Bonjour !
Mon rythme de publication est toujours aussi chaotique, mais je prends toujours autant de plaisir à écrire cette histoire, et vous à la découvrir, j'espère.
Bonne lecture.
Un soupir échappa à Hermione quand elle réalisa qu'elle venait de se réveiller dans le lit de Ron, dans la pénombre, au côté d'une respiration qu'elle connaissait bien. Pendant six ans, elle avait dormi dans la chambre de Lavande et ses doux ronflements étaient reconnaissables entre tous. Quel joie, pensa-t-elle, de se retrouver auprès de la nouvelle petite amie de l'homme qu'elle aimait. Elle trouva péniblement la direction de la porte pour découvrir de l'autre côté la silhouette de Ron assis sur le sol, contre sa cuisinière, uniquement éclairé du halo bleuté de sa baguette. Son expression pensive, presque contrariée, intrigua Hermione. Elle se rapprocha du roux et prit place face à lui, assise en tailleur au milieu de sa cuisine, tandis qu'il continuait à contempler la lueur qu'émettait son sortilège. Il avait l'air à moitié endormi ses insomnies étaient fréquentes depuis la fin de la guerre. Hermione ne comptait plus le nombre de fois où elle s'était réveillée à ses côtés en pleine nuit, alors que lui aussi se battait avec ses cauchemars. Il arrivait souvent à Ginny de penser à voix haute, mais Ron restait bien plus silencieux lorsqu'il pensait à elle. Cela ne la dérangeait pas, ce silence était une habitude entre les amis de longue date, ils étaient parfaitement à l'aise ensemble et n'avaient jamais eu besoin de remplir les blancs confortables de leurs conversation. Elle appréciait retrouver ses moments de complicité dans cette apparition nocturne, dans ce silence qui n'appartenait qu'à eux.
Ron soupira et se passa une main sur les yeux, comme pour se réveiller davantage. Elle ne chercha pas à décrypter les pensées qui traversaient son regard et se contenta d'apprécier ce moment d'intimité qu'elle savait en danger d'extinction à la vue de la jeune fille qui dormait à poings fermés dans la chambre voisine. Il était beau, son Ron. Elle n'avait jamais apprécié suffisamment les petits détails qui l'avaient toujours fait fondre sans qu'elle se l'admette. Le bleu de ses yeux. La forme de ses épaules. Les tâches de rousseur qu'elle discernait à peine sur sa main, fourrageant dans ses cheveux aux couleurs de l'automne. Une colère froide continuait à gronder dans son cœur. Elle ne lui avait jamais dit combien elle l'avait aimé, elle n'en avait pas eu le temps. Une fois Voldemort vaincu, ils devaient avoir toute la vie devant eux pour se redécouvrir et s'aimer davantage chaque jour. Au lieu de cela, Ron était rongé par l'envie d'avancer et la volonté paradoxale de respecter sa mémoire et elle ne pouvait pas l'aider à traverser cette épreuve. Elle était même incapable de savoir ce qu'elle voulait pour lui. Mais elle savait ce qu'elle ne voulait pas pour elle : observer son cœur se briser un plus chaque jour, alors que Ron l'aimait un peu moins intensément pour laisser place à sa relation avec Lavande. Aussi, elle se leva et quitta l'appartement. Ces moments d'intimité qu'elle recherchait ne lui appartenaient plus, les prolonger ne la ferait que souffrir lorsqu'ils finiraient indubitablement par disparaître.
Voilà trois semaines qu'elle ne lui était plus apparu… Un instant pour Hermione, mais trois longues semaines pour Ron, elle en avait douloureusement conscience. L'anniversaire de sa mort approchait à grand pas, cela avait dû suffire à provoquer cette apparition nocturne. Sur le palier de l'immeuble, Hermione descendit les marches une à une, prenant le temps d'évaluer la douleur qui augmentait dans tout son être, semblable à un doloris tant elle était brutale. Lorsqu'elle atteignit le stade où la douleur devenait insupportable, une décharge sembla envahir tout son être et lui fit perdre conscience. A son réveil, elle s'attendait à se retrouver coincée dans le schéma classique de son cauchemar, entourée de Mangemorts et de membre de l'ordre du Phoenix se battant pour leurs idéaux, mais elle se réveilla bien loin de Poudlard : elle se trouvait à l'endroit précis où Bellatrix l'avait torturée dans le salon du manoir Malefoy. Les yeux ronds, elle observa la pièce autour d'elle : son cauchemar avait-il changé ? Allait-elle revivre à présent le pire souvenir de sa vie, qui l'avait hantée jusqu'à sa mort, le souvenir des yeux enjouées de la belle-sœur de son meurtrier posés sur son corps cambré par les maléfices, un rire vicieux couvrant ses hurlements de douleur ? Un soulagement immense l'envahit à la vue de Drago Malefoy, car ses traits émaciés ne laissaient aucun doute au moment où ils se trouvaient.
A bien y regarder, le manoir avait bien changé depuis la dernière fois qu'elle l'avait observé à travers le jeune homme : les quelques meubles encore présents étaient recouverts de grands draps blancs sur lesquelles une fine couche de poussière commençait déjà à prendre ses aises et plus aucun portrait n'ornait les murs de pierre. Drago ne semblait pas faire attention à ce décor lugubre alors qu'il s'affairait à sortir sans ménagement le contenu d'un coffre en bois massif, sans doute à la recherche d'un objet en particulier. Hermione se rapprocha timidement de lui pour s'arrêter à quelques mètres de là et observer une boîte aux reliures dorées que Drago avait jetée derrière lui. Cela ressemblait beaucoup à la boîte à musique qu'elle avait tant admirée chez sa grand-mère paternelle. Elle aimait collectionner des bibelots se rapportant au ballet. Avec un pincement au cœur, Hermione se rappela qu'elle ne savait même pas si sa grand-mère était bien portante. Le sort lancé à ses parents n'avait pas affectée la vieille dame, qui avait toujours écouté Hermione quand celle-ci s'inquiétait des événements étranges qui arrivaient autour d'elle pendant son enfance. Son père avait coupé les ponts avec elle lors de sa troisième année à Poudlard. Lorsqu'elle était rentrée l'été suivant, personne n'avait voulu lui expliquer pourquoi : la communication n'était pas le fort des Granger. Elle avait pris son mal en patience, en pensant qu'elle saurait le fond du problème une fois adulte. Sa vie de sorcière, son rôle auprès d'Harry, tout cela lui avait fait reporter bien des projets.
