CHAPITRE 8: Visite impromptue

"Tu as rapporté à Cragen cette histoire ?

- Si je le fais il nous retirera tous les deux de l'affaire, c'est ça que tu veux ?"

Tandis qu'Olivia frappait du poing le bouton de l'ascenseur telle une alarme incendie, Elliot eut l'impression d'entrer à l'intérieur d'un confessionnal en tant que prêtre approuvant honteusement les pêchés de la pénitente. À vrai dire, l'idée que son équipière se mette en retrait sonnait plutôt juste, mais si lui-même devait subir le même sort, comment pourrait-il être sûr de de la garder en sécurité ? Il serait certes en mesure de surveiller ses moindres faits et gestes s'il venait à être privé de son travail le temps que le climat s'apaise à l'unité. Mais perdre le contrôle de l'enquête signifierait également perdre l'accès aux futures informations essentielles permettant de cerner d'où provenait ce mal qui se répandait étrangement autour d'eux. S'il le cernait il pouvait le capturer.. voire l'annihiler, si la situation le lui obligeait.

La voix malsaine de Gitano fit écho dans l'ascenseur, rebondissant sans cesse dans la tête d'Elliot. S'ils restaient tous les deux sur le coup, il priait simplement pour qu'ils n'aient pas à revivre un tel épisode. Un tel dilemme.

Désarmé, il plia son poignet contre son torse pour poser un regard furtif sur sa montre, espérant que cela l'aide à calmer le jeu avec sa partenaire.

"Alors qu'est-ce qu'on fait ? demanda-t-il alors en appuyant une main contre le mur et l'autre entre sa hanche et sa poche de pantalon.

- ..On fait comme d'habitude", soupira-t-elle de son côté en semant Elliot aussitôt que les portes se rouvrirent sur leur étage. Elle avait laissé passer les secondes volontairement, de sorte à ce que leur conversation soit coupée au bon moment.

Olivia enleva sa veste à toute vitesse en entrant dans les bureaux, avant de réaliser qu'elle n'était pas la sienne et de la replier maladroitement en attendant que son équipier la rattrape. Elle la lui redonna ensuite en évitant de lui faire face et en zigzaguant son regard sur les deux bras virils qui recueillirent machinalement le vêtement. Elliot, lui, haleta discrètement et fit une fixation sur les cheveux d'Olivia en attendant de se réhabituer à son environnement. En arrivant, ils surprirent Fin dont l'attention était entièrement accaparée par les images qui s'affichaient sur un des écrans de l'unité. Il avait pris ses aises sur un rebord de bureau quelconque mais cela ne l'empêchait pas de garder un œil critique sur le film.

Cela ne l'empêchait pas non plus de sentir la présence de ses deux collègues qui dégageaient une aura certaine.

"On attendait plus que vous, les accueillit-il avec un simple sourire sans artifice. Qu'est-ce que vous avez tiré de votre sortie ? demanda-t-il ensuite d'une voix légèrement rauque.

- Que la victime aurait bien donné son dernier souffle devant Rawls et son propre appartement, commença à répondre Elliot en haussant les sourcils et en étirant les lèvres sans que cela ne forme un sourire pour autant.

- Fin, tu peux lui dire de ne pas avoir l'air aussi abattu ? suggéra Olivia dont le visage était un peu plus lumineux. Après tout, si on en croit Rachel, Melvin nous a caché l'existence de l'homme qu'a fréquenté Carlie et qui a voulu les ramener tous les deux. Donc dis-lui qu'on pourra le réinterroger et qu'il pourra se défouler sur lui.. à petite dose, ajouta-t-elle en mettant l'accent sur ses derniers mots.

- Je vais pas m'amuser à faire le messager alors que cet homme vient enfin de retrouver ses repères, plaisanta Fin qui se tourna vers Olivia pour lui adresser un semi clin d'œil plus qu'évocateur. J'me le suis coltiné pendant plusieurs semaines, et crois-moi qu'il est fait pour s'entendre avec une femme, affirma-t-il amusé par les réactions d'Elliot qui essayait de rester serein en toutes circonstances, avant de recoller ses yeux sur l'écran.

