Bonjour à tous!
Un été un peu compliqué m'a contrainte à mettre en pause l'écriture de cette histoire, mais me voilà enfin de retour, plus inspirée que jamais et avec bientôt du temps à revendre (vive Erasmus!). Merci pour vos commentaires qui me font très plaisir. Je vous laisse à votre lecture!
Au réveil, la nausée submergea Hermione. La lumière était douce dans le salon chaleureux des Potter. De lourds rideaux pendaient devant la baie-vitrée, ne laissant passer que quelques rayons de soleil. La jeune femme se redressa dans le canapé, la tête lourde des images qui lui restaient de ses dernières minutes en vie. Devant elle, Harry s'affairait, courant d'une pièce à l'autre, manquant de s'ébouillanter avec son café alors qu'il avançait les yeux fixés sur un document du Ministère.
- Tu as vu ma robe? demanda-t-il à Ginny sans lever les yeux. Je l'avais laissée dans la salle de bain !
- Regarde devant toi, lui répondit sa fiancée depuis la chambre.
Il posa ses yeux sur Hermione, tétanisée qu'il la regarde enfin. Il baissa le regard, secoua la tête et tendit une main vers elle. Le cœur battant à vive allure, la jeune femme n'osait pas croire que son invisibilité prenait fin.
- Harry, sourit-elle.
Il la traversa sans une réaction, et attrapa sa robe qu'il avait négligemment déposée là dix minutes plus tôt. Hermione se sentie très bête et s'écarta pour se tenir dans un coin de la pièce, loin de lui, se collant contre le mur. Elle avait la dérangeante impression de ne pas être à sa place. Le jeune couple se préparait et ne semblait pas penser à elle le moins du monde. Si elle reculait un peu plus, elle tomberait dans le vide. La chute serait-elle plus courte ? Sa mort lui avait parue durer une éternité, et chaque fois qu'elle la revivait, le cri qu'elle poussait sembler durer une seconde de plus, jusqu'à ce qu'elle arrive à manquer d'air et entende les hurlements d'un de ses amis au pied du château. Peut-être que connaitre à nouveau la sensation de vide suffirait à guérir son âme désœuvrée, et qu'elle échapperait ainsi à la condamnation injuste de Drago Malefoy.
En constatant l'agitation qui régnait dans le petit appartement, Hermione comprenait facilement que le procès aurait lieu d'ici peu. Amèrement, elle se rappela qu'en plus de ne pouvoir y participer pour dénoncer le vrai coupable, elle n'avait pas non plus la possibilité d'y assister. Le Ministère, Poudlard… Les lieux débordant de magie lui étaient interdits, son semi-fantôme, né d'une idée de vengeance, y étant sûrement assimilé comme une force négative. Il lui était arrivé de suivre son meilleur ami jusqu'aux toilettes qui donnaient accès à son lieu de travail pour perdre connaissance aussitôt qu'il avait enclenché la chasse d'eau.
Si au moins elle avait pu comprendre son état ! Elle était en rage d'observer sans jamais agir, sans communiquer, elle se sentait si seule, oh oui, si seule. Elle se laissa glisser le long du mur, résistant à l'envie de le traverser pour laisser son esprit rejouer l'expérience de sa mort et se contenta de regarder passivement ses deux meilleurs amis se disputer à propos d'une tache de café.
Quelqu'un frappa à la porte. Elle redressa curieusement la tête et vit Ginny lancer un regard plein de sens à son fiancé planté au milieu du salon, la main crispée sur sa tasse vide.
- Bonjour Ron, l'accueillit chaleureusement sa sœur, entre donc.
Hermione s'approcha de lui. Il semblait très gêné et salua Harry sans lever les yeux. Son meilleur ami ne lui répondit pas et partit ramener sa tasse dans la cuisine.
- On s'apprêtait à partir, s'excusa Ginny en enfilant son manteau, mais j'ai renversé…
- Oui j'ai entendu Harry pester.
- Tu étais là depuis longtemps ? s'étonna-t-elle.
- Je n'osais pas frapper, avoua-t-il penaud.
Ginny ne rajouta rien et attrapa son frère par le bras :
- Harry, on part toujours. J'aimerais passer voir Lavande à l'hôpital en rentrant.
Le garçon répondit par un grommellement. Les deux Weasley disparurent par la cheminée en direction du Ministère et Hermione se retrouva seule dans un silence lourd. A petits pas, elle rejoignit le brun, assis à la table, la tête entre les mains. Au bout de quelques minutes, il renifla bruyamment.
- Tu ne sais pas à quel point je regrette- cette pierre, je n'aurais jamais du la laisser dans la forêt. On ne s'en sort pas sans toi. Qui va nous réconcilier, Ron et moi ? rit-il amèrement.
Hermione posa sa main près de celle de son ami. Il n'enleva pas la sienne.
- Parfois, je me dis que tu es là, que tu nous entends. Tu dois avoir envie de nous secouer, on est plus des enfants mais on se dispute comme tel… Je ne sais pas pour qui tu prendrais parti cette fois. Je me sens terriblement seul, tu sais. Tout le monde est persuadé que Drago est coupable. Mais ils ne l'ont pas vu, la nuit où Dumbledore est mort. Il est incapable de tuer qui que ce soit, aussi prétentieux qu'il ait pu être à Poudlard.
Il éclata d'un rire sincère qui inquiéta Hermione.
- Ginny me lancerait des centaines de chauves-furies si elle apprenait que c'est moi qui aie fait sortir Drago d'Azkaban. Même là, il a été honnête et il est rentré à l'heure indiquée. Nous tous qui avons tué des Mangemorts depuis la fin de la guerre, on est plus coupable que lui, dit-il avant d'ajouter dans un soupir : pourquoi je parle encore tout seul?
