Chapitre 4 – Le Plan

Le mardi suivant, les Poufsouffle retrouvèrent les Serdaigle pour un cours d'arithmancie. C'était une pratique de divination qui consistait en des prédictions basées sur les nombres d et des calculs compliqués, employée notamment par les briseurs de maléfices. La plupart du temps, il s'agissait de transformer des mots en suite de chiffres à partir de l'alphabet de Tripoli et de la numérologie, dans le but d'obtenir le nombre d'expression, intime et de réalisation, puis de les analyser. L'expression était la base, synthèse des consonnes et voyelles, le nombre intime ne prenait en compte que les voyelles, et le nombre de réalisation les consonnes. L'interprétation consistait à comprendre à travers plusieurs théories, interpréter les traits de caractère, la face visible, la motivation, la personnalité, le portait de toute chose et tout personne. Après divers exercices d'entraînement et d'études de cas réels sur lesquels ils devaient travailler, les élèves débattaient et donner des solutions.

Les deux heures suivantes se passèrent à l'orée de la forêt interdite, dans une petite clairière. Le cour de SCM avec Silvanus Brûlopot. C'était un homme excentrique, sympathique, enthousiaste, que tous semblaient aimer, même les serpentard avec qui ce cours avait lieu. Il avait visiblement tendance à sous estimer les créatures les plus dangereuses et n'avait peur de rien. Greta fit mention d'un feu déclenché par des serpencendre une année, dans le Grande Salle, durant une représentation de Noël, de dragons à qui il rendait visite qui lui brûlaient ses prothèses magiques, de sinistres histoires avec des Strangulots, des Crabes de Feu et des Occamys, qu'ils allaient d'ailleurs étudier cette année là. Il avait un bras et une moitié de jambe en moins. Hestia fit allusion au fait qu'il avait déjà été la cause de blessures sur d'autres personnes. Diverses cicatrices barraient son visage quelque peu boursoufflé par endroits, bien plus atteint que celui du professeur King, preuve qu'il n'hésitait pas à s'approcher des animaux les plus à craindre sans once de faroucherie. Il avait des cheveux blonds/gris, coupés courts, pour ne pas dire à ras, des yeux vairons, l'un bleu, l'autre vert, dont les iris étaient cerclés d'or, qui pétillaient d'excitation. Il était très grand, pas autant que Hagrid, puisqu'il n'était pas à moitié géant, mais il devait bien avoisiner le 2 mètres. Il était mince : était-ce parce qu'il était tellement passionné qu'il en oubliait de se nourrir correctement, ou parce qu'il se musclait à grimper, escalader, glisser, courir, nager, explorer, nul n'aurait su le dire.

Le professeur avait visiblement lancé un feu magique toute la nuit, aux vues des braises à peine refroidies. Une trace de poussière l'entourait, et des œufs rouges vifs, dégageant une chaleur intense, avaient été gelé, afin d'être neutralisés. Ils étudièrent ainsi les Serpencendre et leurs œufs. Bien sûr, les jeunes Dragonneau connaissaient toutes les réponses aux questions de l'enseignant qui, extatique, donnait des dizaines de points à Poufsouffle : généralités, apparence, habitat, durée de vie, où les trouver, comment les neutraliser, composition pour des potions telles que le Felix Felicis ...

Durant le repas, Anthéa écoutait distraitement ses nouvelles 'amies'. Parce que, bien qu'elle s'attache aux personnes qui l'entouraient tous les jours, et qu'elle les apprécie, Anthéa Dragonneau n'était pas du genre à avoir des amis. Des amis étaient des personnes en qui on pouvait avoir confiance avec ses secrets, ses habitudes bizarres. On était sensé pouvoir se confier, s'abandonner, même dans ses pires moments, et ces gens là continuaient de t'aimer, voulaient toujours te parler, continuaient de s'inquiéter. Ils ne fuyaient pas, ne rejetaient pas, n'abandonnaient pas.