- ..Est-ce que je peux maintenant dire qu'on a appris que le meurtrier était bel et bien un étudiant, ou vous comptez juste parler "dans mon dos" jusqu'à ce que je sois vraiment parti ? demanda Elliot le plus strictement possible afin de masquer sa gêne et de s'en débarrasser.

- Plus exactement, que l'arme du crime appartient à un étudiant, rectifia Olivia après avoir silencieusement toussoté. Tu sais bien que notre principal suspect est censé être beaucoup plus âgé que Carlie, précisa-t-elle devant Fin en se tournant vers son équipier.

- Je sais surtout qu'on ne sait pas qui il est, et que rien ne nous dit que le témoignage de Rachel est fiable, répondit Elliot qui était terre-à-terre car conscient de la tendance de sa partenaire à se laisser émouvoir par n'importe quel récit impliquant une victime de viol.

- Si on ne se fie à rien au début d'une enquête, elle ne risque pas d'avancer Elliot, rétorqua Olivia qui s'éloigna un peu de lui pour se rapprocher de Fin et commencer à étudier ce qu'il observait depuis qu'ils étaient arrivés. Qu'est-ce que c'est que ces images ? demanda-t-elle ensuite en y voyant une rue qui lui était familière.

- Avec John on s'est dit qu'une simple liste des invités c'était pas suffisant, alors on a carrément cherché à se procurer une cassette de vidéosurveillance se focalisant sur la rue où habite Rachel Bridges. Et figurez-vous qu'aux environs de 4h20 il se passe un truc, se réjouit faussement Fin en levant le menton vers l'objectif tout en rembobinant la cassette avec la télécommande.

- Mmh.. La qualité laisse un peu à désirer mais il y a bel et bien un homme en casquette avec une veste beige qui semble monter seul dans sa voiture. Il s'agirait bien de notre homme, constata Olivia à la fois soulagée de confirmer la description de Rachel et anxieuse à l'idée d'en savoir plus.

- Et ce type reste comme ça dans sa grosse Cadillac noire pendant au moins cinq minutes, dit Fin qui n'était qu'à moitié surpris. Aucune idée de ce qu'il trafique pendant ce temps, peut-être qu'il prépare le terrain pour bien accueillir la demoiselle.. enfin ça c'est ce que je pensais jusqu'à ce qu'il sorte un gamin de la plage arrière pour le foutre dans le coffre, finit-il en anticipant parfaitement les réactions de ses interlocuteurs.

- ..Nate ? C'est lui, c'est forcément lui, il faut vite faire quelque chose, s'agita Olivia dans la gestuelle tout en parvenant à gérer le ton et le son de sa voix. Est-ce qu'il est possible de faire un zoom sur leur tête pour les identifier tous les deux ? Il faudrait également retrouver le moment où il a pu laisser cet enfant seul et enfermé dans la nuit, il aurait très bien pu y rester des heures.

- On ne cracherait pas non plus sur un agrandissement de la plaque d'immatriculation, surenchérit Elliot en se replaçant, mains sur les hanches, discrètement aux côtés d'Olivia.

- C'est comme si c'était fait, répondit Morales qui était non loin d'eux, fidèle à son poste et à ses compétences. Par contre, je ne vous promets rien en ce qui concerne le suspect, ça se voit qu'il fait tout pour ne pas se révéler au grand jour", s'excusa-t-il ensuite par avance.

Elliot souffla par le nez et relâcha les bras pour se retourner en direction de son bureau sur lequel il avait l'intention de réétudier le dossier de plus près, en attendant des résultats concrets du côté de l'assistance technique. Ce qu'il perçut alors à l'entrée de l'unité l'interpella.

"..Depuis quand on laisse autant poireauter un civil dans nos locaux ? Même s'il vient pour déposer plainte, il n'est pas censé avoir vent de nos investigations, s'interrogea-t-il en faisant défiler une série d'expressions toutes plus perplexes les unes que les autres.

- Quelqu'un ici aurait eu la brillante idée de commander des pizzas, répondit Munch qui arriva rapidement par derrière et qui n'exposa son enthousiasme que par ses grands yeux. Certainement pour célébrer le retour de notre très chère Benson, ajouta-t-il en laissant échapper un petit sourire narquois qui s'adressait très clairement à cette dernière.

