste sous le choc. Tout tourne en boucle, et ça a basculé tellement vite… ! Je suis perdu. Mais je lui ai dit que je ne lui parlerais plus jamais s'il recommençait. »

Tenya lui sourit.

« Tu n'es pas si perdu que ça, si tu sais ce que tu veux au fond. Tu as juste besoin de temps pour le mettre en place. Prends-le. Et tu peux pleurer, si tu veux. Je suis pas doué pour réconforter mais j'écoute.

—Moi aussi ! »

Ochako leur faisait un grand sourire, solaire.

Izuku s'essuya l'œil et vint leur saisir la main, ayant un petit reniflement gentillet servi sur un petit sourire.

Il avait de la chance de les avoir, ces deux-là.

Ils restèrent ensemble et regardèrent un film sur l'ordinateur portable du jeune garçon. Izuku répondit à Todoroki et lui proposa de venir regarder le film avec eux, ayant préalablement demandé à ses amis si ça ne les gênait pas. Ceux-ci étaient enthousiastes, ils semblaient avoir compris qu'Izuku voyait l'alpha comme un ami et non un potentiel petit-ami, ils étaient néanmoins contents pour eux – après, Izuku n'était pas sûre qu'Ochako n'ait totalement abandonné l'idée de les caser tous les deux.

Shoto refusa d'abord, ne voulant les déranger, et Izuku insista, ce qui finit par faire céder l'alpha.

Après le film, ils parlèrent, encore de l'incident du parc, et cette fois, Izuku était plus déterminé. Savoir qu'il avait le soutien de ses amis l'encourageait déjà à avancer dans la bonne direction.


Katsuki était rentré dans sa chambre au pas de courses et s'y était enfermé en claquant la porte. Il s'était jeté sur son lit, les poings serrés et les paumes humides, prêt à produire une myriade d'explosion à tout moment. Mais, à l'inverse, désirant plutôt réussir à calmer le feu qui tempêtait dans son crâne et dans son ventre avant que ça n'ait des conséquences dévastatrices, il avait pris son oreiller entre ses mains et s'était plongé la tête dedans. Il avait hurlé, comme ça, laissant son cri être étouffé par le tissu, et finissant hors d'haleine, la bave et les larmes aux bords des lèvres. Il se sentait presque terrifié de lui-même. Il avait encore merdé. Et pas qu'un peu.

Putain, il n'arrivait pas à croire qu'il avait voulu embrasser Deku contre son gré !

Les larmes le reprenaient quand il réalisait à quel point ça avait dérapé.

Son corps avait agi de lui-même, il avait été dominé, l'espace d'un instant, par un désir de soumettre l'autre à sa volonté, et de le rendre sien, avec ou sans son consentement. C'était hyper violent. Oh, il s'était bien rendu compte que les pulsions violentes, c'était déjà pas la première fois qu'il les ressentait, il s'en sentait coupable depuis un moment. Rien que le fait de s'être promis de pu emmerder Deku et d'avoir recommencé en voyant des mecs lui tourner autour l'avait plongé dans tout ce putain de gros conflit interne, qu'il avait pas très bien réglé non plus. S'être énervé contre lui et l'avoir pris à la gorge, lui avoir fait peur, pour l'éloigner de lui – certes – ça avait pas été son idée la plus brillante, et putain qu'il s'en était bouffé les doigts. Et voir que ça avait marché, c'était le pire. Il s'était senti affreusement mal à cause de ça, pas besoin d'être un génie pour se rendre compte qu'il regrettait tout et qu'il voulait qu'une chose : arrêter ses conneries. Il aurait bien aimé s'excuser, savait pas comment faire.

En tout cas, pas comme ce qu'il avait fait.

