Et un petit chapitre avant Noël du point de vue de Sasuke. J'ai dû le scinder en deux parce que jugé trop long alors ne m'en veuillez pas je tenterai de publier la suite le plus rapidement possible (peut-être pour le Nouvel An qui sait ) Bonne Lecture !
Tous gay ou presque!
Chapitre 13
« On n'a pas couché ensemble. »
Ma gorgée passe difficilement. Je m'étais résigné à mon sort et ne m'attendais pas à ce que Kankuro prenne la parole, encore moins qu'il avoue…cela ! Et je me tends comme une corde en sentant son regard saphir se braquer brusquement sur moi. Je fais un effort inhumain pour ne pas relever les yeux et affronter les siens; ça doit me glisser sur la peau, pourtant, je déduis sans mal son air d'abord farouche, puis étonné, et ensuite furieux. Il ne veut pas y croire et je ne peux pas lui en vouloir. Mais je me crispe à nouveau d'entendre son éclat de voix soudain à la suite des paroles du brun.
« Pourquoi tu le défends ?
- Je ne le défends pas.
- Mais il a bu ! »
Ils se tournent vers moi, tous les deux en parfait synchron' et j'ai alors un mal fou à faire comprendre à Kankuro qu'il a intérêt à tenir sa langue mais je le vois hausser les épaules et répondre le plus honnêtement du monde à Naruto.
« Il a menti. »
Ce qui n'arrange PAS DU TOUT mon cas… Pas plus que les quelques pas rageurs de mon bl-…non…du blond qui avance vers moi avec -semble-t-il- la vitesse de l'éclair jusqu'à être tout proche…
« Pourquoi tu as bu ? »
…beaucoup trop proche de ma position à demie assise sur l'accoudoir du canapé qui me laisse tout le loisir de scruter le moindre pli de ce visage que j'ai vu prendre tant d'autres expressions beaucoup plus agréables… Je décroche maladroitement mon regard de cette bouche aux sons interrogateurs et tente de reprendre un air détaché, de me composer une suffisance artificielle avant de répondre avec le même hochement d'épaule.
« Parce que la vérité est subjective avec toi Naruto.
- Qu'est-ce que ça veut dire ? »
Je vois rien qu'au froncement de ses sourcils, à la raideur de ses lèvres pincées après la question qu'il ne me demande pas le sens des mots que j'ai employé : il est plus intelligent que la majorité peut le croire. Je sais qu'il me demande plutôt ce que cette phrase signifie pour moi, parce qu'il est l'un des rares à avoir cerné que j'emploi parfois des hyperboles d'érudits juste pour éluder un problème. Je ne peux pas le bluffer et je le sais. J'enchaîne assez simplement, déjà las de cet affrontement.
« Tu m'accuses de tricher sans connaître la vérité. Tu n'entends que ce qui te plaît alors à quoi bon te tenir tête, dis-je avant d'ajouter pour clore la discussion. J'ai bu parce que tu voulais me voir coupable. »
Puis, il y a ce moment qui passe, étrange et tendu, où j'arrive à river mon regard au sien pour…plonger dans un univers… D'abord il nie, puis il doute et ensuite… Il y a cette chose que je n'arrive pas à identifier mais qui me flanque un frisson. Comme…de l'espoir ? Quelque chose de doux, triste et à la fois douloureux. De terriblement attirant. Je ne peux pas en supporter davantage. Je ne veux plus avoir à me justifier au risque de perdre mon sang-froid et de dévoiler ce que je ne suis pas prêt à assumer. Là, à cet instant, il aurait suffi que je m'avance un peu et tende le bras pour l'embrasser… Alors quand j'aperçois Kankuro qui s'esquive en douce, je fais un pas de côté pour m'arracher à cette proximité qui a fait malgré tout monter ma température.
Je dois m'éloigner. Rapidement. De lui. D'eux. De ça. Ma faiblesse…
Heureusement -ou pas- Naruto semble aussi muet que moi et je n'ai donc pas à répondre aux nombreuses questions que je lis dans ses yeux. Je m'écarte brusquement et quitte le jeu en fuyant son regard. Je ne veux pas qu'il me retienne, je n'aurais pas la force de dire quoi que ce soit et je fuis simplement. Lentement et à pas calculés pour donner le change de l'indifférence mais… Je fuis quand même. Encore.