Elle secoua la tête, comme pour chasser ces mauvais souvenirs qui ne servaient qu'à l'attrister un peu plus. Elle cligna des yeux rapidement pour en chasser les larmes et se détourna de cette boîte qui avait fait remonter tant de choses. Pendant ce temps, Drago avait continué à vider le coffre sans s'inquiéter des objets qu'il envoyait voler au loin cela n'aurait pas plus à Narcissa si elle avait été présente. Un peu plus loin, une statuette avait perdu un bras. Soudain, le jeune homme se releva, un vase bleu à la main. D'un coup de baguette, il renvoya tous les objets lancé çà et là dans le coffre. Pourquoi donc n'avait pas utilisé accio pour un simple vase ? Elle se rappelait l'avoir vu utiliser sa baguette chez Pansy à plusieurs reprises pour des tâches du quotidien. Même ce genre de petites questions futiles resteraient sans réponse, la frustration peinait souvent Hermione, elle se sentait constamment perdue. En suivant les pas de Malefoy qui prenait la direction de la porte du manoir, la jeune femme laissa ses pensées s'envoler vers les conflits existentiels qui la malmenaient depuis sa mort : avait-elle un rôle ici, ou était-elle condamnée à être une simple observatrice jusqu'à la mort de son dernier ami ? Pouvait-elle espérer un jour voir une évolution de son état, comme ces petits moments où elle avait tenté de à faire sentir sa présence à Ron pour finalement sembler y arriver avec le Serpentard qu'elle détestait ? Y avait-il un après ? Son existence solitaire était un supplice, elle souhaitait de tout son cœur pouvoir partager un moment avec un autre fantôme comme ce Noël où sa famille de cœur avait permis ce miracle. Elle avait beau détester voir sans vivre, entendre sans pouvoir répondre, Hermione devait admettre qu'elle était heureuse d'avoir pu savoir son meurtrier en prison et surtout, oui, surtout, d'avoir pu voir la défaite de Voldemort, de ses partisans et de la haine. Tout cela était du passé, sauf pour elle qui non seulement devait revivre sa mort encore et encore, mais qui avait aussi à subir dans ses moments d'éveil la présence du fils Malefoy aux traits si semblables à son père. Même sa nuque, sa démarche et la façon dont il empoignait sa baguette alors qu'il marchait d'un pas décidé devant elle lui rappelaient Lucius.
Il avait posé le vase sur un guéridon dans l'entrée avant de dévaler les marches de pierre qui menaient à la grande porte du manoir. Cette dernière lui rappelait toujours le sentiment de terreur qui l'avait envahie en la traversant la première fois. Hermione avait ensuite suivi Drago à travers l'herbe qui leur arrivait presque aux genoux, preuve que le manoir avait bel et bien était abandonné. Perdue dans ses pensées, elle n'avait réalisé qu'au bout de quelques minutes que Drago s'était arrêté près d'un bosquet qui avait retrouvé ses libertés et débordait à présent en un mélange de fleurs sauvages, de bosquets en tout genre et des plants très fleuris de ce qu'elle identifia être sans doute des lys. Sans hésiter, le blond empoigna les fleurs en trompette d'un blanc éclatant. D'un coup de baguette, il coupa leur tige, se releva d'un même geste et tourna les talons, les fleurs à la main. Elles remuaient au rythme de ses pas. Il manqua traverser Hermione avant qu'elle ne se décale et rebrousse chemin à son tour.
Elle pouvait l'entendre humer un air qu'elle reconnut bien vite : la comptine moldue qu'elle avait chantonnée quelques mois plus tôt allongée près de lui. Son estomac se noua. Bon sang, pourquoi s'en rappelait-il ? De toutes les personnes, pourquoi fallait-il que ce soit lui qui semble établir un lien avec elle dans l'au-delà ? Elle sentait son sang bouillir dans ses veines. Il ne méritait pas cette connexion, ni sa présence auprès de lui. Elle tentait certes de prendre sur elle, de ne pas le rendre coupable des crimes de son père, mais il n'en restait pas moins Drago Malefoy, une petite brute de Serpentard qui l'avait rabaissée maintes et maintes fois. Sans lui, elle n'aurait probablement jamais eu idée de ce qu'était un Sang-de-bourbe, de ce qu'elle était aux yeux de tant de sorciers. Elle se rappelait encore la terrible désillusion de se voir rejeter par la communauté qu'elle venait de découvrir après s'être sentie à part toute son enfance. Elle avait fait face la tête haute, mais la nuit, ce mot revenait hanter ses rêves. Et c'était toujours la voix moqueuse et nasillarde de Drago qui le scandait sans fin.
Elle le haïssait, pour tout ce qu'il lui avait infligé, pour tout ce qu'il représentait dans le monde des sorciers. Elle avait toujours cru que ce sentiment était mutuel. Alors que faisait-elle là, à le regarder jardiner, alors qu'elle aurait mille fois préféré observer Molly affairée en cuisine ou Neville qui rendait un peu trop souvent visite à la nouvelle patronne du Chaudron Baveur ? Drago avait récupéré le vase et y avait glissé les fleurs avant de sortir de l'enceinte du manoir. Lorsqu'il transplana, Hermione croisa les doigts pour ne pas le suivre.
À son grand soulagement, Hermione n'avait pas recroisé Malefoy depuis un long moment, ce qui avait permis à sa colère de redescendre d'un cran. Elle avait passé beaucoup de temps avec Harry, qui était en mission sur les traces d'un homme qu'elle avait compris être un parent du Professeur Quirrel grâce aux bribes de discussions stratégiques qu'elle avait pu suivre. Cela lui faisait du bien de s'évader un peu, de s'éloigner des endroits qui formaient à présent son étrange quotidien. Harry avait l'air de penser la même chose. Il était accompagné d'une poignée d'Aurors et ils s'étaient arrêtés pour la nuit dans une auberge sorcière. Ils partageaient une bièraubeurre et se racontaient des anecdotes sur des interventions en milieu moldu. L'un d'eux semblaient particulièrement doué pour narrer ses aventures, car tout le monde s'esclaffait à chaque phrase. Tous sauf Harry, qui avait le regard perdu dans le vide. Il n'avait même pas touché à la bièraubeurre dans sa main. Les autres n'avaient pas remarqué l'expression contrariée de leur collègue. Il se leva brusquement, dans un grincement de chaise qui attira finalement l'attention du groupe d'aurors.
- Je monte me coucher, expliqua-t-il. À demain.
Au dessus du bar, une horloge indiquait vingt-deux heures cinq. Les aurors échangèrent des regards interloqués avant de lui souhaiter une bonne nuit. Hermione suivit Harry à l'étage. Il n'avait jamais été particulièrement couche-tôt. Elle ne fut donc pas étonnée de le voir sortir un bout de parchemin de son sac, ainsi que de quoi écrire, avant de s'installer au bureau de sa chambre. Il sembla chercher ses mots au début, comme incertain de ce qu'il devait écrire. Hermione lut par-dessus son épaule au fur et à mesure. Le nom en haut de la lettre lui glaça le sang.
Drago,
Nous avons bien reçu ton invitation. Je ne te cache pas que j'ai beaucoup hésité avant d'y répondre, mais puisque Ginny s'est porté garante de ta bonne foi, nous serons donc présents vendredi soir. Ginny se propose de faire le dessert. Je te dis donc à vendredi, 20h, chez les Parkinson.
Il signa, plia le parchemin et cacheta la lettre tandis qu'Hermione contenait une fois de plus sa frustration de ne rien comprendre. Elle espérait vraiment assister à ce dîner pour comprendre ce qu'il se passait, même si cela signifiait revoir encore une fois Drago Malefoy.
Elle rouvrit les yeux pour se retrouver nez à nez avec le mur de pierre qui entourait un cimetière ô combien familier. Elle le traversa pour rejoindre la silhouette rousse qu'elle ne doutait pas être Ginny. Cette dernière était en tenue de Quidditch. Elle avait sûrement conscience qu'Hermione mourrait d'envie de lui faire remarquer que ce n'était pas une tenue pour se recueillir sur une tombe dans un cimetière moldu, car elle tentait tant bien que mal de camoufler son plastron sous son manteau. Hermione lui faisait face, sa tombe les séparant. Elle s'assit sur le rebord de sa voisine, cette chère Victoria Carlyle, dont la photo montrait qu'elle avait été une très belle femme dans sa jeunesse.
- Bonjour, Hermione. Je passe en coup de vent, aujourd'hui. Je dois rentrer tôt, je suis de corvée de pâtisserie pour ce soir. Harry a fait remarquer que je laissais toujours brûler mes tartes, alors je compte bien lui prouver que je peux être aussi bonne cuisinière que ma mère.
