Je tenais à vous faire savoir, avant de lire, que ce chapitre peut être violent. La violence y est explicite. Je pense ne pas avoir à changer les ratines, si c'est le cas dites-le moi s'il vous plait.

Pour l'attente, désolée, période d'examens... (a)

Comme d'habitude, ni les personnages ni les lieux ne m'appartiennent. Bonne lecture, et bonne année ! ^^


Le cœur battant à un point où Hermione se demandait si le sang n'allait pas transpercer ses artères, elle essayait de voir la silhouette qui s'approchait lentement d'elle.

Severus Snape.

- Bonsoir Professeur.

- Snape, je ne suis plus votre professeur, je vous l'ai déjà dit.

- Pardon.

Elle regardait à présent ses chaussures mais n'apercevait pas grand chose, le couloir était très sombre. L'homme ne disait rien et semblait l'observer.

- Pour quelle raison me ferais-je du mal à aller là où je me sens mieux ?

- Tout simplement car vous n'y êtes pas réellement et que ça ne vous aidera pas à vous sentir mieux au château.

- Comment savez-vous où je vais ? Quand la Salle est utilisée, personne d'autre ne peut entrer.

- Je sais que vous étiez intriguée la première fois, que vous y retournez plusieurs fois par semaine, et surtout que cela ne règle pas vos problèmes de solitude.

- Je n'ai pas de problème de solitude.

- Votre mot de passe est Soledad, Granger.

- Ça veut dire « soleil » en portugais. Et comment savez-vous quel est mon mot de passe ?

- En portugais, soleil se dit « sun ».

- Et bien en espagnol.

- En espagnol, soleil se traduit par « sol » et en portugais solitude par « solidão ». On peut s'amuser à ça pendant plusieurs minutes. Pourquoi vous ne vous l'avouez pas alors qu'on sait tous les deux que votre mot de passe est « solitude » ?!

Hermione ne répondit pas. Elle le regardait dans les yeux. Les siens s'étaient habitués à la pénombre et elle pouvait voir ce qu'il y avait autour d'elle à présent. Elle sentait que le regard de Snape n'avait rien d'habituel, comme s'il pouvait la comprendre. Elle ne savait que dire, que faire. Ses épaules étaient retombées, la tête dirigée vers le sol malgré son besoin d'observer le visage de celui qui a été son professeur. Quelle était cette attirance, ce besoin de le sonder ? Peut-être parce qu'il le faisait pour elle à ce moment même…

Bien entendu, il y avait des moments où elle se sentait seule, mais ça lui est toujours arrivé dans sa vie. Que ce soit avant Poudlard ou pendant, elle avait toujours eu ce sentiment d'être à part, à l'écart. Mais maintenant qu'elle l'entendait dire par quelqu'un, sa solitude prenait un sens et une dimension qu'elle n'avait pas pu imaginer. Etait-ce même tolérable ? Elle n'était pas seule, elle avait ses amis, ses correspondances, ses cours, Pinkie… On pouvait même mentionner tout ceci comme étant un grand plein. Et pourtant, en y pensant elle se sentait tellement vide.

Severus l'attrapa doucement par le bras et la fit se reculer un peu, la porte qui s'était matérialisée un peu plus tôt disparut et Severus se plaça devant ce qui était maintenant un mur de briques. Il tourna trois fois devant et une nouvelle porte se matérialisa.

- Suivez-moi.

Toujours déstabilisée par ce qui s'était dit plus tôt, Hermione obéit sans poser de questions et ils se retrouvèrent dans une petite pièce faiblement éclairée, n'ayant aucune fenêtre et où seule reignait une sorte de vasque au milieu de la pièce.

- Une pensine ? Que voulez-vous me montrer ?

- Quelque chose que je n'ai jamais montré à personne. C'est peut-être le bon moment de le faire…

Il prit sa baguette et fit sortir de sa tempe un petit filet d'argent qu'il déposa délicatement dans la pensine. Interdite, Hermione contempla la pensine puis son professeur. D'un signe de tête presque imperceptible, il l'encouragea à regarder. Elle passa sa tête dans la pensine puis une sensation de chute s'empara d'elle. Elle se réceptionna plus ou moins gracieusement quand Severus arriva à ses côtés.