Mais Théa ne pouvait guère se le permettre. Alors, elle avait des camarades avec qui passer de bons moments, avec qui elle s'amusait, et parfois même oubliait. Des copines qu'elle écoutait attentivement, étudiait et soutenait. Des colocataires qu'elle conseillait et guidait. Des voisines de tables qu'elle pouvait manipuler et utiliser si besoin, comme le savait si bien le faire avec des inconnus ou des ennemis. Mais ses secrets, seule sa famille, son parrain, les professeurs et James Potter les connaissaient. Et elle ne s'ouvrirait jamais davantage que cela.

Son regard dériva d'un visage à l'autre, l'air vague, dans le vide, avec ses propres pensées.

Dorcas, du haut de son mètre soixante, était une jeune fille à la fine et lisse chevelure brune comme l'ébène, lui tombant sous les omoplates, et aux beaux yeux cobalt. Sa peau de porcelaine la faisait ressembler à une jolie poupée, et son visage gracieux était rehaussé par des fines lèvres roses comme la framboise. C'était une Sang Pure, habillée de manière classe, sûre d'elle, méfiante, exigeante, audacieuse, et dotée d'un grand calme. Elle avait un air distant, soutenu de son don pour tout analyser, mais était finalement une bonne oreille. Elle avait de jolies formes qu'elle cachait discrètement. Elle s'imprégnait entièrement des plantes, la flore, les herbes et champignons.

Hestia était de petite taille et menue. Elle avait des cheveux noir brillant coupés au carré légèrement plongeant au niveau du menton, lui offrant un charme adorable de petite fille mignonne. Ses yeux vert bouteille étaient expressifs, elle avait les joues roses et était excentrique, un peu bohème. C'était une fille qui pensait aux autres dans sa vie personnelle, mais qui se fichait de ce qu'on pensait d'elle, d'autant plus avec son look éclectique mais harmonieux Elle était créative, débrouillarde, et empestait la joie de vivre, passionnée. Elle était, comme Théa, de Sang Mêlé. Elle adorait photographie, dessiner et peindre.

Emmeline était grande, avait de longues jambes interminables et une silhouette filiforme. Elle avait de longs cheveux noirs ondulés qui lui arrivaient au creux du dos et des yeux couleur sépia. Elle avait un teins de pêche, une stature majestueuse comme tout Sang Pur, et un charme à part, froid et sensuel à la fois. Elle avait un look preppy, était perfectionniste, appliquée, combative, et compétitive. Elle était mature et vive d'esprit, totalement désintéressée et ne s'arrêtait pas aux apparences. Elle avait tout un tas d'activités péri scolaires.

Enfin, Greta avait une tignasse brillante châtain lui arrivant aux épaules, accordés à ses yeux vert sapin. Elle était de taille moyenne et avait une silhouette attirante. Rêveuse, idéaliste, elle était toujours de bonne humeur. Elle était fantaisiste, fantasque, amicale et légère, mais également anti conformiste. Elle adorait les débats et les arguments, savait tout sur tout. Idéaliste, elle était résiliente, un esprit libre. Elle était de taille et de corpulence moyenne, très attirante, mais distante de ce point de vue là. Elle était également de sang mêlé. Elle avait un calepin dans lequel elle consignait des notes, des observations, des pensées, des idées, tel un auteur.

Anthéa était épuisée, mais comme toujours, elle ne montrait rien. Elle ne dormait pas, ou presque rien la nuit, de peur de perdre le contrôle durant son sommeil. Elle brimait sa legilimancie, ne l'utilisant qu'un strict minimum, d'une part pour ne pas outrepasser le droit d'autrui à avoir son jardin secret, d'autre part pour ne pas céder à la facilité. Tout savoir d'un coup n'avait rien d'amusant, selon elle. Elle n'avait pourtant aucune expression tiraillée, aucun trait tiré, aucune cerne, ses yeux n'étaient pas gonflés ou vides. Comme à son habitude, elle transpirait la tranquillité et la vivacité en même temps, malgré le combat continuel au fond d'elle, la guerre qui faisait rage dans son esprit.