Je sors du salon et tombe sur Kankuro dans un couloir secondaire, assis sur l'un des fauteuils posés contre le mur pour créer un peu d'intimité, et remercie le ciel qu'il soit seul. Entre mon trouble de ce qui s'est passé quelques minutes plus tôt et ma colère qui revient à la charge dès que je l'aperçois, je préfère que personne d'autre ne soit témoin de ce qui va se dire…
« Pourquoi tu as fait ça ?
- Ça ?
- Tu n'avais pas le droit de lui dire !
- Je n'ai fait que répondre à une question directe.
- Tu m'as trahi !, m'énervais-je en haussant la voix sans m'en rendre compte. »
Je ne me suis jamais fâché contre lui mais il ne semble pas surpris et ça m'agace sans doute plus encore. Je l'entends soupirer et le vois vider la moitié de son verre avant qu'il ne désigne du menton la place libre à côté de lui pour que je m'y assois. Il secoue doucement la tête en soupirant à nouveau et plante son regard dans le mien.
« Il faut que tu arrêtes de faire ça.
- Faire quoi ?
- De projeter ta colère sur les autres quand tu es incapable de gérer tes émotions, prononce-t-il d'un ton ferme. »
Je cligne des yeux, choqué. Il me fait la leçon là ? Ça aurait surement eu l'effet inverse si je ne m'étais pas souvenu au dernier moment du pourquoi il est le seul de qui je peux accepter de telles paroles. C'est à mon tour de soupirer. Oui, il a raison, je n'ai pas vraiment le droit de lui en vouloir même si…
« Et je ne t'ai pas trahi. Ni toi, ni ma parole.
- C'est tout comme.
- Je n'ai fait que dire la vérité.
- Tss… À t'entendre, ça t'arrange bien qu'on n'ait pas couché ensemble !
- …tu sais bien que c'est faux. »
Là, j'ai comme un accroc dans mon souffle. Je ne sais pas si c'est le regard soudain brûlant qu'il me lance par-dessus le bord du verre qu'il porte à ses lèvres ou alors le rauque de sa voix…mais quelque chose frémit en moi. Quelque chose qui me pousse à m'approcher un peu plus et à écarter doucement son verre pour dévoiler les restes du cocktail perler sur ses lèvres. Qui me fait étirer le cou et fixer cette bouche alors que la mienne murmure quelques mots dans un souffle qui se répercute sur sa peau…
« Alors faisons-le… »
Ma main remonte rapidement son bras pour se glisser dans son cou et l'approcher de moi sans plus attendre. Je ne réfléchis pas un instant. Je ne m'en laisse pas le temps. J'en ai envie. Et je l'embrasse doucement. Je sens ses lèvres se crisper sous les miennes mais ça ne dure qu'une seconde, juste le temps d'un battement de cœur, avant qu'il ne réponde au baiser. Ça semble suffire à m'encourager car je sens mon corps se pencher un peu plus vers lui, ma prise s'affermir sur sa nuque, mes lèvres initier un second échange et une chaleur bien connue naître en moi jusqu'à ce que…
…ses mains se posent sur moi…
…et poussent.
Doucement mais fermement.
« N'on n'peut pas…
- Pourquoi ? »
La question est rhétorique, une simple formulation de ma frustration du moment alors que je lui sers un regard froncé par le mécontentement. Je sens un picotement sur mes joues et ne peux que deviner avoir rougi de ce simple baiser. Vraiment, il m'en faut très peu ce soir et j'aurais préféré que ce soit suffisant pour en arriver à ce qui me ferait oublier; Kankuro autant que lui. Mais je suis brusquement ramené à la réalité par la voix tendue mais résolue qui me répond.
« On a passé un marché tu te souviens ? »
Une fois de plus, il est inutile de répondre : tous les deux sommes pleinement conscients de cet accord et je reconnais silencieusement avoir fauté en l'ayant volontairement oublié l'espace d'un instant.