- Et qu'est-ce qu'il attend maintenant au juste ? Un pourboire ? C'est comme ça qu'on les obtient de nos jours ? enchaîna Elliot en observant l'individu de dos qui tapait nerveusement du pied et tapotait sans cesse son portable et sa montre.

- Ce brave homme a pas encore été payé, je l'ai remercié et lui ai brièvement expliqué qu'une certaine personne avait une dette envers moi et qu'elle allait se charger de le récompenser à ma place", récapitula gaiement Munch en récupérant devant Elliot le manteau que celui-ci avait accroché machinalement sur sa propre chaise.

A la fois perturbé et exaspéré par le discours de son collègue, Elliot cilla et sourcilla à plusieurs reprises face à lui avant de finalement trifouiller sa veste à la recherche de son portefeuille, d'un air blasé. Il se défoula spirituellement sur le membre de l'unité qui se serait senti d'humeur suffisamment festive pour le déconcentrer dans un tel contexte. Il hésitait même à incruster d'horribles injures entre ses excès de colère interne. Des pizzas, il pouvait en consommer à la chaîne chez lui, seul, lors de son temps libre. Loin de lui l'idée de ne jamais en faire un moment de partage. Mais s'il se privait de son temps libre pour se consacrer à cette affaire, il n'allait certainement pas s'égarer à cause d'une sympathique odeur qui se dégageait de boîtes en carton. Le timing était beaucoup trop mal choisi; il pouvait se permettre de laisser refroidir son repas pour le réchauffer plus tard, mais il n'en était pas de même pour l'affaire à laquelle il devait se confronter avec Olivia. Si celle-ci prenait connaissance de cet état d'esprit, elle penserait d'ailleurs de son partenaire qu'il réagirait trop à chaud et elle irait même jusqu'à la folie de lui conseiller de ne faire qu'une bouchée de la pizza et de s'effondrer sur un des lits étroits de l'unité, pour "se reposer". Il savait pertinemment qu'elle-même était capable de se comporter exactement comme lui se comportait, et que ce simple argument suffirait donc à nuire à sa crédibilité. Il savait également en contrepartie que lui non plus ne serait pas en mesure de la convaincre si elle choisissait de se mettre volontairement dans le pétrin, et cela le mettait constamment mal à l'aise. Mais il divaguait.

Alors qu'il fut prêt à vite expédier le livreur à l'aide de ses billets, Elliot ne tarda cependant pas à être interrompu dans sa démarche.

"Elliot", l'appela précipitamment Olivia d'une voix plutôt portante. Elle se tenait face à l'ordinateur de Morales, à côté de ce dernier qui s'appuyait fièrement sur les deux extrémités de son clavier.

"On peut peut-être retrouver le meurtrier grâce aux messages que Carlie et lui se sont envoyés sur son portable à elle, viens voir ça, insista-t-elle en faisant naître de petites flammes dans le brun de ses yeux, espérant que leur crépitement éveillerait la curiosité de son équipier.

- Plus précisément, grâce au monologue de cette jeune femme, ajouta Morales qui se prépara à étaler la simplicité de sa méthode devant Elliot qui avait fait marche arrière vers lui pour en savoir plus. Comme vous pouvez le voir, dans ce fil de discussion, seule Carlie semble réellement s'investir. Mais on peut aussi constater que dans plusieurs de ses messages elle s'adresse à un certain Ewan, et qu'elle lui demande même, le jour de la fête, de lui confirmer s'il s'occupait bien d'acheter les bouteilles. Il s'agit d'ailleurs de ses derniers mots.

- Pourquoi ne pas avoir complètement supprimé la conversation si elle voulait tant cacher sa relation avec ce type ? se demanda Elliot qui croisa les bras en étudiant l'appareil.

- Je pense plutôt que ce Ewan lui a effectivement demandé d'effacer l'intégralité, voire même d'effacer son propre numéro de ses contacts pour se protéger lui-même, mais que Carlie souhaitait malgré tout garder une infime trace de leurs interactions, réfléchit Olivia qui développa à voix haute son hypothèse sur le sujet. D'ailleurs, qui est ce Ewan ? Est-ce bien celui que nous recherchons avec la Cadillac noire ?

