Note de l'auteure: Désolée pour l'attente, ma beta m'a renvoyé le chapitre au début de la semaine, mais je n'ai pas eu le temps de le poster. Cette histoire s'écrit moins facilement que la première, mais le chapitre suivant est en bonne voie. J'attends vos commentaires avec impatience...

Chapitre 5

Les deux policiers installèrent Neal à l'arrière de leur véhicule de patrouille et l'emmenèrent au poste. Le jeune homme ne décrocha pas un mot. Il ne s'était même pas identifié. Comme lorsqu'il repérait les lieux avant un casse, il était sorti sans papiers. Une habitude qui permettait de gagner du temps s'il se retrouvait dans ce genre de situation. Évidemment, en l'occurrence, sa carte de consultant du FBI lui aurait sans doute rendu service.

Arrivé au commissariat, Neal fut menotté à une table dans une salle d'interrogatoire, après qu'un officier de faction lui eut pris ses empreintes. Quelques minutes plus tard, un homme entra et s'assit en face de lui.

- Je suis l'inspecteur Spencer. Vous avez été surpris en train de surveiller la maison d'une victime de tentative de kidnapping. Selon mes collègues, vous ne vous êtes pas identifié, et vous n'aviez aucun papier sur vous, juste un téléphone portable. Qui êtes-vous, Monsieur?

Neal savait qu'il ne faudrait pas longtemps pour que la recherche d'empreintes aboutisse. Il espérait pouvoir encourager la police à l'abandonner.

- Je m'appelle Danny Brooks. Zach est mon petit frère. J'ai appris ce qui s'est passé et j'ai voulu m'assurer qu'il était en sécurité.

L'homme haussa les sourcils. Depuis la visite des Thornton, il avait traqué ce mystérieux fugueur sans aucun succès. L'adolescent de l'époque avait disparu de la surface de la Terre le jour de ses 18 ans.

- Avez-vous des papiers d'identité pour le prouver?

- Pas sur moi.

- Nous avons prévenu votre beau-père que nous avions un suspect en garde à vue. Il est en route.

Si Peter avait été présent, il aurait sans doute remarqué que le masque de Neal avait craqué pendant une fraction de seconde, mais l'inspecteur ne connaissait pas l'escroc et ne s'aperçut de rien. Trois coups discrets furent frappés à la porte. Spencer se leva et sortit. Il revint quelques minutes plus tard, accompagné d'un homme qui avait enfilé un survêtement à la hâte pour se précipiter au commissariat. Un homme qui se figea dès qu'il franchit le palier.

- Danny?

- Bonsoir Fred.

- Vous me confirmez qu'il s'agit bien de votre beau-fils, Monsieur Thornton? demanda le policier.

La question fit sortir l'avocat de sa torpeur. Il retrouva sa contenance et répondit d'une voix beaucoup plus assurée.

- Oui, c'est bien Danny.

- Je suppose que nous n'avons aucune raison de le garder.

L'inspecteur détacha les menottes tout en s'excusant pour la méprise, même si le ton était loin d'être sincère. Il accompagna les deux hommes jusqu'au parking avant de retourner à l'intérieur. Seuls face à face, Neal et Fred s'observèrent un long moment en silence.

- Tu as l'air en pleine forme, Danny.

- C'est Neal désormais. J'ai changé mon nom. Comment va maman?

- Bien. Elle sera enchantée de te voir.

Fred se tut, visiblement gêné. En expert du comportement humain, Neal sut tout de suite que quelque chose clochait.

- Qu'est-ce que tu ne me dis pas, Fred?

- Quand tu es parti, Zach n'arrêtait pas de te réclamer. Nous avions abandonné tout espoir de te retrouver. Ta mère et moi avons décidé de l'aider à tourner la page...

- Qu'avez-vous fait?

Fred prit une grande inspiration avant de répondre.

- Nous lui avons raconté que tu étais mort.

Il fallut quelques secondes à Neal pour digérer la nouvelle. Son beau-père continua.

- Je pense qu'il vaut mieux que tu ne viennes à la maison que demain, quand ton frère sera au lycée. Vers 10 heures?

- C'est que… je ne voudrais pas la décevoir une fois de plus.

- Tu n'as pas le droit de repartir sans parler à ta mère. Tu lui as déjà brisé le cœur par le passé.

Le ton était froid. C'était celui d'un homme blessé qui ne sait pas comment exprimer ses sentiments.

- Je te dépose quelque part?

- Non, non. Je vais me débrouiller.

Les mains dans les poches, Neal regarda son beau-père s'éloigner puis prit le chemin de l'appartement. Si sa mémoire de la géographie de la ville était bonne, une vingtaine de minutes de marche lui suffirait pour rentrer. Le temps de se calmer avant de se retrouver face à Peter. «Un grand criminel, tu parles», pensa-t-il. Il s'était fait arrêter comme un débutant. Comment avait-il pu rater cette voiture de patrouille?