Hermione rit. Devenir une parfaite ménagère par pur esprit de contradiction, voilà qui était du Ginny tout craché.
- La semaine a été calme, si ce n'est que Prudence s'est cassé le poignet en confondant le souaffle et un cognard. Ah, et sans oublier que la capitaine a décidé que si on perdait le prochain match, elle risquait de remettre certaines joueuses sur le banc de touche, super pour l'esprit d'équipe, hein ? Je ne pense pas être concernée, mais…
Ne pouvant s'empêcher de lever les yeux au ciel, Hermione se rappela combien son amie pouvait être bavarde quand il s'agissait des Harpies. Elle l'écoutait d'habitude avec plus ou moins d'intérêt, mais aujourd'hui, la curiosité la rongeait trop pour qu'elle s'intéresse à l'accident de la maladroite Prudence.
- Enfin, bref, conclut Ginny pour le plus grand plaisir de son amie après quelques minutes d'explications ininterrompues d'une nouvelle stratégie à base de cognards bien envoyés. Je ne vais pas tarder à y aller. Ce soir, on dîne chez Pansy Parkinson.
Ginny rit à gorge déployée.
- Je n'aurais jamais imaginé dire ça un jour. Quand je pense que Ron et Harry se sont enfin retrouvés, et voilà que se rajoutent déjà des tensions entre eux. J'ai cru que je n'allais jamais convaincre mon têtu de frère d'entendre ce que Drago a à nous dire ! Je viendrais te raconter tout ça après notre match contre les Frelons. Comme ça, même si la soirée chez Parkinson s'est mal passée, j'aurais au moins une bonne nouvelle à te raconter, on nous donne gagnant ! Depuis le départ de leur entraîneur, les Frelons…
Hermione ne prit pas la peine d'écouter la suite, trop occupée à réfléchir aux milles et une raisons qui aurait pu pousser Drago à inviter ses meilleurs ennemis à dîner. Ginny rejoignit son coin habituel du cimetière pour transplaner en tout discrétion, mais Hermione resta où elle était, attendant que la bataille de Poudlard la happe à nouveau. Elle se contenta de se dégourdir les jambes dans les allées qu'elle commençait à connaître par cœur, non loin de la tombe qui portait son nom. Elle remarqua alors un détail qu'elle n'avait pas vu assise de l'autre côté : une nouvelle gerbe de fleurs avait trouvé sa place sur sa tombe. Molly venait souvent en déposer, il était aussi arrivé à Hagrid de lui apporter des dizaines de roses qui avaient pourries en quelques jours, même si l'attention du demi-géant avait beaucoup touché Hermione. Neville lui avait un jour déposé un plant de géranium dentu du plus beau effet, mais que Ginny s'était empressé de retirer après qu'un chat moldu un peu trop curieux ait faillit y perdre une patte devant leurs yeux effarés.
Le bouquet, assez classique, était composé de lys blanches, les préférées de Molly. Mais un détail retint son attention : le vase qui les contenait ressemblait énormément à celui que Drago avait trouvé en retournant de fon en comble le manoir Malefoy. Mais cela faisait plusieurs semaines à présent, et les lys n'étaient pas fanés. Ça ne pouvait donc pas être le même vase bleu et les mêmes fleurs, si ? Au fond d'elle, Hermione le savait parfaitement, car après tout, elle était présente lorsqu'il avait cueilli les fleurs. Mais elle se sentait soudain mal à l'aise, comme salie, de savoir que sa tombe avait été visitée par ce garçon qu'elle ne comprenait décidément pas. Avant qu'elle n'ait le temps d'essayer de le renverser d'un coup de pied, le cimetière avait laissé place à la cour de Poudlard.
Elle rouvrit les yeux, brusquement ramenée à la réalité par des coups frappées à la porte. Allongée sur l'une des gigantesques marches de la demeure de la famille Parkinson, Hermione grimaça lorsque le talon aiguille de Pansy la traversa. Elle ne sentit rien, mais cela n'empêchait pas l'idée d'être plus que désagréable. Elle observa la jeune femme se précipiter vers la porte et se retrouver nez à nez avec trois Gryffondors qui semblaient tous plus mal à l'aise les uns que les autres. Ron avait les yeux fixés au sol, l'air renfrogné, pendant qu'Harry observait l'entrée derrière Pansy avec l'air de quelqu'un qui ne savait pas ce qu'il faisait là. Ginny fit bonne figure pour eux trois et serra la main de Pansy avec un sourire timide :
- Merci de nous avoir invités, ajouta-t-elle.
- Suivez-moi, la salle à manger est par ici, répondit Pansy en désignant une porte sur leur droite.
Voilà un échange des plus cordiaux auquel Hermione n'aurait jamais cru assister un jour. Pansy représentait toutes les pires caractéristiques de la maison Serpentard : arriviste, égocentrique, raciste… Elle avait toujours malmené Hermione. À bien y réfléchir, elle avait même été pire que Drago ces dernières années. Une fois Voldemort revenu, Drago avait été bien trop préoccupé par le sort de son père, puis par sa mission, pour s'acharner sur Harry, Ron et elle comme il l'avait fait avant. Pansy avait alors pris le relai pour lui lancer des piques dès qu'elle en avait l'occasion. Elle récoltait alors les ricanements des Serpentard et parfois une réponse cinglante d'Hermione. Elle avait toujours fait son possible pour ignorer cette peste et se concentrer sur les ennemis qui en valaient la peine.
Mais ce qui lui restait vraiment en travers de la gorge, c'était ce dernier souvenir qu'elle avait de Pansy. Lorsque les Mangemorts avaient réussi à pénétrer dans l'enceinte de Poudlard, elle avait aussitôt voulu céder à la menace et leur donner Harry en pâture. Sa lâcheté et sa cruauté n'en avait été que mieux mises en valeur. Hermione savait parfaitement que ses trois amis avaient autant conscience d'elle de qui était vraiment Pansy. Elle les observait s'échanger des politesses en prenant place à table avec un air sceptique.
Soudain, quelqu'un arriva dans son dos et lui passa à travers. Hermione sursauta et recula d'un pas en fermant les yeux pour chasser cette sensation impossible à décrire. Se faire traverser de face était une chose, mais quand la personne arrivait par surprise et que sa vision s'assombrissait subitement pour laisser place à l'arrière d'un crâne en très gros plan, elle avait pleinement conscience de l'aspect surnaturel de son existence. Elle l'avait compris très vite : elle n'aimait pas être un esprit et ne l'aimerait jamais. Elle se rappelait les paroles de Lily Potter, qui s'était voulu rassurante, en disant qu'elle aimait pouvoir veiller sur Harry… C'était peut-être différent quand on laissait un enfant derrière soi, mais Hermione n'avait aucune envie de continuer à assister à la vie sexuelle de son petit copain, aux disputes de ses meilleurs amis et surtout, surtout, il n'était pas question qu'elle voit encore une fois la chevelure blonde de Drago Malefoy d'aussi près.
Elle prit quelques inspirations pour se calmer avant de rouvrir les yeux. Elle avait loupé quelques minutes d'une conversation gênante entre les anciens ennemis jurés. Ginny, qui avait visiblement traîné les deux autres ici contre leur gré, complimentait Pansy sur la décoration de la pièce, mais personne n'était dupe quant à son ton hypocrite. Même s'il avait provoqué cette rencontre, Drago paraissait le plus gêné de tous et ne cessait de triturer le tablier attaché à sa taille. Visiblement à court de remarques sur le temps ou la tapisserie aux motifs foraux des plus désuets, Ginny finit par se taire. Drago se décida enfin à ouvrir la bouche :
- Prenez place à table, le repas sera bientôt prêt.