« Tu sais que ce n'est pas l'envie qui manque mais…ce soir…je ne peux être que ton ami. »
Il finit par se lever avec un sourire doux. C'est étrange de le voir sur son visage d'ailleurs mais je n'y lis aucune pitié, même pas une sorte de compassion, plutôt une bienveillance toute simple et honnête. Celle-là même qu'il a toujours eu depuis qu'il a tout découvert. Depuis que nous avons pris cette entente qui, ce soir, me pèse plus que les autres fois. Sans doute parce que j'essaie encore de fuir comme il dirait…
Je le regarde partir et décide d'en faire autant de mon côté. Je long le couloir dans l'autre sens, ayant repéré une légère brise, et tombe sur une porte entrouverte donnant sur les jardins. Ils sont magnifiques et j'y marche un moment avant de m'arrêter derrière un banc. Un banc occupé par une silhouette que je crois reconnaître par ses longs cheveux noirs. Je m'assieds en faisant ce qu'il faut de bruit pour ne pas faire sursauter celui qui tourne la tête pour me dévisager. Opale contre onyx. Neji me fixe sans rien dire.
Je constate avec une étrange impression qu'il n'a pas changé…tout en étant différent du souvenir que je gardais de lui. On ne s'est pas vraiment croisé à l'école et vu comment je me suis enfermé chez moi depuis mon retour de stage, je n'ai pas pris le temps de sortir avec mes amis. Nous n'avons jamais été très proches et, pourtant, nous avons toujours été les plus semblables : observateur, peu bavard et aux limites de l'indifférence. Précisément comme à cet instant où nous ne faisons que nous regarder en silence avant que je ne me décide à briser le silence.
« Alors…comment vas-tu ? »
J'ai le droit à un regard que je connais trop bien pour l'utiliser moi-même et qui doit à peu près signifier pour lui : quelle est cette question banale pour engager une conversation qui n'ira nulle part ? J'aurais dû me souvenir qu'il existe sur cette terre un homme aussi peu -sinon moins- loquace que moi et qu'il est précisément assis à mes côtés. Mais contre toute attente…
« Si tu parles de moi…ça va…mais si ça implique…lui…j'ai pas envie d'en parler. »
J'aurai du prévoir qu'il percerait rapidement mes intentions et je lui offre un léger sourire désolé quand…
« Et toi…ça va avec le frère de son meilleur ami ? »
…touché. Coulé. Mon sourire se mue en grimace et je dévie aussitôt le regard. Je ne veux pas prendre de chance. Je ne veux pas qu'il voit la douleur vive bien que passagère qui me prend et me pousse à reprendre ses propres mots sans plus d'explication.
« J'ai pas envie d'en parler non plus… »
En voilà une grande discussion entre potes ! Je plonge le nez dans mon verre de la même façon que nous nous perdons chacun dans nos pensées. Lui sans doute à ruminer ce qu'il refuse d'exprimer et moi… Moi à me remémorer comment tout cela a commencé.
Flashback
Deux jours que nous étions rentrés. Deux jours que j'avais annoncé assez brusquement notre rupture. Deux jours que je gardais précieusement son numéro de téléphone sans arriver à me décider de l'appeler. Cinq minutes; le temps que nous primes à nous entendre sur l'heure de mon arrivée. Une demi-heure; le temps du trajet pour me rendre.
Et j'y étais enfin. Chez eux. Chez lui.
Dans sa chambre.
Ou plutôt, le dos plaqué contre la porte et le cœur battant beaucoup trop fort alors que je l'observais se diriger vers un bureau après m'avoir demandé de refermer derrière moi.
« Tu bois quelque chose ?, me proposa-t-il après m'avoir scruté quelques secondes par-dessus son épaule.
- Tu gardes de l'alcool dans ta chambre ? »
Je n'avais pu cacher ma surprise et lui son amusement de me voir réagir ainsi au quart de tour.