Il se leva brusquement, enfila sa robe habituelle et se dirigea vers la cheminée. Hermione se sentit voyager avec lui mais s'endormit avant même d'être arrivée.
Une grimace déforma les traits de la Gryffondor quand le soleil vint l'aveugler. Où était-elle cette fois ? Devant le Ministère ? Elle laissa ses yeux s'habituer à la luminosité et put enfin observer les alentours. Le sol en béton sur lequel elle s'était réveillée était glacé et elle se redressa péniblement. En lisant les panneaux, elle comprit qu'elle se trouvait toujours à Londres, mais il s'agissait de la capitale moldue. Il était rare qu'elle se réveille en pleine rue, et encore plus loin du Chemin de Traverse. Du côté moldu, elle ne connaissait que peu de monde et personne ne savait comment elle était morte, elle se doutait donc que la personne qui l'avait attirée ici était dotée de pouvoirs.
Elle regarda attentivement les visages qui la dépassaient, tentant de trouver celui d'une personne familière. Sa recherche ne fut pas très longue car la silhouette massive d'Hagrid se détacha bientôt dans la rue pratiquement déserte. Il portait une chemise Hawaïenne sous une énorme doudoune, ce qui attirait autant l'attention des gens que sa taille. Cela ne paraissait pas le déranger, car il était trop occupé à pleurer à chaudes larmes dans un gigantesque mouchoir de tissu. Il pénétra difficilement dans le pub le plus proche, suivi par Hermione. Il commanda un verre de whisky et s'installa tant bien que mal sur un tabouret ridiculement petit pour lui.
Hermione était émue. Elle n'avait jamais vu le garde-chasse depuis sa mort car il n'avait pas dû beaucoup quitter Poudlard. Ses cheveux étaient grisonnants à présent. Un jeune homme moldu s'approcha timidement pour lui demander si tout allait bien.
- Y a pas de justice dans ce monde. Pas de justice.
Un sanglot vint briser sa voix et Hermione tenta de comprendre ce qu'il avait voulu dire par là. Le procès était-il terminé ? Drago avait-il été jugé innocent grâce au veritaserum ? Si seulement elle avait pu poser la question au demi-géant !
- Hermione était une brave gamine. Le cœur gros comme ça, mima-t-il exagérément. Elle méritait pas ça. J'espère qu'elle est bien là où elle est.
Les habitués du pub s'étaient prudemment approché du phénomène et l'un d'eux se risqua à lui poser une question :
- On connait pas d'Hermione par ici. C'est une chanteuse ?
- Une battante, un dure à cuire, voilà ce qu'elle était. Sans elle, on aurait perdu la guerre.
Des hypothèses se propagèrent en murmures sur la guerre en question. L'Irlande, Les Malouines ? Hermione aurait voulu leur dire de s'éloigner et de respecter le chagrin de son ami, mais une fois de plus elle était coincée dans ce corps inutile.
- Et lui, renifla-t-il, le pauvre garçon. Pas bien méchant, vous savez. Avec un père pareil, fallait bien qu'il y ait des conséquences. Mais pendant- je l'ai vu vous savez, j'étais près à témoigner. Il a défendu un élève de Poufsouffle contre sa tante.
Un hoquet de surprise secoua Hermione. Drago, Drago Malefoy avait changé de camp au cœur de la bataille ? Ses derniers souvenirs de lui la faisaient douter de cela pourtant Hagrid était un homme honnête, qui ne pouvait même pas tenir sa langue au milieu de moldus :
- J'ai quitté la salle d'audience dans les premiers, c'était trop dur. J'avais prévu de retrouver des amis pour fêter ça et je me suis défilé. Il n'y a rien à fêter, juste une famille de plus détruite pour de bon.
Il termina son verre d'une gorgée et se fit resservir aussitôt, les curieux se pressant autour du comptoir. L'un d'eux traversa Hermione mais sembla trouver la sensation désagréable et ne tarda pas à faire un pas en arrière. La jeune femme ne s'en rendit pas compte, plongée dans les paroles du garde-chasse de Poudlard.
- Jamais je n'avais entendu des hurlements pareils. Ils ont dû le mettre sous silencio parce qu'il ne s'arrêtait pas. C'est un sacré monde dans lequel on vit, conclut-il avant d'engloutir son verre comme s'il s'était agi d'eau plate. Merci pour le verre, mon vieux.
Il déposa quelques gallions devant le barman et Hermione se sentit rougir pour lui : dans son émoi, il avait oublié d'utiliser de la monnaie moldue. Personne ne sembla remarquer ce détail, trop ébahis par l'homme qui se baissait pour passer la porte. Avec un sourire en coin, la Gryffondor pensa qu'ils auraient été encore plus surpris de découvrir un fantôme suivant le demi-géant.
Elle traversa la rue à ses côtés, assurée de ne pas être traversée par des passants grâce à la taille imposante de son compagnon. Celui-ci grommelait dans sa barbe et elle ne chercha pas à comprendre, se contentant de profiter de la simple présence de l'homme bienveillant qui l'avait tant soutenue durant ses débuts comme sorcière. Encore sous le coup de l'émotion, il rejoignit le Chaudron Baveur et traversa vers le Londres sorcier. Les sanglots d'Hagrid se faisaient plus rares, et les paupières d'Hermione plus lourdes. Dans quelques secondes, elle quitterait son ami. Elle s'arrêta et le laissa l'éloigner. Elle avait été contente de le revoir au moins une fois. Elle s'endormit avec le sourire.
Même sans un corps à proprement parler, Hermione se réveilla avec un mal de dos brutal, et constata qu'elle se trouvait dans les escaliers du Terrier. Elle eut à peine le temps de se décaler que Bill descendit les marches à toute vitesse, sa femme à la suite. Leurs bras étaient remplis de paquets cadeaux.