L'heure était venue de se rendre en potions, et c'est tout naturellement qu'Anthéa se détacha de ses amies pour enrouler son bras autour de celui de James, sous les yeux d'une certaine rousse, quelques élèves derrière. Ce jeu l'amusait follement. Aider James, titiller Lily, intriguer les autres, étaient devenue une routine pour elle, au bout d'à peine 4 jours.

Arrivés en cours de potions avec les Gryffondor, Slughorn entreprit de séparer les Maraudeurs et tira au sort des binômes aléatoires. Ainsi, Anthéa se retrouva aux côtés de James, Remus de Lily, Sirius avec Marlène, Ulrich avec Mary, Peter avec Dedalus, Benjy avec Aliénor Hamilton, Dorian Neil avec Emmeline, Caradoc avec Elena Smith, Tiberius McLaggen avec Greta et Edgar avec Alice, Frank avec Dorcas, Hestia avec John Abbott.

Lily ne comprenait pas pourquoi, elle n'était pas satisfaite d'avoir pour voisin Remus. Il était pourtant calme, sérieux, attendrissant, adorable, doux, gentil, attentif… Mais voir la nouvelle en compagnie de Potter lui filait le cafard. Parce qu'ils allaient forcément ne pas suivre, faire du bruit, et faire des bêtises. Elle les avait bien observés, elle voyait qu'ils sortaient du même moule, les nouveaux et le duo de Maraudeurs populaires : celui qui la faisait enrager car ils ne respectaient pas les règles et les lois, ni aucune autorité de quelque genre que ce fusse. Ils étaient insolents, impertinents, impudents, et effrontés. Ils étaient arrogants, orgueilleux, prétentieux et narcissiques. Ils étaient inconvenants, cyniques, ironiques et sarcastiques. Ils étaient hautains, dédaigneux, méprisants, suffisants et impérieux. Elle détestait ce genre de personne despotique, dominatrice, manipulatrice, impérieuse. Qui se croyaient importants avec leur superbe, leur aisance, leur fierté et leur aplomb.

Pourtant, elle savait reconnaître audace, courage, bravoure, et fougue à Potter et sa bande. Elle voyait clairement leur acuité, leur clairvoyance, leur perspicacité. Elle l'avait reconnue dans les yeux du nouveau qui attirait son regard, comme celui de nombre de filles. Mais chez sa jumelle… Non. Certes, elle était intelligente et avait de la faculté. Mais elle dégageait quelque chose qui ne lui revenait pas, quoiqu'en disent ses amies. Et si Potter et Black s'étaient calmés en 6ème année après l'humiliation de Severus et son affrontement avec eux, elle craignait qu'ils ne reprennent leurs mauvaises habitudes. Elle avait une boule au ventre concernant sa ronde de préfète en chef avec son homologue. Ses amies disaient qu'elle était trop rancunière et vindicative vis à vis de l'américaine, qui n'avait fait que d'user de répartie habile et de riposte astucieuse face à elle. Lily lui reconnaissait sa subtilité et son ingéniosité, mais le fait était qu'elle avait quelque chose de malsain, pernicieux et cela n'avait rien à voir avec leurs 2 joutes verbales.

Après tout, elle n'était pas de mauvaise foi, si ?

Alors, tout en entamant le filtre d'Embrouille demandé par le professeur Slughorn, en compagnie de Remus, elle observait du coin de l'œil Potter et Dragonneau fille.

Sur le tableau, des indications expliquaient que cette potion incitait à des conduites impétueuses et téméraires, comme le philtre de confusion étudié 2 ans auparavant.

Dans un chaudron rempli d'eau et sur le feu :

Ajouter du cranson officinal

Ajouter de la livèche

Ajouter de l'achillée sternutatoire

Mélanger une fois dans le sens des aiguilles d'une montre

-Pas bien compliqué, nota fièrement James en préparant le cranson, tandis que Anthéa prenait en charge la livèche

-Tais toi et concentre toi sur ta préparation, répliqua Anthéa en s'occupant de sa plante avec minutie

-Il y a plus important, s'obstina le brun à lunettes en secouant la tête

-Comme ne pas foirer notre chaudron ? proposa la brune avec un fin sourire

-Comme, ce que je dois faire ce soir pendant ma ronde ! s'écria James à voix basse en se penchant vers son amie.

