Note de l'auteure : Je suis de retour, désolée pour la longue attente. J'espère que ce chapitre me fera pardonner, du moins jusqu'au cliffhanger :) Merci pour les reviews, qui m'ont donné le coup de fouet nécessaire à la reprise de l'histoire. Bonne lecture!
Chapitre 13
- Neal Caffrey, vous êtes en état d'arrestation.
Neal haussa les sourcils, surpris.
- Qu'est-ce que tu as fait ? lui souffla Peter, suspicieux.
- Rien, promis.
L'agent du FBI jeta un coup d'œil à son ami, comme pour s'assurer qu'il ne lui cachait rien. Il allait se lever quand il réalisa que son mouvement avait rendu les policiers nerveux. Ceux-ci étaient prêts à dégainer leur arme de service. Peter s'arrêta et mit les mains en l'air en signe d'apaisement.
- Je suis l'agent spécial Peter Burke, du FBI, division col blanc de New York. Monsieur Caffrey est sous ma responsabilité. De quoi l'accusez-vous ?
L'annonce de la profession de Peter fut loin de calmer les policiers. L'inspecteur Spencer semblait plus que dubitatif.
- Qu'est-ce qu'un agent du FBI fait si loin de son bureau en compagnie d'un voleur et d'un escroc ?
- Voleur et escroc présumé, corrigea Neal.
Peter le foudroya du regard tout en sortant doucement sa plaque de sa poche intérieure. Il maintenait le pan de sa veste largement ouvert de manière à démontrer qu'il ne représentait pas un danger.
- Monsieur Caffrey travaille comme informateur pour le FBI, sous ma responsabilité, comme je viens de vous le dire. J'ai bien peur de ne pas pouvoir vous laisser l'emmener sans une bonne raison.
- Ses empreintes correspondent à celles relevées lors d'un vol chez Mme et M. Thornton.
- C'était il y a quinze ans, protesta Neal. C'est forcément couvert par la prescription.
- Uniquement si le dossier n'a pas été présenté devant un tribunal dans les trois ans qui suivent le délit. Une fois que la procédure est lancée, il n'y a plus de prescription, répondit l'inspecteur Spencer avec un sourire mauvais. Votre beau-père s'est assuré que vous ne vous en sortiez pas si facilement.
Peter savait qu'il ne pourrait pas empêcher les agents d'emmener son ami. La loi était de leur côté.
- Il semblerait que ton passé t'a rattrapé une fois de plus.
- Peter…
- Je vais aller voir Fred pour qu'il retire sa plainte. En attendant, tiens-toi tranquille.
- Mais…
- Tranquille, j'ai dit.
Neal se renfrogna, mais laissa néanmoins les agents le menotter. Il jeta un œil à son frère et à ses amis. Au fond de la salle, les cinq adolescents semblaient sous le choc.
- Nous finirons cette conversation plus tard, d'accord ?
Zach hocha la tête sans un mot, regardant son aîné s'éloigner avec les policiers. À peine eurent-ils passé la porte que Peter sortait son téléphone portable.
- Fred ? C'est Peter. Je crois que vous nous devez de nouvelles explications. Neal vient d'être arrêté pour un vol commis il y a plus de quinze ans. Retrouvez-moi au poste.
Il raccrocha, salua les cinq jeunes gens et s'en alla à son tour.
Peter arriva au commissariat quelques minutes après la voiture de patrouille qui avait transporté son ami. Il s'apprêtait à entrer dans le bâtiment quand Fred Thornton déboula sur le parking. L'avocat sauta de son véhicule et se précipita vers l'agent.
- C'est un terrible malentendu, dit-il.
- Un malentendu ? Vous avez déposé plainte contre votre beau-fils, et vous avez fait en sorte que le vol qu'il avait commis pour financer sa fugue ne soit jamais couvert par la prescription. Et vous venez me parler de malentendu ?
La voix de Peter était pleine d'une colère à peine contenue. Ses yeux sombres lançaient des éclairs. Fred secoua la tête, incrédule.
- Je n'ai jamais voulu qu'il soit arrêté pour ce vol.
Il soupira, et s'assit sur les marches du porche. Il leva ensuite le regard vers son interlocuteur, qui continuait à le fusiller du regard.
- Quand Danny s'est enfui, il venait d'avoir 18 ans, reprit-il. Sa mère était effondrée. J'ai eu peur qu'elle ne replonge et je ne savais pas quoi faire pour l'aider. Même si nous avions retrouvé Danny, nous n'aurions pas pu le forcer à revenir. Il était majeur. Alors j'ai fait la seule chose qui était en mon pouvoir. J'ai utilisé la loi à mon avantage. S'il avait été arrêté quelque part aux États-Unis, la plainte et la procédure en cours auraient obligé les représentants de l'ordre à le ramener ici.
La colère de Peter retomba aussi vite qu'elle était montée. Il tendit la main à l'homme assis en face de lui.
- Venez, il est temps de sortir Neal de prison.
Le principal intéressé était à nouveau installé dans une salle d'interrogatoire. Face à lui, l'inspecteur Spencer feuilletait un dossier en silence.
- Impressionnant, finit-il par admettre. J'ai rarement vu une liste de crimes aussi longue.
- Délits présumés pour lesquels je n'ai jamais été poursuivi.
- La chance a tourné. Vous n'étiez pas si prudent à l'époque. Les enquêteurs avaient trouvé vos empreintes à l'intérieur du coffre de votre beau-père. Or, selon lui, vous n'aviez jamais eu accès à son contenu. Ça fait de vous le voleur.
