Note de l'auteure : J'ai eu de la peine à trouver un second souffle pour cette histoire. J'avais un peu perdu le fil rouge, d'où l'attente. Je sais à nouveau (à peu près) où tout ça va nous mener. J'espère que ça vous plait toujours. J'attends votre avis avec impatience :)
Chapitre 9
Le lendemain matin, Peter s'inquiéta devant la mine épouvantable de son ami. Il était évident que Neal n'avait pas fermé l'œil de la nuit. Une tasse de café à la main, et vêtu en tout et pour tout d'un pantalon de pyjama en soie bordeaux, l'escroc avait le regard perdu dans le vague et ne sembla pas s'apercevoir que l'agent l'avait rejoint dans la cuisine. Peter se racla la gorge avant d'engager la conversation.
- Tu as une mine affreuse, Neal.
Un léger sourire se dessina sur les lèvres de son ami.
- Tu as vraiment l'art de m'encourager.
- Nous sommes supposés retrouver Fred à son bureau dans moins d'une heure. Tu te sens d'attaque?
- Peter. Je suis le plus grand escroc de tous les temps. Fred ne se doutera pas que tu as des soupçons sur lui.
- Comment ça, «tu» as des soupçons? Si tu n'en avais pas aussi, tu ne donnerais pas le sentiment d'avoir dansé la rumba toute la nuit.
Neal soupira, mais ne répondit pas. Il termina son café puis se dirigea vers la salle de bain. Vingt minutes plus tard, il en ressortait, rasé de près et en costume. Toute trace de fatigue semblait s'être évaporée sous la douche. Peter ne put s'empêcher d'être impressionné, avant d'aller lui-même se préparer à affronter cette journée.
À 8 heures précises, les deux hommes entraient dans les bureaux de Fred Thornton, avocat pénaliste et principal suspect aux yeux de Peter. Le beau-père de Neal ne se douta de rien, et les accueillit chaleureusement. Il était curieux de savoir comment leur enquête se déroulait.
- Nous ne voulons brusquer personne, expliqua l'agent du FBI. Il faut éviter de laisser penser au coupable que nous sommes sur ses traces.
- Est-ce que vous souhaitez que je vous accompagne lors de certaines de ces visites? demanda Fred.
Neal et Peter échangèrent un regard avant que l'escroc ne réponde.
- Inutile. Nous allons principalement tâter le terrain. Si l'un d'entre eux nous paraît suspect, tu pourras assister à l'éventuel interrogatoire.
L'avocat sembla déçu, mais il se plia à la décision de son beau-fils. Une tasse de café plus tard, Neal et Peter se mettaient en route, munis des cinq dossiers.
- Par qui commence-t-on? demanda Peter tout en manœuvrant pour quitter la place de parking.
- Je suggère qu'on procède par ordre de dangerosité, ça pourrait nous éviter de devoir faire connaissance avec chacun d'entre eux.
- Effectivement. Mais si nous les rencontrons tous, nous pourrions nous faire une idée du caractère de ton beau-père.
- Tu penses vraiment que Fred a quelque chose à voir avec la tentative d'enlèvement?
- Neal, je comprends tes réticences, mais nous ne pouvons pas ignorer les faits. Son comportement tend à prouver qu'il a des choses à cacher.
- Très bien, nous allons inverser l'ordre des visites. Noemy Mitchell devient la première de la liste.
La traversée de Saint-Louis se fit en silence. Un silence rompu uniquement par les indications de Neal, qui connaissait bien les rues de la ville. Une demi-heure plus tard, Peter frappait à un appartement au quatrième étage d'un immeuble modeste.
La porte ne s'ouvrit pas immédiatement. Des pas se firent entendre, et une voix douce et apeurée s'enquit de l'identité des visiteurs.
- Je m'appelle Peter Burke, je travaille pour le FBI. Je suis là avec mon partenaire, Neal Caffrey.
Sachant qu'une affirmation ne suffirait pas à rassurer la femme, Peter présenta son badge devant l'œilleton. Quelques secondes plus tard, le bruit des verrous se mit à résonner, avant que le battant ne s'ouvre. Âgée de 38 ans, Noemy Mitchell en paraissait 20 de plus. Ses longs cheveux filasse étaient retenus par un simple élastique. Son visage était marqué par une consommation excessive d'alcool. L'impression de laisser-aller était renforcée par le vieux survêtement en coton qui faisait disparaitre toute trace de féminité. Quant à l'appartement, il dégageait une odeur de renfermé et un sentiment de solitude profonde.
- Qu'est-ce que vous me voulez? demanda-t-elle.
- Vous connaissez Maître Fred Thornton?
- Malheureusement oui, répondit-elle en partant d'un rire triste.
- Nous enquêtons sur une affaire le concernant. Pouvez-vous nous accorder quelques instants? s'enquit Neal.
Peter tiqua. Pendant que la femme tournait les talons en leur faisant signe de la suivre, il se pencha vers l'escroc.
- Nous ne pouvons pas mentir aux suspects, Neal!
- Mentir? Qui a menti? J'ai juste omis quelques détails.
Neal laissa son ami planté sur le palier et entra dans l'appartement avec un sourire resplendissant. Peter finit par lui emboiter le pas en soupirant.
Il ne fallut que quelques minutes aux deux hommes pour se rendre compte que cette visite ne serait pas fructueuse. La femme assise sur le canapé en face d'eux était certes toujours traumatisée par son viol – qui ne le serait pas? – et son ressentiment contre l'avocat qui avait défendu le monstre qu'il l'avait attaquée n'avait rien perdu de sa virulence. Toutefois, Noemy Mitchell noyait son chagrin et son mal-être dans l'alcool dès son réveil. En guise de café, elle leur avait offert de la vodka bon marché, qu'elle consommait à même le goulot. Elle n'était pas en état d'organiser quelque kidnapping que ce fût.