Hermione rejoignit la famille réunie dans le salon, et découvrit la famille réunie autour d'un sapin ornementés de nombreuses boules dans la pure tradition moldue. Harry et Ron, avachis dans le canapé, se gavaient de petits fours. Le petit Teddy gazouillait au centre de la pièce, sous le regard émerveillé de l'assemblée. Les derniers cadeaux installés sous le sapin, Molly les invita à rejoindre la cuisine pour le repas.
Une seconde table avait été rajoutée pour l'occasion et les garçons, tous entassés du même côté de la table, jouaient des coudes pour gagner un peu de place. Hermione remarqua que plusieurs places restaient à pourvoir. Le brouhaha s'intensifia et Hermione ne parvint pas à écouter une seule conversation, aussi resta-t-elle prostrée silencieusement hors du passage de Molly, qui allait et venait à travers la pièce. Angelina était installée en bout de table, aux côtés de George. Elle était surprise de la découvrir ici, mais elle semblait déjà faire parti du décor, taquinant Percy, drapé dans sa fierté comme à son habitude. Il portait le pull tricoté par sa mère, et Hermione était soulagée de constater que l'harmonie était revenue dans la maison. Charlie poussa la porte et fut accueilli par les rugissements de joie de ses frères qui se jetèrent sur lui les uns après les autres. Molly les somma de se calmer et de s'installer correctement à table et un calme modéré, à hauteur de ce dont ils étaient capable, régna le moment que leur mère apporte les victuailles au milieu des convives. Hermione aurait donné n'importe quoi pour goûter une dernière fois la tarte à la citrouille de Molly ! Mais une fois tout le monde assis, dégustant leur repas, il restait encore plusieurs places libres. Attendait-il Hagrid, ou Andromeda Tonks ? Elle se rapprocha curieusement de la place entre Ginny et Molly pour y voir inscrit sur un bout de parchemin posé dans l'assiette vide 'Hermione'.
Essuyant une larme de joie, la jeune femme prit place et ses voisines ne semblèrent pas gênées par sa présence. Le Noël passé avait été une cérémonie alourdie par le deuil récent de la famille et leurs rassemblements ne s'étaient fait plus joyeux que bien plus tard… Un an après, les Weasley s'esclaffaient comme si la guerre n'avait jamais eu lieu, et les places vides de Fred et d'Hermione n'étaient pas un fardeau. D'ailleurs, peut-être le garçon réapparaitrait-il ce soir ? Elle quitta la table pour se placer non loin de la porte, où une chaise attendait le jumeau.
- Fred, tu m'entends ? demanda-t-elle à tout hasard.
Aucune réponse. Elle soupira, au moins avait-elle essayé. Mais soudain, elle entendit son prénom dans la bouche de Fred et scruta l'espace vide devant elle en espérant le voir apparaitre.
Tout aussi vite, elle réalisa qu'elle s'était trompée de frère et que c'était George qui l'avait mentionnée. Son espoir se décomposa et la déception l'atteint de plein fouet.
- Je suis soulagé que son meurtrier soit en prison, continua le roux à l'adresse de sa petite amie. Jamais Ron n'aurait pu passer à autre chose.
'Son meurtrier'… parlait-il de Malefoy père ou fils ? Par Merlin, ne pouvait-il pas y avoir un journal qui trainait pour qu'elle soit fixée une bonne fois pour toutes ?
… 'Passer à autre chose' ? Hermione fronça les sourcils : cela voulait-il dire que son frère souhaitait qu'il l'oublie ? Elle était probablement égoïste, mais si elle était condamnée à le voir vieillir avec quelqu'un d'autre, cela lui serait insupportable. D'accord ils avaient échangé leur premier baiser deux petites heures avant son décès mais leur histoire avait commencé dans le train 8 ans plus tôt, alors qu'il avait une tâche sur le nez et Croûtard sur les genoux, et leur relation n'allait pas s'effacer aussi vite du cœur de Ron, si ? Morose, elle s'éloigna du jeune couple pour rejoindre Ron, coincé entre Charlie et Harry. Il avait un large sourire sur le visage et toute son attention était portée sur la dinde dans son assiette. Il pensait à elle presque chaque jour sans exception, cela ne changerait pas, elle en était convaincue.
Un raclement de gorge prévint l'assemblée qu'Arthur s'était levé et tenait son verre à la main, prêt à faire un toast :
- Je dédie ce Noël à ma merveilleuse femme qui nous prépare toujours le plus merveilleux des dîners !
Des applaudissements se propagèrent autour de la table et Molly agita modestement la main.
- J'aimerais maintenant consacrer une minute au souvenir de tous ceux qui n'ont pas pu être là avec nous, aujourd'hui, pour partager ce moment.
Aussitôt, un silence de mort tomba sur l'assemblée. Beaucoup baissèrent les yeux, Fleur attrapa vigoureusement la main de son mari et Ron pleurait silencieusement dans les bras de son meilleur ami. Cette vision arracha le cœur d'Hermione mais au moment où elle allait le rejoindre dans les larmes, un fantôme, puis deux, puis trois, une véritable armée apparut autour de la table. Ils étaient invisibles aux yeux des vivants mais pour la première fois, Hermione put revoir tous ceux qui avaient laissé leur vie dans le combat. Elle se jeta dans les bras de Fred et de Tonks, sans prendre le temps de parler, car pour la première fois elle pouvait toucher, enlacer quelqu'un. Une main se posa sur son épaule :
- Merci d'avoir pris soin d'Harry quand je n'ai pas pu le faire.
Lily se tenait près d'elle, un sourire doux sur le visage. Mince, Harry avait vraiment ses yeux. Trop émue, elle ne parvint qu'à bafouiller une phrase avant de lui répondre par un rire teinté de tristesse. James se tenait à ses côtés, riant avec Remus.