Deux rangées plus tard, le ventre de Lily se contracta. Les voir proche l'agaçait prodigieusement. Elle secoua la tête. Il fallait qu'elle se concentre si elle ne voulait pas rater une préparation aussi simple.

-Tout va bien ? s'inquiéta doucement Remus avec un sourire contrit.

-Oui oui, grogna Lily avec humeur en lançant des regards en coin au binôme qui l'obsédait.

-si tu as besoin…

-Je sais, merci Remus.

Son ton était sans appel, et Remus retourna hacher, émietter, couper, extraire…

Il avait du mal à comprendre Lily. Ressentait-elle des choses nouvelles ? Pour qui ? Pour quoi ? S'était-il passé quelque chose cet été ? Ou étaient-ce ces confrontations avec la Poufsouffle ? Ou est-ce que ça avait un rapport avec James ? Mais quoi de nouveau pour qu'elle cesse de l'ignorer et se mette à lorgner dans sa direction ? Sa nomination de Préfet en Chef ? Son titre de Capitaine de l'équipe de Quidditch ? Exécrait-elle James à ce point ? Ou avait-elle des sentiments plus agréables malgré son attitude ? Ou était-elle juste… Insultée qu'il ne la harcèle plus, elle qui s'en plaignait tant ? S'était-elle sentie trahie, abandonnée, rejetée malgré elle ? Se demandait-elle si elle avait été trop loin ? Etait-ce réellement ce qu'elle voulait ? Avait-elle prit l'habitude ? trouvait-elle cela agréable, finalement, d'être désirée et adorée à ce point ? Cela l'avait-il flatté qu'il subisse remontrances et rejet public juste pour ses beaux yeux, continuellement ? S'était-elle délectée du fait qu'il avait un peu murit pour la charmer ? Remus se doutait que c'était un mélange complexe et inextricable de tout cela. Même si la rousse elle-même ne devait pas s'en rendre compte, ou ne souhaitait pas le savoir.

Elle s'était désolée que Remus n'ait pas gardé son insigne, et était allée se plaindre à McGonagall, puis Dumbledore en personne, mais rien n'y avait fait. Ils avaient constaté que l'influence de Remus n'avait pas été suffisante sur le jeune échevelé, et donc, ils comptaient tous deux sur Lily pour le calmer, qu'il prenne enfin ses responsabilités, ou du moins, que ses frasques soient plus… moins ... Enfin, Lily avait compris l'idée. Et voilà qu'elle devait tout lui apprendre, puisqu'il n'avait même pas été Préfet auparavant ! Et qu'on lui imposait de passer du temps avec lui alors qu'elle l'abhorrait. C'était injuste.

-Remus ?

-Oui ?

-Est-ce que tu sais qu'elle … Non laisse tomber.

-Dis-moi.

Lily se mordilla la lèvre. Remus était l'un des meilleurs amis de Potter, il risquait de la dénoncer. Pouvait-elle se permettre que Potter se fasse des idées et recommence son cirque et ses pitreries ? Certainement pas. Et puis quelle cohérence aurait-elle avec elle-même ? Il risquait de s'imaginer des choses, comme ses amies.

Toutefois, Remus était une personne de confiance, qui savait garder les secrets des autres, comme une tombe. Il ne risquait pas de la trahir. Et puis, il était ce qui se rapprochait le plus d'un meilleur ami, depuis l'an passé.

-Est-ce que tu connais la nouvelle ? s'enquit innocemment Lily.

-Anthéa ?

Lily acquiesça et Remus réfléchit à toute vitesse. Il ne voulait pas risquer de la blesser, il ne voulait pas non plus lui mentir, mais il ne voulait pas trahir James et gâcher toutes ses maigres, infimes, minuscules chances de faire changer la rouquine d'idée à son sujet. Il lui fallait contourner le problème, la rassurer tout en respectant le plan de la Poufsouffle.

-Je ne la connais pas personnellement, expliqua Remus. Mais ils sont complices.

-ça se voit qu'ils sont proches, opina Lily en fixant ses yeux sur sa table de travail.

