Je réponds à quelques trucs dans le désordre :
- Ne cherchez pas trop à vous prendre la tête sur des détails, c'est juste des petits textes pour l'Avent, y'a pas grand chose à comprendre ^^
- Je me suis pas inspirée de Cloud Atlas parce que je sais pas ce que c'est ^^'
- Merci pour votre accueil ça me fait au chaud au coeur et ça me pousse à me battre encore et toujours pour vous offrir ça en temps et en heure ! :) Et continuez d'aller lire Mundanchee et Mudomo pour moi qui n'ait pas le temps de le faire ! ;)
- Bravo à ceux qui devinent les époques selon les dates annoncés ! Aujourd'hui par exemple, une date bien spécifique ;p
Sinon, j'en profite pour faire la RaR de l'anonyme Schtroumpfette, sur le chapitre 11 (10 Décembre) :
Répétitif ? Entièrement. J'assume totalement. C'est pas un texte travaillé à fond, c'est une excuse pour écrire sur 24 époques différentes une histoire similaire, pour faire voyager des âmes soeurs à travers les lieux et les époques, en lisant des petits textes tous les jours jusqu'à Noël. Bien sûr que c'est répétitif. Si cela t'ennuie, je ne t'oblige pas à lire.
Je peux entendre la critique et le fait qu'on n'aime pas mes textes et mes écrits, ça ne me fait rien et j'aime débattre sur le pourquoi du comment. En revanche, je pense qu'un minimum de respect de ta part serait le bienvenue. Il est bientôt 1h du mat, je bosse demain, j'ai une vie professionnelle extrêmement dense en ce moment et je suis en train d'écrire ça et d'uplaoder des chapitres pour avoir une micro avance, pour continuer de publier chaque matin et offrir à mes lecteurs ce cadeau. Alors oui, j'assume totalement le côté répétitif de la chose, et c'est une critique que je peux entendre et pour laquelle je n'ai pas de défense puisque c'est prévu ainsi. Mais faire preuve d'un peu de respect, rien qu'en disant bonjour par exemple, me paraîtrait être justifié pour récompenser l'implication et le travail de l'auteure que je suis, que tu aimes ou non le texte et l'histoire. Merci de ta review, et bonne journée.
Bonne lecture !
11 décembre – Paris – 25 août 1572
Il y avait des morts partout, et cela empestait. Les cadavres, que personne ne se donnait vraiment la peine d'évacuer, empestaient. Pourtant, ils n'étaient pas là depuis longtemps, mais leur nombre important suffisait à devenir très odorant. Sherlock en avait le cœur au bord des lèvres. La folie humaine n'avait-elle donc aucune limite ? Son frère, qui l'avait élevé depuis le décès prématuré de leurs parents (personne ne croyait réellement en cette théorie, pas même Sherlock, pourtant âgé d'une dizaine d'années à l'époque des faits), lui avait bien appris à ne jamais avoir confiance en un autre être humain qu'eux deux, et c'était ce que Sherlock avait fait. Il n'avait jamais fait confiance à quiconque. Cela ne l'empêchait pas d'être atterré, aujourd'hui, par la stupidité crasse de ses concitoyens.
Et de plus, la situation venait de radicalement changer, depuis que les massacres avaient commencé, la veille. Au contraire de son aîné, Sherlock ne s'était jamais intéressé aux jeux de pouvoirs, et n'avait aucune idée de ce qui s'était produit. La seule chose qu'il avait comprise était que des milliers de cadavres jonchaient les rues, parce qu'ils avaient eu le malheur d'avoir une religion différente des autres. Sherlock avait déjà vécu ça. Et ça c'était plutôt mal terminé. Il était inquiet. Et dans une situation pareille, il n'avait qu'une seule personne à qui il pouvait s'adresser.
– Mycroft ! Tu es là ? Mycroft ?
Il montait quatre à quatre les marches de leur hôtel particulier en plein cœur de Paris quand une porte s'ouvrit sur le palier du premier étage, révélant son frère aîné sortant de son bureau.
– Sherlock, je t'ai déjà dit de ne pas hurler. C'est grossier, le réprimanda-t-il.
Mycroft était devenu son tuteur légal quand il avait dix ans, et son frère dix-neuf. Depuis, presque une quinzaine d'années s'étaient écoulées et Mycroft le traitait toujours autant comme un enfant.