Car c'était encore le pire après ça. Il avait la putain d'intention de se rattraper, au début. Il aurait voulu ça, mais… Putain…

Rien que de le savoir avec Todoroki, de savoir qu'il voulait l'oublier… Il s'était pu contrôler. Il avait oublié qu'il avait déjà fait assez de conneries, avait oublié qu'il regrettait, avait oublié qu'il aurait aimé que ça change, lui aussi. Et il avait laissé la colère et la haine le contrôler. C'était pire que tout ce qu'il avait fait précédemment. C'était allé trop loin. Jamais Deku ne pourrait le lui pardonner. Et jamais il ne pourrait se le pardonner à lui-même. Il savait qu'il avait agi comme un sale con avec lui, il le savait, pourtant il avait cru que s'il faisait ça – l'embrasser, Izuku serait à lui, que tout rentrerait de l'ordre, qu'il serait son oméga… Mais c'était trop malsain. Même pour lui, il commençait à comprendre qu'il avait franchi le point de non-retour.

Putain, il était paumé. Est-ce qu'il était en train de basculer ? Du mauvais côté ? On pouvait pas faire ce qu'il faisait et après être normal. Il était taré.

Il voulait revenir en arrière, c'était pas possible que ça se soit passé comme ça, pas possible, putain ! C'était pas son genre de faire ça, quand même… Il… Putain de merde !

Katsuki tremblait, son corps se secouait de gros sanglots qu'il ne pouvait pas réprimer. Alors il resta là un moment, à ressasser les mêmes pensées, à se dire que tout était perdu, et qu'il venait de faire une grosse grosse connerie.

Il se redressa en tremblant, hésitant à aller se passer de l'eau sur la tronche, mais il faudrait sortir et ce serait risquer de croiser quelqu'un, ou pire, Deku… ou ses potes. Assis, il posa ses mains sur ses cuisses et regarda les larmes qui y tombaient en se sentant ridicule. Il avait tellement voulu rattraper ça, et maintenant… Comment pourrait-il faire ?

Un coup sur sa porte le fit sursauter comme le dernier des cons. Il crut avoir rêver, ou que c'était un abruti dans la chambre à côté qui l'entendait chialer – il préférait crever, mais c'était possible… Bon dieu ! La voix de Kirishima retentit, et il faillit s'étouffer en déglutissant, ravalant littéralement ses larmes.

« Mec, ouvre, c'est moi ! Tu vas bien ? T'as pas répondu à mes textos, et t'avais pas l'air bien avant que j'te laisse avec Izuku. »

Katsuki se tendit. Il ouvrit la bouche, prêt à lui hurler d'aller se faire foutre – ce qu'il aurait fait d'habitude. Mais il avait déjà envoyé chier Kirishima comme une merde l'autre fois alors que lui s'était conduit en pote. Il sentait qu'il avait pas le droit de faire ça encore une fois.

Il serra les poings, et s'éclaircit la gorge.

« C'est pas le moment, dégage ! » C'était pas très aimable, l'habitude, alors il soupira rageusement en rajoutant un simple : « Ça va ! »

Il s'essuya les yeux et le nez, proche de rechialer malgré lui. Au moins, l'autre allait abandonner avec ça.

Pourtant, sa voix se fit entendre de nouveau, preuve que le rouge n'allait pas lâcher.

« T'es sûr ? » Katsuki se sentit énervé, le « va te faire foutre » lui brûlait littéralement la langue maintenant. « Mec, j'entends renifler… Le prends pas mal, mais tu pleures ? Katsuki, si t'as besoin de parler, je suis là. Je vois que ça va pas en ce moment. Reste pas à chialer seul, c'est pas cool. »

Là, le blond fut encore plus paumé.

Une part de lui avait envie de bondir, de hurler, de gueuler – comme d'habitude. Sauf qu'une autre part de lui était très blessée par ce qui venait de se passer, et si le plus blessant était de savoir qu'il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même, il avait justement du mal à être seul avec lui-même.

Il hésita un moment. Regardant la porte, ses jambes serrées, son pieu, le plancher, et les quatre murs de la pièce, la fenêtre aux rideaux tirés… Est-ce qu'il voulait moisir entre ces murs toute la soirée et demain ? Non. Il avait même pas fait ses devoirs, bordel. Et il avait aucune envie de s'y coller. Mais ça l'aurait peut-être mieux aidé à se changer les idées que se confier à Kirishima comme un gros fragile… comme un gros Deku. Ces pensées le satisfaisaient dans un premier temps, mais il se disait que non, en fait. C'était pas être un fragile, c'était juste lui qui savait pas le faire. Exprimer ce qu'il ressentait, c'était pas son style. Sauf en gueulant.