- Qu'est-ce qu'on fait tous là ? demanda-t-elle quand elle eut repris ses esprits. On ne devrait pas, je ne sais pas moi, être au paradis ?
- Y a-t-il un meilleur paradis que ça ? rétorqua Tonks en se penchant près de son fils qui ne comprenait pas le silence qui obstruait la pièce. Je vais pouvoir voir mon fils grandir, devenir ce qu'il veut, loin de la guerre.
Lily l'approuva du regard. Les deux femmes se rencontraient pour la première fois, et Hermione remarqua amèrement que Lily paraissait encore plus jeune et frêle que la métamorphomage. Fred semblait partager ses inquiétudes :
- Alors on va rester là toute l'éternité ? C'est un peu barbant !
Une voix dans leur dos les surprit tous les deux :
- A ton avis, Fred, pourquoi es-tu ici ? lui demanda Dumbledore, dont la présence amena les larmes aux yeux de la jeune fille.
- Honnêtement, je n'en sais rien, je ne suis pas un fantôme, je ne peux même pas effrayer qui que ce soit ! bougonna le jumeau.
- Nous sommes ici car les personnes autour de cette table tiennent à nous. L'amour de Lily a protégé Harry face à la mort, maintenant il nous retient auprès de ceux qui nous aiment. Nous serons tous là tant qu'il y aura ne serait-ce qu'une personne pour penser à nous.
Harry avait fermé les yeux et une larme silencieuse coula le long de sa joue. Au milieu de sa famille, il pouvait enfin se sentir libre de regretter tous les proches qu'il avait perdus. Hermione le sentait : aujourd'hui, c'était avant tout pour lui qu'elle était là.
- Quoi ? Mais je suis tout le temps près de George, moi ! s'étonna le roux. Jamais personne d'autre !
- C'est l'amour le plus puissant qui triomphe des autres, expliqua Lily. Ton frère et toi avaient un lien très fort, j'imagine.
Hermione se sentait très mal, une question la titillait qu'elle avait honte de poser mais le temps passait à toute vitesse et bientôt la minute de silence serait terminée.
- Alors pourquoi je ne suis pas tout le temps ici ? On ne m'aime pas assez ? fit-elle piteusement, juste assez fort pour que l'ancien directeur l'entende. Je ne suis présente que pendant quelques minutes et après je- je revis ma mort, encore et encore.
- Moi aussi, Hermione, acquiesça la voix grave si typique de Maugrey Fol Œil, et crois moi si je pouvais dénoncer le Mangemort qui m'a fait tomber de mon balai je le ferais. Il faut que l'amour en question soit extrêmement fort, pas de celui qu'on ressent au quotidien pour ses proches, plutôt le genre de passion fulgurante, de tristesse sans fin…
- Je n'apparais que peu, avoua Lily. Mes parents sont décédés depuis longtemps, ma sœur n'ose pas penser à moi et mon fils ne m'a pas assez connu pour penser souvent à moi. Et c'est aussi bien.
- Pour ce qui est de revivre ta mort, cela dépend de chacun on dirait bien, expliqua Lupin. Moi je rêve d'être sous ma forme de loup-garou, incapable de me contrôler mais conscient de tout.
- Oui, c'est une sorte de cauchemar personnalisé, approuva sa femme.
- Je vois George mourir à ma place, fit Fred d'une voix blanche.
- Et à la fin, quand plus personne ne sera là pour nous aimer, que se passera-t-il ? s'inquiéta Hermione.
Les pleurs de Teddy interrompirent le silence mortel et les personnes autour de la table semblèrent sortirent de leur transe. Dumbledore, qui s'apprêtait à lui répondre avec son petit sourire en coin, disparut en un clignement d'œil. Hermione n'eut pas le temps de protester que ses paupières s'alourdirent et elle se retrouva paralysée des pieds à la tête, lévitant vers le premier étage sous l'influence de Lucius Malefoy.
Elle se réveilla en hurlant. Elle hurla à plein poumons avant même d'ouvrir les yeux car après tout, à quoi bon découvrir où elle était ? Ce cri laissait échapper toute sa douleur. Il y avait des gens comme elle, coincés dans un monde où ils n'existaient pas, et elle ne pouvait partager avec eux plus de quelques minutes. Elle était seule, tellement seule. Se recroquevillant sur elle-même, Hermione se tut enfin. Elle était exténuée. Les quelques instants où elle était consciente mis bout à bout ne représentaient sans doute pas plus d'une semaine ou deux, alors qu'elle était morte depuis un an et demi. Cela suffisait au sentiment d'épuisement pour s'installer. Son pseudo-sommeil, troublé par ce cauchemar sans fin, la laissait tremblante et ses muscles étaient douloureux.
Elle n'entendait aucune voix. Sa curiosité lui donnait l'envie d'ouvrir les yeux mais elle resta là, les bras autour des genoux, les paupières closes, à attendre que cela passe. Elle ne voulait pas voir un seul de ses amis souffrir de son absence. Pas le jour de Noël.
Elle ne savait toujours pas ce qu'il était advenu du procès, réalisa-t-elle. Aussitôt, yeux grand ouverts, elle observa la pièce. C'était une grande chambre qu'elle n'avait jamais vue, parée de couleurs qui comptaient parmi ses préférées, le bleu et le vert. Le bois du lit semblait noble, tout comme le garçon allongé dessus. Mais avant qu'elle ait pu se relever pour observer le visage du dormeur, sa conscience rebascula vers la bataille.
Pendant un instant, son esprit resta vide de tout souci. Un souvenir d'enfance la berçait, son jardin, le pommier qui y trônait, et elle rêvassant à l'ombre en observant la coccinelle posée sur le bout de son doigt.
