Bonjour à tous!
Voilà le second chapitre, en espérant qu'il vous plaise, j'ai bien aimé l'écrire en tout cas!
Avec ses beaux yeux bruns et ses tâches de rousseurs par centaines, Ginny était plus resplendissante que jamais lorsqu'Hermione la découvrit ce matin-là dans le cimetière londonien où elle – non, son corps – reposait. Car son esprit dématérialisé était bien affairé. Elle était très reconnaissante à sa meilleure amie qui venait lui rendre visite toutes les semaines sans exception et prenait le temps de lui raconter tout ce qu'elle manquait. Grâce à elle, sa notion du temps qui passe restait plus ou moins intacte car cela lui permettait de calculer combien de temps elle passait endormie.
Ce samedi, la plus jeune des Weasley lui racontait en détail son dernier match avec les Harpies. Amusée, Hermione avait pensé que l'année passée depuis son décès avait du faire oublier à son amie que le Quidditch n'était pas sa tasse de thé. Elle en profita pour tester les limites de son état : elle avait déjà remarqué qu'elle sentait la pluie mais que celle-ci traversait son fantôme. Elle attendait d'avoir l'occasion de se baigner dans un lac ou une baignoire pour voir ce qui se passerait.
En attendant, elle voulait tester une théorie : elle avait remarqué que son corps apparaissait toujours à proximité mais pas directement près d'un de ses proches. Elle se précipitait alors vers eux pour profiter des quelques minutes qui lui étaient accordées loin de la bataille de Poudlard. Jamais il ne lui était venu à l'esprit de tenter de s'éloigner de la personne en question avant aujourd'hui.
Hermione recula en faisant face à Ginny. Par accident, elle traversa un muret, ce qui n'était vraiment pas quelque chose d'agréable, et se retrouva hors du cimetière. Elle continua à fixer son amie du regard mais arrivée au coin de la rue, elle eut l'impression qu'un poids était tombé sur son corps tout entier, appuyant sur son crâne au point de lui brouiller les sens. Elle tituba de quelques pas en avant et le mal s'apaisa aussitôt pour son plus grand soulagement. Cela lui prouva donc que son état était lié à ses proches. Mais pourquoi ? Elle hésita à pousser l'expérience encore plus loin en tentant de voir jusqu'où elle supporterait cette douleur, mais se résigna à rejoindre Ginny et à l'écouter parler de Quidditch, de Molly et de ses fiançailles avec Harry.
Harry manqua de s'étouffer avec sa bièraubeurre quand Ron utilisa ses nouvelles lunettes pour imiter Trelawney. Ils venaient de passer la soirée à se remémorer des épisodes de Poudlard et cela marquait le moment le plus long, et surtout le plus joyeux, qu'Hermione ait pu passer avec les deux personnes qui comptaient le plus pour elle. Pour la première fois, les deux garçons avaient réussi à dépasser l'épisode de la guerre pour se rappeler leur amie sans que leur voix ne se brise. La brune mourait d'envie de les prendre dans ses bras mais la seule fois où elle avait essayé avec Ron, il avait eu un frisson très désagréable, aussi s'interdisait-elle de recommencer.
- Et tu te rappelles quand Hermione a mis feu à Rogue en première année ? J'aurais tellement aimé voir sa tête ! rit le grand roux.
- Moi aussi ! Tu as encore un de ses badges de la SALE ? Dire qu'elle nous a fait les porter pendant plusieurs semaines !
Hermione voulut s'indigner et leur faire un sermon sur les conditions de vie des Elfes mais l'atmosphère sembla se glacer. Ginny était entrée dans le salon et tenait une lettre d'une main tremblante, essuyant des larmes de l'autre :
- Le procès va être retardé. Il est toujours à Azkaban mais il est traité comme un roi, ajouta-t-elle avec une grimace de dégoût.
Harry lança sa bouteille à moitié pleine contre le mur. Sa fiancée protesta et Ron se contenta de réparer silencieusement les dégâts.
Perdue, Hermione laissait son regard passer de l'un à l'autre de ses amis. Depuis qu'elle était décédée, jamais une seule fois n'avait-elle entendu parler de procès. Qui était accusé ? De quoi ? Si elle était encore là, c'est qu'ils continuaient à penser à elle. Cela la concernait donc sûrement, non ? Peut-être était-ce quelque chose de top secret dont ils ne parlaient qu'au Ministère pour une raison qu'elle ignorait, elle n'était jamais apparue là-bas.