Ouais, c'était la solution de facilité que de refuser.

Alors qu'est-ce qu'il allait choisir ?

« Bon, » avait fini par trancher Kirishima à sa place, « si tu veux rester seul, j'y vais… Mais si t'as besoin, tu sais où j'suis. »

Katsuki réagit malgré lui – encore.

Mais cette fois, peut-être pas pour faire une connerie.

Il ouvrit la porte à la volée. Kirishima avait avancé dans le couloir et s'était retourné à l'entente du bruit. En croisant son regard, il comprit instantanément que quelque chose s'était passé. Et le « oh putain » qu'il lâcha permit à Katsuki de deviner qu'il devait vraiment pas avoir l'air bien.

« Merde, mec, qu'est-ce qui t'arrive ?

—Je… » Katsuki se mordit l'intérieur de la joue. « Putain, entre, je veux pas parler dans le couloir. »

C'était tout ce qu'il avait réussi à articuler, d'une voix sèche.

Kirishima s'exécuta sur le champ, sans poser de question. Ce type était loyal, Katsuki le savait. Il hésitait à ce qu'il allait dire et faire… Il avait pas envie de perdre un pote. Car c'est ce qu'était Kirishima pour lui, un vrai pote. S'il disait ce qu'il avait fait, il allait le juger et lui aussi penserait qu'il était un gros con fini, c'était sûr.

Katsuki se mordit la lèvre.

Dans le même temps, pendant qu'il restait debout comme un gland, Eijiro s'était assis sur son lit et tapotait la place à côté de lui.

« Je t'écoute, mec, qu'est-ce qui y a ? »

Katsuki consentit à s'assoir et s'avachit jusqu'à être appuyé dos au mur. Il plongea les mains dans ses poches, renâclant dans sa barbe.

« J'sais pas.

—Comment ça, tu sais pas ? »

Le blond montra les dents.

« J'sais pas comment expliquer, merde ! C'est pas mon genre de faire ça, j'sais pas quoi dire ! Je sais pas comment, ok !? »

Paumé, il gueulait, le fusillant du regard dans sa détresse. Ses yeux se remplissaient encore de larmes malgré lui et il sentait que son visage rougissait. Kirishima parut comprendre, levant les mains en l'air pour tenter de l'apaiser, et fut patient.

« J'vois, j'vois. T'inquiète, c'est toujours chaud d'exprimer ce qu'on ressent. Tiens t'en juste aux faits pour commencer. On verra après. C'est ce que je fais moi quand ça va pas et que j'ai besoin que ça sorte, puis ça vient tout seul ensuite. Ok ? »

Il lui souriait, bienveillant. Katsuki ressentit un bref doute mais il l'ignora.

« J'ai merdé, voilà les faits. »

Kirishima fronça les sourcils.

« Avec Izuku ?

—Ouais, » Katsuki hocha la tête piteusement. « Putain, mec, j'ai essayé de l'embrasser.

—WOW mais c'est trop viril ! Attends, c'est trop cool ! T'as porté tes couilles ! Qu'est-ce que… »

En avisant son visage larmoyant et son trouble, Eijiro comprit que ça ne s'était visiblement pas très bien passé.

« Il t'a jeté ?

—Pire.

—Il t'a cogné ?

—Non, putain ! Il voulait pas. Et j'ai… putain… j'ai forcé… j'ai essayé de… et il voulait pas. J'ai insisté, tu comprends ? Putain, j'ai vraiment merdé. »

Et il éclata en sanglots de nouveau à côté de Kirishima. L'humiliation le rendait furieux, mais en même temps, il n'arrivait pas à faire autre chose.

« Mec, calme-toi. Je comprends pas, ça s'est passé comment ? T'as essayé et il t'a repoussé parce qu'il voulait pas ? Ou t'as vraiment forcé forcé ?

—J'ai forcé, y a pas trente-six moyen de le faire ! Il voulait pas, j'ai voulu le rapprocher de moi, et il disait non, j'écoutais pas. Je me suis repris, mais j'aurais pu le faire... On s'était engueulé, c'est pas la première fois, et ça… je fais que faire de la merde avec lui putain. J'ai vraiment tout foiré, bordel de merde !