Les grincements de chaise occupèrent le silence et Hermione en profita pour se glisser en bout de table à une place qui n'avait pas été dressée. Pour s'asseoir, elle était obligée de traverser en partie la table, mais elle avait accepté depuis longtemps que les lois de la physique ne pourraient pas expliquer grand-chose à son état. Drago avait filé en direction de la cuisine et personne n'avait pris la parole depuis de longues secondes. Pansy admirait sa manucure sous tous les angles, pendant que les trois Gryffondors se lançaient des regards perplexes. Au grand soulagement de tous, y compris Hermione, le blond revint avec un plat qu'il posa au centre de la table.
Il sembla hésiter à soulever le couvercle pour commencer le service, avant de se raviser et de poser sa main à plat sur la table. Il prit une grande inspiration et releva les yeux vers les quatre personnes attablées :
- Vous devez vous demander ce que vous faites ici, pas vrai ?
Personne ne prit la peine de répondre à voix haute, mais il y eu un concert de hochements de tête et de haussement d'épaules.
- Pour tout vous avouer… continua-t-il, je suis aussi mal à l'aise que vous. Si ça peut vous rassurer.
Ron et Pansy émirent un petit rire gêné au même moment. La fourchette qu'Harry était occupé à observer semblait fascinante. Ginny lança à Drago un regard encourageant.
- J'ai pensé que ce serait un bon moyen d'enterrer la hache de guerre. Je mérite la majorité des immondices que publie la Gazette tous les jours à mon sujet, mais ça me tient à cœur de me dire… de savoir que vous trois, vous sachiez la vérité. Je… je vous dois bien ça. Sans vous, je serai mort plus d'une fois et j'espère que vous savez combien je suis reconnaissant et… Pardon, je suis un peu nerveux.
- Et si tu nous servais et qu'on en parlait après ? suggéra Ginny. On sera tous plus détendus l'estomac plein.
Suivant son conseil, Drago déposa dans chaque assiette une part généreuse d'une viande qu'Hermione devinait être du bœuf. La cuisine n'avait pas l'air d'être sa spécialité. Ron semblait du même avis qu'elle, vu sa mine dégoûtée qu'il camoufla après un coup de coude de sa sœur.
- Il a tout préparé lui-même, annonça fièrement Pansy. Drago s'est mis en tête qu'il devait apprendre à faire plus de choses à la moldue.
Hermione n'arrivait pas à savoir à son ton si elle essayait de soutenir son ami ou au contraire de rabaisser ce changement.
- C'est une très bonne initiative, approuva Ginny sans donner son avis sur le contenu de son assiette.
Ils commencèrent à manger en silence et finalement, la plus jeune des Weasley se décida à parler de la saison de Quidditch. Un sujet léger qui sembla les soulager tous les cinq. Pansy n'y prêtait pas plus attention qu'Hermione et touchait à peine à son assiette. Elle prétexta aller remplir une carafe pour échapper à l'ambiance lourde. Son départ fut un déclic pour Drago qui posa ses couverts, s'excusa pour son plat immangeable et en arriva enfin à ce qu'ils avaient tous en tête depuis le début du repas :
- Autant ne pas prolonger votre supplice trop longtemps, je vais venir droit au but. À Poudlard, je n'étais pas une personne très sympathique. Je ne vais pas rentrer dans les détails du pourquoi du comment, vous n'êtes pas psychomages, toujours est-il que j'ai fait pas mal de choses, dit des choses, que je regrette profondément aujourd'hui. Je ne pourrais jamais en convaincre qui que ce soit et je comprends que vous plus que quiconque ayez du mal à me faire confiance, alors je vais juste dire ce que j'ai à dire et je vous laisserai en faire ce que vous voulez.
Ginny le fixait droit dans les yeux. Elle semblait prête à le croire. Son frère, tout au contraire, semblait sur la réserve. Les bras croisés, il contemplait le papier-peint droit devant lui et lançait parfois des regards en coin à Harry pour jauger sa réaction. Mais le visage du survivant ne laissait rien passer. Hermione qui connaissait son meilleur ami par cœur n'avait aucune idée de ce qui pouvait bien lui passer par la tête. Son entraînement d'auror, les nombreuses interrogations de Mangemorts et la guerre en général avaient aidé Harry à se créer une carapace quand il le fallait. Lui qui avait toujours été incapable de cacher ses émotions pendant son adolescence avait définitivement bien grandi depuis sa mort.
- Vous étiez tous présents au procès, alors je ne vais pas revenir sur tout ça. Mais sachez que contrairement à ce que mon père a voulu faire croire, je comptais bien changer de camp cette nuit-là. Parce que j'étais enfin décidé à ne plus laisser les autres décider ce que je devais faire de ma vie. Je n'ai jamais voulu devenir Mangemort. Mais aux yeux de ma famille, soit je servais Vol… Vous-savez-qui, soit je n'étais pas un Malefoy. Ça n'excusera jamais ce que j'ai fait en sixième année, mais je ne l'ai jamais fait de bonté de cœur. Avant, oui, ça m'amusait de me disputer avec les Gryffondors, vous taquiner, mais je n'avais pas idée à l'époque de tout ce que ça impliquait. Une fois qu'il a été de retour, ma mère m'a protégée comme elle a pu, mais une fois que mon père est parti pour Azkaban, j'ai vécu l'enfer.
Il fit une pause. Il déglutit difficilement et Hermione réalisa que les larmes étaient venues aux yeux du jeune homme. Pansy était restée en retrait pendant qu'il parlait, mais quand elle remarqua la détresse de son ami, elle s'approcha silencieusement et posa une main sur son épaule qu'il saisit aussitôt.
- Je sais que c'est horrible à dire, alors que j'étais supposé être de leur côté, mais… J'ai subi le règne de Vous-savez-qui autant que vous. Je n'avais jamais mon mot à dire et j'ai dû faire des choses contre ma volonté, parce que j'avais peur pour ma vie et celle de ma mère. C'était un choix de survie. Je sais que j'ai été faible, aujourd'hui je me rends compte que j'aurais dû m'enfuir, mais à l'époque je ne voyais aucune issue possible, tous mes proches étaient des Mangemorts et j'avais peur des conséquences pour ma famille si je partais sans eux de toute manière. J'étais un gosse. Je suis encore un gosse. Enfin, on était tous des gosses, ce n'est pas une excuse. Je… Je n'ai pas eu votre courage et c'est ce que je veux réparer aujourd'hui. Je sais que je ne pourrais jamais réparer le mal que j'ai pu causer, celui dont j'ai été témoin non plus, alors ce que je veux faire aujourd'hui, c'est me racheter. Ce sera le travail de toute une vie et je sais que les gens me haïront probablement jusqu'à ma mort parce qu'ils croient probablement tous que je suis coupable de la mort d'Her… de sa mort. Et ça, je m'en fiche. Je ne peux rien y changer, je ne veux plus fuir, ni subir. Je veux remonter mes manches et agir. Seulement, je ne sais pas comment aider. C'est pour ça que je vous ai fait venir. C'est une énorme faveur à vous demander et vous ne me devez rien, au contraire, mais je ne demande qu'une chance de prouver que j'ai vraiment changé.
Il leva les yeux vers Pansy.
- Pansy et moi, on veut se porter volontaire pour vous aider à retrouver les Mangemorts restants.
- Comme informateurs évidemment, répliqua Pansy. Pas question que je mette ma vie en danger.