« Je pensais plutôt à un coca ou du thé mais si tu insistes… »
Il avait souri en attrapant une bouteille et deux verres posées sur une petite table d'appoint alors que je m'étais décidé à lâcher la poignée de la porte pour m'avancer et m'asseoir au pied du lit. Après m'avoir tendu un verre moitié pétillant moitié spiritueux, il s'était aussi installé sur le matelas à une distance que je soupçonnais presque d'être calculée. Ni trop loin, ni trop près, juste assez pour avoir conscience de sa présence pas encore envahissante mais bien…gênante ? Pourtant nous savions l'un comme l'autre pourquoi nous nous étions appelés mais…
« Détends-toi. Je ne ferai rien que tu ne m'autorise à faire. »
J'en eus presque un choc. Et j'avais finalement ri. Brièvement. Nerveusement. C'était un peu trop direct pour moi mais ça avait le mérite d'être clair et, quelque part, je lui fus reconnaissant de cette délicatesse malgré la tension qui m'habitait et devait dire autrement.
Nous avons bu au moins tout un verre en parfait silence et je m'étais surpris qu'il ne tente pas de passer à autre chose. Il était sérieux alors ? Ça m'avait détendu et c'est au deuxième verre que mes yeux avaient enfin lâché ce point du plancher que je fixais si intensément depuis plusieurs minutes. Et c'est lui qui je m'étais mis à fixer. D'abord très rapidement. Juste des coups d'œil : j'étais curieux. Puis, un peu plus longtemps.
J'avais détaillé son visage et la façon décontractée, presque nonchalante, qu'il avait de s'appuyer en arrière sur sa main libre en buvant à petites gorgées comme s'il avait été au bord de la plage à prendre du soleil. Il avait alors tourné la tête vers moi et nos regards s'étaient soudés. Pendant cette seconde -minute ?- je ne fis que me perdre dans cette fenêtre nouvelle sur l'âme que je découvrais pour la première fois. Je reconnus sans mal qu'il avait du charme, quelque chose de naturel et d'apaisant qui m'attirait indéniablement malgré…
« Alors c'est terminé entre vous ? »
…un manque flagrant de tact qui me fit aussitôt baisser la tête.
« J-…j'ai pas envie d'en parler. »
Une poigne étrangement douloureuse avait serré ma poitrine et j'avais bu une longue goulée pour tenter de déloger cette boule dans ma gorge qui étouffait ma voix. Ça n'aurait pas dû m'affecter de la sorte, après tout, j'étais celui qui avait provoqué cette rupture non ? Celui qui l'avait trah-…
« Ça ne fait rien…on n'est pas obligé d'en parler… »
La voix de Kankuro, soudain beaucoup plus proche, m'avait arraché à mes pensées. Ou était-ce sa main qui s'était posée sur mon verre pour doucement me le retirer en frôlant par la même occasion mes doigts.
Mon cœur manqua un battement.
Mon esprit s'embrouilla.
Et le temps qu'il se penche pour déposer le verre sur le plancher, je l'attendais à la remontée, le regard troublé... Je l'avais embrassé. Les yeux fermés. Fort. Beaucoup trop fort. Tout aussi fort que battait mon cœur de mon audace -de ma bêtise ?- de mon envie brusque, brulante et désespérée…d'oublier.
Je voulais tout effacer.
La douleur. Le doute. Le désir. La colère.
Et il avait tout encaissé. Il avait répondu. À tout. D'abord en douceur, à peine surpris de mon geste car, me sembla-t-il, il l'attendait aussi, puis avec ardeur. Et sa réponse m'avait comme brulé. Électrisé et à la fois terrifié. Mais ça avait été bien insignifiant en comparaison de la fougue, de la force et de la folie qui s'emparèrent de moi la seconde suivante et me firent le renverser sur le matelas.
Celles d'après, nous étions là, lui allongé sur moi. Ses mains parcourant mon corps. Ses doigts trouvant mon piercing encore frais au pectoral. Ses lèvres baisant ma peau. Tout allait bien. Son corps se pressant contre le mien. Tant que je gardais les yeux fermés. Tout irait bien. Tant qu-…
« Sasuke… ? »
Non. Ça n'allait pas. Ce n'était pas sa voix. Ce n'était pas…
J'ouvris grands les yeux. J'aurais pu m'éveiller d'un cauchemar qu'il n'y aurait eu aucune différence. Aucune sauf que… Ce visage qui m'observait avec inquiétude, ces yeux qui scrutait le moindre de mes traits… Ce n'étaient pas les siens. Ce n'était pas lui qui était là avec moi. Ce n'était pas sa main qui essuyait avec tendresse les larmes qui avaient fuité de mes yeux clos.
