Je continue de me battre, encore et toujours, contre le temps, contre mon emploi du temps, pour vous livrer chaque jour le chapitre et corrigé s'il vous plaît ! Allteas se bat aussi, elle fait le job, on grappille des avances microscopiques, alors remerciez la elle aussi. C'est grâce à elle que vous avez toutes les cases du Calendrier ! ;) Biquette, je t'aime *coeurcoeur*
RaR anonyme Schroumpfette : Tout à fait, c'est répétitif et ça ne progresse pas du tout :D Je suis entièrement d'accord avec ça, c'est voulu comme ça ! ^^ Par contre, Sherlock, tout intelligent qu'il soit, n'a aucun souvenir de leur passé avant de revoir John. Et à partir du moment où il le revoie... ils meurent souvent prématurément. Même si y'en a qu'un qu'on voit mourir, la malédiction a tendance à les pousser au suicide ou à la passivité et à l'attente de la mort rapide pour pouvoir rapidement revenir et retrouver l'autre ! De fait, leur temps d'enquête est très court ;) Après si tu trouves ça trop répétitif, rien ne t'empêche de revenir le 25 décembre pour la fin et l'explication ! ;) Merci de ta review.
Sinon de manière générale : oui je suis un monstre :D Oui ça va continuer à sacrément dérouiller pendant longtemps :D Oui le tragique c'est fun et j'aime ça, et vous le saviez d'avance :D Oui vous aurez un happy-end et une explication le 25 décembre ;)
Et pour répondre à je sais plus qui me demandait, quand ils meurent 'd'un coup comme ça', ils peuvent au choix, mourir d'une crise cardiaque, d'un cancer, d'une insuffisance rénale, d'un caillot dans le sang, d'une infection, d'un accident... On est à peine au XVIIIe siècle dans ce chapitre, y'avait moyen de mourir facilement avant, et l'espérance de vie n'était pas celle d'aujourd'hui ! ^^
Bonne lecture !
16 Décembre – Etat de Virginie, USA – 1781
Sherlock grimpa sur le porche avec des allures de propriétaire. Il voyait bien, sur les visages de ceux qui l'accueillaient, qu'il n'était pas le bienvenu, pour personne. Cela ne le fit que davantage sourire, un sourire glaçant et peu engageant.
– Monsieur Holmes... le salua le propriétaire des lieux en s'approchant de lui.
L'homme blanc était bien mis, clairement soigné spécialement dans le but de cette visite, et derrière lui, respectueusement à un pas derrière, venaient sa femme et leurs deux filles, blondes et bien peignées, dans leurs robes sages et leurs gants blancs.
– Sherlock, trancha-t-il aussitôt. Je ne suis pas mon père, merci bien. Et encore moins mon frère.
De toute évidence, sa langue acérée et ses yeux flamboyants déstabilisèrent son interlocuteur, dont le faux sourire hypocrite vacilla un instant.
– Nous sommes ravis de vous recevoir, monsieur Sherlock.
– Nous nous efforcerons de rendre votre séjour le plus agréable possible, monsieur, poursuivit l'épouse. Avez-vous fait bon voyage et souhaitez-vous un rafraîchissement ?
Elle avait le visage humble et affable, et tenait beaucoup mieux le rôle que la société lui demandait de jouer que son mari.
Sherlock balaya sa proposition de la main, et exigea sa chambre, pour s'y reposer, avant de commencer sa visite du domaine.
La famille Chesnut exploitait depuis de très longues années un champ de coton. Mais, avec le temps, ils avaient commencé à se comporter en propriétaires, en véritables aristocrates, oubliant à qui appartenaient réellement les terres. Les Holmes possédaient bien plus de terrains et de champs qu'il était possible d'en accumuler dans une vie. Il leur était impossible de tous les gérer, et ils les confiaient ainsi à des riches familles comme les Chesnut, qui en avaient alors la jouissance absolue, contre un droit de fermage.
Jamais les Chesnut n'avaient dérogé au paiement de leur fermage, mais Sherlock, son père et son frère avaient l'habitude de la chose. Les exploitants, au bout d'un certain nombre d'années, oubliaient qu'ils étaient seulement exploitants, et non entiers propriétaires. Du fait de lois complexes et spécifiques (que la famille Holmes maîtrisait évidemment à la perfection), les esclaves eux-mêmes appartenaient au terrain. Et le terrain appartenait aux Holmes. Bien sûr, les Chesnut avaient tous les droits de se comporter en propriétaires, mais il convenait, de temps en temps, de leur rappeler qui étaient les véritables maîtres. Les véritables aristocrates.
Sherlock en avait l'habitude. Il était rompu à l'exercice.
Il venait, il inspectait, il se comportait comme un connard, il exigeait, il rappelait sa position, il obligeait la famille exploitante à plier face à lui. Puis il affirmait dans un grand sourire qu'ils faisaient du très bon travail, que son rapport à son père serait très favorable, et qu'il n'y avait aucune raison de ne pas continuer de leur confier l'exploitation, et s'en allait comme si de rien n'était.
Son frère faisait la même chose que lui. Ils excellaient dans l'exercice. C'était une manière pour leur famille de s'assurer de la servitude de ceux qui se considéraient un peu trop comme des maîtres, parfois. Sherlock était là pour leur rappeler les choses. Il aimait cela. Il le faisait bien. Et cela contribuait au bon fonctionnement de leur famille.