—Calme-toi, Katsuki ! »

Katsuki secouait la tête, s'égosillant littéralement :

« Mais tu comprends pas ? J'ai fait quelque chose de dégueulasse, j'ai failli l'agresser, merde ! Je suis un putain de malade ! Je te dégoûte, avoue ? »

Entre ses larmes, le blond n'osait pas regarder le visage de son ami. Il finit néanmoins par le faire. Kirishima semblait éberlué et ne pas savoir comment réagir. Bien normal en se mettant à sa place. Il finit par prendre une grande inspiration en secouant la tête, hagard.

« Bon, écoute. Je te l'ai dit, j'vois que ça va pas en ce moment, et j'sais que ta relation avec Izuku est pas bien cool. Ça excuse pas tout, et je trouve que t'as été vachement loin, genre tu t'es grave emporté, et c'est chaud, ouais, désolé mec. Mais t'as l'air de te sentir mal pour ça et d'être sincère, donc je pense que ça compte aussi. Tu l'as pas fait, donc si tu t'excuses et que tu te maîtrises, ça reste rattrapable. Difficilement, mais c'est possible. Désespère pas et t'apitoie pas sur toi, ça sert à rien.

—J'sais, » Katsuki grognait mais il le savait réellement, « j'sais tout ça. Mais c'est vraiment la goutte de trop. J'me vénère facilement, j'suis sang-chaud, et j'gueule à tout va, tout le monde dit que je pourrais devenir un Vilain. J'veux pas ça, tu vois, j'veux pas, et j'viens de tenter d'agresser Deku. Putain, je commence vraiment à me conduire comme un Vilain. Et c'est pas tout. Déjà avant, au collège, je l'ai toujours traité comme une merde et je me suis toujours moqué de lui. J'ai pas arrêté de l'emmerder avant le lycée. J'suis devenu jaloux quand il a commencé à se faire draguer. J'me suis conduit comme un connard possessif pitoyable. Jamais il voudra de moi. C'est mort. C'est foutu. »

Kirishima se mordit la lèvre.

« Le truc c'est que tu peux changer ça, t'sais. T'es pas obligé d'être comme ça. Tu peux faire des efforts. Que ça se reproduise plus, déjà pour commencer, et t'excuser. C'est sûr que si tu changes pas, il voudra pas, à sa place, ça se comprend. Mais t'es pas que ça, Katsuki. Avec moi et les autres, t'es pas comme ça. C'est pour ça que je tiens à toi. Tu t'énerves, ok, mais t'es sympa et t'es marrant à râler tout le temps. Tu peux faire autre chose que ça, mec. J't'ai pas connu avant mais du coup si t'as arrêté de l'emmerder c'est que t'as décidé de changer ça et que t'as réussi. Tu peux vraiment changer le reste si tu te remets en question. Faut pas avoir peur de le faire. C'est ça qui te rendra grave plus viril, en plus. »

Katsuki l'écoutait, rongeant son frein. Eijiro continuait.

« Bref, t'sais, un oméga, ou qui que ce soit, quand il cherche un partenaire, il veut avoir confiance. Y a que comme ça que ça pourrait se faire. J'pense qu'Izuku t'aime bien de base. Avec ce qui s'est passé, oublie un peu l'idée d'être avec lui pour le moment, et essaie au moins de t'en faire un ami. Bouge-toi le cul pour pas le perdre et traite-le bien si c'est réciproque. Rattrape tout ça, mon gars. »

Le blond resta silencieux un moment, méditant à ses propos. Être ami avec Deku lui faisait bizarre mais après tout… Kirishima avait raison. C'était sûr que la relation amoureuse, c'était mort à l'heure actuelle. Putain, il était vraiment pas con, le bougre, quand il s'y mettait. Il avait raison sur toute la ligne, et son discours le réconfortait. Il était aussi reconnaissant qu'Eijiro l'ait écouté et ait pris le temps de le réconforter avec tout ça.

Il renifla piteusement, essayant de se calmer dans son trouble, et commença à s'apaiser.

Ouais, il savait ce qu'il allait faire. Et pas de la merde cette fois, il l'espérait bien.