– Oui, Mycroft, répliqua-t-il d'un ton obséquieux et exagérément poli qui ne trompait absolument personne, et surtout pas son frère.
– Tu avais besoin de moi ? lui demanda son aîné.
Sherlock ne répondit pas, mais atteignit enfin le palier, et s'engouffra dans le bureau lourdement décoré de son frère, sachant pertinemment que celui-ci allait suivre et refermer la porte derrière lui. Ce qu'il avait à dire à son grand frère devait se faire sans public.
– Qu'est-ce qu'il y a, Sherlock ?
Mycroft avait clairement perçu dans les mouvements désordonnés et vifs de son frère son anxiété et sa nervosité.
– J'ai une question. Ou deux.
– Pose la première.
– Est-ce que nous sommes protestants ?
La religion n'avait jamais vraiment intéressé Sherlock. Il savait ce qu'il devait dire, et quand, mais n'avait jamais songé à apprendre l'étiquette qui lui était attribuée. Au vu des récents massacres, perpétrés depuis la veille, jour de la Saint Barthélémy, la question avait soudainement son importance.
Mycroft soupira profondément en se laissant tomber dans son fauteuil de bureau.
– Il était temps que tu t'en préoccupes, marmonna-t-il. Pour te répondre, non, nous sommes bien évidemment des bons catholiques.
– Uniquement parce qu'actuellement, ce sont les protestants qui se font massacrer, c'est ça ? répondit sarcastiquement Sherlock.
Son frère n'avait jamais cru en Dieu, comme lui, de cela il en était sûr.
– Tu me blesses, mon frère, s'insurgea faussement Mycroft en portant sa main à son cœur, surjouant l'air choqué. Nous sommes de bons catholiques parce que j'ai estimé depuis longtemps que c'était le meilleur moyen pour que nous restions à l'abri de ces querelles stupides. Il va de soi, cependant, que si les choses avaient évolué dernièrement, nous serions devenus des protestants convaincus. J'ai juré de te protéger, petit frère, et c'est ce que je fais.
La flamme de la résolution brillait dans les yeux de Mycroft, et Sherlock savait que cela, au moins, était vrai. Ils n'étaient que tous les deux au monde, et Sherlock pouvait compter sur son aîné pour assurer ses arrières. Il avait passé plus de temps à faire des bêtises et traîner dans les mauvais endroits que l'inverse, et n'avait jamais craint pour sa vie. Mycroft pouvait lui hurler dessus autant qu'il voulait, il le protégerait toujours, quels que soient les sacrifices à faire pour cela. Meurtres, trahisons, chantages et autres extorsions de fonds étaient monnaie courante dans le monde de Mycroft, qui exerçait pouvoir et manipulation sur la ville.
– Comment on en est arrivés là ? demanda Sherlock en s'approchant de la fenêtre.
Il n'y avait pas de cadavre dans leur rue. Mais Sherlock n'avait pas besoin de les voir pour avoir encore le souvenir de l'odeur de la mort dans les narines.
Mycroft haussa un sourcil surpris.
– C'est ta deuxième question ? Tu veux vraiment que je t'explique les relations politiques entre Catherine de Médicis, notre reine-mère, Charles X, son fils, notre souverain, et Gaspard de Coligny, qu'on a tenté d'assassiner il y a trois jours ? Que je te rappelle le traité de Saint-Germain-En-Laye, i peine plus de deux ans ? Que je te narre l'impact du mariage de Marguerite de Valois avec un prince protestant, Henri de Navarre, il y a sept jours ? Que je t'explique la décision prise à huis clos par notre souverain avant-hier soir, confiant la direction des opérations militaires au duc de Guise et au duc d'Aumale ? Connais-tu au moins tous les noms des forces en présence, que je viens de te citer, et qui ne représentent qu'une partie des enjeux qui se jouent en ce moment ? Souhaites-tu vraiment cela, Sherlock ? Car je crains que le temps de tout t'expliquer, tout sera déjà fini depuis longtemps.
Sherlock n'avait pas la moindre idée de la moitié des noms cités par son frère. Il lui laissait bien volontiers la politique. Il savait qu'ils avaient un Roi, et connaissait son nom, mais préférait s'arrêter là. Le reste ne l'intéressait pas.
– Non. Je m'en moque éperdument. Je sais que tu as déjà tout fait pour assurer notre sécurité, n'est-ce pas ?