Neal était furieux contre lui-même pour son amateurisme, et contre sa mère pour avoir menti à Zach. Une part de lui-même avait espéré pouvoir retourner auprès des siens, qu'il avait lâchement abandonnés quinze ans plus tôt. Ça n'arriverait pas. Les morts ne ressuscitaient pas. A l'époque, son choix avait été égoïste. Cette fois, le bien-être et l'équilibre de Zach resteraient sa priorité. Tout en ressassant ses idées noires, l'escroc atteignit le logement qu'il partageait avec son meilleur ami. Il poussa la porte et entra le plus silencieusement possible.

Dans sa maison new-yorkaise, Peter n'aurait sans doute rien entendu. Il avait le sommeil profond quand il dormait dans les bras d'Élisabeth. Seul dans un environnement inconnu, il sursauta au premier craquement du plancher et alluma la lampe de chevet.

- Neal? Pourquoi es-tu de retour au milieu de la nuit?

- J'ai été arrêté.

- Quoi? Qu'est-ce que tu as fait?

- Rien. Je surveillais la maison, une voiture de patrouille est passée. Les flics ont trouvé ma présence étrange, ils m'ont coffré. Fin de l'histoire.

Parfaitement réveillé, Peter fronça les sourcils.

- Tu as été arrêté, et tu es ici alors que tu n'avais aucun papier d'identité sur toi?

- Tous les représentants de la loi ne sont pas aussi soupçonneux que toi.

Devant le regard insistant de l'agent, Neal sut qu'il ne s'en tirerait pas à si bon compte.

- Il se pourrait que l'inspecteur chargé de l'enquête sur le kidnapping de Zach ait appelé mon beau-père.

- Ton beau-père t'a identifié au poste?!

- L'avantage, c'est que je n'ai pas eu à présenter de papiers. Pour la police locale, je suis Danny Brooks, se justifia Neal.

- Et…?

Neal s'assit sur le rebord du lit de son ami et prit sa tête entre ses mains.

- Mon beau-père m'attend à la maison à 10 heures demain matin, avec ma mère.

Il continua, plus doucement.

- Zach pense que je suis mort.

- Neal, je suis désolé. Tu veux qu'on en parle?

- Pas maintenant, j'ai besoin de me reposer. Au moins, nous pouvons dormir sur nos deux oreilles, la police locale veille sur ma famille.

Neal se releva et se dirigea vers sa chambre. «Bonne nuit, Peter.»

Peter se réveilla le premier, le lendemain matin. Il jeta un œil dans la chambre de son ami, dont le sommeil semblait agité. Il décida de le laisser se reposer encore un peu et s'affaira à la cuisine pour préparer du café. Il fouillait les buffets à la recherche de tasses quand Neal le rejoint et s'assit à table. L'agent finit par trouver son bonheur, versa deux doses bien serrées et s'installa en face de l'escroc.

- Bien dormi? demanda-t-il.

- Pas vraiment.

- Neal, après notre discussion d'hier soir, j'ai fait quelques recherches sur ton beau-père. Cet homme est un des plus grands avocats pénalistes de l'État. Pourquoi n'as-tu pas fait appel à lui quand je t'ai arrêté?

- C'est compliqué.

- Est-ce qu'il… Est-ce qu'il t'a fait du mal?

La question provoqua un petit rire et un sourire nostalgique.

- Fred est incapable de faire du mal à qui que ce soit. En fait, je pense qu'il est le meilleur beau-père dont un adolescent puisse rêver. J'étais jeune et il prenait la place de mon père que je croyais être un héros. Je l'ai repoussé de toutes mes forces. Pourtant, il ne m'a jamais laissé tomber. Il a toujours été là pour moi. Il me défendait quand ma mère estimait que j'avais dépassé les bornes. Et c'est arrivé à de nombreuses occasions. Les choses se sont améliorées à la naissance de Zach, mais nos relations sont restées tendues.

- C'est pour ça que tu as préféré un avocat commis d'office?

- Entre le moment où tu m'as arrêté et le procès, je suis passé à deux doigts de lui lancer un coup de fil une bonne centaine de fois. Je crois que je ne voulais pas le décevoir. Il est la personne la plus proche d'un père que j'ai eu dans ma vie. Avant de travailler à tes côtés, en tout cas.

- Tu le tiens en très haute estime, pourtant il a défendu de terribles criminels.

- Fred possède un sens aigu de la justice. Il considère que tout homme a le droit d'être défendu le mieux possible. Certains de ses clients étaient des gens dangereux, et ne sont pas allés en prison grâce à lui, c'est vrai. Mais il a aussi soutenu gratuitement plusieurs prévenus sans ressources parce qu'il était persuadé qu'ils étaient innocents.

- Tu as suivi sa carrière?

- Je me suis assuré que ma famille se portait bien pendant toutes ces années.

Peter regarda sa montre. Il restait une heure avant le rendez-vous avec la mère de Neal.

- Tu devrais te préparer.

L'escroc entra dans la salle de bain. Il se rasa de près et prit une douche, avant d'enfiler un costume trois-pièces gris-anthracite sur une chemise blanche. La pochette et la cravate étaient d'une nuance un peu plus claire qui mettait en valeur la couleur de ses yeux. Neal avait revêtu son armure. Il était prêt à affronter son passé.