- Ça n'effacera en rien les insultes qu'on a pu vous lancer ou les horreurs dont on est responsables, mais on veut tous les deux aider le monde à devenir un espace plus sûr pour tous. Qui sait, ça nous aidera peut-être à avoir une vision à peu près normale du bien et du mal.
Le ricanement de Pansy laissait entendre qu'elle aussi avait conscience qu'elle avait un long travail devant elle. Mais Hermione avait passé les dernières minutes à observer avec attention ses trois amis, à guetter leur réaction. Les trois avaient haussé les sourcils en cœur quand Drago avait proposé leur aide. Ron avait encore les yeux à demi écarquillés :
- Et qu'est-ce qui nous fait croire que tes tuyaux ne vont pas envoyer Harry dans la gueule du loup ? lança-t-il sèchement.
- Non, mais tu as écouté le petit discours de Drago ? répliqua Pansy, dont la patience avait visiblement atteint ses limites. On sait que vous ne nous ferez pas confiance. Mais si vous renseigne mal, on sait pertinemment qu'on a autant à perdre que vous.
- Vous avez aussi beaucoup à y gagner. Vous pourriez apprendre des bribes d'infos et les transmettre à vos copains en cavale, ça ne serait pas très étonnant de votre part ! lui rétorqua Ron.
Le ton commençait à monter, mais Hermione remarqua les yeux d'Harry posés sur le Serpentard. Ils semblaient échanger à coups de regards sans prêter attention à la dispute de leurs deux amis plus sanguins.
Ginny tempéra son frère :
- Il existe assez de sortilèges et de pactes en tout genre pour les empêcher de répéter quoi que ce soit. Moi, ce qui m'inquiète, c'est ce que tu as dit tout à l'heure, Drago. Ce sont vos proches que vous allez dénoncer et aider à enfermer. Vous pensez vraiment en être capables, tous les deux ?
- Le monde des sorciers nous fuit déjà comme la peste, on est plus à un oncle près, répondit Pansy sur un ton plus calme, bien que son agressivité reste palpable.
Au vu de la bataille de Poudlard, Hermione avait moins de mal à croire en la volonté de Drago qu'en celle de Pansy, qui avait souhaité dénoncer Harry pour sauver sa peau. C'était une suiveuse dans l'âme, toujours dans l'ombre du blond, mais peut-être cela lui suffisait-il à changer de cap à ce point. Elle avait du mal à lire la moindre once de sincérité sur ce visage qui n'avait exprimé que mépris et moquerie pendant toute son adolescence. La fin de la guerre pouvait-elle changer quelqu'un du tout au tout ? Hermione penchait plus pour l'option « fidèles à eux-mêmes » : les Serpentard étaient d'éternels opportunistes. C'était une occasion en or pour redorer leur image, ne serait-ce qu'auprès du Ministère. Elle aurait tant aimé partager son opinion avec Harry, qui était toujours aussi silencieux.
- On n'attend pas une réponse aujourd'hui, ajouta Drago. Comme preuve de notre bonne foi, on a mis sur papier tout ce qu'on savait déjà et qu'on pensait utile.
Il leva les yeux vers Pansy qui comprit le message et trottina jusqu'au tiroir où était rangé le parchemin. Elle le tendit à Drago. Il soupesa le rouleau quelques secondes avant de le faire glisser vers Harry.
- Faites-en ce que vous voulez. Si ça s'avère intéressant, vous savez où nous trouver.
Soudain, la voix d'Harry se fit entendre :
- Drago. On peut parler seul à seul ?
Ils se dirigèrent vers une pièce adjacente et Hermione s'empressa de leur emboîter le pas. Sa curiosité appréciait son invisibilité, c'était sûr. Harry se tenait dos à Drago, dans une posture très sérieuse.
- Pourquoi ne pas être venu me trouver seul pour me proposer ce marché ? Qu'est-ce que tu cherches exactement, en impliquant Ron et Ginny ?
Il se retourna juste à temps pour capter la surprise sur le visage de Drago. Même Hermione ne s'attendait pas à ce qu'il soit si direct. Pris de court, Drago bégaya.
- Je ne sais pas sur quels points je peux te croire, le coupa Harry. Je n'ai pas envie de mettre la vie de mes collègues entre tes mains. À vrai dire, si j'avais pu ne plus jamais entendre parler de toi, je m'en serais aussi bien porté. Je t'ai cru lors du procès, mais là, tu dépasses les bornes, et en impliquant Pansy Parkinson par-dessus le marché !
- Je peux en placer une, Potter ?
La voix nasillarde au ton à la fois mielleux et cynique, une bien étrange combinaison, frappa Hermione comme une claque au visage. Drago Malefoy, le Serpentard de quatorze ans imbu de sa personne, n'avait jamais été aussi présent. Les jours qu'elle avait passés à ses côtés lui auraient presque fait oublier qu'il avait été autre chose que cet être solitaire et abîmé par la prison. Harry aussi semblait pris de cours et ne répondit rien. Drago pris le temps d'allumer une cigarette avant de continuer :
- Tu as tout à y gagner. Tu fais coffrer deux ou trois Mangemorts supplémentaires, tu rallonges la peine de ceux contre qui Pansy et moi, on peut témoigner, et tu as la gloire et la satisfaction du travail accompli. Et crois-moi que plus vite ce sera fait, plus vite j'arrêterai de vivre la peur au ventre qu'un des fanatiques de Tu-sais-qui débarque pour se venger de ma trahison.
- Alors, c'est ça, qui te motive ? Je t'ai pourtant parlé des programmes spéciaux de protection…
- Passer ma vie sous polynectar dans la campagne irlandaise ? Merci bien.
Voilà une information qu'Hermione découvrait. Les bribes de conversation auxquelles elle assistait ne faisaient que compliquer le puzzle de tout ce qui se passait là où elle n'était pas. Drago avait donc refusé la protection du ministère pour garder son identité et sa liberté de mouvement. Pourtant, il n'en faisait pas grand-chose.
- Alors dis-moi pourquoi tu veux faire ça. Une raison valable, ajouta Harry. Parce que là, j'ai plutôt envie de suivre les tendances paranoïaques de Ron et t'accuser de complot.
- Je l'ai déjà dit. Pansy et moi, on veut se racheter.
- Me sors pas tes foutaises de bon samaritain, Malefoy. Tu es l'homme le plus égoïste que je connaisse, tu as changé de camp pour une fille que tu connaissais à peine et ça a provoqué sa mort.
Tel un coup de poing dans son estomac, les paroles d'Harry résonnèrent longtemps en elle. Alors il n'y avait pas que Ron à le tenir responsable de sa mort ? Pourtant, Harry avait été si clément avec lui pendant le procès… Elle ne comprenait plus rien.
- Je n'ai jamais nié avoir ma part de responsabilité. Je vis avec ça tous les jours, affirma calmement Drago. Mais le marché que je te propose là n'a rien à voir avec ma culpabilité. Rien ne l'apaisera. Beaucoup de gens sont morts ou orphelins par ma faute, aussi indirecte soit-elle. J'essaye de changer, justement, d'aller contre ma nature profonde. Tout ce que mes tripes me crient de faire, je l'ignore, et je me dis : « Qu'est-ce qu'elle aurait fait à ma place ? » Je ne serai jamais une bonne personne. Mais ça ne veut pas dire que je ne peux pas essayer de faire le bien.
Hermione était perplexe. « Qu'est-ce qu'elle aurait fait à ma place ? », se posait-il vraiment cette question ? Elle n'avait jamais été un modèle de moralité. Elle aussi avait parfois recours à des méthodes peu conventionnelles pour arriver à ses fins. Toujours pour la cause qu'elle estimait juste, mais cela ne changeait rien au fait qu'elle n'était pas l'exemple à suivre, ça non.