« J-…j'peux p-…
- Ce n'est rien. Calme-toi. Tout va bien. »
Ce n'était pas Naruto et pourtant… Il y avait quelque chose. Quelque chose dans le ton de la voix de Kankuro, dans la façon dont son pouce caressait encore ma joue malgré qu'il se soit redressé qui me donnait envie, oui, envie de m'abandonner. De me lâcher. Et sans que je ne comprenne comment ni pourquoi, je me remis à pleurer. Là, devant lui. Un presque parfait inconnu. Me voyait plus faible que je ne l'avais jamais été. Et je ne cherchai pas à m'en cacher.
Quand enfin j'eus la force de rouvrir les yeux, de longues, très longues minutes plus tard, il était toujours là.
Il avait ma main dans la sienne.
Ça aurait dû me choquer. Créer un malaise. Au moins une tension infime mais… Il n'y eut rien. Rien que cette main qui serrait doucement la mienne avec…une douceur -?- qui me fit écarquiller les yeux et le dévisager. C'est là que je le vis pour la première fois. Ce sourire. Pas celui qui dit : Oh pauvre petit. Ou alors le : faisons ça au lieu de rien du tout. Non. Juste un sourire compréhensif, empathique, que je ne compris pas. Pas avant qu'il ne m'explique. Pas avant que j'accepte d'être aidé.
« Je te demande pardon, j'aurais dû me douter que vous auriez encore des choses à régler.
- On a rompu. Il n'y a rien à régler, m'étais-je défendu malgré moi, tentant vainement de m'enfermer dans une protection invisible. »
Je n'étais pas parvenu à le tromper. Il me le fit comprendre le plus simplement du monde.
« Tu l'aimes encore je me trompe ? »
Le silence…cette réponse muette et positive à tout ce que l'on peut nous demander en ce bas monde.
« J'imagine que tu dois déjà chercher une excuse pour partir mais…juste au cas où t'aurais envie d'en parler. Pas ce soir. Pas si tu ne veux pas mais… Je peux être là. Si tu me le demandes.
- Tss… Alors c'est comme ça que tu les ramasses tes coups d'un soir ? Tu te fais les plus désespérés ? »
Mes mots étaient amers. J'étais le premier à reconnaître être l'un de ces idiots à se pendre à son cou mais j'étais frustré. De ce plan cul raté autant que…d'avoir été vu dans le pire moment de faiblesse. Mais ça aussi il semblait le savoir car il ne se démonta pas et répondit avec une franchise nette.
« Si ça avait été de ça j'aurais tout aussi bien pu approcher Naruto…mais c'est toi, Sasuke, qui me plaît.
- Pourquoi tu t'es arrêté alors ?
- Parce que je n'allais pas pousser le traumatisme à te voler une nuit simplement parce que tu refuses de faire face à tes sentiments.
- Le tr-… Ohe ! Je suis p-… Et puis quoi encore ! T'es psy peut-être ?
- En deuxième année, oui. »
J'avais tiqué. Il n'avait rien ajouté et s'était levé mais alors que je m'attendais à être mis à la porte, il avait fait du thé. Et là, encore une fois, sans vraiment savoir pourquoi, j'ai lâché prise. J'ai parlé. Seul. Et longtemps. Je lui avais confié certaines choses. Sur Naruto. Sur moi. Sur nous. Sur ce premier amour. Mes premières expériences. Le stage… J'avais bloqué et il n'avait rien demandé.
Pour faire passer le malaise, j'avais tenté un autre rapprochement et malgré qu'en un baiser accordé j'ai pu sentir qu'il me désirait encore, il m'avait repoussé. Doucement mais fermement. Et c'est là que c'est arrivé.