Trois coups frappés à la porte interrompirent la conversation. Le policier se leva pour ouvrir et se retrouva nez à nez avec un agent du FBI et un avocat qui arboraient tous les deux un sourire triomphant.
- J'ai retiré ma plainte, inspecteur. Mon beau-fils est libre de s'en aller.
- Vous le protégez ? Avec un passé comme le sien, vous n'avez pas peur qu'il ne récidive ?
- L'objectif de cette plainte était de le retrouver. C'est chose faite désormais.
Les trois hommes étaient sur le point de sortir quand Peter se ravisa.
- Il y a tout de même un détail qui me chiffonne. Quand j'ai arrêté Neal et que nous avons enfin pu prendre ses empreintes, elles n'étaient reliées à aucun crime. Comment est-ce possible ?
- Le dossier de la plainte de Monsieur Thornton n'a jamais été numérisé. Elles n'ont jamais été introduites dans le système informatique.
- Mais alors, comment avez-vous fait le lien ?
- Le bon vieux travail d'enquêteur. J'ai fouillé les archives et comparé les empreintes que nous avons prises il y a quelques jours avec celle du dossier. Ensuite, j'ai lancé une recherche dans la base de données, et j'ai découvert que Monsieur Caffrey avait continué sa carrière de criminel. CQFD.
- C'est à ça que vous avez consacré votre temps au lieu de poursuivre les kidnappeurs de mon fils ? s'enquit Fred.
- Pourquoi courir après un hypothétique coupable quand il est sans doute sous vos yeux ? répondit l'inspecteur.
L'avocat secoua la tête et tourna les talons, donnant le signal du départ à ses deux compagnons. De retour sur le parking du commissariat, il fit face à son beau-fils.
- Comment supportes-tu ça ?
- Quoi donc ?
- Le fait d'être toujours présumé coupable.
- Ce n'est pas systématiquement le cas. Certaines personnes ont confiance en moi. Enfin, plus ou moins, sourit-il.
WC*WC*WC*WC
Le moment de stupeur passé, Zach et ses amis s'assirent dans la salle qui tenait lieu de rédaction au Courrier. Tous s'inquiétaient de la réaction du jeune homme face aux révélations de son frère. Découvrir son aîné bien vivant et avec une longue carrière criminelle avait de quoi déstabiliser. Pourtant, Zach ne semblait pas particulièrement agité. Il écoutait d'une oreille les commentaires de ses amis, mais ne répondait que par onomatopées. Il aurait voulu accompagner Neal au commissariat pour en savoir plus, mais lui et son ami agent du FBI l'avaient tout simplement laissé en plan.
- J'ai besoin d'être seul, murmura-t-il.
Ses compères se regardèrent, indécis.
- J'ai besoin d'être seul, répéta-t-il, plus fort.
Il se leva, enfila sa veste et se dirigea vers la sortie.
- Où est-ce que tu vas ? demanda Duncan.
- Prendre l'air.
La porte claqua dans le silence du collège. Duncan s'apprêtait à le suivre, mais Gordon le retint par le bras.
- Laisse-le. Il reviendra quand il sera prêt.
Zach se mit à errer sans but. Il traversa le parking de l'école, puis suivit les trottoirs au hasard, perdu dans ses pensées. Il avait rêvé pendant des jours au retour de son frère. Même s'il adorait ses parents, il n'avait jamais cessé de regretter de n'avoir personne d'autre avec qui partager ses secrets. Quelqu'un qui veillerait sur lui et lui prodiguerait des conseils. Il n'avait qu'un souvenir vague de ce grand frère disparu si tôt. Et maintenant que Danny — Neal, il s'appelle Neal désormais — était revenu, il ne savait pas s'il devait être heureux ou en colère. Ou les deux. Ou l'un d'abord et l'autre ensuite. Et combien de temps tout ça allait-il durer ? La vie de son frère n'était pas ici, dans le Missouri, mais là-bas, à New York. Il ne resterait qu'un instant avant de s'envoler à nouveau. À quoi bon créer des liens ? Pour souffrir encore une fois, non merci. Le jeune homme était tellement perdu dans ses pensées qu'il ne remarqua pas le gros SUV noir qui passait à ses côtés à plusieurs reprises.
WC*WC*WC*WC
Peter, Neal et Fred avaient décidé de se réunir dans les bureaux de l'avocat pour faire le point. Installés dans une salle de conférence, ils appelèrent le FBI à New York.
- Bonjour, Diana, c'est Peter. Du nouveau de ton côté ?
- Bonjour Peter. Nous avons creusé aussi profond que possible, sans succès. Le père de Neal a totalement disparu de la circulation.
- Les marshals n'ont pas pu vous aider ? demanda Neal.
- James Bennett a bien été intégré au programme de protection des témoins, mais il s'est enfui. Il avait partagé toutes les informations en sa possession, donc les recherches pour le retrouver ont été bâclées. Aucune agence américaine n'a la moindre idée de ce qu'il est devenu.
- Autrement dit, mon père pourrait être ici, comme il pourrait être de l'autre côté du globe.
- Je suis désolée, Neal.
- J'ai toutes les figures paternelles dont j'ai besoin, ne t'inquiète pas. Qu'est-ce qu'on fait, maintenant ?
- Puisque la piste de ton père ne mène à rien, il va falloir reprendre les autres options : les clients mécontents du cabinet, ton propre passé, etc.
Neal soupira. Ces recherches demanderaient un temps fou, sans garantie de déboucher sur quoi que ce soit. Dans le silence de la salle de conférence, le portable de Fred sonna.
- Fred Thornton.
- C'est l'inspecteur Spencer. Votre fils est à l'hôpital. Il a été renversé par une voiture.