-Ils s'apprécient beaucoup, justifia Remus en jetant la cranson dans le chaudron.

-Mhmh.

Le regard de Lily se fit songeur, en proie à une intense réflexion. Etaient-ils amis, amants, ou flirtaient-ils juste ? Etait-ce une manigance pour la provoquer, ou étaient-ils sincères ? Jouaient-il ou étaient-ils sincères ? Le fait que James ne lui accorde plus un regard, plus une parole, plus une attention, au moment précis où cette fille débarquait dans leur vie n'était pas anodin, Lily en était persuadée. Dans le wagon du Poudlard Express, ils semblaient se connaître, et James avait semblait extatique pour Anthéa, et non pour elle, ce qui était une première. S'étaient-il rencontré devant le mur du quai 9 ¾ ? devant la locomotive rouge ? Dans les couloirs ? Ou se connaissaient-ils d'avant ? Elle n'osait poser la question qui lui brûlait les lèvres. Cela aurait dénoté d'un intérêt, et elle ne voulait pas risquer de se trahir. Mais trahir quoi ? Une simple curiosité, le besoin d'avoir réponse à tout, de tout savoir, tout simplement.

Remus observa sa binôme en coin. Il avait été parfait. Il en avait dit assez pour intriguer la rouquine, sans lui mentir, sans trahir son ami, sans bousiller le plan de l'américaine. Il était assez fier de lui, bien qu'il aurait préféré tout lui raconter, pour qu'elle ne se torture plus. Mais si elle se torturait, était-il possible…

-Donc, je fais quoi, moi, ce soir ? interrogea James en touillant la potion.

-Il ne faut pas que tu la harcèles.

-Je ne lui ai pas parlé depuis la réunion de préfet pendant le trajet de samedi, affirma fièrement James en bombant le torse

-Il faut que tu aies l'air décontracté…

-Je le suis toujours.

-Ne la dévore pas du regard, tu as l'air ridicule quand tu fais ça.

-Merci, grogna le Poursuiveur sous les ricanement de son meilleur ami et ami d'enfance, juste devant eux.

-Arrête d'essayer de la charmer.

-Mais…

Théa posa son nécessaire de potion sur la table et se tourna entièrement vers son ami en le fixant de son regard bleu océan. On sentait l'électricité émaner d'elle. On ne pouvait que plier à sa volonté.

-Si tu flirtes, elle saura qu'elle t'a sous sa coupe. Elle a toujours agis en sachant que tu la vénérais. Et même si c'est le cas, il faut que tu sortes de ce rôle que tu t'es imposé. Personne ne respecte un elfe de maison.

-Je ne suis pas…

-Si, interrompit la brune en revenant sur sa préparation. Tu l'es, d'elle, de tes sentiments, tes émotions, tes pulsions. Tu vis à travers ses regards, ses gestes, son attitude, ses paroles. Tu es son putain d'elfe de maison, c'est pourquoi elle te prend pour acquis. Et encore, elle respecte sans doute plus les elfes de maison que toi.

-Donc … je l'ignore ? s'étonna-t-il en fronçant des sourcils.

-Continue à ne pas lui accorder plus d'importance que tu ne lui en donnes, hocha –t-elle

-Mais je fais déjà…

-Alors continue. Et pendant tes fonctions de Préfet, montre toi agréable, mais surtout, ne te mets à la séduire. Comme avec une amie normale, ou une camarade lambda. Comme tu agis avec une de ses amies, par exemple ! Il faut qu'elle descende de son piédestal et qu'elle se rende compte qu'elle est quelconque. Bon d'accord, pas quelconque, céda-t-elle devant l'air outré de James. Mais montre que tu peux très bien te lasser de son attitude. Qu'elle n'est ni unique, ni parfaite, déblatéra-t-elle après avoir arqué un sourcil.

-Mais… tenta-t-il

-James ! le réprimanda-t-elle en le dardant d'un regard noir.

-Ok ok. Et je lui parle de quoi ? abdiqua-t-il en levant les mains en signe de reddition.

