Note de l'auteure: Bienvenue aux nouveaux lecteurs, et merci pour vos encouragements. J'attends vos retours avec impatience :)
Chapitre 6
Neal et Peter se garèrent devant la maison des Thornton à dix heures pile. Fred patientait sur le perron. Il sembla surpris de voir que son beau-fils était accompagné.
- Ta mère attend à l'intérieur. Je n'ai pas eu le courage de lui dire quoi que ce soit. J'avais peur que tu ne viennes pas. Qui est ton ami?
- Fred, je te présente l'agent spécial Peter Burke. Il travaille pour le FBI. Peter, voici Fred Thornton, mon beau-père.
Les deux hommes se serrèrent la main, tout en se jaugeant du regard. Peter s'était attendu à ce que l'annonce de sa profession éveille la curiosité de son interlocuteur, mais celui-ci ne réagit pas. Il se contenta d'ouvrir la porte d'entrée et de les inviter à le suivre. Les murs du vestibule étaient couverts de photos de famille. Zach apparaissait sur la plupart d'entre elles, avec son père ou sa mère. Une image attira l'attention de Peter. Un jeune Neal souriait dans un uniforme très strict. Le genre de costume que portent les étudiants dans les écoles privées. L'agent jeta un regard interrogatif à son ami, qui haussa les épaules.
Fred était entré dans le salon, faisant signe à ses hôtes de patienter. Il voulait préparer sa femme au choc qui s'annonçait. Neal et Peter l'entendirent demander à Paige de s'asseoir puis il appela son beau-fils.
- Tu peux venir.
Neal hésita une seconde. Peter lui proposa de l'accompagner, mais le jeune homme savait au fond de lui qu'il devait passer cette épreuve seul. Il respira profondément et pénétra dans le salon.
- Bonjour maman.
Si Paige n'avait pas été installée sur le canapé, elle se serait sans doute écroulée. Son visage prit une teinte blême, tandis qu'elle retenait un cri de surprise. Le premier choc surmonté, elle se leva et se dirigea vers son fils. Elle frôla ses joues de ses mains, comme pour s'assurer qu'il ne s'agissait pas d'un mirage. Quand elle l'enlaça, elle pleurait à chaudes larmes, répétant son prénom comme un mantra.
- Danny, Danny, Danny, Danny. Je n'arrive pas à y croire. Oh Danny.
Neal ferma les paupières et embrassa sa mère. Pour une fois, les mots lui manquaient. Après plusieurs minutes, il recula d'un pas et raccompagna Paige jusqu'au canapé. Il craignait toujours qu'elle fasse un malaise. Ils s'assirent tous les deux, sans se quitter des yeux. Neal prit sa main dans la sienne, en douceur, et détourna le regard.
- Je suis désolé, maman. Désolé d'être parti sans me retourner. Désolé de ne pas avoir compris pourquoi tu m'avais menti à propos de papa. Je t'en voulais tellement. Je n'ai pas réfléchi, et quand je l'ai fait, c'était trop tard. Je ne pouvais plus revenir en arrière.
Paige posa sa main sur sa joue pour le forcer à la regarder. Elle sourit tristement.
- Je n'avais aucun droit de te tromper comme je l'ai fait. Je n'ai jamais vraiment cherché à te protéger. C'est moi que je préservais. En prétendant que ton père était mort en héros, je n'avais pas besoin de me demander pourquoi je n'avais rien remarqué. L'argent coulait à flots, beaucoup trop pour un salaire de policier. Je n'ai pas voulu me poser de questions. J'étais coupable par aveuglement. Ellen a eu plus de courage que je n'en ai jamais eu en te disant la vérité.
Un raclement de gorge se fit entendre. Peter était entré dans le salon.
- Tout va bien, Neal?
Paige lui jeta un regard confus.
- Neal?
- J'ai changé mon nom quand je suis parti. Je suis à nouveau Neal depuis quinze ans.
- C'est un bon choix, sourit-elle. J'ai toujours pensé que tu étais plus un Neal qu'un Danny. Question de caractère, je suppose. Qu'as-tu fait de ta vie, mon fils?
- C'est une longue histoire. Un peu trop pour aujourd'hui Je suis venu parce que je m'inquiète pour Zach. J'ai appris pour la tentative de kidnapping. Nous sommes là pour vous aider.
- Nous aider? Mais comment?
Ce fut Fred qui répondit.
- L'ami de Neal est un agent du FBI, chérie.
Paige ne put cacher sa surprise.
- Le FBI? Mais comment vous êtes-vous rencontrés?
- On travaille ensemble, maman. C'est compliqué. L'important, c'est que nous pouvons vous permettre de découvrir qui s'en est pris à Zach. Je suppose que tu n'as pas parlé du programme de protection des témoins à la police?
- Non. Nous ne voulions pas chambouler la vie de ton frère sans raison. J'ai appelé Ellen. Comme il ne lui est rien arrivé, nous avons considéré que cette histoire n'est pas liée à ton père.
Neal et Peter échangèrent un regard. Des deux, l'agent était celui qui avait l'habitude de mener un interrogatoire. Ce fut donc lui qui reprit la parole.
- Monsieur et Madame Thornton, avez-vous une idée de qui a pu s'attaquer à votre fils?
- Pas la moindre, répondit Fred. Nous n'avons reçu aucune menace, ni avant ni depuis.
- Est-ce que ça peut avoir quelque chose à voir avec ton travail? s'enquit Neal.
Son beau-père secoua la tête, pensif.