« Sasuke crois-moi c'est pas l'envie qui manque mais…tant que tu ne pourras pas me regarder dans les yeux en m'affirmant que tu ne ressens plus rien pour lui…je ne pourrais pas coucher avec toi. J'ai toujours été honnête envers moi-même et je veux que tu le sois envers toi. Si tu veux parler ou juste…passer. Fais-le. Appelle-moi. Écris-moi. Mais tant que tu n'auras pas fait le ménage dans ta tête et dans ton cœur, je ne pourrais pas être ton amant. Juste ton ami. »
Je m'étais énervé contre lui. J'aurais pu partir, il me le fit remarquer d'ailleurs, mais je ne le fis pas. Je restai là. J'y passai la nuit sans que rien d'autre de déplacé n'arrive. Je lui avais simplement fait promettre de ne pas révéler l'aide qu'il m'apportait, ma fierté en prenait déjà un coup rien que de devoir admettre que son aide pourrait m'être précieuse. Il avait juré de respecter le secret professionnel. J'en avais fait de même concernant notre engagement. Au matin, la rumeur circulait déjà que l'on avait couché ensemble. Aucun de nous deux ne l'avait jusque-là démenti.
Fin flashback
Dans les jardins, le silence est toujours présent. Neji et moi avons chacun vidé nos verres au fil de nos pensées sans chercher à en savoir plus sur celles de l'autre. Sans un mot, nous nous sommes soutenus à notre façon et j'en viens à me demander pourquoi nous n'avons jamais été plus proche comme nous sommes si semblables. Sans doute parce, justement, nous ne sommes pas portés à aller vers les autres. Je finis par me lever, plus apaisé que je ne l'aurais cru car je lui tends la main et me lance même à faire un peu d'humour.
« Viens. C'est une fête pas un enterrement tu sais ! »
Je peux bien parler moi qui a été le premier à faire la gueule mais il restait encore quelques heures avant que tous ne se retrouvent raide mort de fatigue ou de boisson alors autant en profiter. Neji ne s'attendait visiblement pas à mon geste -ou était-ce les paroles ?- et il se lève à son tour, ouvrant la marche pour revenir lentement au salon où…
« 'tain il le fait exprès… »
J'hausse un sourcil. C'est Neji qui vient de jurer entre ses dents et je suis sans mal son regard rivé sur les danseurs qui bougent au rythme lent et sensuel des basses d'une chanson bien singulière de fusion aux paroles anglo-latine. Kiba est en plein centre, son air déprimé soudain remplacé par quelques éclats de rire à gorge déployée terminés en sourires provocateurs pour celui -ceux- qui dansent à ses côtés. Une Ino un peu trop heureuse d'être bien collée dans son dos et aux mains bien avancées sur ses hanches. Un Gaara coinçant le corps d'un certain blond entre eux deux avant que l'Inuzuka ne le fasse se retourner vers lui pour dévoiler un Naruto de face, un sourire divinement sensuel aux lèvres, qui roule sans aucune gêne ses hanches entre celles de ses deux partenaires.
Une bouffée de chaleur me prend mais, contrairement à ce que je peux lire de la colère sur le visage normalement vierge de Neji, je ne suis pas certain que la frustration soit la raison principale de mon propre malaise. Je m'imagine une fraction de seconde y être aussi, glisser mes mains sur le corps qui ondule, le sentir contre le mien, humer son parfum…
Je m'arrache à cette vue et revient m'asseoir où nous avons joué une heure plus tôt. Je dois me faire une raison mais je n'y arrive pas et je redoute soudain d'avoir l'alcool triste quand une voix bien connue -la sienne- me sort de ma torpeur.
« On s'fait des tours de bouteille !
- Ouais ! »
Plusieurs semblent d'accord et la danse se finit sur les dernières paroles de la chanson.
I like it like that
Oui, j'aimais l'idée. Aussi terrifiante et excitante qu'elle soit. Et je ne suis apparemment pas le seul car je vois aussitôt rappliquer beaucoup de monde. Sai et Sakura, Naruto, Kiba et Gaara qui viennent de la piste improvisée mais aussi Ino et Tenten qui force Neji à s'asseoir à côté et… Attends il est sérieux là ? Itachi ?! Et sa blondasse de groupie ?! Je suis plus très sur de vouloir rester d'un coup mais si jamais je venais à tomber sur l'un d'eux…je me dis que je peux toujours prendre un gage.
