Merci pour votre accueil du premier chapitre ! Beaucoup d'entre vous n'ont pas encore tout compris... C'est normal, ça viendra ;) Certains ont déjà des propositions très proches de ce à quoi va ressembler cette histoire, qui se renouvelle à chaque chapitre... Mais y'en a une, elle a tout su en avant-première de quoi il en retournait, alors que j'en étais au balbutiement de l'écriture, hein ma Clélia ;p Je te dédicacerai le chapitre écrit chez toi dans ta cuisine x)
Par contre, juste pour info, si vous voulez du joyeux, du gai, du mignon, du tendre... Bah ne restez pas ici. je vous assure. Et ne revenez pas avant le 25 décembre xD Parce que le gentil mignon, c'est pas du tout au programme de mon Calendrier, même si c'est Noël ! xD Allez plutôt lire celui de Mundachee et Mudomo, je suis sûre qu'il est nettement plus doux que le mien, qui est un concentré de sadisme et ce que l'humanité a fait de pire !
Mais si vous êtes d'accord avec le sadique et que vous êtes encore là... Bonne lecture ! :D
(Faites attention aux dates ! On est revenus en arrière par rapport au premier chapitre !)
2 Décembre – Egypte Antique – Thèbes – -1470 av. JC
La chaleur de cette journée était écrasante, encore plus que d'habitude, mais cela n'empêchait pas John de courir à travers les couloirs du Palais. À l'âge de bientôt vingt-cinq ans, il était un médecin réputé, et il avait été appelé en urgence au Palais royal. Cela ne lui était jamais arrivé, jusqu'à hier. La cour possédait un attirail de médecins, aux spécialités diverses, sous les ordres du médecin-chef, médecin généraliste. Jusqu'alors, jamais il n'avait eu besoin de faire appel à quelqu'un d'extérieur.
Mais la petite princesse Néférouré, fille de la grande Reine Hatchepsout, était malade. Et l'un des médecins du Palais était un ancien ami de John, qui avait fait ses classes avec lui, avait suggéré de faire appel à lui pour obtenir un avis complémentaire. Les médecins de la cour étaient tous très compétents, mais John était spécialisé en maladie infantile.
Il avait été reçu la veille, par la grande Reine. Pharaon son époux brillait par son absence, mais cela n'avait rien changé. Derrière la femme magnifique, parée des plus beaux autours, John avait vu la Reine. Et avait compris toutes les rumeurs qui disaient que la fine fleur de l'Égypte était le Dieu incarné. Ils avaient raison. Qu'importait le Pharaon, Seigneur et Maître de l'Egypte, au pouvoir divin et incontesté. Le Dieu, c'était elle, il fallait être fou pour la décevoir. John était allé au temple juste après l'entretien, prier les Dieux de lui accorder la connaissance pour venir en aide à la petite princesse, et ne pas décevoir la maîtresse suprême de leur pays, sans quoi il ne donnait pas cher de sa peau.
Cela aurait dû probablement être l'évènement le plus important de la vie de John. Puis son univers avait basculé, lorsque la Reine l'avait congédié.
– Allez, maintenant. Je reçois mes architectes, désormais. Je veux édifier un temple pour ma fille, qu'elle contemplera et chérira, quand elle sera en âge.
John avait parfaitement compris le message sous-jacent : l'enfant ne devait pas mourir.
Mais c'était réellement quand il avait quitté la pièce, quand il avait franchi les immenses portes de la salle du Trône, que le monde avait changé d'axe. Les deux hommes qui y entraient après lui ne lui avaient jeté qu'un bref regard, mais cela avait suffi pour qu'il se sente mal. Il avait chancelé, la tête brutalement lourde et douloureuse, un voile noir devant les yeux.
Le souffle coupé par la douleur, il s'était raccroché à une colonne pour ne pas tomber, et il avait senti posés sur lui les regards suspicieux des gardes. John avait tenu bon. S'il s'effondrait là maintenant, la Reine Hatchepsout ne lui ferait sans doute pas confiance pour soigner sa fille. Un médecin malade n'inspirait pas confiance !
Alors il avait tenu bon, repoussant la douleur et l'obscurité qui envahissait ses yeux. Lentement mais sûrement, au bout de plusieurs heures, la souffrance avait reflué, et il avait récupéré sa lucidité. Et avec elle, un pan enfoui de sa mémoire.
Il devait le retrouver. Parce que le compte à rebours a commencé.
C'était pourquoi le lendemain, après avoir examiné la petite fille royale, à l'heure de la sieste où tout le Palais s'engourdissait sous la chaleur, il courait à travers les couloirs.
– Le quartier des architectes du Temple de la Princesse Néférouré ? demanda-t-il à un valet, une fois parvenu à proximité.