« Merci. »

Kirishima lui donna une tape amicale sur l'épaule.

« De rien, t'inquiète.

—Tu dis rien à personne pour m'avoir vu chialer, hein ? »

Kirishima leva les yeux au ciel.

« Bien sûr que non, crétin. Bon, tu veux que je te laisse ou que je reste avec toi ? »

Katsuki n'hésita pas… ou pas trop, cette fois.

« J'vais me rincer la gueule dans la salle de bain et on se mate un DVD, si ça t'dit. »

Il se grattait la tête, dans la crainte que Kirishima refuse et lui en veuille pour ce qu'il avait révélé. C'était une réaction sensée. Même lui aurait été refroidi à sa place. Et il était, en soi, toujours en train de s'en vouloir. Pourtant, Kirishima avait raison. Il fallait qu'il agisse. Il pourrait toujours chialer si ça marchait pas, mais au moins essayer, et correctement.

« Ça marche. »

Kirishima acceptait donc, complaisant. Katsuki savait qu'il n'était pas un bête suiveur, s'il acceptait de rester avec lui, c'est qu'il devait penser ce qu'il lui avait dit. Et voir qu'il avait vraiment besoin d'une compagnie en ce moment.

Katsuki se sentait donc soulagé.

Comme quoi, s'être confié, ça l'avait pas rendu plus fragile ou plus faible, finalement.


Une semaine plus tard, après des journées de cours houleuses où Katsuki avait bien pu voir qu'Izuku n'osait plus rencontrer son regard et semblait vraiment abattu tandis que ses potes le fusillaient du regard – y avait visiblement pas que lui qui s'était confié, et il pouvait pas en blâmer l'autre. Il avait honte, ça lui foutait vraiment les boules, mais c'était encore une fois de sa faute. Il n'avait pas encore eu le courage d'aller affronter l'oméga et il s'était douté que ce n'était pas le moment en début de semaine, sitôt après leur altercation. Pourtant, aujourd'hui, quelque chose en lui soufflait qu'il ne pouvait pas non plus laisser traîner ça trop longtemps. Katsuki n'avait jamais été le genre à attendre éternellement que quelque chose se fasse, il était un actif, non quelqu'un qui se laissait mijoter dans l'incertitude.

Alors il attendit que la fin des cours soit arrivée. Au moment où tout le monde rentrait soit chez soi, soit au dortoir, il s'approcha de son comparse. Les gens de la classe qui étaient encore là les regardaient. En même temps, c'était bizarre que Katsuki s'approche sciemment d'Izuku, surtout en public. Tous avaient compris que ce n'était pas le grand amour entre eux, loin de là.

Mais impossible d'ignorer qu'un Katsuki à l'apparence blasée – alors qu'intérieurement, c'était toute une tension irritante qui se bâtissait – se tenait devant un Izuku qui serra son sac contre sa poitrine en réflexe défensif.

Là, franchement, Katsuki avait plus envie de gueuler sur les autres qui les fixaient qu'autre chose. Ces dits autres reprirent bien vite leur chemin mais il n'empêche que le poids de leur regard traînait encore sur leurs deux silhouettes qui s'affrontaient. Se passant la langue au coin des lèvres, le cendré se lança :

« Deku, faut qu'on parle. »

L'oméga fronça les sourcils.

« Parler ? »

En réflexe, Katsuki grogna.

« Pas ici. Amène ton cul. »

Le froncement de sourcils de Deku s'accrut davantage, si bien que le blond comprit qu'il recommençait à foirer. Ce n'était pas en étant agressif qu'il obtiendrait quoique ce soit de l'autre. Loin de là.

« Je ne te suivrais pas si c'est pour que ça se finisse comme l'autre fois, » articula lentement l'oméga, une pointe de reproche dans la voix mêlée à un léger trémolo.

Katsuki non plus ne voulait pas que ça se passe ainsi. Il ouvrit la bouche et la referma ensuite, comme pour prendre une grande goulée d'air, et reprendre contenance.