Mais le cauchemar dont elle émergeait empli bien vite son cerveau, et la frustration de ses derniers moments consciente la réveilla pour de bon. Elle était curieuse de savoir où elle s'était retrouvée hier, dans un endroit inconnu, avec un étranger qui l'aimait soudainement après un an sans lui apparaitre… Hermione laissa ses yeux s'habituer à la pénombre ambiante et réalisa qu'elle connaissait bien le lit dans lequel elle était allongée. Ron dormait à quelques centimètres de là, le souffle paisible. Il avait comme toujours son petit rictus et Hermione sourit à cette vision familière. D'une main timide, elle caressa sa joue comme elle aurait du le faire si elle en avait eu l'occasion. Ils n'avaient jamais passé une seule nuit lovés dans les bras l'un de l'autre.
Soudain, le jeune homme sembla émerger à moitié, frissonna et se tourna de l'autre côté, comme dérangé par le froid qui émanait d'elle. Résignée à interrompre ce moment, Hermione s'extirpa du lit en traversant les couvertures et sortit de la chambre du roux pour se retrouver dans le couloir désert du Terrier. Quelques étages plus bas, une lumière filtrait sous la porte de Charlie. Curieuse, Hermione descendit à petit pas les escaliers tortueux, avant de réaliser qu'elle ne risquait de réveiller personne. Elle pénétra dans la chambre à travers le bois, et la sensation lui arracha une grimace. Elle se retrouva face à un spectacle étonnant. Ginny, le regard vague, luttait contre le sommeil alors que Luna babillait de sa voix haut perché en lui montrant diverses photos et illustrations. Le cœur d'Hermione bondit quand elle vit la blonde aux cheveux longs et emmêlés. Sa peau semblait plus bronzée qu'elle ne l'avait connue et une brûlure étrange recouvrait la moitié de son visage. Hermione devina qu'il s'agissait d'un maléfice, car la peau semblait incapable de guérir. Mais les deux jeunes filles ne prêtaient pas attention à ce détail esthétique, datait-il de la bataille ?
Ecoutant quelques secondes le récit de Luna, Hermione devina qu'elle lui racontait un voyage qu'elle avait effectué avec son père. Elle n'avait pas entendu parler des Lovegood depuis sa mort, c'en était sans doute la raison. S'installant sur le bord du lit de Charlie, qui était aux abonnés absents, la jeune femme se pencha pour admirer les clichés mais réalisa bien vite qu'ils étaient tous flous :
- Et là on peut clairement reconnaître la forme de la corne du Ronflak, tu vois ? expliqua Luna.
Ginny lui répondit d'un sourire. Hermione se contenta de lever les yeux au ciel en constatant que leur amie était toujours entichée de ses délires animalesques.
- J'aurais aimé qu'Hermione soit là pour voir ça, elle qui me répétait toujours qu'il n'y avait aucune preuve de son existence, ajouta la Serdaigle.
- Ce n'est pas cette photo qui va me convaincre, marmonna-t-elle en retour.
Luna leva les yeux subitement et sonda l'air avec un bruyant reniflement :
- Tu ne sens pas quelque chose ? Comme une odeur de fleur ?
Ginny renifla à son tour :
- Non, désolée.
- C'est étrange, on dirait… Le parfum d'Hermione. Je me rappelle, je l'avais enlacée le soir de la Bataille. C'est la même odeur.
Le cœur de la brune se mit à pulser dans sa poitrine. Luna avait pu voir les Sombrals bien avant tout le monde, elle était attirée par les phénomènes impossibles… Etait-ce vraiment possible ? Timidement, elle posa sa main sur celle de la blonde. Ginny se leva gravement, traversant son poignet, et se pencha pour attraper un carton posé sous le lit :
- Ca doit être à cause de ça. Ron ne supportait plus d'avoir ses affaires près de lui, c'était trop dur. Alors on a entreposé ce qu'elle a laissé de leur recherche des horcruxes ici.
Elle sortit une petite besace qu'Hermione reconnut aussitôt. Mais son excitation de revoir tous ses vêtements, ses livres, était assombri par le fait que finalement, Luna ne pouvait voir les fantômes de son espèce.
- Ses parents n'auraient pas voulu récupérer des souvenirs de leur fille ? demanda la jeune femme au visage à moitié brûlé.
Ginny ne répondit pas. Elle reposa le sac et repoussa le carton sous le lit de son frère. Elle se releva et s'éloigna du lit. Dos à Luna, elle finit par avouer la vérité :
- On… On n'a pas osé leur rendre la mémoire. On les a retrouvés en Australie et ils avaient l'air tellement heureux… On s'est dégonflés. On n'allait pas leur apprendre qu'ils avaient une fille pour leur annoncer la seconde suivante qu'elle était morte dans d'atroces souffrances.
A vrai dire, Hermione ne se rappelait d'aucune douleur, et elle était surprise du choix de ses amis. Elle aurait voulu que ses parents rentrent à la maison, qu'elle puisse les revoir au moins une fois… Au fur et à mesure qu'elle digérait l'information, la surprise d'Hermione se transforma en rage. De quel droit gardaient-ils en otage la mémoire de deux individus alors que la paix était revenue en Grande-Bretagne ? Lorsqu'elle avait modifié leurs souvenirs, elle leur avait promis de les leur restituer dès que possible. Et maintenant, ils passeraient le reste de leur vie à l'autre bout de la planète, sans que jamais elle ne puisse leur dire au revoir ?
Elle donna un coup de pied dans le bureau en bois et celui-ci ne bougea pas d'un pouce. Mais la volonté d'Hermione était telle qu'elle ressentit la douleur du choc. Avec étonnement, elle se tint le pied en réalisant que ses émotions à elle avaient également un impact sur sa présence. Une fois remise, elle se précipita dans la chambre de Ron : peut-être qu'en ressentant suffisamment de bonheur de le revoir, de l'aimer, il réussirait à la voir ? Mais il était toujours assoupi et ronflait paisiblement.