- Je me rappelle très bien ce que tu m'as dit avant ton procès, fit Harry en s'approchant de la fenêtre. Je sais que tu es persuadé avoir aimé Hermione. Mais vous n'avez jamais échangé deux mots sans en venir aux insultes. Comment pourrais-tu savoir ce qu'elle ferait à ta place, hein ?
Drago écrasa son mégot contre le mur de pierre. Une habitude dégoûtante, aux yeux d'Hermione.
- Honnêtement ? J'en sais trop rien. Mais quand j'imagine le petit ange sur mon épaule, il a son visage. Je sais que c'est bête à dire, mais… Le peu de conscience que j'ai, c'est mes sentiments pour elle qui l'ont fait naître. Un psychomage me dirait sûrement que je projette ce que je n'ai pas su être sur elle. À vrai dire, il me l'a déjà dit. Deux psychomages différents, même. Mais ils peuvent dire ce qu'ils veulent, il n'empêche que j'ai sincèrement envie d'être utile pour la bonne cause. J'ai toujours été un pion dans le jeu de Voldemort, je me faisais balader selon son bon vouloir. Je veux prendre le contrôle de ma vie, maintenant. Je veux faire mes propres choix. Tu as beaucoup à y gagner, et Pansy et moi aussi, en quelque sorte. Si je pouvais retrouver le sommeil un jour, que Merlin m'en soit témoin, je ferais tout pour ne plus être le petit con que mes parents m'ont incité à devenir.
Harry resta silencieux de longues secondes. Hermione pouvait voir les rouages de son cerveau au travail. Il pesait le pour et le contre de ce risque énorme. Il mit fin au suspense avec un immense soupir :
- Je vais accepter le parchemin que vous avez rédigé. Je vais étudier son contenu avec mon équipe et si ça nous est utile, je reviendrais vers toi. Évidemment, si l'on venait à collaborer, tu te doutes que cela devra rester confidentiel, ne serait-ce que pour ta sécurité.
- Je ne suis pas bête, Potter, rétorqua aussitôt Drago. Je ne fais pas ça pour redorer mon image. Je fais ça pour retrouver le sommeil.
Chacun gardait ses distances et la conversation gardait son ton agressif, mais un marché fragile venait d'être passé entre les deux vieux ennemis. Ils retournèrent dans la salle à manger, une Hermione dubitative sur les talons. Cette collaboration allait rendre les choses encore plus étranges qu'elles ne l'étaient déjà. En dénonçant des Mangemorts, Pansy et Drago deviendraient probablement des traîtres à leur sang aux yeux de leur famille. Si elle avait pu s'exprimer, Hermione aurait exigé qu'ils soient tous deux envoyés en sécurité loin du Royaume-Uni, le temps que le calme revienne une bonne fois pour toutes dans le monde des sorciers.
Cette pensée la fit dériver vers sa propre initiative d'envoyer ses parents à l'autre bout de la planète. Elle ne regrettait pas son choix qui lui avait bien facilité la tâche pour se concentrer sur la chasse aux horcruxes, mais elle n'avait jamais imaginé ne plus jamais les revoir… Elle avait beau risquer sa vie auprès d'Harry et Ron, il lui avait fallu longtemps avant de se rendre compte qu'elle était mortelle. À vrai dire, c'était la séance de torture de Bellatrix qui avait été décisive. En se rappelant tourner ses yeux presque aveugles à cause de la douleur et des larmes vers la tache blonde dans un coin de la pièce, vers cet adolescent recroquevillé qui n'aurait pas levé le petit doigt pour interrompre sa tante… Il était difficile de le croire quand il parlait de ses sentiments pour elle.
Et pourtant, elle apparaissait dans ce manoir quotidiennement. Elle ne savait toujours pas exactement pourquoi, mais si c'était causé par l'amour sincère ressenti par une personne à proximité, elle ne pouvait que lui faire confiance, au moins sur ce qu'il ressentait.
La discussion à table avait repris. L'ambiance était toujours aussi lourde. Harry paraissait toujours réfléchir à la proposition qu'on venait de lui faire, alors qu'il répondait par monosyllabes sans lever les yeux du parchemin. Drago finit par apporter le dessert, un cake aux fruits qui était visiblement beaucoup trop cuit, pour ne pas dire brûlé vu la couleur de la croûte. Il servit une part à tout le monde accompagnée d'un tasse de thé. Alors que tous jouaient avec le contenu de leur assiette pour éviter d'en avaler une bouchée de plus, le Serpentard se racla la gorge.
- J'ai une autre faveur à vous demander. Encore une fois, je vous demande d'y réfléchir, même si je sais que vous allez avoir envie de refuser directement.
Ron haussa un sourcil à l'unisson avec sa sœur. Même Pansy n'avait pas l'air d'en savoir plus.
- Je voudrais… Avec votre accord, je voudrais demander pardon aux parents d'Hermione. J'aimerais les rencontrer. Ça pourrait leur faire autant de bien qu'à moi d'en parler. J'en sais trop rien…
Ses trois amis étaient cois. Ils ne s'y attendaient certainement pas. Hermione non plus. Et surtout, elle avait pour une fois une information de plus que les vivants : ses parents avaient émigrés, car ils pensaient n'avoir rien qui les retenait en Angleterre.
- Drago, je… finit par dire Ginny. C'est très louable de ta part mais il y a un problème…
- Je sais bien qu'ils sont moldus et qu'ils ne savent sans doute pas tout, vous pourrez évidemment superviser la visite, renchérit Drago sans attendre.
- Ils ne savent pas qu'Hermione est morte, avoua-t-elle en baissant les yeux. C'est notre choix.
Drago et Pansy restèrent interdits. Hermione avait la boule au ventre. C'était la première fois que ses amis le disaient aussi clairement.
- Quoi ? finit par lancer Drago d'une voix étranglée. Comment c'est possible ?
On se le demande tous, pensa Hermione. Elle allait enfin avoir des réponses sur ce qui la mettait profondément en colère.
- Hermione a fait le choix d'effacer la mémoire de ses parents après la mort de Dumbledore, expliqua Ron. Ils sont partis vivre en Australie. Elle leur a évité de se faire attaquer par ton père et ses amis.
- Ils ne savent pas qu'ils ont une fille, continua Harry. On a décidé ensemble de les laisser continuer leur vie là-bas, sans interférer. Leur rendre la mémoire pour leur dire aussitôt que la fille ressuscitée dans leurs souvenirs est décédée depuis un moment déjà, ce serait de la cruauté pure et simple.
- On est ses meilleurs amis, on pense avoir fait ce qu'elle aurait souhaité, affirma Ron.
Non ! Justement, non ! Ses parents méritaient de savoir la vérité. Et si le charme commençait à s'évaporer, ils allaient retrouver des bribes de souvenirs d'elle, et ce serait profondément traumatisant ! Elle n'arrivait pas à croire qu'ils la connaissent si mal.
- Donc tu comprends bien que ce n'est pas contre toi si on ne peut pas te laisser t'excuser. C'est pour eux qu'on le fait.
La phrase prononcée par Ginny semblait avoir réussi à déclencher la colère de Drago. Il se leva subitement et sa chaise tomba derrière lui dans un grand fracas qui fit couiner Pansy.
- Pour eux ? Vous foutez pas de moi ! C'est pour vous que vous le faites, pour ne pas avoir à affronter leur regard. Hein, avouez !
Hermione était abasourdie. Ses mots plein de violence, de rage, auraient pu être les siens. Pourquoi fallait-il que ce soit Drago Malefoy qui comprenne une chose aussi simple, et pas ses amis ?