-Je ne sais pas. De son été, des cours, de ses amies, de ses activités. Intéresse toi à elle.

-Je sais déjà tout d'elle, ou presque, rappela doctement James en roulant la tête sur son cou pour se décontracter.

-Hé bien, fais comme si ce n'était pas le cas, s'agaça-t-elle en un haussement d'épaule.

James opina du chef admiratif, les sourcils levés, et Anthéa lui accorda un sourire doux mais malicieux.

-Tu me demandes de jouer un jeu avec elle, mais c'est la sincérité qui la touche, expliqua tout de même James.

-Tu es trop brut et insistant. Arrête de la presser. Inverse la pression. Intéresse toi à elle sans insister. Montre toi agréable mais pas collant. C'est comme ça que tu t'insinueras dans son cœur, si tant est que ce soit possible, fit-elle en tapotant gentiment son épaule.

James trépignait d'impatience. Il se répétait, encore et encore, tous les scénarii possible et imaginables. Il avait hâte, tellement hâte d'y être ! Il fallait qu'il se contienne, qu'il joue l'indifférence sentimentale tout en se montrant courtois. Il n'avait qu'à imaginer avoir un des jumeaux ou un des Maraudeurs face à lui, ce n'était tout de même pas moldu !

De son côté, Rich tendait l'oreille, tout comme Sirius. Si Sirius ne faisait ça que pour résoudre l'énigme Anthéa, Rich, lui, était plus qu'heureux que sa sœur ait trouvé une occupation. Théa qui s'ennuyait était une Théa dangereuse. Et lui dans tout ça ?

Lui. Il était quelqu'un de sympathique, bienveillant avec ses proches, mais neutre dans sa manière d'être. Il se protégeait des autres malgré son avenance, mais c'était surtout un réflexe vis à vis de sa sœur. Tout revenait toujours à elle. Il était super sociable, ne jugeait personne, savait trancher entre intimes, connaissances, ennemis. Il était franc, et veillait à ne pas faire mal aux autres intentionnellement, alors que sa cadette agissait comme bon lui semblait, se moquant des conséquences. Les gens lui pardonnaient toujours, et c'était également le cas pour Ulrich. Mais il essayait de ne pas faire de mal aux autres, même inconsciemment. Malgré tout, de ne pas abuser de ce pouvoir qu'il avait sur autrui. Il était réfléchi, vigilant, observateur. Mais il pouvait vite devenir belliqueux, impétueux, violent, égoïste, impatient. Il était individualiste, il voyait les choses différemment des autres. Le monde, ceux qui le peuplaient, étaient son observatoire, son laboratoire. Il aimait les défis, les challenges. Fin stratège, il se jouait des gens, mais beaucoup moins que sa jumelle. Il aimait interpréter les personnes, jouer au marionnettiste à leur insu.

Contrairement à elle, il avait pourtant appris de ses erreurs passées, c'est pourquoi il était plus dans la retenue, désormais. Depuis leur 6ème année à Ilvermorny, il avait dû arrêter de ne penser qu'à lui. Tout était parti à vau l'eau. Ca avait dérapé. D'abord lui, et Théa s'était occupée de lui pour le guérir, afin qu'il reprenne une vie normale. Il était devenu plus doux, avenant, bon, une meilleure personne. Et Théa ? Quand ça c'était mal passé pour elle, il avait dû lui rendre la pareille. C'était naturel, instinctif. Pourtant, elle faisait comme si de rien n'était, comme si elle s'en fichait. Alors, il avait promis à ses parents de garder un œil sur elle. Pour éviter que ça ne se reproduise. Par peur de la perdre. Comme si finalement, il avait muri plus qu'elle. Comme s'il était plus adulte, en fin de compte. C'était tellement étrange, comme si deux choses s'agitaient en lui, deux impulsions opposées. Mais il prenait sur lui. Pour Théa.

Et la voir se perdre corps et âme dans un projet était rassurant. Il espérait juste que ses penchants pour la destruction, le chaos, ne prendraient pas le dessus. C'est pourquoi il jouait au rabat joie. Peut importe, s'il détestait ça. Il était à présent la voix de la raison, qui la rappelait à l'ordre, comme s'il était sa conscience personnifiée. Son insouciance lui manquait. Mais il devait faire ça pour elle.