- Ron ! cria-t-elle. Ron ! Ecoute moi, je suis là ! Réveille-toi, allez !
Elle posa sa main sur son épaule pour le secouer mais cela n'eut aucun effet. Evidemment. Pourquoi cela aurait-il marché maintenant alors qu'elle avait déjà essayé maintes et maintes fois ? Si on avait pu lui trouver une craie et un tableau, peut-être aurait-elle réussie à transmettre un message. Mais visiblement, les êtres vivants étaient insensibles à ses gestes et à ses cris. Le seul impact qu'elle avait en étant près d'eux, c'était de leur donner un bon rhume.
Elle soupira et se rallongea auprès de son petit ami.
Elle ne sut pas si c'était Luna et Ginny qui avait cessée de penser à elle, mais elle s'endormit paisiblement à l'endroit même où elle s'était réveillée.
Dans le monde réel, une semaine passa, puis deux, où Hermione eut la chance de réapparaitre à de nombreuses reprises. Pour la période des fêtes, les repas de famille étaient nombreux au Terrier et Hermione avait toujours espéré y revoir Fred, mais ce n'était jamais arrivé. Cependant, même si elle était présente, elle sentait bien dans le fil des conversations qu'elle était moins au centre de l'attention dans le cœur des Weasley. Les joues de Ron avaient retrouvées leurs couleurs, Harry et Ginny étaient tous deux très pris par leur vie professionnelle… Les moments qu'elle passait avec eux étaient toujours succins, comme s'ils avaient hâte de se débarrasser des mauvais souvenirs qu'ils associaient avec elle, la guerre, Voldemort.
Il était plus difficile pour elle de profiter de ses instants avec ses amis quand elle avait la sensation que leur amour pour elle était moins fort qu'auparavant. Elle ne pouvait pas en vouloir aux gens de passer à autre chose, de reprendre leur vie. Mais sur sa tombe, ses trois meilleurs amis avaient fait gravé 'Toujours dans nos cœurs', alors pourquoi avait-elle l'impression du contraire ? Elle chérissait le moment du réveil, où son rêve encore estompé ne lui crachait pas à la figure que son état était irrémédiable et qu'elle était coincée là pour de longues années encore.
Quand elle se réveilla ce jour-là, elle n'avait pas oublié sa chute et poussa un hurlement en se recroquevillant sur elle-même pour protéger son corps de l'impact imminent. Il lui fallut quelques minutes pour calmer sa respiration erratique et prendre conscience de la pièce dans laquelle elle se trouvait.
Elle était allongée sur un lit aux draps satinés. Les draps d'un beau vert sapin tranchait avec le bois des armoires qui couraient le long du mur. En face du lit, une vitrine exposait de nombreux bijoux mais Hermione ne prit pas le temps de les observer lorsqu'elle remarqua la porte entrouverte à côté du meuble imposant. Jamais elle n'était rentrée dans une si belle pièce, avec des meubles si ouvragées, sauf lorsqu'elle avait visité des châteaux avec ses parents pendant son enfance. Elle ne connaissait personne qui vive dans un tel luxe. En se levant, elle remarqua le canapé d'un bleu profond et réalisa alors qu'elle était déjà venue ici, quelques semaines auparavant, mais qu'elle s'était rendormie avant de découvrir l'habitant des lieux. Elle se précipita vers la porte, inquiète de louper une nouvelle fois la chance d'assouvir sa curiosité et couina de surprise quand elle se retrouva nez à nez avec Drago Malefoy.
Que sa chambre ressemble à ça ne l'étonnait pas plus que ça, qu'il pense à elle, oui, mais à vrai dire elle n'avait pas encore réalisé cela. Comment aurait-elle pu alors que ce n'était pas dans un couloir mais dans une salle de bain qu'elle avait pénétré ? Et que l'héritier Malefoy se tenait là, à la sortie de sa douche, dans son plus simple appareil ?
Et soudain, la réalité la frappa de plein fouet. Drago pensait à elle alors qu'il était nu comme un ver – non pire que ça, réalisa-t-elle avec horreur, il ressentait quelque chose pour elle sans un seul vêtement sur le dos, quelque chose d'assez fort pour qu'elle apparaisse auprès de lui. Il enfilait un caleçon en chantonnant un air qu'elle ne connaissait pas.
Elle n'avait même pas vu Ron dans une tenue aussi légère.
Son cerveau ne parvenait pas à se reconnecter. Heureusement qu'il ne pouvait pas la voir, ou elle aurait vraiment eu l'air idiote, plantée là à l'observer. Ses joues la brûlaient tant elle était gênée.
Le jeune homme alluma une cigarette et s'empressa d'ouvrir la fenêtre, laissant s'échapper la buée et la chaleur de la pièce. Il était pensif et ses yeux étaient perdus dans le vide. Hermione se recroquevilla dans un coin de la salle de bain, près de la douche qu'il venait de quitter. Il laissa échapper une bouffée de fumée et recommença à chantonner. Sa cigarette terminée, il se dirigea vers le lavabo, qui était suffisamment proche d'elle pour que cela l'incite à se déplacer à toute vitesse vers un autre coin de la pièce. Bon sang, mais pourquoi n'avait-elle pas déjà disparue ? Et même, pourquoi était-elle là, sous le toit de son meurtrier, dans les pensées de son fils ? Drago Malefoy l'avait toujours haïe, aussi loin qu'elle pouvait s'en souvenir. Se rappelait-il au moins de son prénom, lui qui ne s'adressait à elle qu'avec des insultes aussi diverses qu'abominables ?