Le jeune garçon haussa les épaules. Il ne savait pas. John n'osait pas prononcer le nom qu'il cherchait, et qui enflait dans sa gorge. Il ne se sentait pas autorisé à le prononcer tant qu'il ne l'aurait pas revu. John insista, lui décrivit l'homme qu'il cherchait. Le regard de l'esclave s'illumina lorsqu'il mentionna les yeux clairs, plus bleus que le ciel d'été. Et, avec emphase, lui indiqua une direction.
John n'hésita pas et reprit sa course, jusqu'à parvenir aux appartements mentionnés. Il ne chercha pas à se présenter ou se faire annoncer. Il pénétra dans la pièce, et retint son souffle.
Le bleu nuit rencontra le bleu glace, et il sut.
– Sherlock... murmura John, le cœur à l'agonie.
Mais l'architecte en face de lui ne sembla pas, dans un premier temps, le reconnaître. Il se prit cependant la tête dans ses mains, laissant échapper un gémissement de douleur. John, mû par une habitude qu'il ne connaissait pas, se précipita vers lui, le prit dans ses bras, cherchant à atténuer sa souffrance de par sa seule présence.
– Je suis là, Sherlock, souffla-t-il, serrant contre lui l'autre homme.
– John, lui répondit l'architecte dans un murmure.
Et le médecin se sentit de nouveau complet, entier, bercé dans l'étreinte d'un homme qu'il n'avait jamais vu de toute sa vie, mais qu'il connaissait pourtant par cœur. Ils restèrent serrés l'un contre l'autre un moment, sans rien dire, se contentant de se regarder bêtement, d'écouter les battements de cœur irréguliers de l'autre, avant que John n'ose franchir le stade de non-retour. Ses lèvres trouvèrent celles de son amant, tandis que ses yeux se fermèrent pour mieux apprécier les sensations.
Un profond sentiment de retour chez soi envahit le médecin tandis que les lèvres jumelles répondaient à son baiser, de manière d'abord douce, puis de plus en plus voraces. Une partie de l'esprit de John voulait parler, essayer de comprendre les sentiments qui l'étreignaient et qui étaient dénués de sens, si on y pensait logiquement. L'autre partie éclipsa tout le reste, et il approfondit le baiser, dévorant la bouche consentante, insinuant sa langue pour venir chercher celle de son compagnon, tandis que sa main, elle, s'insinuait sous les vêtements de l'architecte.
L'avantage des pagnes et des toges drapés qu'ils portaient tous les deux, était que cela se défaisait rapidement. En quelques minutes à peine, le lin froissé s'étalait par terre, et les bijoux étaient ôtés, provoquant des doux bruits de tintinnabulement en tombant. Quand, enfin, leurs corps nus s'épousèrent l'un contre l'autre, John fut de nouveau assailli par cette violente sensation de retour chez soi, d'habitude. Sa langue vint se poser naturellement contre la gorge de son amant. Dessinant lentement, sans en avoir conscience, la forme particulière que formait les grains de beauté de son amant à cet endroit-là.
Sans en avoir conscience, l'architecte saisit le poignet gauche de John, caressant la peau tendre marquée par une légère constellation similaire.
Quand leurs corps, embrasés par un feu qu'ils ne maîtrisaient pas, se murmurant des mots qui n'auraient pas dû avoir du sens dans cet univers où ils ignoraient tout de l'autre, s'unirent enfin, John se mit soudain à pleurer. Ce n'était pas de la douleur. Ce n'était pas du plaisir. C'était l'absolue certitude que dans cinq jours, tout cela allait leur être violemment arraché.
– Est-ce que tu comprends quelque chose ? demanda timidement John, nu contre son amant, au fond de son lit, une fois remis de leurs émotions.
– Non, avoua Sherlock, l'aveu semblant le brûler.
– Moi non plus. Je ne te connais pas. Je ne t'ai jamais vu. Mais je t'aime.
Il n'avait aucun doute à prononcer ces mots, dont ils ne doutaient pas. Ils les avaient murmurés mille fois à l'oreille de l'autre.
– Je t'aime aussi, répondit l'architecte, de manière automatique, mais néanmoins passionnée. Mais je n'arrive pas à me défaire de cette sensation de te connaître, toi, mais d'ignorer tout de qui tu es. Je sais... je sais qui tu es en tant que personne. Je connais ton corps. Tes émotions. Tes pulsions. Ton sens de la justice. Ton besoin de protéger le monde entier. La nécessité vitale de conserver une énergie dans ta vie, pour lui donner du sens... Je connais ton nom.
– Mais j'ignore tout de toi. De ton passé, de ta famille, de ton métier, de ce que tu fais. Je pourrais reconnaître ta voix entre mille, mais je ne l'avais jamais entendue avant aujourd'hui.
Le médecin se redressa, faisant face à son amant, le bleu nuit contre le bleu glace, et de nouveau cette sensation l'étreignit.
– Et je sais que tu vas mourir. Ou que je vais mourir, je ne sais pas.
Sherlock sursauta, surpris.
– Mourir ? Pourquoi ?