- Permettez-moi d'abord d'essayer de composer le numéro du monsieur dans ma base de données, que j'ai pu récupérer par le biais de l'adresse mail de la victime. Avec un peu de chance, si son portable est resté allumé nous pourrons immédiatement le géolocaliser", proposa Morales qui n'attendit pas l'acquiescement de son entourage pour faire danser ses doigts sur les touches.

Tel un effet domino, les visages ahuris se formèrent les uns après les autres. Les yeux de Fin et de Munch en devinrent presque globuleux, même s'il était difficile de voir ce qui se passait réellement à travers les lunettes du second. Sur le plan qui était affiché à l'écran, un point rouge se dessina sur un secteur qui parlait à tout le monde: le seizième arrondissement. Là ou opérait leur brigade. Là où ils se donnaient corps et âme jour après jour pour tenter de résoudre les divers problèmes venant de l'extérieur.

Et là, une des origines de ces problèmes se pointait en terrain ennemi pour les remuer de l'intérieur. Cette réalité les assomma. Leur cœur battait à mesure que ce point rouge clignotait. Morales recycla inconsciemment les mêmes gorgées de salive tandis qu'Olivia et Elliot tentaient désespérément d'intégrer l'information reçue en tant que simple hallucination collective. Le moment où Morales rompit le silence fut fatal; la théorie de l'illusion n'était plus permise.

"..Je n'ai pourtant pas composé un de vos numéros, j'vous assure, dit-il dans une tentative de briser la glace, le rire crispé et le front en sueur. Il se trouverait ici.. dans ce bâtiment", continua-t-il avec un léger balbutiement.

Un interrupteur s'activa tout à coup à l'intérieur d'Elliot, comme un déclic. Et celui-ci fut impitoyable. Il tourna instantanément son regard là où il était supposé se rendre auparavant, et ce fut comme si ses paupières étaient entravées par des aiguilles ou des cure-dents. Rongé par le regret et la culpabilité, dialoguer plus longtemps était inutile; il savait que c'était lui, et sa subite volatilisation ne pouvait qu'en être l'ultime preuve. Les autres n'eurent que quelques secondes pour se remettre du choc avant de voir leur grand collègue cavaler à toute vitesse dans leur lieu de travail non sans bousculades. Des secondes qui furent dérisoires mais déterminantes, puisque Fin et Olivia eurent aussitôt le réflexe de suivre ses pas, en dégainant leur arme à l'aveugle.

"Livreur et criminel, ça me semble être un double emploi plutôt honnête", hurla Elliot d'un ton profondément sarcastique avant de disparaître du champ de vision de ses acolytes et de dévaler les escaliers. Sur son passage il ordonna à une grande majorité du personnel de ne pas laisser s'échapper un individu portant un bonnet, des lunettes et une veste en jean. Un profil vraisemblablement opposé à celui établi par Rachel Bridges mais qui se démarquait pour la même raison que ce dernier; l'individu cherchait toujours à cacher son visage.

Importuné par la cohue générale, Cragen poussa violemment la porte de son bureau. Puis il mit automatiquement la main sur un téléphone laissé à l'abandon sur un coin de bureau lambda, qu'il encadra sur sa paume devant Munch qui disposait d'une moins bonne marge de manœuvre en termes de course poursuite.

"Le livreur est passé depuis bien longtemps, lui déclara-t-il en donnant l'impression d'accentuer chaque mot. Si vous aviez cassé la croûte plus tôt vous auriez sans doute attrapé cet homme dans son imposture, reprit-il d'un ton sec tout en gardant un visage neutre.

- Vous voulez dire que c'était votre idée Capitaine ?" réagit aussitôt Munch.

Mauvaise idée de s'enquérir de ce sujet auprès de son supérieur alors que l'atmosphère était loin de s'y prêter. Le visage neutre gagna quelques traits, qui n'étaient pas jugés nécessaires par le principal concerné.

OoOoO

L'essoufflement lui brouilla légèrement la vision une fois à l'extérieur, mais il en fallait bien plus que ça pour mettre Elliot à l'épreuve. Les rangées infinies de voitures lui donnaient le mince espoir de voir une Cadillac noire rouler au loin, le mince espoir de réduire à néant le concept de coïncidence. Il reprit alors sa course dans la direction que son instinct estima être la plus logique. Celui-ci porta ses fruits; le premier virage qu'Elliot effectua l'amena immédiatement à voir sa cible s'équiper d'un casque avant de chevaucher un scooter et de prendre la fuite avec.