- Quelle bande de…
- Hé ! l'interrompit Ginny. Descends de tes grands chevaux, Malefoy, je croyais que tu voulais qu'on ait une discussion civilisée tous ensemble ?
Pansy ricana dans son coin. Hermione devait bien avouer que l'idée d'une conversation sans accroc entre ces garçons-là avait quelque chose d'absurde. Mais Ginny avait fait mouche, car déjà, le visage de Drago tourné vers le sol semblait chercher l'apaisement. Mais de là où elle se tenait, elle pouvait voir qu'il fermait son poing droit assez fort pour que ses jointures blanchissent sous sa peau déjà diaphane.
- J'ai du mal à croire que vous ayez tous passé vos BUSES de sortilèges quand j'entends de telles conneries, c'est tout, annonça-t-il d'une voix grinçante.
- Pardon ? demanda doucement Ginny.
- Tout effet d'un sortilège lancé sur autrui sera amené à s'estomper en cas de mort du lanceur de sort, énonça-t-il comme s'il avait répété cette phrase maintes fois. On apprend ça en troisième année, si je ne m'abuse.
- Et on apprend aussi que cela affecte uniquement les sorciers, rétorqua Ron. Si on devait repasser voir tous les moldus dont les souvenirs ont été modifiés par un oubliator décédé, on serait bien dans la…
- Tu oublies que ce n'est pas un oubliator professionnel qui a lancé le sort, le coupa Drago. C'est une fille de 17 ans, certes très douée, mais qui était sans doute bouleversée d'effacer son existence de la mémoire de ses parents. Nos émotions influencent notre magie. Vous savez au moins quel sort précis elle a utilisé ?
La boule de nerfs dans le ventre d'Hermione ne faisait que grandir. Bien sûr que ça n'avait pas été une tâche facile. Pourquoi fallait-il que ce soit lui qui ait conscience de cela ? Elle avait toujours fait la fille forte devant Harry et Ron, elle ne voulait pas faire peser cela sur l'Élu, qui avait déjà bien assez de poids sur ses épaules. Elle l'avait à peine mentionné devant lui, mais Ron… Ils en avaient bien parlé pendant la fin de leur sixième année. C'était même lui qui avait suggéré l'Australie. Mais d'eux trois, elle savait bien que c'était lui qui appréhendait le plus cette rencontre. Il avait donc suivi les deux autres dans leur idée de les laisser dans l'ignorance la plus totale.
- Ce n'était pas Oubliette, non, admit Ron qui savait très bien ce qu'insinuait Drago.
- Alors, elle a modifié leurs souvenirs, et pas effacé. Elle n'aurait fait ça que si elle avait voulu rétablir la vérité une fois le danger écarté.
- Mais elle n'est plus là pour le faire, dit Harry d'une voix très froide. Alors on a…
- Mais vous vous êtes là, non ? Et eux aussi ! s'énerva Drago, tandis que Pansy tentait de l'apaiser en lui attrapant le bras. À leur place, vous ne voudriez pas récupérer vos souvenirs, peut-être ? Votre vie en Angleterre ? Et s'il y a un risque que des bribes leur reviennent, ça pourrait même être un danger pour la sécurité du monde des sorciers !
C'était un argument auquel Hermione n'avait même pas pensé. Harry non plus, au vu de sa bouche béante. Évidemment, Hermione avait raconté beaucoup de choses à ses parents, ils l'avaient accompagné sur le Chemin de Traverse, cela pouvait être risqué de les laisser sans surveillance dans un pays où les lois sur le Secret Magique étaient encore plus strictes.
- La probabilité que leurs souvenirs reviennent est minuscule, intervint Ron qui était resté silencieux jusqu'ici pour contenir sa colère. On compte faire des check-ups régulièrement pour vérifier que ce n'est pas le cas, et ça vaut mieux pour tout le monde. Si on te rappelait du jour au lendemain que tu as une fille pour t'annoncer juste après qu'elle est six pieds sous terre depuis près de deux ans, tu réagirais comment, hein ?
- Drago n'a jamais dit que ce serait une promenade de santé pour eux, le défendit Pansy. Il dit que c'est la chose juste à faire. Laisser des moldus innocents sous le contrôle d'un sortilège potentiellement instable, c'est…
- Les Granger sont des moldus, l'interrompit Ginny. Ça n'arrivera pas. Hermione avait bien préparé son coup, le sortilège est conçu pour tenir.
- Oui, bien sûr, ironisa Pansy, ça n'est jamais arrivé de voir un des plans d'Hermione échouer. Je vous rappelle qu'elle s'est retrouvée avec une tête de chat une fois.
Merci, Parkinson, de lui rappeler un de ces moments les moins glorieux. Elle se rappelait encore l'envie furieuse de se laver à coups de langue.
- Le sortilège n'est pas plus fiable que ne l'était Hermione dans l'état où elle était en lançant le sortilège. Si vous ne leur rendez pas la mémoire, je… menaça Drago avant d'être interrompu par le poing de Harry qui fit trembler tous les couverts posés sur la table et sursauter Hermione et Pansy.
- C'est une décision mûrement réfléchie par ses proches et approuvée par le Ministère, tempéra fermement Harry. Alors, je ne te permets pas…
- Toi, tu ne me permets pas ? explosa Drago. Qui de nous deux ose retenir deux moldus en otage, hein ? Qu'Hermione prenne la décision de les éloigner pour leur sécurité, c'est une chose, mais là… Ne va plus jamais dire que c'est moi, l'égoïste ici.
- Tu vas baisser d'un ton tout de suite, Malefoy, s'énerva Ron.
La tournure de cette conversation lui déplaisait fortement. Elle détestait apparaître dans des moments où colère ou tristesse accablaient ces amis. Ici, il lui était insupportable de les voir sur le point de s'écharper sans pouvoir intervenir. Elle vit Pansy agiter discrètement sa baguette pour faire léviter sa vaisselle loin de la dispute. Elle aussi flairait que les choses étaient sur le point de dégénérer…
- Je ne crois pas non, pas tant que vous aurez accepté de leur rendre leurs vrais souvenirs !
- Pourquoi tu y tiens tant, de toute façon ? répondit Harry. Tu crois vraiment qu'on va te laisser les rencontrer alors qu'il vienne d'apprendre que ton père a assassiné leur fille ?
- Oui, tu ne mérites pas leur pardon de toute façon, renchérit Ron. Hermione leur a déjà parlé de toi quand tu ne faisais que l'insulter. Si on leur rend la mémoire, ils se rappelleront très bien de ce détail, et là, tu feras quoi, tu leurs joueras la carte de l'amoureux transi, à eux aussi ?
- Tu peux parler, vu le peu de temps qu'il t'a fallu pour tourner la page.
Ron sortit sa baguette, prêt à se jeter sur Drago, mais sa sœur lui arracha des mains avant qu'il n'aille plus loin.
- Calmez-vous, bon sang ! rugit-elle.
- T'es qui pour me juger, Malefoy ? explosa le roux. Arrête de prêcher ta rédemption, on n'y croit pas une minute, t'es toujours le petit fils à son papa véreux qui n'attend qu'une chose : nous le faire à l'envers ! Les lecteurs de la Gazette ont peut-être gobé ta tragique histoire d'amour, mais on sait tous les deux qu'Hermione aurait préféré se prendre un doloris que d'être avec toi. D'ailleurs, elle s'est pris un doloris devant toi. Mais tu devais pas être assez amoureux à l'époque, hein ? C'est qu'à Azkaban que t'as trouvé cette excuse bidon, pas vrai ?