Ils étaient arrivés dans une petite pièce seulement éclairée par la lumière qui filtrait par l'ouverture de la porte. Un homme criait, cassait des objets. On pouvait entendre une femme pleurer. Elle était petite, les cheveux noirs et sales, maigre. L'homme n'était pas beaucoup plus gros mais il la dominait d'une vingtaine de centimètres. Plus il hurlait, plus elle semblait fragile. Elle tremblait, essayait de faire le moins de bruit possible pour ne pas le mettre plus en colère. Il s'arrêta, Hermione essaya de voir pourquoi il avait arrêté si brutalement de hurler et elle le vit boire au goulot ce qui semblait être une bouteille de bourbon. Ce n'est qu'après une minute ou deux qu'elle remarqua qu'un jeune garçon se trouvait dans la pièce. Il ressemblait beaucoup à sa mère, maigre, les cheveux noirs et sales. Hermione s'interdit d'approcher, elle était dans un souvenir, elle ne pourrait de toute évidence rien faire pour lui. La porte s'ouvrit et l'homme attrapa l'enfant par le col de son tee-shirt bien trop grand pour lui. La femme se précipita.

- S'il te plait Tobias, fais ce que tu veux avec moi mais ne touche pas à Severus.

L'homme semblait ne rien entendre. Il reprochait à l'enfant les malheurs qui pouvaient s'abattre sur le monde. Lui demandait quand il serait enfin débarrassé de lui.

Eileen essaya de s'emparer de la baguette qui était dans la poche arrière de son mari. Il s'en aperçu avant qu'elle puisse la récupérer et il lui envoya son poing au visage, elle tomba un mètre plus loin, semblant lutter pour ne pas s'évanouir sous le coup de la douleur.

Le petit Severus tremblait et n'osait exprimer le moindre son.

- J'en ai marre de vous deux ! Si seulement je pouvais faire fonctionner cette baguette et me débarrasser de vous deux sans avoir d'ennuis !

La femme essayait de se relever, sans succès. Des filets de sang coulaient sur son visage.

Etrangement, le garçon ne fit aucun geste envers sa mère. Peut-être la situation serait pire s'il montrait qu'il voulait protéger sa mère.

Tobias Snape termina sa bouteille rapidement alors qu'il restait bien un tiers qui n'avait pas été consommé. Il éclata le culot sur une table minable qui était dans un coin de la pièce et s'approcha dangereusement de son épouse.

C'est à ce moment que le jeune Severus choisit de se précipiter vers sa mère pour tenter de la protéger de la bouteille cassée que Tobias pointait vers l'avant, en direction de sa femme. De l'autre main, il attrapa son fils et le jeta à quelques mètres.

- Dégage, toi !

Il était maintenant dangereusement proche de sa femme et pouvait lui asséner des coups avec son arme de fortune. Severus se jeta sur le bras de son père, empêchant très probablement Tobias de frapper. Il se retourna vers Severus et le menaça à son tour. Hermione hurla, essayant de se placer devant l'enfant pour le protéger. Le Severus actuel la retint alors qu'elle essayait de se dégager de lui.

- On ne peut rien faire… On ne peut rien faire pour eux Granger.

Ils étaient de nouveau dans la petite pièce, face à la pensine.

Hermione s'y accrochait de toutes ses forces les joues pleines de larmes, tremblant de tout son corps. Elle resta silencieuse quelques instants avant de se tourner vers son ancien professeur.

- Pourquoi m'avez-vous montré ceci ? C'était vous ? Vous et vos parents ?

Elle criait, elle lui en voulait d'avoir ajouté à sa peine déjà immense.

- Oui, c'est ça. C'est un épisode de mon enfance.