D'une voix blanche, Ron prit la parole :
- On sait qui a fait ça. Il nous a enlevé Hermione, on lui rendra la pareille. Je le tuerai de mes mains si je pouvais. Justice sera faite, je t'en fais la promesse, Harry.
Sans même quitter la pièce, il transplana. Ginny tomba dans les bras de son futur mari :
- C'est trop dur de passer à autre chose tant qu'il vit encore…
- Cette ordure, cracha Harry. Tel père, tel fils.
Alors, Hermione comprit qu'ils savaient. Lucius l'avait tuée un an auparavant et bientôt, il serait puni. Voilà ce qui lui manquait pour quitter le monde des vivants. Soulagée, elle quitta la maison pour ne pas voir les larmes de ses amis et se replongea dans les hurlements et les sorts de la bataille. Enfin, elle comprenait pourquoi elle était toujours là et bientôt son supplice finirait.
Un quotidien, certes étrange, s'était installé dans la vie d'Hermione. Harry, Ron, Ginny, parfois un autre membre de la famille Weasley, même Neville ou Luna à quelques reprises, parlait d'elle et son esprit se manifestait à proximité d'eux. Tant qu'elle ne serait pas vengée, chaque parole, pensée, larmes à son égard la ferait revenir. Mais sans que ce procès ne soit de nouveau mentionné, la jeune femme pouvait sentir la tension monter dans les différents foyers qu'elle visitait. Harry, particulièrement, pensait souvent à elle alors qu'il étudiait pour devenir Auror. Il semblait plein d'une rage telle qu'elle ne l'avait jamais vu. Son ami si généreux et compréhensif était habité d'une haine qu'elle ne lui avait jamais connue, même pour Voldemort qui l'avait pourtant rendu orphelin.
Ses yeux papillonnèrent et elle bailla, chassant de son esprit les images du ciel qui s'éloignait alors que son corps sans défense tombait vers le cœur de la bataille. Etonnée, son regard se posa sur un endroit inconnu pour la première fois. Elle était allongée sur un banc ouvragé et une forêt enneigée s'étendait de l'autre côté de la route. Derrière elle, un quartier moldu se réveillait silencieusement. Le soleil perçait l'horizon. S'agissait-il du quartier de ses cousins, qu'elle n'avait pas vu depuis son entrée à Poudlard ? Une idée l'atteignit comme un poing dans le ventre : ses amis avaient retrouvé ses parents, avaient trouvé un moyen miraculeux pour leur rendre leurs souvenirs intacts, et ils la pleuraient chaudement dans une des maisons qui bordaient la rue.
- Maman, s'écria-t-elle en se mettant à courir. Maman, papa…
Elle se dirigea vers la maison la plus proche, mais ses habitants semblaient tous endormis car aucun volet n'était ouvert. Elle rebroussa chemin aussi sec et aperçut au loin une silhouette familière. De longs cheveux bouclés, une jupe grise, un livre sous le bras… La coïncidence la frappa. Elle avait l'impression de se voir quelques années en arrière, se baladant dans Pré-au-Lard avec sa dernière acquisition. Mais comment cette fillette avait pu l'amener ici ? Ses sourcils se froncèrent alors qu'elle tentait de discerner les traits de l'étrangère qui se rapprochait de seconde en seconde.
Un soupir derrière elle la fit sursauter. Le banc qu'elle venait de quitter était maintenant occupé par un homme au manteau bariolé, affublé d'une casquette rouge et de bottes de pluie d'un goût douteux. Pas de doute, il s'agissait d'un sorcier. Il était occupé à fouiller dans sa poche et elle ne parvenait pas à voir son visage. Etait-ce donc lui qui pensait à elle ? Elle s'assit prudemment à côté de lui et le vit sortit un briquet pour allumer la cigarette emprisonnée entre ses lèvres. Son jeune sosie les dépassa et il la suivit des yeux. Enfin, il retira sa casquette et remit sa chevelure blonde en place.
Hermione se leva d'un bond et poussa un couinement si ridicule qu'elle était heureuse que personne n'ait pu l'entendre. Elle avait cru reconnaitre son meurtrier dans les traits du jeune homme. Mais le menton pointu et les yeux gris qui caractérisaient le père Malefoy caractérisaient aussi le fils… Pourquoi donc Drago pensait-il à elle ? Si la passante lui avait rappelée sa tignasse et sa passion pour la lecture, son apparition aurait dû être si courte qu'elle n'en aurait même pas eu conscience, comme cela arrivait souvent. Qui plus est, environ un an et demi était passé depuis la bataille, alors pourquoi le fils du Mangemort qui lui avait enlevé la vie pensait à elle pour la première fois ?
