Bonjour à tous !

Ce chapitre commençait à être si long que j'ai préféré le couper en deux. La suite arrive vite.

Bonne lecture :)


Un long mois avait passé et la colère de ses amis ne s'était pas calmée. C'était peut-être la culpabilité qui les empêchait de voir clair et de passer à autre chose. Hermione était apparue lors de nombreuses conversations houleuses impliquant, Ron, Harry ou Ginny avec divers membres de leur entourage, retournant la question du sort d'amnésie encore et encore.

Mais Hermione, quant à elle, vivait très sereinement toutes ces disputes, qui étaient entrecoupées de moments avec Drago Malefoy bien plus amusants. Elle l'avait vu traverser le Londres moldu, complètement abasourdi par le nombre de voitures, de touristes et de panneaux publicitaires pour se rendre à l'ambassade australienne afin d'obtenir un visa. À chaque question, il répondait un long « Euh… » qui la faisait éclater de rire.

Je peux voir votre passeport ? Euh…

Vous avez une photo d'identité ? Euh…

Vous êtes à jour sur vos vaccins ? Mes quoi ?

Drago Malefoy, tout juste vingt ans et un mètre quatre-vingt six, avait donc dû entrer dans un photomaton moldu et subir deux piqûres dans le bras. Hermione ne pouvait plus douter de sa dévotion après ça, elle était juste déçue de ne pas avoir pu partager ce fou-rire avec quelqu'un : se rappeler les yeux de Drago qui s'écarquillaient devant la petite aiguille du médecin la faisait encore glousser.

Mais elle perdait vite le sourire en retrouvant Ginny, seule chez elle une photo de l'Armée de Dumbledore dans les mains, pendant qu'Harry passait de longues semaines loin d'elle à suivre la trace des Mangemorts dénoncés par Drago et Pansy. Son amie n'en menait pas large depuis le fameux repas. Ron non plus. Ils essayaient de se convaincre l'un l'autre qu'ils avaient pris la bonne décision et qu'ils devaient s'y tenir, mais le cœur n'y était pas. Quand Ron avait rendu visite à ses parents pour avoir leur opinion, les yeux humides de Molly en disaient long. Elle comprenait mieux que personne ce que c'était de perdre un enfant.

- Fiston, pour rien au monde je ne souhaiterais oublier Fred, lui avait confié Arthur. Ta mère et moi, on a perdu beaucoup de monde dans cette guerre. On n'en guérit pas, on apprend simplement à vivre avec la douleur. Mais le choc était tellement brutal, je ne savais pas si je serais capable…

Il avait dû ravaler un sanglot. Molly pleurait sans un bruit. Hermione ne supportait pas de les voir si mal. Comme Harry, elle avait considéré les Weasley comme une deuxième famille. Et c'était la seule qu'elle avait la chance de voir aujourd'hui.

Elle se tenait debout dans un coin de la cuisine, sans oser s'approcher de ces parents en deuil, de ce fils sans son frère. Elle aussi sentait une larme… Aïe ! Un violent coup de coude l'avait sortie de sa mélancolie.

- Me dis pas que tu pleures dès qu'ils pleurent ? T'es pas sortie de l'auberge, ma pauvre.

- Fred ! s'exclama Hermione en se jetant dans ses bras.

- Avant qu'ils se ressaisissent, laisse-moi te poser une question.

- Oui ?

- Tu trouves pas ça super bizarre de voir mon père avec cette moustache ?

Hermione éclata de rire. Cela faisait un bien fou.

- Moins que si c'était ta mère.

Ils pouffaient en cœur en observant Molly et Arthur. Fred avait toujours le chic pour trouver de quoi rire dans n'importe quelle situation.

- Ça va, toi ? lui demanda-t-elle.

- L'ambiance est un peu mortelle, blagua-t-il. Mais ça fait du bien de s'éloigner un peu de George. Il n'arrête pas de fricoter avec Angelina, j'ai un sentiment de déjà-vu.

- Ne m'en parle pas, soupira-t-elle. Tu sais que ton frère cadet vit sur un petit nuage avec sa copine loup-garou ?

- Ils sont passés à la boutique plusieurs fois, oui. Dis, tu veux savoir ce que je ferais si j'étais en vie, rien qu'une minute ?

- Dis-moi.

- Je prendrais un balai pour aller voler et au passage, je parsèmerai le jardin de Marais portables. Histoire de laisser un souvenir durable de moi. Ça me manque de voir la petite veine sur le front de maman palpiter au rythme de ses hurlements contre George et moi.

Un sourire se dessina sur le visage d'Hermione alors qu'elle repensait aux pires bêtises des jumeaux.

- Moi, c'est ses tartes qui me manquent le plus, répondit-elle, le regard posé sur Molly qui s'essuyait les yeux dans son tablier. Et ses câlins qui m'enveloppaient et me protégeaient de tout.

- J'ai plus eu droit aux fessées qui nous protégeaient de nous-mêmes. Mais c'était un geste plein d'amour.

- Tu crois qu'on sera là longtemps ?

- Moi, je resterai auprès de George jusqu'à la fin. Pour qu'on se retrouve enfin. Après, on avisera ensemble. Qui sait, on trouvera peut-être le moyen d'aller voir Peeves pour lui donner quelques astuces.

- Il n'en a pas besoin, je t'assure, rit-elle avant de prendre un ton plus grave. Je commence à fatiguer, tu sais. J'ai l'impression de ne partager avec eux que les mauvais moments. La seule personne à me faire encore rire, c'est…

- Moi ? proposa Fred.

- Oui, mentit-elle.

Le visage de Drago qui découvrait le photomaton était ancré au fer rouge dans son cerveau, les yeux ahuris, les yeux fermés, à moitié levé, puis plus dans le champ.

- Essaie de communiquer avec eux, lui conseilla le roux. Ça rend les choses plus faciles. Je suis persuadé que George m'entend parfois. Il croit juste que ce sont ses pensées.

- Alors toi aussi, tu penses qu'on peut influencer le monde des vivants ? s'exclama Hermione.

- J'en sais trop rien. Mais je sais que George choisit toujours ce que je lui dis aux Trois Balais.

Elle se sentait faiblir. Ron, Molly et Arthur reprenaient leurs esprits et changeait de sujet pour s'éviter une nouvelle crise de larme.

- À bientôt, Fred.

- Ici ou ailleurs.

Ils fermèrent les yeux au même instant, chacun happé dans son cauchemar personnel.


- Ron, j'ai eu une idée !

La voix chantante de Lavande réveilla Hermione. Elle tambourinait à la porte de ce dernier. Il apparut en caleçon, pas tout à fait réveillé. Étrange. Avait-il rêvé d'elle ou était-ce Lavande qui l'avait amenée ici ?

La jeune femme déposa un baiser rapide sur les lèvres de son petit ami et se dirigea vers le canapé où elle déposa sa cape, bien trop chaude pour l'été.

- Tu sais quelle heure il est ? bougonna Ron.

- Tu sais quel jour on est ? rétorqua-t-elle.

Tout penaud, il remarqua que la pleine lune venait de se coucher. Hermione avait tout de suite remarqué la griffure sur la main de la jeune femme. À cause, ou finalement grâce à Greyback, une communauté de loups-garous s'était créée en Grande-Bretagne. Ils se retrouvaient dans une forêt dans les Highlands écossais une fois par mois et se tenaient compagnie. Apparemment, des rumeurs commençaient à naître du côté moldu. Arthur Conan Doyle n'avait qu'à bien se tenir.

- On est passés pas loin de Poudlard cette nuit. Et j'ai repensé aux cours. Et je me suis rappelée de la salle de divination. C'est sûrement le côté loup qui avait envie d'envoyer valser toutes les boules de cristal, mais bref. Je me suis dit qu'on pourrait demander au professeur Trelawney de présider une séance !