« Je suis sérieux, » prononça-t-il calmement, « Suis-moi… Me force pas à supplier. »

Le visage d'Izuku se fronçait tout entier, maintenant. Katsuki craignit que ce ne soit mauvais signe, cependant, il finit par se détendre et articuler un 'ok' soupiré avant de le regarder, dans l'attente qu'il guide leurs pas. L'alpha comprit et les guida en direction d'un endroit isolé. Pendant qu'ils avançaient, Katsuki se disait que le tableau était pour le moins étonnant. Deku marchait un peu en retrait, mais quand même pas autant qu'il aurait pu le faire y'a quelques temps de ça. Signe qu'il avait pris en confiance. Ce retrait était discret, de plus. Un œil peu attentif les aurait vu côte à côte.

Côte à côte. Pas comme une brute et sa victime, pas comme deux ennemis. Comme des égaux.

Enfin, ils débouchèrent sur un couloir en cul de sac entre quelques salles de classes, et y bifurquèrent.

Face à face, yeux dans les yeux, la tension qui émanait d'eux était certaine. Izuku avait les yeux humides, Katsuki le voyait. Ils devaient tous deux souffrir de cette situation. Et le blond n'arrivait pas à parler. Il y avait réfléchi, il en avait discuté avec Kirishima, il avait encore réfléchi. Y avait plein de trucs qu'il aurait aimé dire et qu'il avait à dire. Plein.

Sa bouche restait close. Et ses mains devenaient moites.

Izuku se racla la gorge.

« Bon, Kacchan… Qu'est-ce que tu veux ? Sérieusement, je ne comprends pas…

—C'est chaud pour moi, laisse-moi le temps ! »

Katsuki avait gueulé. Izuku recula, serrant les poings.

« Je ne comprends toujours rien, mais tu n'es pas le seul pour qui c'est 'chaud', Kacchan ! »

Son exclamation sèche et son regard décidé eurent raison de l'hésitation de Katsuki.

« Samedi dernier… »

Izuku changea instantanément d'expression. L'alpha se raffermit – hors de question qu'il bégaie comme un con.

« Pour samedi dernier… J'ai merdé, j'ai vraiment fait de la merde. J'suis désolé, ok ?! » Il planta son regard dans celui de son homologue, et continua : « J'ai été emporté par tes putains de phéromones de merde, mais c'est moi qui ai été faible. Et qu'ai été une merde. Je t'ai toujours trouvé idiot et naïf, même si t'as maintenant une individualité et que t'es fort. Mais c'est pas pour ça que je voulais te traiter comme ça. Ce que j'ai fait avec toi au collège, c'était nul, j'avoue, je sais. Je sais, t'entends ? J'ai arrêté quand tu m'as aidé, et je comptais pas reproduire ça. J'ai toujours été nul avec toi mais je veux plus ça. Deku, je veux être ton alpha. Je ne veux pas te voir avec un autre alpha, je veux que tu sois mon oméga. Je te dirais pas que je t'aime, j'suis paumé sur ça, mais je veux être avec toi. Je le veux vraiment. Tout ce que je t'ai fait avant, tout ce que je fais depuis quelques mois, je sais que j'ai été un enfoiré… Je le sais ! Je regrette d'avoir utilisé la force sur toi. Je veux changer, être un héros digne de ce nom, et que tu me pardonnes. »

Il l'avait dit. Il haletait maintenant, sa poitrine se levait au rythme de sa respiration saccadée, et il cherchait à lire dans la silhouette raide et éberluée de l'oméga.

En face de lui, Izuku était partagé.

Il ne pouvait pas s'empêcher de sentir de la colère par rapport à ces mots. Ne pas vouloir le voir avec un autre alpha, vouloir être avec lui malgré tout ce qui s'était passé. Surtout, « vouloir qu'il lui pardonne ». Ça ne dépendait pas du vouloir de Katsuki, mais du sien. Il y avait ses excuses et la reconnaissance, certes, de ce qu'il lui avait fait. Certes, c'était important, pour Izuku. Que Kacchan prenne enfin la responsabilité de ses actes. Il l'avait toujours voulu, il avait toujours espéré que Katsuki serait un jour capable de prendre conscience que ce qu'il lui avait fait était mal. Maintenant que c'était chose faite, il se rendait compte que ça ne dissipait pas certains doutes. Les larmes montaient petit à petit à ses yeux et il les sentait déjà couler – le mélange d'émotion. Izuku se sentait indéniablement perdu et encore incroyablement remonté.