Alors qu'il soufflait un long nuage de fumée, Hermione se déplaça pour lui faire face et observa son visage. Il n'avait pas beaucoup changé depuis la dernière fois qu'elle l'avait vue, terrorisé par le feudeymon qui se propageait dans la salle sur demande. Mais ses cernes s'étaient creusé et lorsqu'il porta sa main à sa bouche pour en retirer la cigarette, Hermione remarqua à quel point les os étaient saillants. Les poignets du jeune homme ne devaient pas être plus épais que les siens.
Dans un second soupir, il écrasa la cigarette contre le sol d'un frottement du pied et se leva, abandonnant derrière lui un journal qu'Hermione n'avait pas remarqué jusqu'alors. Elle le laissa s'éloigner sans le suivre car il pouvait transplaner à tout moment et elle voulait en savoir plus sur la situation actuelle dans le monde, ou du moins dans la Grande-Bretagne. La couverture de la Gazette du Sorcier datait du 18 décembre 1999. Indignée, Hermione jeta un regard mauvais au sang-pur qui laissait derrière lui un objet magique en plein quartier moldu. Mais bien vite, son attention se tourna vers la photo qui faisait la une : son portrait souriant bougeait au rythme du vent léger. Hermione ne parvenait pas à se rappeler quand cette photo avait été prise. Le titre lui expliqua sa présence sur la première page du journal : « Une semaine avant le Procès Malefoy – Hermione Granger enfin en paix pour Noël ? ». Lucius serait donc jugé d'ici peu… Voilà donc pourquoi son fils pensait à elle ! Elle relut la titre plusieurs fois : enfin en paix… Pourrait-elle quitter cette semi-vie, au milieu des vivants qu'elle chérissait tant mais dont elle ne supportait que difficilement la tristesse continue ?
Soudain, ses yeux se fermèrent et se rouvrirent aussitôt. Elle était devant le Terrier, et George était occupé à éliminer les gnomes du jardin un peu plus loin. Depuis cette fois-là, des mois auparavant, elle n'avait jamais recroisé Fred. Son assassin avait sans doute été retrouvé et puni. Tant mieux pour lui, souffla Hermione avant de se diriger vers la cuisine dont la porte ouverte diffusait les odeurs délicieuses de ce que préparait la mère de la famille Weasley. Percy, Ron et Arthur était en pleine discussion autour d'une table recouverte de papiers manuscrits, de photos et de dossiers du violet typique du Ministère.
- Vous allez me débarrasser ça, les garçons, on passe bientôt à table, prévint Molly.
Les trois hommes ne semblèrent même pas l'avoir entendue. Ils se disputaient à voix basse, comme pour ne pas déranger la cuisinière. Hermione jeta un œil à leur tas de feuilles volantes et y vit son nom à plusieurs reprises.
- Je te dis qu'on n'aura rien si on demande le baiser, Azkaban à vie c'est tout ce qu'on peut espérer ! chuchota Arthur avec véhémence.
- Il mérite bien plus que le baiser, et l'opinion publique est de notre côté ! On peut gagner, papa ! renchérit Ron.
Mais plus Hermione se rapprochait d'eux, moins sa vision était nette. Ce n'était donc pas pour eux qu'elle était là ? Elle se retourna vers Molly, qui semblait concentrée sur la cuisson de sa tarte. Non, ce n'était pas elle. Alors elle leva les yeux vers l'escalier biscornu et y aperçut la silhouette recroquevillée de la plus jeune des Weasley, les jambes pendant dans le vide et le visage entre deux barreaux du garde-corps. Elle rejoignit la jeune femme dont les yeux étaient rouges, signe qu'elle avait pleuré récemment.
- J'aimerais tellement pouvoir te parler, Hermione… Et si on faisait une grosse bêtise ? murmura-t-elle à l'adresse de son amie sans savoir que celle-ci venait de s'accroupir à ses côtés. Et si ce n'était pas lui le coupable ? Je te connais, tu détesterais condamner un innocent, et après tout nous n'avons aucune preuve directe.
- C'est lui, Ginny, c'est lui ! assura Hermione en sachant pertinemment que son amie ne l'entendait pas.
- Les garçons parlent du baiser du détraqueur. Ils semblent oublier qu'il a fallu quinze ans pour prouver que Sirius était innocent depuis le début. Et s'il nous en fallait autant pour Malefoy ? Harry et Ron ne se parlent plus depuis des semaines à cause de cette histoire. Et moi, je suis bêtement coincée entres les deux, sans savoir si je dois soutenir mon frère ou l'homme que je m'apprête à épouser. Tu dois me trouver bête, rit la rousse. Toi, tu sais très bien qui t'a fait ça.