Le groupe est complet avec l'arrivée discrète de Kankuro et d'une deuxième tête rousse virant au rouge que je ne me souviens plus très bien pouvoir nommer. C'est pas leur cousin ? Qu'importe. Je les détaille tous avant de m'arrêter sur Naruto en fronçant les sourcils. Il a l'air un peu tendu et je ne peux m'empêcher de me demander si c'est pour les mêmes raisons que moi. Si c'est parce qu'on risque forcément de tomber l'un sur l'autre. Mais je ne dois rien laisser paraitre et je me concentre sur la bouteille vide que l'on vient de placer au centre.
« Les femmes d'abord, lance Naruto avec un coup d'épaule pour Ino qui s'est assise juste à côté.
- Non non pas cette fois. Honneur au petit nouveau, sourit-elle avec un clin d'œil pour Sasori. »
À voir sa tête, il ne doit pas s'attendre à recevoir autant d'attention d'un coup mais il s'avance de sa place sur le pouf qu'il partage avec Kankuro et Gaara pour saisir la bouteille et la faire tourner rapidement. Tout le monde a le regard rivé dessus et quand elle se met à ralentir, j'entends des chuchotements. Ça m'a manqué. Ces jeux. Ces gens. Cette atmosphère…
Le premier à être désigné est… Bah tiens, ça lui fait une belle jambe au grand frère ! Déjà pas assez content de squatter mes amis, voilà qu'il prend le second rôle du premier tour ! Ça n'a rien d'intéressant pour moi -après tout j'ai toujours du mal à accepter qu'il soit gay…ah oui non c'est vrai 'bisexuel' comme il dit- mais rien que voir la tête de l'autre blond à côté de moi en vaut le coup d'œil. Deidara est crispé comme ce n'est pas permis et je manque de peu de lui lancer qu'il peut toujours quitter le cercle quand Gaara se fait entendre.
« Ici on a trois règles. Accepte le baiser en disant le nom de la personne. Tu peux le refuser contre un gage de celui ou celle à ta gauche. Et tomber deux fois sur la même personne c'est jouer à 'cinq minutes au paradis'. Alors…tu veux ce baiser ?, demande-t-il en croyant peut-être que ça le ferait changer d'idée mais…
-Bien sur… Itachi. »
Le regard que je le vois lancer à mon frère me semble tout sauf innocent et ils s'avancent tous les deux, Itachi quittant sa chaise alors que Sasori redresse le haut de son corps depuis sa position agenouillée au sol. En soit, c'est un tableau assez choquant de voir mon aîné se pencher sur lui en cueillant son visage en coupe dans ses mains avant de l'embrasser…pleinement ! Je détourne aussitôt les yeux, pris d'un vertige, car frère ou pas, aller savoir pourquoi, je trouve ça beaucoup trop sensuel. Heureusement, ça prend fin et on passe le tour à la droite du débutant, soit à Kankuro qui fait tourner le goulot qui s'arrête… sur moi.
C'est arrangé. Dites-moi que ça l'est parce qu'autrement, j'ai toutes les raisons du monde de croire que le Destin me punit. Je reste là à fixer la bouteille sans arriver à me décider de où regarder par la suite. Lui qui s'avance déjà vers moi ou… Je jette un œil un peu plus sur ma droite, là, entre Neji et Kiba… Naruto a le regard rivé sur moi. Il tremble. Ou est-ce moi ?
« Sasuke… ? »
Je remercie Kankuro de veiller sur moi et de forcer ce détachement visuel mais…le regard qu'il me rend m'aide encore moins à garder mon calme. Il me dévore littéralement des yeux ! Je ferme les miens, bien décidé à faire rapidement passer le malaise et lui plaque un bisou au coin des lèvres. Vif et enfantin. Je ne veux pas m'attarder et donner plus de raisons d'être à cette chaleur qui se manifeste par vagues dans mon corps et dont je soupçonne que le regard chaud du brun n'est pas la principale cause… Je recule pour reprendre ma place et fais l'erreur de relever les yeux à ma droite.