Car quant à ce qu'il pensait de sa déclaration, Izuku était plus concis. Il n'était pas une marchandise, n'était pas un jouet, et s'il voulait profondément sortir avec Katsuki, il ne le voulait pas si l'autre ne modifiait pas son attitude, que s'il obtenait la preuve qu'il était sincère et que ce n'était pas juste un revirement irréfléchi.

Il attendait qu'il lui montre une prise de conscience plus grande que de simples mots. Il n'allait pas se céder si vite, pas comme ça. Il déglutit, la bouche sèche.

« Kacchan, je… »

Katsuki grogna, le coupant, et Izuku en perdit ses mots.

« J'te supplierais pas, Deku, donc sois tu dis oui, sois tu dis non, okay ? Et arrête de chouiner, puis pars pas à murmurer dans ta barbe sinon je vais me vénère. »

Ça avait le mérite d'être clair, et cette approche agressive déplut à l'oméga. Izuku déglutit à nouveau. Il soupira d'agacement. Il ne voulait pas flancher parce que Kacchan s'énervait. Ne pas se faire avoir par ça, et s'écraser. Ce n'était simplement plus lui. Il releva le regard, reniflant malgré lui, et prononça lentement :

« Une part de moi veut. Mais c'est plus compliqué que ça, tu sais. Quoique je réponde, je veux qu'à partir de maintenant ça se passe correctement entre nous, que tu ne me forces à rien et que tu me traites convenablement. »

Ses yeux aussi tremblants que son corps se posèrent sur le jeune homme plus grand – il avait toujours peur de Katsuki, ce qui en soi constituait un obstacle. Il eut un mouvement de recul instinctif en voyant que Katsuki se rapprochait. Ce dernier recula lui aussi, comme peiné de ce manque de confiance, qui se justifiait pourtant.

« J'le ferais, j'ai dit que j'avais merdé et j'te demanderais pas ça si j'comptais pas l'faire. J'sais que pour le moment tu dois pas avoir envie de me dire oui. Mais si je peux faire quelque chose pour me rattraper, j'le ferais. Pour tout. Pas seulement pour avoir forcé les choses avec toi. J'ai pu envie que ça soit comme ça entre nous, moi non plus. C'est allé trop loin pour moi aussi. Je te demande pardon, sincèrement. C'est pas mon genre de dire ça et encore plus en le pensant pas donc crois-moi, merde. »

Izuku s'essuya les yeux de doigts tremblants.

« Je l'ai voulu, tu sais, » avoua-t-il, « pendant des années, je n'attendais que ça. Que tu t'excuses, que tu admettes avoir eu tort… ça me touche, ça me touche vraiment beaucoup. Mais je ne peux pas encore te dire oui. J'espère que tu comprends. J'aimerais qu'on redevienne d'abord ami, petit à petit. Ça nous a fait beaucoup de mal à tous les deux, alors il faudra du temps. Si, au bout de ce temps, on arrive à s'entendre… Je pourrais dire oui. Je veux seulement que tu me prouves que tu es sincère. »

Il pleurait toujours, avoir tenté de dissiper ses larmes ne changeait rien au problème.

Katsuki ne pleurait pas, lui, mais il sentait que son regard devenait brûlant et que sa respiration nasale devenait sifflante.

Il s'était attendu à cette réponse, elle ne le surprenait donc pas et ne le peinait pas. Il était heureux, en quelque sorte. D'avoir l'occasion de changer tout ça.

Il déglutit.

« Très bien. Je le ferais.

—Alors ça marche… pour l'amitié. »

Izuku eut alors une réaction qui étonna Katsuki.

Il lui tendait la main.

Katsuki la toisa. Sur la peau nue des doigts, il voyait les marques de brûlures qu'il lui avait infligés, et les cicatrices résultant de combats qu'Izuku s'était lui-même infligé.

Il inspira, expira, et se saisit de sa main.