- Une séance ? demanda Ron.

Il s'était assis sur le canapé et ne parvenait pas à se réveiller, les paupières encore lourdes de sommeil.

- De spiritisme, gros bêta ! Ça fait des semaines que tu te retournes toute la nuit en te demandant ce qu'Hermione aurait voulu. Alors qu'on n'a qu'à lui demander directement !

À la fois dubitative et folle de joie à l'idée de communiquer avec ces amis, Hermione poussa un petit couinement d'étonnement. Lavande Brown, qui n'avait jamais dû avoir un Optimal en sept ans à Poudlard, venait d'avoir l'idée la plus brillante qu'Hermione ait entendu depuis sa mort. Et surtout, une idée à laquelle même elle n'avait pas pensé.

Elle avait beau être très sceptique de la divination et de l'art de lire l'avenir, après avoir vu fantômes, Horcruxes et autres moyens magiques de voyager entre le monde des morts et des vivants, il devait bien y avoir un sorcier ou une sorcière sur cette planète capable d'entrer en contact avec elle. Et s'il s'agissait de Sybille Trelawney, promis, elle ne penserait plus jamais en mal d'elle.

Ron semblait aussi estomaqué qu'elle par l'idée de sa petite amie, qui semblait prête à exploser tant elle était heureuse de sa suggestion.

- Alors, tu en dis quoi ? Je lui envoie un hibou ?

- Euh, oui, vas-y. On verra bien ce qu'elle répond. Je vais en parler à Harry.

Il se dirigea vers la cheminée pour contacter son meilleur ami, Hermione sur les talons, avant de se stopper net et de tourner les talons. Il se jeta sur Lavande, bouche la première, et l'embrassa comme dans un film hollywoodien. Elle gloussait quand il décolla ses lèvres des siennes.

- Merlin ce que je suis chanceux de t'avoir ! rugit-il, toujours en caleçon.

Hermione ne sentait presque plus de gêne face à cette scène. Elle se rappelait avoir senti son cœur tomber de sa poitrine quand elle les avait vu s'embrasser pour la première fois en sixième année. Mais Lavande était une fille bien et Ron méritait d'avoir ce petit sourire niais aux lèvres qu'elle n'avait pas eu le temps de lui donner. Elle l'avait trop souvent vu pleurer pour ne pas apprécier sa complicité retrouvée avec la Gryffondor. Alors une fois encore, elle s'effaça en quittant la pièce et tâcha de réfléchir à ce qu'elle avait à leur dire.


Le rire de Pansy partait dans les aigus dans la pièce d'à côté. Elle avait l'air de tenter de reprendre son calme pour parler, mais son fou-rire était incontrôlable. Curieuse, Hermione se dirigea dans sa direction. La Serpentard était allongée sur le lit de Drago, qui se tenait dans l'embrasure de la porte de sa salle de bain.

- Mais… C'est quoi… ça ? parvint-elle à prononcer entre deux hoquets de rire.

- Arrête de te foutre de moi, répliqua froidement Drago, je me suis renseigné sur leurs coutumes, figure-toi.

Hermione releva les yeux vers lui et explosa de rire à son tour. Drago Malefoy dans un bermuda kaki et une chemise hawaïenne, cela méritait d'être encadré sur un mur.

- Mais regarde tes jambes toutes blanches, on dirait que tu veux te fondre dans le décor de ta salle de bain ! répliqua Pansy, toujours hilare.

Il fallait reconnaître qu'il avait les jambes les plus pâles qu'elle ait jamais vues. Passer d'Azkaban au manoir des Parkinson sans passer par la case bronzage n'était pas du plus bel effet, mais permettait à Pansy et Hermione de rire en cœur.

- Arrête, je te dis, c'est comme ça que les Moldus australiens s'habillent.

- Ah oui, et qui te l'a dit ? Madame Guipure ?

- Je suis allé dans une boutique moldue, je leur ai dit que je partais là-bas et ils m'ont conseillé ça, expliqua Drago en montrant sa chemise avec un air de dégoût.

- De toute façon, t'as pas l'impression d'aller un peu vite en besogne ? Tant que tu n'auras pas convaincu Harry de lever les sorts anti-Portoloins, tu ne pourras aller nulle part.

- C'est là que tu te trompes, fit Drago avec un air narquois qui n'allait pas du tout avec sa tenue. Regarde-ça.

Il sortit d'un tiroir de sa commode ce qui ressemblait à un passeport.

- Je n'ai pas besoin que les sorciers acceptent que je quitte le pays si j'ai l'accord des Moldus. Tant que je n'utilise aucune magie une fois sur place, ils n'en sauront rien.

- Tu n'es pas censé y aller pour leur rendre la mémoire ?

Le haussement de sourcil de Pansy enleva tout sourire sur le visage de son ami. Touché.

- Je… J'aurais qu'à les convaincre de rentrer avec moi et de rétablir leurs souvenirs une fois ici.

- Mais bien sûr, un inconnu débarque chez toi dans cet accoutrement et toi, tu le suis sans sourciller à l'autre bout du monde ?

Drago poussa un long soupir, baissa les yeux vers le motif criard de son haut, mais releva la tête l'air enjoué :

- Tu vois, c'est pour ça qu'on fait une bonne équipe. Tu m'aides à trouver les failles dans mes plans et moi, je m'occupe de les réparer.

- Et c'est quoi, ta solution ?

- Hé, j'ai pas dit que j'allais trouver en un claquement de doigts ! Je dois attendre d'obtenir un document moldu pour partir de toute façon, un vissa.

« Visa, pas vissa ! » avait envie de lui crier Hermione. Personne ne se tromperait de prononciation chez les Moldus.

- D'accord. Et tu seras parti longtemps ? J'espère que tu n'es pas malade en bateau, tu vas en avoir pour des jours !

- Ça prendra le temps que ça prendra. Je vais peut-être me découvrir une passion pour l'océan et tu ne me reverras jamais, taquina Drago.

- Je demande à voir, Monsieur le cachet d'aspirine. Sans potion, je suis sûre que tu ne tiendras pas deux heures sans rendre tes tripes par-dessus bord.

Une fois de plus, la frustration s'empara d'Hermione. Les avions, ça existe ! C'est comme un balai pour 200 personnes, qui n'utilise même pas la magie pour voler ! Écouter deux sangs-purs parler du monde moldu était une expérience amusante, mais elle aurait rêvé de leur rabattre le caquet en leur montrant fièrement tous ce que les Moldus avaient accompli récemment. Elle aurait adoré voir la tête de Drago en découvrant l'existence des escalators ou du métro.

- S'il faut que je vire au vert pour y aller, tant pis, annonça Drago avec sérieux. Je me suis pas lancé dans un tel projet depuis… Depuis l'armoire à disparaître. Honnêtement, ça fait du bien de ne pas se sentir tiraillé par sa conscience, cette fois.

- On a pris la bonne décision, approuva Pansy. Je ne sais pas si je dors mieux la nuit à l'idée d'avoir condamné tous les amis de mon père à Azkaban, mais au moins, je peux croiser mon reflet sans avoir envie de casser tous les miroirs.

Drago rit tristement.

- Il a fallu qu'on tombe bien bas pour en arriver là, hein ?

- On ne peut qu'aller vers le haut.

Le blond traîna des pieds jusqu'à son lit et fit signe à Pansy de se redresser pour qu'il s'assoit à ses côtés. Hermione alla s'adosser à la vitrine face à eux. Sous l'oreiller de Drago, elle apercevait le bord du cadre contenant sa photo. L'agitation de Pansy l'avait fait dépasser. Cette dernière s'en saisit et sans surprise, découvrit le visage de sa vieille ennemie.

- Je devrais remercier Hermione Granger, lança Pansy, les yeux posés sur la photo. Sans ton béguin pour elle, on serait sûrement en prison tous les deux, encore persuadés d'être du bon côté de l'histoire.