- Pourquoi m'avez-vous montré cela ? Ça n'a aucun sens ! Qu'attendez-vous de moi en me partageant cet épisode monstrueux ?

- Je voulais que vous compreniez…

Elle le coupa.

- Comprendre quoi ?! Qu'il y a pire que ma vie ? Que je dois arrêter d'être malheureuse car d'autres ont vécu de vraies souffrances ?

- Non… Comprendre qu'on peut se sentir seul toute sa vie et trouver un certain équilibre… Certes, précaire. Mais un équilibre quand même…

Sa voix était douce, compatissante. Ses yeux d'obsidienne semblaient moins sombres, moins froids.

- Mais votre mère ? Comment pouviez-vous vous sentir seul ?

- Mon père n'était pas le seul à me reprocher mon existence. Elle n'était simplement pas violente.

Ils restèrent face à face durant de longues minutes. Hermione tremblait moins et ses larmes ne coulaient plus. Elle rompit le silence qui semblait avoir duré des siècles.

- C'est vrai…

Il resta silencieux.

- C'est vrai, je me sens seule, comme jamais. Pourtant je ne le devrais pas, j'ai des amis qui m'apprécient, je suis maintenant en sécurité, ainsi que ma famille. Mais je n'arrive à me sentir à ma place nulle part.

- Je ne vous dirai pas qu'on s'y fait, mais il est possible de vivre avec ce sentiment.

- Mais que vous est-il arrivé après qu'on soit sortis du souvenir ?

- Mon alcoolique de père était tellement soûl qu'il est tombé en prenant de l'élan avec son bras. J'ai réussi à sortir de la maison avant qu'il ne se relève.

- Mais… Il faisait nuit…

- Quand il se passait ceci chez moi, Lily Evans, ou plutôt Lily Potter m'avait expliqué comment entrer dans la cabane à outils de son père qui était dans le jardin. J'allais y dormir. Je ne sais pas si ses parents le savaient, mais ils ne m'ont jamais fait de remarque et n'ont jamais enlevé la besace et la couverture que Lily avait mises dans la cabane. Personne ne pouvait faire quoi que ce soit, mon père était trop dangereux, bien qu'il ne fût pas sorcier. Personne ne pouvait rien faire contre lui, Granger.

Les larmes coulaient sur ses joues. Elle semblait n'avoir jamais été aussi abattue, aussi faible et aussi pâle qu'à ce moment même.

- Mais et vous, Severus ?

- N'essayez pas de sauver tout le monde, vous vous détruirez encore plus.

Il ne sembla pas s'offusquer du fait qu'Hermione l'appelle par son prénom, elle n'y avait même pas fait attention, cela s'était fait naturellement.

- Ecoutez, cela a fait de moi l'homme que je suis aujourd'hui. Je pense que cela m'a aidé, m'a renforcé. Et nous serons du même avis quand on sait ce que ma personnalité a permis pendant la guerre.

Bien qu'elle acquiesça, elle ne semblait toujours pas remise de ce qu'elle avait vu. Il s'approcha d'elle, ce qui lui fit lever les yeux vers lui.

- Ça n'est qu'un souvenir. Comme les vôtres le deviendront un jour. Etrangement, avec le temps cela vous fera moins mal. Ça restera toujours en vous, il y aura des moments où ce sera insupportable, mais je vous promets que ça deviendra moins douloureux, moins intense.

Il se dirigea vers la sortie, elle le suivit machinalement. Quand la porte disparut du mur Severus se dirigea vers l'appartement d'Hermione. Il restèrent silencieux une partie du chemin.

- Dites, comment savez-vous quel est mon mot de passe ?

- N'oubliez pas que j'ai été un espion. Et vous oubliez de chuchoter quand vous l'énoncez.

Ils arrivèrent devant le tableau qui protégeait l'entrée de l'appartement d'Hermione. Elle se tourna vers lui, essayant de dire quelque chose mais ne sachant quoi.

- A bientôt, Hermione. Soledad.

Le tableau se mobilisa, laissant alors l'entrée libre à Hermione.


A très vite ! :)