Le médecin secoua la tête de dénégation.
– Aucune idée. Je le sais. Je le sens. Comme tout le reste. Comme si se rencontrer, c'était notre destin... pour mieux mourir ?
– Ça n'a aucun sens.
– Parce que se connaître sans s'être jamais rencontrés, tu trouves que ça en a ? répliqua-t-il sarcastiquement.
Et en le disant, il savait déjà comment Sherlock allait réagir. Il ne se trompa pas. Un sourire étira les lèvres fines de son compagnon, adoucissant le visage arrogant et taillé à la serpe, les pommettes hautes et acérées.
– Ce n'est pas faux, reconnut-il. De quoi tu te souviens ? Enfin, si souvenir est le bon terme.
John hocha la tête. Lui aussi aurait employé ce mot. Il avait des images précises dans la tête, qui semblaient appartenir à une autre existence, mais qui étaient à la fois les siennes, comme une réminiscence d'un passé dont il ignorait tout.
– De toi. Partout. Tout le temps. De l'herbe verte à perte de vue, aussi.
Sherlock grimaça.
– Aucun indice sur ce qui pourrait nous intéresser. Savoir comment on en est arrivé là.
– Non. Toi non plus ?
– Non. Je ne comprends même pas où nous pourrions être, cela ne ressemble en rien à l'Égypte, ou aux terres et aux peuples qui nous entourent !
John n'avait pas besoin de le regarder pour deviner qu'il était furieux contre lui-même. Sherlock haïssait ne pas comprendre. Il le savait. Sherlock était, avait été, cultivé, et le plus intelligent d'eux deux. John l'acceptait. S'il ne savait pas, le médecin n'avait aucune chance de le savoir. Il n'essayait même pas. Il n'avait jamais quitté l'Égypte. Il était même né et avait grandi à Thèbes, et n'avait jamais franchi les frontières de la capitale. Les images dansant devant ses yeux tenaient plutôt du délire, selon lui. L'Égypte ne pouvait pas ressembler à cela. C'était impossible.
– Est-ce vraiment si important, au final ? Je ne sais pas qui tu es, mais ça ne m'empêche pas de t'aimer. Autant en profiter, non ?
Sherlock n'était manifestement pas d'accord avec cela. Mais il céda aux yeux bleu nuit de son amant, et l'embrassa délicatement, comme une promesse. Quelle importance cela pouvait-il avoir de ne pas savoir d'où leur venait ses étranges pensées qui les poussaient l'un vers l'autre. Il avait tout le temps du monde pour le découvrir et en profiter.
Les jours suivants se passèrent dans une brume étrange. John assurait le suivi de la petite Néférouré, qui allait de mieux en mieux. La grande Reine avait convoqué le médecin, et l'avait personnellement remercié, l'enjoignant à poursuivre ses efforts et à guérir complètement l'enfant atteinte de coliques.
John s'occupait de ses patients, également, et le soir venu, retrouvait l'architecte de la Reine. Ils partageaient alors discussions, disputes, et leur couche. Comme s'il en avait toujours été ainsi. Comme si cela était parfaitement normal. Sherlock détestait avoir tort, et n'hésitait pas à le faire savoir haut et fort. John n'aimait pas qu'on l'empêche d'exprimer son point de vue. Ils se disputaient presque autant qu'ils s'aimaient, animés par les mêmes pulsions.
Au soir du cinquième jour, John marchait d'un pas guilleret en direction de la chambre de son amant, quand il entendit deux servantes murmurer, catastrophées, comme si le plus grand malheur du monde venait de s'abattre sur le Palais. Chemin faisant, les rumeurs enflaient, et les bruits allaient bon train, sans que John n'en comprenne un mot.
Sherlock, qui savait toujours tout, n'était pas dans ses appartements pour l'éclairer sur cette drôle de situation. Perplexe, car être en retard n'était pas le genre de l'architecte, John se mit en quête de son amant à travers les couloirs. Il ne le trouva pas. En revanche, il tomba sur son confrère médecin, qui l'avait recommandé pour le traitement de la Princesse Royale.
– Peux-tu me dire ce qui se passe ici ? Je ne croise que des gens bouleversés.
– Ne sais-tu pas ? Le temple de la Princesse Néférouré... Il y a eu un accident, alors que les architectes de notre Reine inspectaient les travaux. Hékay est gravement blessé, tous les médecins sont à son chevet, mais Horus l'appelle inexorablement.
– Et l'autre ? murmura John d'une voix blanche, le visage pâle et une sueur glacée le long de l'échine.
– Sherlock ? Anubis l'a accueilli dans son royaume immédiatement. Il n'a pas souffert, et les embaumeurs sont à l'œuvre.
John ne répondit rien. Cinq jours s'étaient écoulés, et l'amour de sa vie était mort, comme il l'avait prédit.
Prochain chapitre : Rome Antique – Capoue – -380 av. JC
Reviews, si le coeur vous en dit ? :)