- Aucun client mécontent ne me vient à l'esprit, mais j'ai défendu beaucoup de gens peu recommandables ces dernières années.
- La famille d'une victime d'une de ces personnes, peut-être, suggéra Peter.
- Ce n'est pas impossible. Il faudrait éplucher les dossiers.
- Et de ton côté, maman?
- Les seules raisons de s'en prendre à moi seraient en lien avec la protection des témoins, mais on ne peut pas chercher dans cette direction sans contacter les marshals qui nous enverraient à l'autre bout du pays. Je ne veux pas en arriver là.
- Je comprends. J'ai quelqu'un qui creuse dans ce sens-là en toute discrétion. Nous en saurons bientôt plus.
Un silence gêné s'installa. Peter n'avait rien à ajouter, et il se demandait s'il devait laisser son ami en tête à tête avec sa famille. Il en avait envie, mais il sentait que Neal était tendu. Il était sans doute trop tôt, et il restait tellement de non-dits. L'escroc finit par poser la question qui lui brûlait les lèvres.
- Et Zach? Est-ce qu'il peut s'être mis dans le pétrin? Est-ce qu'il a de mauvaises fréquentations?
- Bien sûr que non, s'offusqua sa mère. Il a d'excellentes notes à l'école et nous n'avons aucun problème avec lui. C'est un adolescent modèle!
- J'en étais un aussi jusqu'à ce que je prenne la fuite…
- Ton frère n'a aucune raison de nous mentir. Nous n'avons aucun secret pour lui, et il n'en a aucun pour nous, répondit Fred, sèchement.
- Vous lui avez tout de même fait croire que j'étais mort.
- Zach était effondré après ta disparition. Il avait 3 ans à peine. Nous avons essayé de l'aider à surmonter sa douleur. Tu n'imagines même pas le mal que tu lui as causé en t'enfuyant. À lui et à ta mère. Ne viens pas nous donner des leçons d'éducation.
Fred irradiait de colère, même si son ton restait calme. Peter décida d'intervenir.
- Nous allons commencer par votre clientèle, Monsieur Thornton. Pouvons-nous nous rendre jusqu'à votre étude et nous plonger dans vos dossiers?
La proposition de Peter avait l'avantage de couper court à la discussion, tout en offrant un point de départ à l'enquête. Les trois hommes se mirent en route immédiatement. Paige ne les accompagna pas. Elle était encore sous le choc et préféra s'allonger un moment. Elle voulait retrouver sa contenance avant de faire face au plus jeune de ses fils. Elle aurait aimé tout lui raconter, mais Neal s'y était opposé.
- Tes enfants ne réagissent pas très bien quand ils s'aperçoivent que tu leur as menti. Il vaut mieux continuer à lui cacher la vérité, avait-il argumenté.
En fait, Neal tenait aussi à protéger ses propres secrets. Si Zach découvrait qu'il était vivant, il poserait des questions avec beaucoup plus d'insistance que ses parents. Et l'escroc n'était pas prêt à parler de son passé de criminel. Son projet était simple: trouver qui s'en était pris à son petit frère, et disparaître à nouveau comme il l'avait fait quinze ans auparavant. C'était la seule manière de s'assurer que sa famille ne serait jamais rattrapée par les erreurs qu'il avait commises et la voie professionnelle qu'il avait choisie.
Perdu dans ses pensées, Neal ne prêta pas attention au chemin emprunté pour atteindre les bureaux de son beau-père. Quand il s'était enfui, l'avocat commençait à être connu, mais il occupait encore des locaux modestes. En descendant de voiture, l'escroc ne s'attendait pas à se retrouver devant un des buildings les plus huppés de Saint-Louis. Le One Metropolitan Square – ou Met Square pour les habitants de Saint-Louis – n'est autre que le bâtiment le plus haut de la cité. Construit en 1989, il comporte 42 étages et offre une vue imprenable sur la Gateway Arch et le fleuve Mississippi.
- Tu as fait du chemin, murmura Neal.
Son beau-père ne fit aucun commentaire. Il se contenta de les emmener jusqu'au 39e étage où une véritable fourmilière faisait tourner un des plus grands cabinets d'avocats de la ville. Il les installa dans une salle de conférence avant de s'éclipser et de revenir quelques minutes plus tard accompagné d'une femme d'une cinquantaine d'années, toute en rondeur et qui portait un tailleur-jupe dans lequel elle paraissait un peu engoncée. Elle sourit en apercevant Neal.
- Danny!
- Pénélope. C'est un plaisir, répondit le jeune homme. Peter, voici Pénélope Sanchez. Elle travaille avec Fred depuis des lustres. Tu as changé de look? Tu étais plus à l'aise en jeans, il me semble.
- Ton beau-père trouve que ça ne présente pas bien avec les clients. Si ça ne tenait qu'à moi…
Fred se racla la gorge.
- Je suis encore là, et je suis toujours le parton, sourit-il. Il est temps de se mettre au travail.
- Oui, chef, répliqua la secrétaire, sur un ton taquin, avant de retrouver le professionnalisme qui faisait d'elle l'employée la plus précieuse du cabinet. Fred m'a dit que vous recherchez un client qui pourrait en lui en vouloir?
- Un client ou la victime d'un client. Ne laissons rien au hasard, répondit Peter.
- Il va y avoir du travail! J'ai réuni les dossiers les plus sensibles auxquels j'ai pu penser, mais il y en a beaucoup d'autres. Je vous propose de commencer pendant que je me plonge dans les archives.
Peter et Neal virent alors arriver un homme poussant un chariot couvert de cartons. La journée promettait d'être longue.