Elle n'avait qu'une envie, courir vers la porte et ne pas s'arrêter, courir jusqu'à disparaitre, malgré la douleur que cela lui infligerait. Il était aussi douloureux de rester là, à observer en silence le portrait craché de l'homme qui l'avait immobilisée et jetée dans le vide les yeux plein de haine. Elle ne connaissait toujours pas l'issue du procès contre Drago. S'il se tenait devant elle, il avait probablement été acquitté. Mais qui aurait défendu un fils de Mangemort qui avait provoqué la mort d'Albus Dumbledore ?
Ces interrogations maintenaient sa curiosité à son paroxysme et elle se fit violence pour ne pas s'enfuir. Pendant qu'elle était plongée dans ses pensées, le jeune homme s'était brossé les dents et avait terminé de s'habiller. Cela aida la Gryffondor à se détendre, elle n'avait plus autant l'impression de violer son intimité. Il partit dans sa chambre et elle le suivit timidement. Il s'assit au bord de son lit et une fois encore, il sembla ailleurs. Mais cette fois, son regard était fixé à sa gauche. Elle suivit ses yeux pour découvrir avec surprise son livre favori :
- L'Histoire de Poudlard ? s'exclama-t-elle.
L'ouvrage trônait sur une commode et il lui suffit de s'approcher pour remarquer qu'il s'agissait de l'exemplaire de Poudlard qu'elle avait si souvent emprunté, au point de laisser une tâche d'encre sur un coin de la couverture. Elle ne retint pas un sourire à la vue de cet objet familier. Un sanglot se fit entendre dans son dos. Elle se retourna aussi sec pour découvrir que Drago cachait son visage entre ses mains et que ses épaules tremblaient au rythme de ses pleurs. De plus en plus bizarre. Hermione était encore plus mal à l'aise que lorsqu'elle l'avait découvert nu quelques minutes plus tôt. Elle détourna les yeux par respect et observa la vitrine remplie d'objets en tout genre. Les bijoux en argent rivalisaient avec des artefacts magiques dont elle ne pouvait qu'imaginer l'usage. Un reniflement lui apprit que Drago avait réussi à se calmer. Il s'était levé quand Hermione jeta un coup d'œil vers le lit. D'un geste hâtif, il attrapa sa baguette et quitta la pièce en un éclair. La jeune femme eut à peine le temps de se rendre compte de ce qu'il venait de se passer que la migraine qu'elle commençait à si bien connaître tomba sur son crâne comme une enclume. Elle se précipita derrière lui pour échapper à la douleur et se retrouva dans un couloir vide. Elle tenta de partir vers la droite avant d'entendre quelque chose se briser du côté opposé. Elle monta quelques marches et se retrouva dans un bureau. Drago se trouvait à quelques mètres d'elle et avait décroché un tableau représentant ses parents. Il avait au passage renversé un vase, ce qui avait provoqué le bruit qu'elle avait entendu.
- Incendio ! cria-t-il soudain.
La peinture s'enflamma et Hermione hoqueta de surprise. La porte s'ouvrit derrière elle et quelqu'un la traversa. C'était une femme blonde, qui portait une jupe crayon et une cape courte, comme la mode des sang-pur le voulait.
- Drago ! s'exclama Narcissa. Qu'est-ce qui te prend ? Oh Merlin, mais que- Non !
Elle sortit sa baguette et tenta d'étendre le feu qui avait déjà consumé la moitié du portrait. Mais son fils fit sauter sa baguette et la récupéra :
- Arrête, il ne mérite pas qu'on possède un tableau qui le représente ! Il ne nous a jamais aimé, ni toi ni moi, sinon il y aurait réfléchi à deux fois avant de rejoindre le Seigneur des Ténèbres, de nous humilier devant toute la communauté sorcière ! On est des parias par sa faute !
Narcissa s'agrippait faiblement au bureau et Hermione pouvait voir des larmes s'échapper de ses yeux horrifiés.
- Ne dis pas ça, répliqua-t-elle d'un ton tremblant. Ton père voulait le meilleur pour notre famille et-
- Comment peux-tu oser dire ça ? l'interrompit son fils, l'œil fou et la baguette solidement plantée entre les doigts.
Hermione était choquée de le voir hurler ainsi sur sa propre mère. Les cendres du tableau dégageaient une odeur qui lui rappelait désagréablement le soir de sa mort. Elle s'écarta prudemment vers le fond de la pièce, marchant sur les bris de vase sans ressentir une quelconque douleur.
- J'étais qu'un gosse et il tenait déjà à m'apprendre à utiliser le doloris ! Et quand le Seigneur des Ténèbres est revenu, Père t'a délaissé et il m'aurait entièrement oublié s'il n'avait pas ensuite eu besoin de moi pour achever le vieux schnock !
- Il pensait bien faire, le défendit sa femme.
- Et il pensait bien faire aussi le soir de la Bataille, quand il a tué tous ses enfants sans défense ? cracha-t-il. Arrête de lui trouver des excuses. Il m'a laissé être accusé à sa place sans ciller.
- Il savait que tu serais innocenté, Drago. Tu n'étais pas majeur, tu n'aurais pas été condamné, il voulait protéger notre famille.
- Se protéger lui-même tu veux dire !
Furieux, le jeune homme lança un maléfice sur la fenêtre qui explosa dans un fracas qui fit hurler à l'unisson Narcissa et Hermione.
- Il m'a laissé croupir un an et demi à Azkaban ! s'exclama-t-il en lançant un second maléfice sur une chaise qui prit feu à son tour.
- Drago ! se ressaisit finalement Narcissa. Cesse donc ta crise de nerfs, tu ne vas pas détruire tout le manoir à coups de baguette !
- Et pourquoi pas ? De toute façon, on n'aura bientôt plus assez d'argent pour l'entretenir !