Il était tellement obnubilé par sa sœur, qu'il remarquait à peine toutes les filles qui rampaient à ses pieds, qui le draguaient, flirtaient, prenaient la moindre occasion de le toucher, ou juste l'effleurer, qui lorgnaient allègrement sur lui, qui buvaient ses paroles lorsqu'il discutait avec ses amis… Il les ignorait, là où autrefois, il aurait agit comme Sirius Black ou James Potter quelques mois plus tôt pour l'un, un an pour l'autre, à savoir, donner du sourire et du clin d'œil à gogo et à tour de bras, en veux-tu ? En voilà. Un comble pour lui ! En temps normal, combien en aurait-il déjà eu contre lui ? Et là rien… Les choses avaient bien changées, il avait évolué. Non, décidément, il était temps qu'il lâche un peu la grappe de sa jumelle et qu'il s'occupe de son harem Poudlardien… Car il comptait bien continuer ici, ce qu'il avait déjà bien entamé à Ilvermorny, et sans aucun effort. C'était moche d'être aussi sûr de soi et pourtant, c'était évident. Les filles se pâmaient pour lui. Un claquement de doigts, et il avait celle qu'il voulait. Et pourtant, malgré ses hormones en ébullitions, il ne s'était pas encore penché sur le sujet. Bien qu'il ait déjà remarqué une ou deux poupées sur lesquelles il se pencherait volontiers.

Sirius était envoûté par les paroles pleines de sens de la jeune fille. Non, c'était le son de sa voix, aussi mélodieuse que la plus belle des symphonies. De même que ses yeux l'ensorcelaient, pire que l'amortensia ou un sort de séduction. Chacun de ses traits l'hypnotisaient, ses gestes le hantaient, sa silhouette le torturait. Il voulait désespérément la posséder, comme jamais il n'avait ressenti une envie aussi pressante, un besoin vital. Mais James avait été clair. Ne t'en approche pas. Etait-ce une indication, pour le prévenir, par inquiétude ? Une menace voilée ? Une interdiction à mi mots ? Pouvait-il risquer de lui poser la question, demander un éclaircissement ?

Alors, il écoutait la jeune Dragonneau prodiguer ses bons conseils à Cornedrue qui l'écoutait religieusement. Merlin aurait pu ressusciter devant eux qu'il n'en aurait eu rien à faire.

Sirius secoua la tête. Il fallait qu'elle sorte de son esprit. Il fallait qu'il l'oublie, qu'il passe à autre chose. Il avait déjà dû subir la colère et la rancœur des Maraudeurs lorsqu'il avait envoyé Severus Rogue sous le Saule Cogneur alors que Remus commençait à se transformer. Adossé nonchalamment contre le mur d'un couloir froid et désert, il avait tenté la curiosité du Serpentard en le défiant d'aller chercher des réponses dans la Cabane Hurlante, en lui donnant les bonnes indications. Cet imbécile avait couru dans le piège à pieds joints. Cela faisait trop longtemps qu'il tournait autour des Maraudeurs et de leur secret. Qu'il les traquait, les espionnait.

Est-ce que Sirius l'avait prévu ? Est-ce que c'était ce qu'il voulait ? Il n'avait toujours pas les réponses. Ou peut-être ne voulait-il pas les voir ? Remus ne lui avait plus adressé la parole pendant de longues semaines, évitait son regard. Il le culpabilisait. Il aurait pu tuer un être humain et s'en vouloir à vie avec cette culpabilité. Tout ça pour une stupide plaisanterie douteuse, de mauvais goût. Sa conscience ne s'en serait jamais remise.

Et James le lui avait reproché. Il avait sauvé son pire ennemi, son Némésis. Dès qu'il avait vu l'air satisfait de Sirius dans leur dortoir, alors que lui et Peter préparaient leur prochaine Marauderie, il avait su que le jeune Black était allé trop loin. Quand Sirius lui avait tout raconté l'air de s'en fiche comme de son premier balai magique (un jouet répandu pour les jeunes enfants), James était parti sans un regard, sans une parole.