Mycroft hocha la tête.
– Je veux que tu me retrouves quelqu'un. Et je veux que tu le protèges, quoi qu'il en coûte. Si tu fais ça pour moi, je t'obéirai toute ma vie durant. Je le jure.
L'air foncièrement sérieux de Sherlock, ainsi que la grandiloquence de sa déclaration, de la part du jeune homme qui avait toujours refusé l'autorité, poussèrent Mycroft à considérer sérieusement la question. De la main, il invita son cadet à s'assoir en face de lui, ce qu'il fit de mauvaise grâce.
– Qui, Sherlock ? Et pourquoi ? Je ferai mon maximum, mais il faut que tu m'en dises plus.
Sherlock se mordit la lèvre. La veille, alors que le massacre avait commencé, il s'était retrouvé pris à parti dans le conflit, et dans une foule dense. C'était à ce moment-là que ça s'était produit. La douleur, la migraine, l'évanouissement. Le retour de sa mémoire. Hier encore, il ne savait rien, et aujourd'hui il portait chevillés au corps un désir et un amour dévorants pour un homme qu'il ne connaissait pas.
S'il se fiait à des souvenirs qui n'étaient pas les siens, mais qui avaient dû l'être, en toute logique, dans ce mouvement de foule, il avait dû croiser John, apercevoir son regard, le retrouver. Alors le compte à rebours a commencé à cet instant. Mais depuis, Sherlock y avait passé sa nuit à chercher, au mépris du danger, sans succès. Et une profonde douleur lui brûlait les veines, comme s'il ressentait physiquement le manque de son amant. Comme si le retrouver sans le serrer dans ses bras était en train de le tuer lentement. Sherlock était habitué à la douleur, et savait n'en rien laisser paraître, mais l'intensité augmentait d'heures en heures, et il avait besoin d'aide. Il était arrivé au maximum de ses possibilités.
– Tu ne vas jamais me croire... commença-t-il lentement. Mais...
Sans surprise, Mycroft l'avait traité de fou. C'était la première fois, si Sherlock se souvenait bien de ses vies précédentes, qu'il racontait cette histoire dingue qu'ils vivaient à quelqu'un d'autre. Cela ne les concernait que lui et John, et ils n'avaient jamais eu besoin de convaincre quiconque, eux ressentant intensément la vérité au fond d'eux-mêmes. Sherlock n'avait sans doute pas été très bon pour trouver les mots et expliquer la situation à son frère. Certains détails particulièrement frappants avaient semblé marquer Mycroft, mais il n'avait pas cru Sherlock pour autant. Il avait sans doute raison. Si on avait expliqué ça à Sherlock, lui non plus ne l'aurait pas cru. Toute sa rationalité lui hurlait que c'était impossible. Mais la douleur était là, et la mémoire avec elle, et Sherlock ne pouvait douter.
Mais qu'importait que son frère aîné ne croie pas en cette histoire absurde de réincarnation et de mémoire vieille de plusieurs siècles. Il avait promis de retrouver John, et c'était tout ce qui comptait.
Sherlock se baladait à travers les toits. La puanteur l'atteignait moins, ainsi. Mycroft, même aussi puissants qu'il était, allait mettre un peu de temps à trouver John. Mais il allait le trouver. Il fallait qu'il le trouve. Ou Sherlock sentait au fond de lui qu'il allait en mourir.
Il atteignit les bords de Seine. En contrebas de son perchoir, on dénudait des cadavres et on les jetait dans le fleuve sans aucune considération. Sherlock détourna les yeux et poursuivit son trajet à travers la ville.
Il avait eu raison de faire confiance à son frère. Mycroft ne l'avait jamais déçu. L'inverse n'étant, au demeurant, absolument pas vrai.
– Merci, grand frère...
Son frère ne répondit rien tandis qu'il lui pressait l'épaule dans un geste encourageant alors que Sherlock pénétrait dans la pièce que son aîné lui avait indiquée. Mycroft avait bien fait les choses. Il avait trouvé l'homme, s'était assuré du silence de leurs domestiques, l'avait fait rapatrier dans leur hôtel particulier et enfin, avait prévenu Sherlock. Qui, le cœur battant et le corps fébrile, entrait enfin retrouver l'amour de sa vie.