- J'aime à croire qu'on aurait fini par se rendre compte que torture, meurtres et génocide n'étaient pas notre tasse de thé. Mais tu as raison, sans l'exemple de Potter et sa bande, on s'en serait aperçu trop tard.

- Je suis contente de n'avoir tué personne, avoua Pansy. Même si j'ai souhaité la mort de beaucoup de gens.

- Parfois, je me dis que c'est trop tard pour moi. J'ai souhaité des morts, moi aussi, mais j'en ai surtout causé. Dumbledore, pour commencer, et ensuite…

Il n'avait pas besoin de terminer sa phrase. Leurs trois paires d'yeux s'étaient tournées vers la photo sur les genoux de Pansy. Hermione détestait qu'on reparle de sa mort. Elle la revivait assez comme ça. Elle préférait les moments doux, légers, auxquels elle n'avait que rarement droit, comme de voir Drago Malefoy en bermuda. Elle aurait préféré que son apparition s'arrête là. Mais non, il semblait que depuis qu'il avait commencé ses préparatifs, Hermione était dans sa tête et dans son cœur à tout moment de la journée. Et on ne pouvait pas dire qu'il avait un quotidien des plus joyeux. Même si ses escapades dans Londres l'amusaient énormément, se réveiller dans sa chambre encore et encore, le voir passer des heures à fixer le plafond au dessus de son lit, comme un ermite qui aurait fait vœu de silence, non, décidément, ce n'était pas ce qu'elle voulait. Savoir que sa pensée emprisonnait ainsi quelqu'un était atrocement douloureux. Harry et Ron pensaient toujours à elle, mais ils ne mettaient pas leurs vies en pause dès qu'ils se rappelaient l'amie qu'ils avaient perdue. Et c'était mieux comme ça. Elle aimait apparaître spontanément dans les conversations, dans les soirées festives, partout sauf dans la chambre silencieuse de quelqu'un qui l'intriguait certes, mais la rendait surtout soucieuse. Allait-il passer sa vie à culpabiliser pour sa mort ? Serait-elle prisonnière de cet amour qui n'était pas réciproque ? D'accord, elle ne le haïssait plus comme avant et avait accepté ses sentiments pour elle, sauf que ça ne changeait pas leur passé commun et le fait qu'ils n'auraient eu aucun futur ensemble eût-elle survécu à la guerre.

Le voir là, assis près de la seule amie qui lui restait, créait en elle un mélange de compassion et de malaise auquel elle ne s'habituait pas.

- Ce qui me tue de l'intérieur, continua Drago, c'est que je me rappelle parfaitement que jusqu'à ce moment-là, je n'avais jamais eu pitié d'aucun des morts. Quand le professeur Burbage est morte, tu sais la première chose qui m'est passée par la tête ? « Pourvu qu'on ne me demande pas de m'occuper du corps. » Je pensais qu'à moi. Et ce qui me fait peur, c'est que dans le fond, je crois que j'ai pas changé. J'essaie de changer, de toutes mes forces, mais dans le fond, à qui ça profite à part moi ? Le monde préférerait que je sois mort. Ce serait pas plus mal.

- Ne dis pas ça, supplia Pansy avant de renifler bruyamment. Moi, j'ai besoin de toi. On est peut-être pas doués pour différencier le bien du mal, mais à nous deux, on fait une bonne équipe, tu te rappelles ?

- Je veux ramener ses parents en Grande-Bretagne, mais pourquoi ? Je veux juste pouvoir m'excuser et passer à autre chose. Plus égoïste, tu meurs.

- T'as l'impression de le faire pour de mauvaises raisons, mais ça reste une bonne action. Tu vas faire ce qui est juste. Je connaissais pas cette fille ni ses parents, mais je sais qu'à sa place, je ne pourrais pas trouver la paix avant de savoir mes parents sains et saufs et de retour chez eux.

- J'arrête pas de ressasser des scénarios dans ma tête, comment je vais leur annoncer, comment ils vont réagir… C'est un vrai mystère pour moi. Je sais à peine à quoi ils ressemblent pour les avoir croisés sur le Chemin de Traverse il y a des années. J'ai envie de le faire, pour eux, pour elle, pour moi… Mais j'ai l'impression d'être un intrus. Que ce serait à Weasley et Potter et pas à la copie conforme de son meurtrier de leur annoncer.

- Sauf qu'ils n'en ont aucune envie, eux, rétorqua Pansy. Je préfère encore entendre ça de la bouche de mon pire ennemi que de quelqu'un qui n'en a rien à faire. Enfin, peut-être pas mon pire ennemi non plus, mais tu as compris l'idée.

Drago haussa les épaules, visiblement perdu. Alors voilà à quoi il passait ces heures de contemplation du plafond ! Cela lui donnait matière à réflexion, à elle aussi. Elle voulait ramener ses parents coûte que coûte. Mais maintenant qu'elle avait une infime chance d'en parler à Harry et Ron, devait-elle leur imposer cette tâche qu'ils redoutaient, ou laisser faire celui en qui elle n'avait aucune confiance pour gérer la situation ?


Après un interlude dans la campagne irlandaise avec Luna, Hermione avait retrouvé Londres et les aventures moldues de Drago. Elle alternait sans cesse entre lui et ses différents amis. Le cas de conscience les amenait à penser à elle. Elle en venait presque à louper les rendez-vous hebdomadaires de Ginny sur sa tombe. Apparemment, Trelawney avait refusé de les aider, prétextant que son troisième œil était brouillé par leurs ondes négatives. Hermione était rassurée. Au moins, ils n'auraient pas affaire à un charlatan et pourraient se tourner vers quelqu'un de plus sûr. Ils avaient fait un premier essai avec un allemand aux yeux exorbités et au crâne chauve qui lui donnaient l'air d'un fou furieux. Cela n'avait pas été concluant, malgré les tentatives désespérées d'Hermione d'entrer en contact avec lui. Elle avait crié à s'en abîmer les cordes vocales – si elle en avait encore – et avait concentré toute son énergie sur cette fichue boule de cristal qu'elle avait tenté de renverser comme en cours de divination en troisième année. Rien n'y avait fait, le contact ne s'opérait pas avec celui-là. Trelawney refusait même d'essayer, mais elle avait consenti à leur donner son carnet d'adresse. Il n'y avait plus qu'à patienter jusqu'à trouver ce qui fonctionnerait. En attendant, les rouages du cerveau d'Hermione tournaient sans cesse. On aurait presque pu voir de la fumée sortir de ses oreilles, si elle n'avait pas été… morte et invisible.

La jeune femme voulait aller à l'essentiel. Si un lien se créait avec quelqu'un, il n'était pas dit qu'elle pourrait avoir une conversation sans fin avec ses meilleurs amis. Il était vital qu'elle fasse le point sur ce qui était nécessaire de leur dire, car elle risquait d'être trop émue pour y parvenir le moment venu.

Sa priorité était évidemment ses parents. Oui, elle leur demanderait de les ramener en Angleterre. Mais elle n'était pas certaine de la façon de faire : les mots de Pansy tournaient en boucle dans son esprit « Ils n'en ont rien à faire, eux. » Hermione savait pertinemment que c'était tout l'inverse, mais qu'ils en avaient justement trop à faire. C'était une douleur immense que de leur imposer une mission qu'ils redoutaient assez pour l'avoir repoussée depuis deux ans, surtout pour une bande de Gryffondor qui avait voyagé à dos de sombrals invisibles après une vision de Harry. Elle en avait conclu que la meilleure solution était de leur proposer de faire appel au Ministère pour envoyer un oubliator professionnel les chercher. Après tout, qui de plus qualifié pour désenvoûter ses parents ?