Peter l'avait même incendié du regard, et reproché son inconscience et sa témérité. Il avait osé lui dire qu'il était stupide ! Sirius avait ricané. Mais il cachait son doute. Il venait de se rendre compte de ce qu'il avait fait. Même Peter le savait. Peter avait raison. Il commençait alors à se sentir très mal. Mais Rogue n'irait pas jusqu'à suivre les 'conseils' de son tyran attitré… Si ? D'un côté, il souhaitait tellement les faire expulser de Poudlard, leur nuire, voir les envoyer à Azkaban. Et c'est James qui réparait sa connerie. C'était Remus qui vivrait avec les pots cassés. James était intervenu. S'était interposé entre le vert et argent et son ami lycanthrope déchainé.

Alors Sirius se re concentra. Il fallait qu'il arrête cette fascination, cette attraction. Ce n'était qu'une fille. Une simple fille. Il n'avait qu'à en choisir une parmi celles qui ferait n'importe quoi pour lui, et il ne penserait plus à elle. Il n'aurait plus cet horrible secret pour ses amis.

Il profita de ce cours de potion pour apprendre à mieux connaître Rich. Il était une version plus mature des maraudeurs, finalement. Il y avait un peu de chacun d'eux en lui, et Sirius compris pourquoi James les avait réunis ensemble. Pour avoir un peu de Ulrich à Poudlard.

Rich lui avoua l'avoir jugé, mais le regretter. Se revoir lui-même, un an plus tôt. Et quand Sirius repensa au fait qu'il ait failli faire tuer quelqu'un dont l'existence l'ennuyait par l'un de ses amis, et poussé son meilleur ami à jouer le sauveur... Comparé à ce qu'il était maintenant… Oui, il y avait une différence claire et nette, bien que nul n'y ait vraiment fait attention. Sa fugue de chez ses parents l'avait aidé, aussi. Et James également, avait grandi de cette mésaventure. Il se demanda alors ce que Rich avait vécu pour que, au même âge, il soit encore plus mature qu'eux. Lui qui, selon ses dires, et ceux de James, avait été taillé dans le même bois. Oui, quoi ? Peut-être devait-il s'intéresser davantage au jumeau pour briser la carapace de la frangine ?

Et voilà, il en revenait encore à elle. Que devait-il faire ? Cela l'agaçait au plus haut point. Lui qui était supérieur aux autres, et qui était insensible à autrui, il était subjugué, possédé par la nouvelle. Même son accent typiquement britannique, nuancé d'intonations et d'expressions américaines, le remuait de l'intérieur. Un mélange du meilleur des deux.

Par Merlin, il ne s'était jamais intéressé à ce genre de détails. En temps normal, il s'arrêtait à trois choses : tour de poitrine, tout de taille, taille tout court. Ou forme des seins, forme des fesses, forme du visage. Mais jamais, Morgane lui en soi témoin, il ne s'était attardé sur autre chose. Mais cette fille réveillait autre chose. Sa curiosité. Il ne savait même pas s'il s'en délectait ou si ça le torturait. La dégustait-il, ou la dévorait-il ? Il se sentait ridicule.

La sonnerie le sortit de sa torpeur. Ulrich apporta leur fiole au vieux Slug qui en profita pour le prévenir : il allait recevoir une invitation à son club. Alors qu'il rangeait ses affaires, il vit Anthéa passer dans la travée pour apporter sa propre fiole. Il remarqua qu'il n'était pas le seul intrigué. Filles comme garçons la lorgnaient, peu importe la raison. Etait-elle en partie Vélane ? Non, James l'aurait dit. Alors qu'avait-elle de particulier ? Une aura unique. Et son frère était pareil, d'une certaine manière. Une douce concurrence qui rajoutait du piment.

Entrée dans l'arène. Sirius partit en riant avec ses 3 amis, alors que les jumeaux partaient chacun avec leurs nouveaux amis de maison tout en direction du cours de sortilèges. Encore un cours en commun …