Naruto me fixe toujours. Mais ce que j'y lis me perturbe au plus haut point. Cette nuance sombre et brillant dans le saphir…c'est ce regard auquel j'ai eu droit de nombreuses nuits durant…celle de son envie. De son désir.
« Sai. »
Le jeu continue et je m'en rends à peine compte. Ino va s'avancer sous le regard légèrement froncé de Sakua pour voler un baiser maladroit à mon clône-de-seconde-zone. Puis, Tenten va tourner la bouteille et rester bien gênée de devoir embrasser Sakura. Quelques rires nerveux vont conclure avant que ce ne soit le tour de Neji.
« Ki-… »
Un Neji qui semble soudain encore plus crispé que ne l'était Deidara au premier tour. Le visage fermé plus que jamais, je redoute qu'il ne fasse un malaise tant son visage est devenu pâle et…
« Je refuse. »
Ça n'aurait froissé personne d'en arriver au premier gage de la soirée si le ton employé n'avait pas été si…tranchant. Même pour moi, ça semble un peu extrême et rien qu'à voir la façon dont Kiba fuit son regard en levant le coude, je doute que ça puisse aller mieux. Encore moins quand le gage tombe de la personne à sa gauche, selon la règle, et que Naruto le formule assez clairement en s'énervant un peu.
« Allez fais-le quand même. C'est qu'un jeu quoi !
Je ne pense pas avoir un jour vu Neji avec une pareille expression. Lui qui d'ordinaire est autant impassible que je peux l'être, voilà qu'il grimace dans un mélange de colère et de dégoût. Et aussi peut-être un peu… Non je dois me faire des idées mais, à cet instant, ce très léger affaissement des lèvres ce ne serait pas de la douleur ? Comme celle d'une tristesse refoulée… Ça ne dure tout au plus qu'une seconde et celle d'après, il est déjà sur ses pieds pour quitter le cercle sans un regard en arrière. Il y a clairement un malaise qui s'installe et j'entends sans trop de mal Kiba marmonner que Neji préférerait sans doute passer sous un bus que de le laisser le toucher à nouveau. C'est carrément choquant, moi je le suis du moins, choqué, et c'est encore pire quand je réalise que c'est déjà le tour de Naruto.
Je ne pensais pas que mon cœur puisse battre aussi fort et vite à simplement regarder le tournoiement d'une bouteille vide sur le plancher d'un salon. Pourtant, c'est précisément ce qui arrive. Je suis la rotation de cette satanée bouteille comme si elle avait renfermé un quelconque trésor sur le point d'être dévoilé au grand jour. J'ai chaud. Je crois même avoir des sueurs froides et quand elle se met à ralentir…
…quand elle s'arrête…
…mon cœur en fait de même.
Elle est pointée sur moi.
« Sasuke. »
L'entendre prononcer mon nom. Entendre qu'il accepte ce rapprochement c'est… Ultra dangereux pour moi. Je me raidis et tente aussitôt de me calmer mais me demande l'espace d'un instant s'il n'était pas mieux d'esquiver avec un gage. Je n'en fais rien. Je lève simplement les yeux pour plonger dans les siens. Il doute, je le vois. Il craint surement que je ne me défile comme Neji et je comprends que je n'en ai aucun intérêt. Puis, très lentement et de la façon la plus détachée qui soit, j'hausse les épaules.
« C'est qu'un jeu après tout… »
Je ne veux pas qu'il lise en moi. Qu'il puisse reconnaisse mon trouble et je finis par m'avancer après avoir vidé ce qui reste de mon verre en cul-sec. J'aurais dû attendre qu'il se soit avancé le premier car à chacun des pas qu'il fait alors pour me rejoindre, mon cœur cogne plus fort. Je sens sous moi mes jambes qui tremblent mais je tiens bon. Je ne dois pas flancher. Je dois rester impassible. Parce que c'est ainsi que je me protège. Je doi-…
Une bouffée de son parfum me frappe de plein fouet. Mon Dieu mais qu'ai-je fait pour mériter ça ?! Il est là. Devant moi. Tout près. Trop même… Et toujours juste un peu plus grand que moi pour je sois celui qui doive inévitablement relever la tête et…
Il m'embrasse.