Et puis, elle voulait trouver le temps de leur dire combien elle les aimait, de donner son aval à Ron et Lavande et de leur confirmer que sa mort était bien vengée par la justice.

Enfin, elle leur demanderait de ne plus jamais la contacter par ce biais. Elle y avait bien réfléchi. C'était une torture pour elle de les voir sans pouvoir interagir, mais elle devait les laisser aller de l'avant. Tant qu'ils se raccrocheraient à la possibilité de lui parler, ils vivraient dans le passé. Elle ne se faisait pas de soucis pour Harry, mais Ron l'inquiétait : il venait de retrouver un semblant de normalité auprès de Lavande, mais elle savait que cette interaction allait le bouleverser autant qu'elle. Alors elle sacrifierait son seul lien avec eux, car après tout, le moins ils penseraient à elle, le plus vite elle passerait à la prochaine étape de sa mort. En espérant que ça ne consiste pas à revivre sa chute en boucle sans les pauses du monde des vivants. Tout le monde serait gagnant, pensait-elle avec une certaine amertume.

Un jour, elle eut la surprise de se réveiller à l'orée de Poudlard, auprès du professeur McGonagall. Cela lui fit chaud au cœur de la voir bien portante, avec son petit air pincé qui cachait un grand attachement à ses élèves. Elle avait toujours eu beaucoup de respect et même d'affection pour la directrice de sa maison. Savoir cela réciproque lui permettait de se dire qu'elle n'avait rien à regretter à Poudlard et que l'école était en de bonnes mains.

Le professeur se recueillait sur le mémorial de la Bataille de Poudlard. Hermione la laissa là pour aller observer le château qui avait vu ses dernières heures.

Elle apercevait Rusard un peu plus loin, et Hagrid devant sa chaumière. L'école était déserte, car le soleil de juillet brillait au-dessus de leur tête. Les tours se tenaient toutes là, dignes, les pierres ne se doutant pas du nombre de sortilèges qui avaient été nécessaires pour leur rendre leur aspect initial. Poudlard se tenait devant elle, à quelques centaines de mètres, et elle était heureuse de voir que la vie y avait repris son cours. Lorsque le professeur passa les grilles qui menaient au château, elle se sentit partir. Mais elle n'allait pas très loin, et soudain, retourner dans ce Poudlard de cauchemar lui faisait moins peur, car elle avait pu voir le phénix renaître de ses cendres.


Lorsque Ginny remportait un match haut-la-main, il lui arrivait souvent de penser à Hermione juste après. Cette dernière n'avait jamais compris pourquoi, car elle n'était pas particulièrement férue de Quidditch. Cela dit, elle était toujours ravie de voir son amie extatique, riant avec ses amies dans les vestiaires ou courant dans les bras de ses frères qui la soulevaient en scandant son nom. Quand Hermione se retrouva en bas des gradins cette fois-ci, elle n'eut qu'à lever les yeux vers le tableau des scores pour comprendre que la tendance avait changé. Les Pies de Montrose menaient largement et venaient d'attraper le vif d'or. Une défaite cuisante pour les Harpies qui laissaient présager l'humeur de leur plus jeune Poursuiveuse de l'équipe.

Une tempête rousse se posa une dizaine de mètres plus loin et salua ses adversaires avant de se diriger vers les vestiaires en aidant une batteuse qui boitait. Hermione jugea plus sage de la laisser se calmer et débriefer avec son équipe et regarda les gradins se vider. Le public arborait surtout des visages piteux, ce qui laissait entendre à Hermione qu'elle se trouvait à Holyhead. Au milieu des spectateurs déçus, un visage connu se détacha. Ses grands yeux bleus et ses cheveux blonds étaient reconnaissables entre mille : Luna marchait paisiblement en direction de la porte que Ginny avait claquée un peu plus tôt. Affublé de son air rêveur qui avait tant agacé Hermione par le passé, la Serdaigle opta elle aussi pour attendre Ginny dehors. Elle s'assit sur le petit banc où s'était aussi installée Hermione.

- C'était un beau match, même si elle a perdu.

Il n'y avait rien d'étonnant à ce que Luna parle toute seule. Mais Hermione voulut se prendre au jeu :

- Ginny avait l'air plus énervée que le jour où Ron l'a traitée de morveuse devant Harry, répondit-elle.

Les yeux perdus dans le vide, Luna ne paraissait pas l'avoir entendue, ni les cris de la capitaine dans le vestiaire.

- Depuis que je suis morte, continua-t-elle, je me dis que j'ai été dure avec toi. J'étais persuadée que tu avais tort sur toute la ligne. Après tout, si ce n'est pas écrit dans un livre, comment vérifier que c'est vrai ? Mais maintenant que je suis là, coincée dans cet entre-deux dont les vivants ne savent rien, je voudrais te demander pardon… Tu as été là pour Harry, pour nous tous, et dans le fond, je ne t'ai jamais fait confiance.

Le sourire paisible de Luna lui donnait espoir qu'elle entende ses paroles, ses excuses.

- Pardon. Et merci de m'aimer malgré tout.

- Huit heures tapante sur le terrain ! tonitrua une voix dans les vestiaires.

Hermione sursauta quand la porte s'ouvrit en trombe. Plusieurs joueuses sortirent en trombe. Leur amie était l'une d'elle, s'éloignant d'un pas énervé.

- Ginny ! appela la Serdaigle de sa voix douce en la suivant au petit trot.

- Oh, excuse-moi, Luna, je t'avais oubliée, soupira Ginny en se retournant, avant de rajouter à l'attention de ses coéquipières : continuez sans moi, on en reparle demain.

Les deux jeunes femmes se dirigèrent vers un gradin pour s'asseoir, Hermione sur leurs talons.

- Tout va bien ? demanda Luna en chemin.

- Gwenog vient de nous mettre sur le banc de touche pour les trois prochains matchs. Apparemment, on manque de cohésion dans nos stratégies, ça se voit qu'on est que remplaçantes et blablabla...

Elle prit une grande respiration et expira lentement. Luna ne dit pas un mot jusqu'à ce qu'elle sente son amie moins tendue.

- Est-ce que ça veut dire que tu pourras manquer l'entraînement un de ces jours ?

- Probablement, pourquoi ?

- Harry m'a parlée de ce que vous essayez de faire et j'ai peut-être une solution.

Luna pouvait-elle vraiment avoir un moyen de la contacter ? Un moyen qui n'incluait pas la présence de nargoles, ou de sniffer de la poudre de corne d'éruptif, au moins ?

- Tu te rappelles de Rolf ?

- Comment l'oublier ? rétorqua Ginny avec un clin d'œil. Il ne t'a pas quitté des yeux du repas, vous êtes trop mignons tous les deux.

La défaite semblait derrière elle. La perspective de pouvoir lui parler avait rendu à Ginny sa joie de vivre. Elle avait toujours eu un bien meilleur caractère qu'elle.

- Rolf a une cousine qui s'appelle Esther. Elle vit aux États-Unis, je ne l'ai pas encore rencontrée, mais apparemment, elle aurait le pouvoir de capter les émotions des gens.

- Les capter ? Mais qu'est-ce que ça a à voir avec Hermione ?

- Apparemment, elle pense pouvoir canaliser nos ondes cosmiques pour entrer en communion avec le monde des morts.

Hermione était très sceptique, elle n'avait jamais entendu parler d'une telle chose, et pourtant tous ses espoirs reposaient sur cette dénommée Esther.

- Quand est-ce qu'elle peut venir ? s'enthousiasma Ginny. Harry pourra l'autoriser à arriver par Portoloin, je suis sûre.

- Je dois lui confirmer qu'on est intéressés et elle fera au plus vite. Mais ça prendra un peu de temps pour que mon hibou la trouve, elle est partie en retraite avec des shamans moldus pour apprendre à contrôler son don.

- Des shamans ? firent Ginny et Hermione en cœur.