Elle fit une pause et écouta sa mère houspiller les trois hommes, qui se retrouvèrent chassés de la maison et durent rejoindre Georges pour dégnomer le jardin.
- Je n'avais jamais pensé en le rencontrant qu'il était capable d'une telle chose. Après tout, c'était un Mangemort, mais je pensais qu'il avait au moins une parcelle d'humanité. Il n'avait pas l'assurance de Jedusor, encore moins de Voldemort, fit-elle remarquer avant de s'adresser à Molly : dis, maman, tu penses quoi de la sentence ?
- Ma chérie, soupira Molly sans tourner la tête vers sa fille, j'en pense que ce ne sont pas nos affaires, et qu'il faut laisser le Magenmagot décider de ça. Viens m'aider à mettre la table.
Sans bouger, Ginny remua mollement sa baguette et les assiettes se posèrent une à une sur la longue table de bois.
- Et si ce n'était pas lui, et qu'il était condamné au baiser ?
- Il va être soumis au veritaserum, ne t'inquiète pas, ils ont retardé le procès pour ça après tout. Il parait que jamais une potion n'a été plus infaillible qu'avec cette nouvelle recette.
- Pas une assez bonne raison de reporter le procès pour moi, grommela la jeune femme.
Hermione se sentait très mal à l'aise de ne pas pouvoir participer à l'échange, de ne pas pouvoir leur dire ce qu'elle avait vécu. Le visage plein de haine qu'elle revoyait chaque fois que ses yeux se fermaient, elle était certaine qu'il s'agissait de Lucius Malefoy.
- Harry m'a dit qu'ils lui avaient accordé une journée hors d'Azkaban, tu te rends compte ? Il aurait pu s'échapper, même avec des aurors qui le surveillaient !
Molly cessa de s'occuper de ses plats et se tourna vers sa fille, le regard désolé.
- Il fallait bien qu'il revoie sa famille une dernière fois, ma puce. Il n'a sans doute pas vu la lumière du jour depuis un an, et il ne la reverra jamais s'il est déclaré coupable.
- Tu le prends en pitié maintenant ? Il a tué Hermione, maman ! s'énerva Ginny.
- Baisse d'un ton, jeune fille ! gronda sa mère. Tu ne voudrais pas que Ron t'entende dire ça !
Ginny était toujours furieuse, et Hermione, impuissante, la vit se relever et s'enfermer dans sa chambre. Sans un effort, elle traversa la porte pour la suivre et la trouva occupée à chercher frénétiquement sous son vieux lit une photographie qu'elle sortit victorieusement et contempla un moment. Hermione se pencha pour la regarder avec elle : on voyait leur petite bande de Gryffondor, Ginny, Neville, Harry, Ron et elle au milieu de la grande salle, agitant la main vers l'objectif. Luna était à leur côté, souriant paisiblement mais l'air un peu perdu, comme si elle n'était pas sûre d'être à sa place. Ginny posa la photo sur sa table de nuit et sa colère sembla passer à mesure qu'elle observait les visages heureux.
Soudain, la porte s'ouvrit violemment et Ginny et Hermione sursautèrent à l'unisson en voyant apparaitre un Harry décoiffé plus qu'à l'ordinaire :
- Bonne nouvelle, le procès est avancé à demain, le veritaserum est prêt !
Hermione eut un hoquet de surprise. Demain, elle disparaitrait pour de bon… Ginny se jeta dans les bras de son fiancé tandis que la jeune femme se dirigeait vers la fenêtre pour regarder son dernier coucher de soleil.
- Demain, Ginny, demain tout sera fini, répétait Harry. Demain, on saura la vérité.
Hermione sourit. Demain, ses amis pourraient tourner la page, recommencer à vivre, voilà tout ce qui lui importait. Sur le lit de Ginny, elle aperçut la gazette qu'avait laissée Drago sur le banc. Cette fois, le journal était ouvert et elle s'assit pour lire l'article que Ginny n'avait pas terminé. Il parlait du procès et une grande photo de l'accusé prenait la moitié de la page. Une onde de choc la traversa des pieds à la tête. Les larmes d'Hermione coulèrent et traversèrent le journal sans y laisser une trace.
- Demain, rajouta la rousse tremblante, Drago sera condamné.
Ginny avait eu raison. Ils allaient exécuter un innocent.