Hermione était extrêmement mal à l'aise au milieu de ce conflit et ne comprenait toujours pas sa présence ici. La femme aux traits creusés s'approcha prudemment de son fils et le prit dans ses bras quand elle réalisa que sa colère était passée.
La Gryffondor décida de leur rendre leur intimité et de quitter la pièce quand elle entendit Drago pleurer. Elle n'avait rien à faire là par Merlin ! La porte était restée ouverte et Hermione en fut soulagée car le bois lui donnait toujours une sensation de nausée quand elle le traversait. Elle ne pouvait s'empêcher de penser que lui aussi avait un jour été en vie.
- Je venais de lui dire, maman…
La voix brisée de Drago interpella la jeune femme. Ainsi donc, même chez les sangs-pur on avait une 'maman'…
- Je lui ai dit que je ne voulais pas me battre et c'est pour ça qu'il l'a tuée.
- Qui donc ? demanda Narcissa d'une voix apaisante. La sang-de-bourbe ?
Ses paroles frappèrent Hermione comme un doloris. Mais visiblement, elle ne fut pas la seule touchée car Drago rejeta sa mère et la fixa comme si elle venait de lui dire qu'il était devenu cracmol.
- Ne l'appelle pas comme ça, cracha-t-il.
- C'est ce qu'elle est, se défendit sa mère avec mépris. Par sa faute, ton père va recevoir le baiser du détraqueur, je ne vois pas pourquoi j'aurais pitié pour cette imposture.
- Ma faute ? s'indigna Hermione. Il a balancé mon corps sans défense dans le vide, bon sang !
Une envie de gifler cette imbécile lui démangeait la main. Et après tout, il n'y aurait aucune conséquence, n'est-ce pas ? Ni une ni deux, elle se précipita vers la femme de son assassin et la frappa de toutes ses forces. Son bras passa à travers sa tête guindée sans la blesser mais l'effet fut aussi agréable pour Hermione qu'en troisième année, quand elle avait giflé son fils, ajouté à la nouvelle de la condamnation de son meurtrier. Enfin !
Narcissa sembla ailleurs l'espace de quelques secondes puis elle cligna des yeux et revint à elle alors que son fils s'était redressé et la jugeait avec un regard noir.
- Je n'arrive pas à croire que tu dises une chose pareille. Si tu dois reporter la faute sur quelqu'un d'autre que ton mari, qui a pourtant tué de sang-froid plusieurs de mes connaissances le même soir, je te le rappelle, alors accuse-moi plutôt.
- Pourquoi accuserais-je mon petit Drago ? demanda-t-elle sur un ton mielleux pour calmer la fureur de son fils. Tu as été innocenté par ce garde-chasse. Tu n'y es pour rien.
Le témoignage de Hagrid avait donc permis à Malefoy fils d'échapper au baiser du détraqueur ! Hermione se réjouit de l'apprendre. Le père aurait ce qu'il mérite à la place du fils innocent. Elle se félicita d'avoir suivi Drago à travers le manoir car elle savait enfin la vérité.
- Tu sais parfaitement ce que je veux dire, répliqua sèchement Drago à sa mère.
Mais Narcissa semblait aussi perdue qu'Hermione, à en croire le regard interrogateur qu'elle lançait au blond.
- Ou alors il n'y a pas que dans ton choix de mari que tu as manqué de discernement.
- Drago ! s'insurgea sa mère, alors que son fils quittait la pièce. Reviens ici, nettoie ton désordre !
- Il nous reste un elfe de maison, que je sache, marmonna-t-il en s'enfermant dans sa chambre.
Hermione le suivait de près mais sa remarque la fit tiquer. Il ne l'avait certes pas tuée mais il n'était pas un saint pour autant et continuait d'exploiter l'elfe qui avait remplacé le défunt Dobby. Jamais elle ne s'était sentie aussi peu à sa place de toute sa vie.
- Bon sang, Malefoy, pourquoi tu penses encore à moi ? grommela-t-elle, avachie dans le fauteuil qui trônait entre la porte et la vitrine de la chambre du jeune homme.
Il ne ressentait certainement pas une passion dévorante pour elle, et elle l'imaginait mal penser à elle plutôt qu'à son père quand il était triste ou en colère de l'issu de la Bataille. Ses mots demeuraient dans la tête d'Hermione. Il ne voulait plus se battre du côté de Voldemort. Le garçon moqueur et cruel se serait changé en défenseur du bien contre toute attente ? Elle ricana. Ca ne risquait pas.
Elle balaya la pièce du regard pour éviter de se focaliser sur Drago, qui restait devant sa fenêtre sans bouger ni prononcer un mot. Elle remarqua un petit cadre sur sa table de nuit où s'agitait doucement une photo en noir et blanc. Le portrait lui titilla l'esprit : oui, ces traits avaient un air familier. Elle plissa les yeux pour tenter de reconnaitre la personne mais les heures occupées à lire de gros volumes sur l'histoire de la Magie dans la pénombre ne l'y aidaient pas. Finalement, alors que la sensation qu'elle commençait à être oubliée se fit sentir, elle se leva en un éclair pour jeter un œil à ce cadre mystérieux. Elle reconnut immédiatement la photo, pour l'avoir vue quelques jours plus tôt en couverture de la Gazette. C'est d'ailleurs là qu'il avait dû la découper car le titre de l'article apparaissait tout en bas. Le Procès Malefoy.
Alors qu'elle se sentait partir pour de bon, elle murmura avec horreur :
- Pourquoi Malefoy garde-t-il une photo de moi à son chevet ?
Voilà pour cette fois, n'hésitez pas à me dire ce qui vous a plu ou moins plu! Je m'attaque à l'écriture du chapitre suivant, promis il arrivera plus vite!