Ginny ne connaissait pas le mot, mais Hermione oui, et cela ne faisait que renforcer ses doutes sur la crédibilité de cette inconnue.

« Ne nous la fais pas à l'envers » la menaça-t-elle dans sa tête. Elle détestait cette sensation d'espoir qui s'insinuait à nouveau en elle… Elle avait trop peur d'être à nouveau déçue.

Devant elle, ses deux amies rayonnaient. L'espoir était bien moins douloureux à porter pour elles et la joie leur allait bien au teint. Luna arborait toujours un air rêveur et des joues un peu rondes, mais elle s'était affirmée dans son style vestimentaire, et même si ses bottines orange citrouille n'étaient pas à son goût, Hermione y voyait là une nette amélioration comparé à l'époque où elle se baladait pieds nus dans les couloirs en pierre de Poudlard. Ginny, elle, était devenue une belle jeune femme. Son physique athlétique, ses tâches de rousseur et son grand sourire devaient faire craquer plus d'un supporter. Les voir toutes les deux côte à côte, à la fois semblables à celles qu'elle avait connues et déjà si différentes, lui rappelait qu'elle n'avait pas changé d'un pouce. Enfin, elle se l'imaginait, puisqu'aucun miroir ne la reflétait.

À quoi ressemblerait-elle aujourd'hui ? Peut-être se serait-elle coupée les cheveux pour paraître plus âgée et gagner en autorité dans tous les combats qu'elle aurait voulu mener au Ministère. Peut-être porterait-elle une jupe de temps en temps pour faire plaisir à Ron, même si elle préférait le confort des pantalons. Peut-être aurait-elle voulu profiter de la vie en s'empiffrant de bonbons et aurait repris les kilos qu'elle avait perdus pendant leur recherche des Horcruxes.

- Dépêche-toi de la contacter alors, et préviens-moi dès que tu as des nouvelles, conseilla Ginny. Comme ça, je fais passer le message pour cette histoire de Portoloin. J'espère tellement que ce sera la bonne ! J'ai vraiment envie de lui envoyer toutes mes ondes cosmiques !

Hermione ressassa une nouvelle fois les points importants qu'elle espérait pouvoir aborder. Plus que quelques jours avant d'être fixés.


À son grand regret, les jours se transformèrent en semaines. Elle se morfondait dans tous les instants du quotidien, n'espérant qu'une chose, voir un hibou toquer à la fenêtre de chez Luna pour lui déposer une réponse de cette fameuse Esther. L'attente redoublait ses espoirs.

Le printemps avait laissé place à l'été et le mercure explosait tous les records, ce qui pour les britanniques qu'ils étaient, égalait à trente degrés à l'ombre. Elle ne ressentait pas la canicule, mais Hermione voyait bien la chaleur étouffante abrutir ses amis. Elle avait envie de les secouer un bon coup, qu'ils se décident à traverser l'Atlantique eux-mêmes pour aller dégoter cette Esther, ou qu'ils arrêtent de patienter sagement qu'elle réponde et partent à la recherche d'un autre médium.

Pour une fois, son aura rafraîchissante ne semblait pas leur déplaire. Elle s'était même permise d'enlacer Ron et Harry une fois ou deux. C'était très maladroit, elle leur passait un peu à travers, mais le cœur y était et elle appréciait qu'ils ne se détournent pas au premier frisson.

Elle avait même suivi le clan Weasley dans leur sortie à la plage un samedi. Elle avait pu voir le bébé de Bill et Fleur, avec ses grands yeux bleus et son sourire charmeur. Harry avait emmené Teddy. Elle l'avait vu de temps à autre, mais sa présence lui rappelait toujours avec un pincement au cœur que ses parents n'étaient plus de ce monde. Il changeait de couleur de cheveux dès que quelqu'un le prenait dans les bras. Harry, Ron et Luna s'amusaient à se le passer juste pour tester sa rapidité d'exécution. Ginny était intervenue à temps avant que le petit garçon secoué dans tous les sens ne rende son repas.

Hermione était attendrie de voir Teddy dans les bras de son parrain. Harry n'avait jamais eu de petit frère ou de petite sœur, mais il s'occupait de lui avec tellement d'enthousiasme et d'amour que sa maladresse passait inaperçue. Harry Potter était devenu l'homme le plus patient du monde. Il fera un bon père, se disait-elle.

Et puis soudain, ses yeux se fermèrent et à peine eût-elle croisé les yeux de son meurtrier qu'elle se réveilla, loin du sable et de la Manche. Elle apercevait la Tamise au loin et devina au paysage urbain qu'elle était rentrée à Londres. Les Moldus autour d'elle avaient tous la démarche affairée typique de la capitale. Ils lui passaient à travers sans avoir le temps de réagir à sa présence. À quelques mètres d'elle, la foule se séparait en deux files pour contourner un obstacle sur le trottoir. Elle s'approcha en se calant sur leur rythme et reconnut bien vite la silhouette de dos du seul sorcier qu'elle pouvait imaginer croiser dans une rue bondée, l'air hagard, une carte gigantesque de Londres déployée dans les mains.

Une dame d'un certain âge s'arrêta à son niveau.

- Je peux vous aider, monsieur ? demanda-t-elle gentiment.

Drago releva la tête et l'espace d'un instant, Hermione vit son corps se raidir à l'idée de parler à une Moldue. Les vieilles habitudes sont dures à combattre.

- Oui, merci, c'est gentil à vous. Je cherche Balmes Road.

- C'est très simple, vous prenez la prochaine à gauche, expliqua la moldue en traçant le trajet avec son doigt sur la carte, vous continuez sur cinquante mètres et vous tournez dans Downham Road. Ensuite, ce sera la troisième à gauche et vous serez arrivé à destination !

Un déclic sembla se faire dans le cerveau de Drago. Avait-il enfin compris le fonctionnement d'une carte moldue ? Les sorciers avaient toujours besoin de s'imaginer que le monde moldu était incompréhensible, alors que c'était plutôt l'inverse. Hormis les dernières avancées technologiques, comme l'ordinateur qu'elle avait pu tester l'été avant qu'elle efface la mémoire de ses parents, les objets moldus avait des fonctions et des utilisations bien plus basiques que tout ce qu'elle avait pu découvrir depuis ses onze ans. Une carte était une carte, il n'y avait pas à y aller par quatre chemins. Elle se rappelait encore les capacités de la Carte du Maraudeur et le nombre de lois sur la protection de la vie privée qu'elles violaient dans ce monde.

Drago avait remercié la vieille femme et repris sa route. Il suivait scrupuleusement les indications de la Moldue et s'arrêtait à chaque angle pour vérifier le nom des rues. Amusée, Hermione le suivait à quelques mètres de distance. Enfin, le nom sur le panneau sembla le satisfaire et il rangea sa carte pour se concentrer sur les vitrines des magasins. Occupée à flâner, elle ne le vit pas passer la porte d'une boutique et continua son chemin jusqu'à sentir la sensation douloureuse qu'elle commençait à trop tirer sur le lien qui l'unissait à quelqu'un. Elle fit demi-tour et le chercha des yeux. Mince, c'était la première fois que ça lui arrivait ! Elle ne s'était jamais perdue dans une foule auparavant. Si elle s'éloignait trop, elle risquait de replonger malgré elle dans la bataille de Poudlard alors qu'elle appréciait cet intermède dans son monde. Elle sautillait sur place pour le chercher dans la foule, mais aucune tête blonde ne dépassait. Enfin, elle l'aperçut en tournant la tête vers les vitrines : à travers l'une d'elle, elle le vit assis face à une jolie rousse qui pianotait sur son clavier. Elle leva les yeux pour voir où il était entré : « Agence de voyage Hurlingham ». Elle traversa la porte et s'approcha de lui. La jeune femme s'était lancée dans une grande explication que Drago semblait avoir du mal à suivre.