"Hé vous, là ! Arrêtez-vous tout de suite !" le menaça-t-il en accompagnant cet ordre d'une série de tirs visant à crever les pneus du motocycle.

A ce moment-là, il se fit dépasser par Olivia qui courut à toutes jambes devant lui sur le trottoir dans le seul objectif de tirer sous un meilleur angle. Le coup de vent qu'il sentit quand elle l'effleura déclencha en lui de nouvelles pulsions qu'il ne put refréner, et il se détesta de ne pas pouvoir lutter à cause de la montée d'adrénaline. Lorsque sa partenaire se prépara à poser l'index sur la détente de son arme, Elliot lui fit signe de stopper et réapparut devant elle pour tirer à sa place. Olivia secoua vivement la tête avec un mouvement de recul, surprise, exaspérée. Désorientée. S'il ne s'était pas interposé, leurs chances de toucher une roue du scooter, ou même une épaule de leur cible, n'en auraient été qu'augmentées. Olivia rangea son pistolet dans son étui, coincée entre l'énervement et l'incompréhension. Elle avait beau essayer, elle peinait à trouver un sens à la regrettable scène dont elle était l'héroïne. Infiniment frustrée, ses yeux ne cessaient de papillonner et ses lèvres tremblaient d'impatience jusqu'à ce que l'individu parvienne à leur échapper et qu'Elliot se décide enfin à se retourner vers elle. Jamais elle ne l'avait fixé aussi intensément qu'à cet instant.

"Qu'est-ce qui t'a pris ?! commença Olivia pleine de rage à revendre. Au bout de 8 ans de travail d'équipe, tu as décidé du jour au lendemain que je n'étais plus capable de me servir d'une arme ? A quoi bon que je revienne ? continua-t-elle en agitant sa queue de cheval, le regard aussi brillant que les larmes qu'il renfermait au fil du temps.

- Ce qui m'a pris ? Eh bien c'est simple, et cela n'a absolument rien à voir avec le maniement de ton flingue, répondit-il avec tout son sérieux, réduisant le peu de distance qui la séparait d'elle. Tu étais à découvert, complètement à sa merci. Qu'est-ce que tu comptais faire si LUI était armé ? la testa-t-il, ses yeux clairs se faisant de plus en plus insistants et intrusifs.

- Elliot, ne sois pas ridicule, si c'était le cas il nous aurait tiré dessus bien avant qu'on s'y mette. Et si jamais il s'avère que tu avais raison, j'aurais réagi, se défendit-elle ardemment, refusant de se laisser impressionner cette fois-ci par la taille et la détermination de son équipier.

- Tu vois, c'est exactement ça qui m'a poussé à agir de la sorte: dès le début tu as baissé ta garde car tu t'imaginais d'office le scénario de la fuite pure et simple, alors que ce malade aurait sûrement pu nous faire sauter s'il en avait envie, dit-il remonté contre une équipière qu'il jugea naïve et insouciante sur le moment. S'il s'est amusé à nous provoquer salement par sa venue dans le département de police, il est évident que ses poches ne vont pas être remplies de sucettes, ajouta-t-il en levant brièvement les yeux au ciel pour les refixer sur les siens, souhaitant s'assurer qu'elle avait compris son erreur.

- ..En fin de compte, tu as reproduit la même erreur, Elliot.. laissa-t-elle échapper d'une voix qui ressemblait à un murmure, faisant disparaître l'éclat de son propre regard. Tu ne m'as tout simplement pas fait confiance.. Et maintenant cet enfoiré a peut-être une chance de quitter la ville en emportant un petit garçon avec lui, qui n'aura jamais la chance de vivre une vie normale, soupira-t-elle. Oh et s'il te plait, laisse-moi au moins la liberté de te placer aussi dans la catégorie des enfoirés, se défoula-t-elle fermement avant de commencer à s'éloigner de lui, voyant qu'il n'avait rien à répondre à ses précédentes remarques.

- Olivia, je.. répondit-il enfin, impuissant.

- Je suis ton équipière, et j'ai besoin d'un équipier, pas d'un chevalier, l'interrompit-elle en se retournant vers lui avec la même impuissance.