Il n'aurait pas dû oublier que, s'il pouvait toujours faire confiance à son frère, il ne fallait pas avoir confiance en l'humanité. Allongé sur un lit, la peau pâle comme la craie, à moitié nu et la poitrine bandée, les pansements ensanglantés, John était là. Et il était en train de mourir.
La porte se referma doucement derrière Sherlock, à moitié figé. Ils étaient seuls et le petit bruit de la clenche dut réveiller John.
– Hey, Sherlock...
Sa voix était à peine un filet de voix. Le simple mouvement de tourner la tête vers l'entrée semblait le mettre à l'agonie. Ses pansements étaient imbibés de sang frais, preuve qu'ils avaient été changés récemment, mais que les blessures qui continuaient de saigner achevaient leur travail mortel.
Pourtant, malgré l'horreur du tableau, le bleu nuit rencontra le bleu glace, et Sherlock se sentit vaciller sous l'intensité du regard brûlant d'amour posé sur lui. Sortant de sa torpeur, il se précipita à travers la pièce pour tomber à genoux aux pieds du lit, attrapant une des mains de John, la serrant dans la sienne, souffrant de la sentir si froide et faible.
– Oh, John, gémit-il.
– Je crois que tu peux m'embrasser, plaisanta faiblement John. Peu de chance que ça accélère le processus de fin, cette fois.
– Je suis désolée. Je t'ai cherché, mais je...
– Hey. Arrête ça immédiatement, d'accord ? Je ne t'en veux pas. Je t'ai cherché aussi. Je t'ai ressenti y'a trois jours, et c'était tellement effrayant, de découvrir tout ça tout seul ! J'ai cru devenir fou, mais je n'avais qu'une certitude en tête, te retrouver... Et j'ai été imprudent.
Il s'arrêta pour tousser, amenant des larmes de douleur dans ses yeux, glissant le long de ses joues. Chaque expectoration devait secouer sa poitrine profondément meurtrie et lui faire horriblement mal.
– Manifestement, t'es bien gardé, tu le sais ça ? Je n'aurais pas dû me montrer aussi insistant. On m'a pris pour un ennemi de la couronne. C'est pour ça qu'ils m'ont blessé mais pas tué. Je n'avais pas l'heur d'être un protestant, fort heureusement.
Sa remarque ne fit sourire que lui. Sherlock souffrait trop de le voir dans cet état là pour seulement songer à faire fonctionner ses zygomatiques.
– Combien de fois la religion va-t-elle encore nous séparer ? marmonna-t-il.
– Probablement aussi longtemps que l'humanité se fera la guerre pour des raisons aussi stupides, répliqua John, refermant les yeux, ne parvenant pas à les garder ouverts.
Sherlock serra un peu plus les mains dans les siennes, qui ne répondaient pas à ses stimuli. John était trop faible pour ça.
– Sherlock, promets-moi que tu vas vivre, murmura soudain John. Il faut... Il faut qu'on comprenne pourquoi tout ça nous arrive. T'es le seul à pouvoir faire ça. Il faut qu'on retrouve des notes, ou qu'on les refasse, et qu'on étudie...
– Tais-toi, lui ordonna Sherlock.
– Fais-moi taire, le défia John en rouvrant les yeux, dans un effort qui lui coûtait de toute évidence.
Sherlock sourit pour la première fois depuis son entrée dans cette pièce qui puait la mort à plein nez, comme les rues en ce moment même. Et de ses lèvres, bâillonna la bouche faible et complaisante de John. Et l'embrassa aussi passionnément que possible.
John ne rouvrit pas les yeux, le lendemain matin. Blotti contre lui, dans une position improbable, Sherlock était toujours là.
– Je sais à quoi tu penses, Sherlock. Mais je t'interdis de mourir à ton tour, asséna Mycroft en pénétrant dans la pièce pour faire emmener le cadavre. Tu as promis de m'obéir si je le retrouvais, tu te souviens ?
Sherlock le défia du regard. Qu'importait les promesses faites à John, les ordres de Mycroft, il voulait mourir à son tour, aller rejoindre son amant le plus vite possible. Mais dans cette vie-là, Mycroft ne le laisserait pas faire. Et il serait condamné, des années durant, à porter seul le poids de ses souvenirs et la souffrance de la perte.
Prochain chapitre : Cap Cod – 1620
Reviews, si le coeur vous en dit ? :)