- Crois ce que tu veux, dit froidement Drago. Je m'en fiche de ton avis. Je m'en fiche des lecteurs de la Gazette. Le seul avis qui compte à mes yeux, c'est celui d'Hermione. Et puisque je ne peux pas lui demander pardon, tu ne pourras pas m'empêcher d'avoir la décence de contacter ses parents. Vous n'êtes pas foutus d'être des amis convenables, alors je me dévoue, au moins, c'est moi qu'ils vont détester, vous échapperez à l'annonce.
Drago avait tourné les talons et se dirigeait vers la cuisine. Pour lui, le débat était clos. Hermione était pantoise. Comme il était étrange de voir cette petite frappe sans cœur parler avec tant de conviction de ses parents… Il ne les avait rencontré qu'une fois ou deux, sur le Chemin de Traverse et n'avait pas manqué de se moquer d'eux pendant des semaines après ça, imitant leur yeux éberlués devant la Ménagerie magique. Et aujourd'hui, tout était différent…
- On ne va pas te laisser faire, Malefoy ! Si tu essayes de les approcher…
Tout en proférant sa menace, Ron avait contourné la table et trotta derrière Drago pour lui agripper le bras. Mais aussitôt sa poigne refermée, le roux reçut un coup de poing en plein visage qui surprit tous ceux présents dans la pièce.
- Drago ! couina Pansy.
- Ron ! s'exclamèrent Harry et Ginny en volant à son secours.
Harry éloigna Drago d'un coup de baguette pendant que Ginny se précipitait vers son frère dont le nez était bien amoché.
- Mettons les choses au clair, énonça Drago avec un calme inquiétant. Ma décision est prise. Je suis peut-être en train de me mettre à dos le monde des sorciers une nouvelle fois, mais vous savez quoi ? Je m'en fiche. Pour une fois, je sais que je fais ce qui est bien. Mettez-vous en travers de mon chemin si vous le voulez, mais vous savez aussi bien que moi que c'est la seule chose à faire.
- Tu sais parfaitement que tu as interdiction de quitter le pays, Malefoy, rappela Harry. Comment crois-tu pouvoir faire quoi que ce soit sans mon accord express ?
- Je me débrouillerais. Mon réseau de Mangemorts est peut-être démantelé, ironisa-t-il, mais j'ai encore des cartes dans mon jeu.
Il claque la porte de la cuisine et laissa une Pansy toute penaude raccompagner ses invités à la porte. Hermione hésita à les suivre dehors pour savoir ce qu'ils pensaient, mais se ravisa. Elle traversa le mur et rejoignit Drago. Appuyé contre la gazinière, il s'était allumé une cigarette pour faire redescendre l'adrénaline de la conversation houleuse.
Pourtant, Hermione, elle, se sentait apaisée. La colère avait bouilli dans ses veines à la moindre pensée tournée vers lui, ces derniers temps, mais cette discussion avait changé la donne. Grâce à ce jeune homme qu'elle n'arrivait décidément plus à détester, elle avait une chance de revoir ses parents. Il porta la main à sa bouche pour tirer une bouffée de cigarette. Ses jointures si blanches tout à l'heure avait tourné au rouge sang. Délicatement, Hermione vint les caresser d'un doigt. Il sembla frissonner et ferma les yeux. Elle aimait ces moments où son visage se détendait et où il semblait une toute nouvelle personne. Sans ces yeux aux milles expressions qu'elle ne savait déchiffrer. Cela lui permettait de s'attarder sur ces longues mains, sur son cou si délicat aujourd'hui couvert d'une légère barbe, sur les contours acérés de sa mâchoire qui tranchaient avec ses lèvres d'un rose très doux. Leur couleur lui rappelait le jardin en fleur qui rendait sa mère si fière à chaque printemps. Peut-être allait-elle revoir ses parents. Elle pouvait sentir une chaleur diffuse dans sa poitrine, marque d'un soulagement qu'elle n'aurait pas imaginé être si fort.
Quand il rouvrit les yeux, elle n'essaya pas d'y lire quoi que ce soit. Elle admira la détermination qu'elle y lisait. Le plus lâche des Serpentard venait de réveiller le Gryffondor en lui en se jetant tête la première dans les ennuis, avec cet abandon de soi qu'elle n'aurait jamais imaginé venir d'un Malefoy. Elle avait souvent entendu dire qu'une fois acquise la loyauté d'un Serpentard, on avait toujours quelqu'un à ses côtés. Pour la première fois de sa vie, c'était son cas.
- Merci, Drago, murmura-t-elle en laissant sa main courir le long de son épaule et de son bras.
Il avait une stature différente de l'époque de Poudlard. Durant les longs mois passés à Azkaban, il avait beaucoup maigri et en était ressorti le teint cireux et la peau sur les os, un peu comme Sirius à l'époque. Mais depuis sa libération, il arrivait à Hermione d'apparaître au milieu d'un footing ou d'une partie de Quidditch improvisé contre Pansy dans l'immense jardin des Parkinson. Peu à peu, il commençait à paraître plus en forme, laissant derrière lui son physique élancé d'adolescent et son corps chétif de prisonnier.
Ses lèvres, son cou, ses épaules… Pourquoi s'attardait-elle sur cela ? Dans son ventre se nouait cet étrange mélange de gratitude et d'animosité que seul Drago Malefoy pouvait lui faire ressentir. Non, elle ne pouvait plus se mentir. Ce n'était pas l'animosité qui lui retournait l'estomac. C'était la peur. Hermione Granger était terrifiée que cette haine si facile à expliquer envers Drago ait disparu au profit de… De quoi, justement ? Il y avait ce tourbillon d'émotions dans sa tête qui ravageait toutes ses certitudes. Drago Malefoy était un Mangemort, il avait une tête de fouine, il la détestait, elle le lui rendait bien… Plus rien de ce qu'elle avait tenu pour vrai jusqu'alors ne tenait la route. Et maintenant, que restait-il ? Il y avait toujours ce qu'elle avait pressenti, sans que ça ne l'empêche de le tenir responsable de ses actions : un garçon élevé par un père cruel qui n'avait pu que rentrer dans le moule pour survivre. Et aujourd'hui, le garçon en question s'était définitivement libéré du carcan de son père et avait pris son envol vers ce qu'il aurait peut-être dû être depuis le début. Hermione ne savait pas où cette quête d'identité le mènerait, mais si c'était en Australie pour lui rendre ses parents, elle en serait ravie.
Une nouvelle certitude vint naître tout doucement dans l'esprit d'Hermione alors qu'elle l'observait fumer sa cigarette en silence. Quelque chose qui n'aidait pas à calmer le nœud dans son estomac.
Drago Malefoy était devenu un très beau jeune homme.
Tant qu'à s'avouer cela, elle pensa aussitôt à Ron qui allait couler des jours heureux avec Lavande, elle l'espérait pour eux, en tout cas… Ce n'était pas tant le physique de Drago qui avait changé, c'était son opinion de lui qui venait d'être bouleversée, au point qu'elle remarque tous ses détails qu'elle avait refusé de voir plus tôt. Elle était à présent certaine d'une chose : ce n'était plus de la haine qu'éveillait en elle la vue de ce grand blond aux yeux gris. Mais ce n'était pas de la reconnaissance non plus. Elle se rappela le première fois que Viktor Krum lui avait souri. Une sensation similaire l'avait alors électrisée. Oui, Drago Malefoy était devenu un très beau jeune homme.
Et Hermione Granger avait bien envie d'être la cigarette qu'il venait de porter à ses lèvres.
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