- Mais il n'est pas question de..! tenta-t-il de rétorquer, la tête vibrante et le regard déchiré par la potentielle séparation à laquelle il allait devoir faire face.

- On est là pour faire notre travail, pas pour faire du cinéma, insista-t-elle avant de chercher à rentrer au poste bredouille. Tu devrais peut-être envisager de travailler avec un homme. Ou de reprendre contact avec Dani, finit-elle le dos complètement tourné en baissant de plus en plus le son de sa voix, signe d'une importante perte de confiance.

- ..Olivia, on est équipiers pour le meilleur et le pire, et là on est en train de vivre le pire, donc on pourrait au moins essayer de se supporter le temps qu'on mette cette affaire au clair, tu crois pas ?

- Je ne sais pas, Elliot, répondit-elle en s'arrêtant net à quelques mètres de lui et en tournant la tête en oblique. Après tout, je t'ai laissé pour compte pendant plusieurs semaines, qui te dit que je ne vais pas récidiver ?

- TOI en personne", lui lança-t-il éperdument, conscient qu'elle trouverait cette réponse injuste et qu'elle le maudirait de lui avoir rappelé ce fait.

Le plus confortable pour Olivia serait de rester cachée, elle et sa détresse, sous cette couverture qui portait le nom de silence. Mais la réalité était qu'elle suffoquait à l'intérieur, comme si son interlocuteur l'avait jetée sur elle sans son accord. Elle rebroussa alors chemin pour s'en débarrasser puis regagna d'elle-même la proximité qu'Elliot avait créée au début de leur altercation.

"Quand je dis que ce salopard va quitter la ville en forçant Nate à l'accompagner.. dois-je aussi mentionner la possibilité qu'il le fasse mourir dans d'atroces souffrances ? lui demanda Olivia qui repassa à l'offensive, sentant qu'elle ne pouvait s'y prendre autrement avec lui.

- S'il n'est pas déjà mort, envisagea Elliot qui n'hésita pas à lui cracher l'hypothèse sur le visage. Quoiqu'il arrive à ce gosse, c'est ce malade qu'il faut blâmer, pas nous !

- Il a peut-être l'esprit aussi tordu que Gitano, et ça n'a pourtant pas l'air de te faire grand-chose ! lui cria-t-elle sous son nez en espérant que cela le réveillerait.

- Pourquoi il faut que tu..? sortit-il en posant une main moite sur son front fiévreux, sachant qu'il était inutile de compléter sa question rhétorique. Ecoute, j'ai fait ce qu'il y avait à faire, Olivia, que tu le veuilles ou non, se ressaisit-il en exerçant une nouvelle pression sur elle par le regard, souhaitant la calmer à tout prix. Cet homme est sûrement tordu, comme la plupart des criminels, certes. Mais son mode opératoire est forcément différent, rappelle-toi de ce qu'a dit Rachel au sujet de lui et de Nate.

- Je croyais que tu..

- Peu importe, rappelle-toi, insista-t-il en lui coupant la parole pour soustraire un blabla probablement inutile.

- ..Elle a vu Ewan discuter à plusieurs reprises avec Nate, cela te suffit à penser que ce petit garçon est en vie et en bonne santé à l'heure où on parle ? insinua Olivia qui songeait depuis le début à reporter la situation à Cragen à l'unité mais qui échouait lamentablement à se détacher du regard de son partenaire.

- A l'heure où on parle je suis ton miroir Olivia, tout ce que tu me dis se reflète sur ton état d'esprit, et grâce à ça je sais que tu meurs d'envie de t'accrocher à cet espoir, lui confia Elliot qui exprima son soulagement en affichant un petit sourire satisfait, le tout premier de la conversation.

- Elliot..

- On va retrouver ce gamin", lui promit-il en redressant ses épaules à elle à l'aide de ses mains raffermies.

Un faible sourire se décida enfin à enjoliver le portrait d'Olivia, une vue plaisante qui rassura d'autant plus son équipier et qui lui fit prolonger le sien.

Au bout de quelques secondes, la sonnerie d'un de leurs téléphones ne fut guère la bienvenue, et tous deux supposèrent que Cragen en était à l'origine.