- … Et vous en auriez donc pour plus d'une semaine d'escale au Cap. Alors que si vous prenez l'avion, vous aurez au maximum 24 heures à Hong Kong entre vos deux vols. Donc même si la voie maritime peut vous sembler une option moins coûteuse, si l'on prend en compte le temps d'escale, cela vous revient moins cher d'opter pour l'avion.

Le sorcier avait l'air complètement perdu, pour le plus grand plaisir d'Hermione. Imaginer Drago au décollage était encore plus hilarant que de l'imaginer au bout d'un escalator.

- Mais… J'ai le droit à l'avion avec ça ? demanda-t-il en agitant son passeport.

- Oui, monsieur, confirma la jeune femme avec un sourire poli.

- Et ça marche comment ?

- Pardon ?

- L'avion. Non, parce que d'après la photo derrière vous, ça a l'air de voler. Sauf que vous ne savez pas voler, si ?

Il agita son doigt en direction du papier peint de l'agence de voyage, qui représentait un avion au milieu des nuages. Hermione éclata de rire. Sa question ridicule désarçonna l'employée, qui resta bouche bée quelques instants avant de se reprendre :

- Moi aussi, j'ai parfois du mal à comprendre comment des tonnes de métal peuvent être propulsées dans les airs. Mais je vous avoue que mes cours de sciences physiques sont loin derrière moi. Tout ce que je peux vous dire, c'est que les risques d'accidents sont minimes. Vous avez plus de chances de gagner au loto que de vous crasher.

- Au loto ? demanda Drago, qui ne connaissait pas ce mot.

- Eh oui ! s'exclama la jeune femme, qui pensait avoir fait mouche avec son argument.

Décidément, Drago Malefoy était une grande source de divertissement.

- Va pour l'avion, alors, finit-il par dire.

- Très bien. Vous réglerez comment, monsieur ? Par carte ou par chèque ?

- Avec des billets, c'est possible ?

Il sortit de sa poche une énorme liasse de billets de cent livres. Les yeux de la jeune employée s'écarquillèrent devant la somme d'argent. Drago avait dû se rendre à Gringotts pour l'échanger. Pour lui, cela ne représentait pas grand-chose.

- B… Bien sûr, monsieur.

Elle se concentra sur son écran d'ordinateur pour se ressaisir.

- Ça fera donc 954 livres pour l'aller. Vous avez choisi une date pour le retour ?

- Non, je verrais ça une fois sur place, merci.

Elle recompta les dix billets qu'il venait de lui tendre. Même Hermione n'avait jamais vu autant d'argent liquide d'un coup. Il ne devait pas comprendre l'effarement de la jeune femme, car il tapotait d'impatience sur l'accoudoir de sa chaise.

- Je… Je vais aller chercher votre monnaie, expliqua la rousse en se levant.

- Pas la peine. Gardez le reste. Sans vos conseils, j'aurais passé des semaines à m'ennuyer sur un bateau.

Elle bafouilla un merci et piqua un fard. À force de le voir au quotidien, Hermione en avait oublié combien il pouvait être attirant. Enfin, c'était difficile à oublier, disons plutôt que son aversion pour lui l'avait toujours aidé à ignorer ce fait. Maintenant qu'elle savait qu'il avait envie de se racheter, la tempête qui grondait en elle à la vue des yeux perçants si semblables à ceux de son père laissait place peu à peu à une légère brise. Juste assez pour lui rappeler qu'une appréciation esthétique de Drago restait purement platonique et avant tout motivée par les heures passées à ses côtés. Rationnellement, cela ressemblait plus au Syndrome de Stockholm qu'autre chose.

Ayant cela en tête, elle comprenait donc la jeune employée qui battait des cils en tendant son billet à Drago. Quand on ne savait pas qui il était, difficile de ne pas être sensible à la courbe de sa mâchoire et de ses joues, qui ne servait qu'à mettre encore plus en valeur le bleu-gris de ses yeux. Mais elle ignora ce visage qu'elle avait appris à connaître pour se concentrer sur le billet tendu. La date du 16 août était indiquée en gras. D'après ses calculs, il devait donc rester un peu plus d'un mois avant le grand départ de Drago.

Le temps pressait pour que ses amis parviennent à la contacter. Si Drago se faisait attraper par le Ministère à vouloir quitter le pays sans autorisation préalable, il risquait un séjour à Azkaban. S'il parvenait à faire le voyage, elle n'était pas certaine d'avoir envie que ce soit lui qui rende la mémoire à ses parents. Mais voulait-elle vraiment l'en empêcher pour autant ? Un Oubliator qui ne connaissait rien à sa situation saurait-il mieux faire ? Pour la première fois depuis deux ans, elle allait avoir son mot à dire et ne savait même pas ce qu'elle voulait. Un comble.


Elle se réveilla face au soleil qui se couchait derrière les collines ô combien familières qui entouraient le Terrier. Elle pouvait voir de l'agitation dans la cuisine à travers la fenêtre.

Le jardin des Weasley n'avait pas changé d'un pouce. Les dernières lueurs du jour lui laissèrent apercevoir un gnome se faufiler entre les hautes herbes. Sur ses talons, un monstre prêt à en découdre. Sa fourrure d'un orangé vif ne laissait aucun doute quant à son identité. D'une voix étranglée, elle s'exclama :

- Pattenrond !

Aussitôt, le félin assoiffé de gnomes arrêta sa course. Les oreilles tendues, il semblait à l'affut de la voix de sa maîtresse.

- Pattenrond, c'est moi.

En quelques pas rapides, elle l'avait rejoint et se pencha à sa hauteur. Il n'avait pas bougé. Elle tendit une main pour le caresser.

Un ronron très sourd s'échappa de l'animal alors qu'elle lui passait la main entre les oreilles, comme elle l'avait fait pendant des années.

Elle n'avait pas vu son chat depuis des années. Au détour d'une conversation, elle avait appris par Molly qu'il avait déserté le Terrier. Lorsqu'ils étaient rentrés chez eux après la Bataille de Poudlard, il était demeuré introuvable. Comme s'il avait su qu'Hermione ne rentrerait plus. Elle se rappelait le choisir dans la ménagerie, à la grande horreur de ses parents, au milieu de chats tous plus adorables les uns que les autres. Mais immédiatement, Pattenrond lui avait fait l'effet d'un miroir : ébouriffé de partout, l'œil vif, très bavard… Ils s'étaient adopté l'un l'autre. Ses origines de Fléreur expliquait sans doute qu'il sente sa présence à ses côtés.

Merlin, ce que ce petit nez retroussé avait pu lui manquer.

- Mais… Ce ne serait pas Pattenrond ? se demanda une voix derrière elle.

Molly était sortie mettre un gâteau à refroidir et piailla de joie quand le chat se précipita vers elle pour réclamer quelques caresses.

- Je suis tombée sur lui près de la rivière, l'autre jour, expliqua Luna sur le pas de la porte. Il avait la queue toute abîmée.

Hermione constatait en effet que la touffe qui lui servait de queue était bien plus éparse. Molly, qui raffolait pourtant bien moins des chats qu'Arthur ou Ginny, accueillit Pattenrond comme un roi. Elle hésita même à lui permettre de manger à table avec eux, mais se ravisa en voyant les gros yeux de son mari. Ils avaient invité leurs voisins à manger et les Lovegood étaient installés en bout de table. Hermione se posta près de Luna, captivée par sa conversation avec son voisin, un jeune homme qu'elle ne connaissait pas, dont l'accent américain lui laissait entendre qu'il s'agissait de son fameux petit ami.

- … et elle m'a prévenu qu'il ne fallait pas se faire trop d'espoir, parce qu'elle n'avait jamais essayé avant et qu'elle ne comprend pas bien sa faculté.