Il laissa sa paume moite reposer contre celle d'Izuku, en signe de confiance. Leurs yeux larmoyants miroitaient leurs peines fraîches et leurs espoirs, aussi amer que certain, de réparer une relation abîmée, qui avait failli être brisée. Pour cela, il ne fallait que de la bonne volonté, de l'honnêteté, et de la bienveillance. Dans l'état actuel des choses, aussi, surtout, du temps.

Izuku lâcha sa main sur un sourire crispé – tentative amicale, et Katsuki hocha la tête en s'éloignant.

Quand il regagna sa chambre au dortoir, Katsuki n'hésitait plus. Il savait ce qu'il ferait. Il avait longtemps été un connard, parce qu'il se faisait dominer par ses pulsions violentes et sa colère. Il s'était acharné sur Deku par jalousie, orgueil, haine aveugle, puis un amour refoulé. Il était peut-être temps pour lui de reprendre le pouvoir sur lui-même, et d'en céder une part égale dans sa relation avec Deku, s'il tenait vraiment à ce que ça s'arrange.

Il ferma les yeux en se mettant au lit, un fin sourire aux lèvres. Il y tenait, il changerait.

Fin


J'admets que ça me fait une pointe d'émotion de conclure la première partie de ce projet parce que j'ai quand même bien trimé dessus et j'ai pris plaisir à l'écrire, j'espère que ça se voyait et que ce "dernier" chapitre est à la hauteur de vos attentes :).

Maintenant que vous avez lu, je peux détailler un peu le pourquoi du comment du découpage : je comptais initialement poursuivre l'histoire directement après ce chapitre avec l'évolution de la relation nouvelle entre Katsuki et Izuku, qui veulent vraiment la réparer mais sont quand même coincés entre l'amertume, la douleur, et le dégoût autant pour l'un que pour l'autre de ce qu'était leur relation de base. C'est toujours sur ça que je compte jouer ensuite, mais avec une ellipse d'un an ! Je me suis dit que c'était mieux, et que ça donnerait matière à rentrer dans les détails de l'évolution d'une manière plus directe puisqu'on serait en plein dedans, vu qu'en un an il peut s'être passé plein de choses x'). J'ai quelques idées qui me plaisent beaucoup pour cette suite, et j'ai rédigé le scénario de moitié, je devrais le compléter sous peu. Cette suite s'appellera "Back to You" :3.

En soi, je trouve que cette première fin a un côté conclusif satisfaisant à mes yeux, de fait, peut-être qu'elle suffira à certains, mais j'espère que la suite vous intéresse en tout cas :) !

Quant à ce chapitre, petit parallèle entre la discussion Izuku/Tenya/Ochako et Eijiro/Katsuki (Un peu de KiriBaku bromance, ça fait pas de mal xD) j'espère que ça vous aura plu aussi ces moments friendship, qui sont déterminants dans l'évolution de nos cocos parce qu'ils ont chacun du soutien pour prendre les bonnes décisions ;).

Et oui, Katsuki se rend compte qu'il doit changer, et il le veut vraiment ! Je trouvais ça logique avec tout ce qu'ils ont vécu dans cette histoire et l'incident du dernier chapitre qui était vraiment de trop pour eux deux. J'espère que ça vous aura semblé bien amené en tout cas !

Reviews sur tout ça, sur cette histoire en général ? N'hésitez pas, ça fait toujours plaisir et ça encourage !

Merci d'avoir lu !

Réponses anonymes du chapitre 7 :

Cookiepower : Merci, la suite est là, j'espère qu'elle t'aura plu :D

PetitPoney : Merci beaucoup, contente que tu aies trouvé ça émouvant :) ! J'espère que le revirement de Katsuki dans ce chap' t'a plu ;) !

Mirtie252 : Merci beaucoup ! C'est vrai que la confrontation était très intense pour eux, et finalement, ça aura eu du bon... :p.

Moi : (Ton pseudo m'a fait rire xD) Merci beaucoup, et non ne t'en fais pas je ne l'ai pas abandonné ! J'étais juste occupée et sur d'autres projets, comme dit au-dessus :) ! J'espère en tout cas que si tu repasses par là cette fin te satisfera ^^ !

Guest : Merci beaucoup :D ! Je suis contente que le développement psychologique te plaise :) !

Fifi : Comme tu auras pu le voir, la suite est là ;) ! Merci :3