Peter et Neal prirent congé un quart d'heure à peine après leur arrivée. Sur le palier, leur interlocutrice leur fit une dernière confidence, avant de refermer la porte.
- Je sais que je devrais cesser de détester ce Thornton. Il m'a présenté ses excuses quand le salaud qui m'a violée a été arrêté à nouveau. Il était bouleversé, et il a d'ailleurs refusé de le défendre une nouvelle fois. Mais pardonner est au-dessus de mes forces.
L'agent haussa les sourcils avant de chuchoter: «Je suppose qu'on peut la retirer de la liste des suspects.»
- Et ça tend à prouver que Fred n'est pas le monstre que tu imagines, ajouta Neal tout en descendant une première volée de marches.
Le voyage vers la deuxième personne sur la liste fut plus court. Jennifer Morris n'habitait que quelques pâtés de maisons plus loin, dans un immeuble similaire, au premier étage. Peter frappa à la porte tout en préparant son badge, mais une femme vint ouvrir sans s'enquérir du nom des visiteurs.
- Que puis-je pour vous?
- Nous souhaiterions parler à Madame Morris, expliqua Peter. Nous sommes du FBI.
La dame sembla surprise, mais s'effaça pour les laisser entrer. Les deux hommes la suivirent jusqu'à une chambre.
- Ma sœur est ici, mais je doute qu'elle ne puisse beaucoup vous aider.
Une forme reposait dans un lit d'hôpital entouré de nombreuses machines.
- Que lui est-il arrivé? demanda Neal
- Cancer. Elle a été diagnostiquée pendant son séjour en hôpital psychiatrique et c'est là-bas que le traitement a commencé. Trop tard. Comme il ne lui restait que quelques mois à vivre, je l'ai ramenée ici. Je ne désirais pas qu'elle meure dans cet endroit.
- Peut-être pourrez-vous nous aider, Madame, reprit Peter. Nous enquêtons sur Maître Fred Thornton. Il défendait l'homme qui a tué votre beau-frère.
- Quel rapport avec ma sœur?
- Nous recherchons des personnes qui pourraient en avoir après lui.
- Jenny a été anéantie par la disparition de son mari, c'est vrai, mais justice a été rendue.
- Que voulez-vous dire?
- La mort de John était plus un accident qu'autre chose. Une simple bagarre qui aurait dû se terminer par un œil au beurre noir et une gueule de bois le lendemain. Malheureusement, il a heurté le coin d'une table en tombant, et le choc l'a tué. L'homme qui l'avait frappé ne s'en est jamais vraiment remis. Il a payé une grande partie des soins psychiatriques puis médicaux pour Jenny. Cette histoire est surtout d'une tristesse infinie.
- N'est-ce pas ce qui a provoqué l'internement de votre sœur? demanda Neal.
- Pas directement. Jenny souffre de trouble schizo-affectif. Elle a été diagnostiquée bien avant la mort de son époux. L'accident et le procès qui ont suivi ont causé un énorme épisode dépressif. Je craignais qu'elle ne se suicide, raison pour laquelle je l'ai fait hospitaliser. Après quoi, elle n'a plus voulu ressortir. Elle disait qu'un monde sans John ne l'intéressait pas.
- Je suis désolé, murmura Neal.
- Elle a eu de belles années au début de son mariage. Certains malades n'ont pas cette chance. Autre chose?
- Ce sera tout. Navrés de vous avoir dérangée.
De retour sur le trottoir, les deux hommes soupirèrent à l'unisson.
- Tout ceci ne nous mène nulle part, enragea Neal.
- Bienvenue dans le monde des enquêtes en porte-à-porte, répondit Peter. Partant pour une troisième visite?
- Nous n'avons pas vraiment le choix. Allons voir quel effet la prison a eu sur Chris Barton.
Ils retrouvèrent le voleur de voitures sur le campus de l'Université de Saint-Louis. Fondée en 1818 par l'évêque de la Louisiane et des Florides, l'institution est encore à ce jour dirigée par les Jésuites. Chris Barton y étudiait dans le but de devenir travailleur social. Juste avant de le rejoindre sur un banc public près de la statue de Saint Ignace, Neal retint son partenaire par la manche.
- Quoi?
- J'aimerais être sûr que tu ne le traiteras pas comme un criminel. Il a commis des erreurs et il les a payées.
- Bien sûr que je ne vais pas le traiter comme un criminel.
- Pourtant, c'est toi qui l'as mis sur la liste des kidnappeurs potentiels. Je n'ai pas compris pourquoi.
Peter soupira. Neal avait raison. Chris Barton n'avait rien d'un malfrat sanguinaire qui partirait dans une vendetta après sa sortie de prison. Au contraire, le jeune homme avait profité de son séjour derrière les barreaux pour compléter son éducation et passer son baccalauréat. Ensuite, il avait rejoint les rangs de l'université, choisissant une institution catholique stricte. L'agent du FBI s'était simplement demandé si l'enlèvement pouvait avoir un autre motif que la vengeance.
- Chris Barton est à peine plus âgé que ton frère. Sa situation familiale était compliquée, et explique en grande partie ses déboires avec la justice. Son arrestation et sa condamnation lui ont permis de prendre un nouveau départ.
- Alors que fait-on ici?
- Fred Thornton est une sorte de figure paternelle pour ce jeune homme. C'est la seule personne à lui avoir tendu la main plutôt que de le pousser vers les abîmes.
- Et il aurait tenté de kidnapper Zach parce que…?
- Peut-être a-t-il voulu libérer la place qu'il estime la sienne.