Il parlait en appuyant ses mots de grands gestes qui brassaient l'air et manquèrent de faire tomber son verre rempli de jus de citrouille.

- Oui, acquiesça Luna de sa voix douce.

- J'ai vraiment hâte que tu la rencontres, tu sais. Je ne lui envie pas son don, mais elle en a fait une grande force. Tu te rends compte qu'elle a été promue … Je crois que votre équivalent, c'est langue-de-plomb ? Elle a fait des recherches sur l'Occlumancie, mais depuis qu'elle est au Congrès, tout ça, c'est top secret. En tout cas, je peux te dire que c'est impossible de lui cacher un truc. Quand on avait dix ans, j'ai plus ou moins mis le feu à sa poupée préférée et j'ai eu beau camoufler les preuves de mon crime, j'étais incapable de ne pas y penser devant elle. Elle l'a su direct. Donc tu imagines les parties pas du tout palpitantes d'échecs sorciers qu'on a pu faire.

Luna le regardait bavasser avec ses grands yeux plein de tendresse. Pattenrond vint se poser sur ses genoux et Hermione en profita pour lui gratouiller à nouveau le sommet du crâne.

Elle avait compris que la fameuse Esther, cousine de Rolf, avait accepté de faire le déplacement pour leur séance de spiritisme et il lui fallut quelques minutes avant de rendre compte que ses joues lui faisait mal tant son sourire était grand. L'espoir se muait en impatience.

- Alors comme ça, tu as de la famille qui te rend visite ? demanda Molly en servant une louchée de ragoût à Rolf.

- Oui, ma cousine.

- Tu dois avoir hâte de la rencontrer, Xenophilius.

- Oh tu sais, répondit ce dernier en se tapotant la bouche avec une serviette en coton beige, elle vient pour une visite éclair. Son permis de Portoloin n'est que de vingt-quatre heures, ils ont durci les réglementations, pas vrai, Gilbert ?

Un homme affublé de deux cornes proéminentes répondit d'un hochement de tête vigoureux.

- Alors, je pense qu'une rencontre avec la belle-famille n'est pas au programme, surtout le temps qu'elle contacte Hermione, ajouta-t-il avec un regard tendre pour sa fille.

- Pardon ? fit Molly d'une voix blanche. Le temps qu'elle fasse quoi ?

- Allons bon, ne me dites pas que j'ai mis les pieds dans le chaudron, Molly.

Les yeux de Luna s'étaient teintés d'une légère panique. Hermione ne comprenait pas : ni Ginny ni Ron n'avaient pensé à mettre leurs parents au courant de leurs intentions ?

Luna et son père firent un résumé rapide de la situation aux Weasley dans un silence glaçant, car les autres voisins n'osaient plus prononcer un mot en voyant la fureur de Molly enfler à chaque information qu'elle apprenait. Ils savaient pour les parents d'Hermione restés en Australie, mais le visage sidéré d'Arthur lui fit vite comprendre que les efforts de Drago Malefoy pour aller à l'encontre de leur décision leur était aussi inconnu que les recherches sur la voyance que leur petite bande s'était fixé comme objectif.

- Il y a vraiment des beuglantes qui se perdent.

La colère froide de Molly intima le silence à l'assemblée. Rolf se tortillait sur sa chaise et lançait des regards de détresse à Luna, qui gardait son calme :

- Molly, je pense qu'il vaudrait mieux qu'on en parle tous à tête reposée, je vais prévenir les autres, on peut se donner rendez vous demain soir chez mon père pour en parler, suggéra-t-elle.

Un terrain neutre, bonne idée, cela les aiderait à garder leur calme. Arthur s'empressa d'accepter pendant que Molly continuait de bouillir. Les voisins ne savaient pas où se mettre, hormis Xenophilius qui avait l'air ravi à l'idée de recevoir de la visite.

Pour éviter d'exploser face à ses invités, Molly prétexta aller chercher le gâteau qu'elle avait mis à refroidir dehors. Quand elle passa à côté d'elle, Hermione l'entendit marmonner :

- Du calme, Molly. Tu vas les remettre sur le droit chemin et ils oublieront leur plan infect.

Le pincement au cœur qui suivit provoqua en elle un sentiment bien trop familier. Ron qui se moquait d'elle en première année. Son Épouvantard qui la rabaissait pour ses mauvaises notes. Le médaillon qui lui donnait des idées noires. Rejetée par sa mère d'adoption dans le monde magique, Hermione se sentait encore plus seule et abandonnée que jamais.


L'assemblée extraordinaire du lendemain opposait Arthur et Molly, qui n'avait pas décoléré, à leurs enfants dans leurs petits souliers, Harry et Luna. Hermione s'était installée un peu en retrait, préférant lire l'ébauche du prochain article du Chicaneur qu'assister à leur échange faussement poli. Harry meublait la conversation en donnant à Molly des nouvelles de Teddy. Rolf avait vite prétexté une lettre à envoyer pour quitter la pièce à l'atmosphère palpable. Il croisa Xenophilius qui venait leur proposer une part de cake. Ce qu'Hermione pensait être des fruits confits semblait encore se tortiller après la cuisson et tout le monde s'empressa de refuser poliment.

Elle laissa échapper un long soupir. Tous ces débats, ces disputes que sa mort provoquait... Ce n'est pas ce qu'elle souhaitait. Elle détestait être source de tension, surtout quand elle n'avait pas son mot à dire. Mettre son grain de sel, tempêter, s'insurger, ça oui, c'était son fort. Mais rester dans un coin pendant que d'autres devraient à tout va ce qui était le mieux pour elle, très peu pour une fille comme Hermione.

Son attention se reporta sur Harry quand elle entendit son prénom.

- C'est une question épineuse qui mérite des mesures exceptionnelles. On sait que c'est tabou, mais...

- Harry, l'interrompit Arthur d'une voix autoritaire, je sais que tu n'as pas toujours conscience des règles de notre monde. Ce ne sont pas des choses écrites noir sur blanc dans un manuel de Poudlard. Mais vous trois, vous savez qu'il y a des choses qui doivent rester de l'ordre du réalisable et pas du réalisé.

Son calme contrastait avec les hochements de tête énergiques de Molly. Hermione appréciait qu'il se soit désigné porte-parole. Elle se sentait toujours aussi peinée que ses parents de substitution s'opposent à ce qu'elle souhaitait le plus.

Elle se rappelait encore la conversation que Ron avait eue avec ses parents quelques temps plus tôt. Leur compassion avec le chagrin de leur fils n'était qu'un lointain souvenir quand elle voyait la colère briller dans leurs yeux.

- On ne parle pas de lancer un sortilège impardonnable non plus, protesta mollement Ron.

- On a tous perdu quelqu'un à qui on aurait envie de poser ne serait-ce qu'une question, admit Arthur. Mais il faut que vous compreniez qu'ils sont mieux là où ils sont. Les arracher à leur repos éternel, c'est interdit.

- On la dérangera une seule et unique fois.

Le ton ferme d'Harry impressionnait Hermione. Il ne se laissait pas marcher sur les pieds. Elle était peinée de voir Arthur et Molly s'entêter dans leurs croyances sans queue ni tête. Après tout, le repos éternel, c'était du pipeau. Si elle s'endormait, c'était pour revivre sa mort. On faisait plus tranquille.

Mais elle sentait une touche de mauvaise foi poindre dans son esprit. Si elle n'avait pas à subir cette condition, qu'elle était encore en vie et dans l'ignorance comme eux, elle savait qu'elle se serait rangée de leur côté. Dans le fond, les règles du monde magique étaient claires et même si elle les avait parfois ignorées, cela ne semblait pas justifié pour un problème aussi personnel.

Elle se rappela l'histoire des trois frères et de sa morale concernant la pierre de résurrection. Seulement, c'était bien plus facile de la trouver juste et vraie quand on n'était pas soi-même mort.

- Qu... Quand j'ai perdu mes frères, hoqueta Molly, j'étais folle de chagrin. Leur mort était profondément injuste. Avec mes cousines, on a tout fait pour les contacter. Finalement, on a abandonné et j'ai compris que je n'avais fait que repousser leur mort. Il faut que vous fassiez le deuil d'Hermione, les enfants. Elle ne reviendra pas.

Ginny, qui était restée étrangement silencieuse jusqu'alors, éclata en sanglot. Luna passa un bras autour de ses épaules et Harry glissa sa main dans la sienne.

- T'as raison, maman. On veut repousser l'inévitable. Cette histoire, c'était qu'un prétexte pour moi. Je suis persuadée qu'elle voudrait laisser ses parents vivre paisiblement en Australie. Je n'ai pas besoin de lui parler pour le savoir.

Si !

- Drago Malefoy nous a fait douter et on en a profité pour mettre au point ce plan stupide... Je suis désolée de vous avoir caché ça.

Hermione était chagrinée de voir son amie en larmes, mais la colère dominait : comment pouvait-elle croire qu'elle aurait souhaité laisser vivre ses parents dans ce mensonge instable ?

Molly accourut pour rassurer sa fille et l'entourer de ses bras potelés. Harry et Ron échangèrent un regard que seule Hermione aperçut.

- C'était une idée en l'air, tempéra Harry. Le plus important, c'est qu'on soit tous d'accord sur ce qu'Hermione aurait voulu.

Ron répondit d'un hochement de tête discret. Arthur tendit un mouchoir à Ginny qui continuait de sangloter dans les bras de sa mère.

Et pendant ce temps-là, la frustration d'Hermione s'était transformée en fureur. Non ! Ils n'allaient pas baisser les bras si près du but ? Où étaient passés ses amis Gryffondor, qui se fichaient des règles dès qu'il le fallait ? Et pourquoi insistaient-ils pour passer pour des amis minables qui ne la connaissaient pas du tout, alors qu'ils avaient été tout le contraire jusque là ?

Des larmes de colère lui chatouillaient les yeux. Elle laissa échapper un cri de frustration. Son poing sur la table ne fit pas le moindre bruit mais l'article de Xenophilius s'envola un peu plus loin. Leurs regards se tournèrent à l'unisson vers le bout de parchemin qui se posait sur le sol.

Cela sembla donner à Harry le courage de dire ce qu'il pensait vraiment :

- Mais rester sans rien faire, c'est un risque que je ne suis pas prêt à prendre. J'ai déjà envoyé un Oubliator de Melbourne pour vérifier que le sortilège fonctionne toujours. C'est une sécurité, Harry tempéra, mais on n'est pas certains que ça suffise. Je dois me concerter avec mon patron sur la marche à suivre.

Molly se détourna de Ginny, les yeux humides et les traits tendus :

- Moi je vais vous le dire, ce que vous devez faire. Laisser Hermione tranquille ! On ne dérange pas ceux qui nous ont quitté au moindre doute !

Arthur hocha la tête en approbation de sa femme.

- Maman... lança la voix fébrile de Ron après un regard à Harry. Il ne s'agit pas que d'Hermione. Mets-toi à leur place. Est-ce que tu préférerais ne jamais avoir connu Fred ou savoir que tu l'as perdu ?

Les yeux de ses parents papillonnèrent pour en chasser les larmes. Ron les avait pris par surprise en leur rappelant le dilemme impossible qu'il leur avait déjà posé. L'espace d'un instant, d'un battement de cœur plus douloureux que les autres, Hermione sentit la présence de Fred près de son père.

- Je... balbutia Molly.

- Nous, on est incapables de répondre à cette question, continua Ron. On n'est pas parents, on n'est pas de leur famille. On a voulu les protéger mais... quelqu'un... nous a fait douter de notre décision. Et plus on attend pour choisir pour de bon, plus on prend de risques qu'ils l'apprennent de la mauvaise manière.

Hermione comprenait le sous-entendu à Drago, mais elle l'ignora. Elle se rappelait pourquoi elle était tombée amoureuse de Ron. Il savait trouver les mots justes, quand il s'y mettait. Arthur n'avait pas l'air de son avis :

- Ne mêle pas ton frère à ça. Ce n'est pas à Hermione de faire ce choix. Elle n'est plus là. Elle n'a plus son mot à dire. S'il y a un risque pour le Secret Magique, ce sera à la brigade des Oubliators de prendre cette décision. Et s'ils décrètent que le sort va tenir, la décision vous revient, mais puisque votre choix semble déjà fait, il n'y a plus à tergiverser.

Harry et Ron baissaient les yeux, résignés. Ginny était encore secouée par un sanglot de temps à autre.

- Moi, je voudrais demander à ma mère sa recette de confiture au Horglup, souffla Luna, qui n'avait pas encore pris la parole.

Sa remarque ne récolta aucun commentaire. Mais les regards en disaient long. Arthur et Molly pensait que Luna était de leur côté en prouvant que tout le monde avait une raison futile de contacter un mort. Mais les autres, qui la connaissaient mieux, observaient son visage teinté de tristesse et savaient qu'elle les suivrait coûte que coûte. Hermione pouvait l'imaginer, quelques temps après la mort de sa mère, ouvrir un placard, y trouver le dernier pot préparé par sa mère avec amour et réaliser qu'elle ne pourrait plus jamais en étaler sur ces tartines.

Luna avait accepté la mort de sa mère bien avant qu'ils deviennent amis, cela faisait partie intégrante de son identité. Hermione avait mis du temps à comprendre cette fille si étrange, qui se faisait malmener par tout Poudlard sans leur en tenir rigueur. Elle débordait trop de compassion pour ça. Personne ne comprenait mieux qu'elle ce déchirement de perdre un parent. Harry et Neville avaient eu de la chance de la rencontrer.

Dans cette recette, il y avait l'au revoir qu'elle ne pourrait jamais partager avec sa mère. Mais elle répétait souvent qu'elle sentait sa mère veiller sur elle. Hermione en avait la certitude, à présent. Alors c'est en elle que reposait tous ses espoirs de réparer le lien avec ses parents. Harry croisa son regard et hocha la tête. Marché conclu.

Le soulagement inonda Hermione.

Finalement, c'était peut-être tout ce qui lui manquait pour trouver la paix et passer à la prochaine étape. Ce n'était pas une histoire de punir un coupable, de calmer la rage et l'injustice qui l'habitait face à une mort prématurée. Dire au revoir à tous ceux qu'elle aimait, cela suffirait.

Le cœur léger, elle retrouva la guerre qui en finirait bientôt.


Quand elle apparut au milieu de Poudlard, à la recherche d'Harry et Ron, elle aperçut de loin deux têtes rousses à l'autre bout de la cour. Trolls et acromantules la séparaient des jumeaux Weasley. Fred était mort quelques minutes plus tard, lui aussi.

Leur conversation lui revient à l'esprit tandis qu'elle vivait mécaniquement les événements qui conduisaient à sa chute.

"Tu veux savoir ce que je ferais si j'étais en vie, rien qu'une minute ?"

Elle se retourna la question à elle-même. Elle allait pouvoir communiquer une dernière fois avec ses meilleurs amis, ramener ses parents en Angleterre, c'était le plus important.

En une minute, on pouvait faire tant de choses et si peu à la fois.

Sans doute aurait-elle pris tous ses proches dans les bras, un à un. Peut-être aurait-elle tenté d'expliquer son état à quelqu'un, partagé son secret de la vie après la mort.

Elle sentirait le soleil sur sa peau, la fatigue sur ses traits, la vie dans ses veines.

Elle se contenterait d'un au revoir en bonne et due forme.

Ou peut-être emmènerait-elle Drago Malefoy à la NASA pour un dernier éclat de rire.