La plantation était exactement semblable à celles que Sherlock avait déjà visitées des douzaines d'autres fois. Des champs de coton blanc à perte de vue, des esclaves noirs qui ramassaient, des contre-maîtres chargés de faire régner l'ordre. Sherlock était lassé d'avance. Il avait déjà déduit, au bout d'une heure à partager un repas avec la famille Chesnut, qui ils étaient. Monsieur trompait régulièrement son épouse avec l'une de ses esclaves noires. Madame n'était pas en reste, puisqu'elle semblait entretenir une relation très ambiguë avec l'un de ses valets de pied. Quant aux deux filles, l'aînée était arrogante et fière, tandis que la cadette était sadique et têtue, et donnerait bien du fil à retordre à ses parents quand elle grandirait.
Sherlock soupira intérieurement en écoutant d'une voix distraite le bourdonnement de la voix de M. Chesnut, qui lui faisait visiter le domaine. Cette mission allait être d'un ennui !
– STOP ! ARRÊTEZ-VOUS ! ordonna-t-il soudain.
Le chauffeur de la voiture obéit aussitôt laissant son maître se pencher au maximum pour mieux voir le plus loin possible.
– Monsieur Holmes, s'il vous plaît... tenta d'apaiser le patriarche Chesnut, qui n'avait pas l'ai très à l'aise d'être au centre de ses hommes ainsi, à la merci de tous les dangers.
– Qui est-ce ? ordonna Sherlock sans s'embarrasser de politesse.
Chesnut se pencha à son tour, et comprit quand il vit qui Sherlock lui désignait. Il déglutir définitivement.
– Un de nos esclaves, monsieur.
Sherlock haussa un sourcil dubitatif. Les esclaves, ici, étaient noirs. Jamais, au grand jamais, on en avait vu des aussi blancs que lui, qui méritait presque sa place dans l'aristocratie.
– Faites le moi amener. Je veux l'interroger, conclut Sherlock.
Et son ton ne souffrait d'aucune contestation.
Chesnut avait tout fait pour le décourager de voir cet esclave. Sa position, au début, était d'affirmer que ce n'était rien de grave. Puis l'insistance de Sherlock avait eu raison de ses mensonges, et il avait fini par avouer que l'homme, ce John, avait causé tant de problèmes en tant qu'employé de maison, et qu'ils avaient fini par l'envoyer au champ et pour la peine, le faisaient travailler à un rythme très exigeant.
Sherlock avait haussé un sourcil surpris. Il fallait reconnaître qu'un homme aussi blanc, cela faisait tâche dans les champs de coton. Mais qu'il ait posé tellement de problèmes dans un poste plus facile, plus agréable ? C'était absurde. Ceux qui arrivaient à ce type de poste faisaient de leur mieux pour ne jamais le lâcher. Sherlock était loin d'être un imbécile. Il connaissait la définition du mot esclave, et la réalité des conditions de travail des gens qui travaillaient pour lui et sa famille. Le reste du monde pouvait s'illusionner et affirmer que c'était bien tout ce que les noirs méritaient, Sherlock ne pensait pas ça. Il était d'avis que c'était ce que méritaient tous les gens idiots, et par ce terme il fallait comprendre « moins intelligents que lui ». De son opinion d'aristocrate arrogant et prétentieux, le monde entier aurait dû être réduit en esclavage pour assouvir ses besoins supérieurs de génie.
Le monde, hélas, ne fonctionnait pas vraiment ainsi. Et il y avait des postes plus ou moins privilégiés. Ramasser les balles de coton n'en faisait pas partie, et Sherlock était réellement intrigué par cet homme qu'il avait seulement aperçu de loin.
– Monsieur Holmes. Ce que vous avez demandé.
Installé comme son rang le demandait, dans un des canapés d'un salon de réception, Sherlock hocha la tête à l'intention du valet qui venait d'annoncer cela.
– Laissez-nous, ordonna-t-il. Et dites à Chesnut de ne pas nous déranger, et de vérifier ses planteurs dans la zone ouest. Ils sont moins performants. Je veux savoir pourquoi.
Il n'avait pas besoin de hausser le ton. Son accent aristocratique parlait pour lui. Le valet ne répondit rien, s'inclina respectueusement, et quitta la pièce en refermant la porte derrière lui. Alors seulement, dans un lent mouvement délibéré, Sherlock se tourna vers l'homme qu'on avait fait entrer précédemment, et qu'il avait volontairement négligé de regarder jusque-là.
Il avait bien fait. Quand son regard arrogant et méprisant croisa celui frondeur et têtu de l'esclave blanc parmi les noirs, son monde vacilla, tangua, explosa soudain.
Le bleu nuit rencontra la bleu glace. Sherlock agrippa l'accoudoir du fauteuil, bénissant d'être assis, ce qui lui évita de tomber. De toute évidence, John n'était pas dans un meilleur état que lui. Lui aussi chancela, se rattrapa à une table. Son geste maladroit envoya valser à terre un vase en cristal posé là, mais il ne vint pas à l'esprit de Sherlock de le punir pour cela.
– John... chuchota-t-il. John...
L'esclave le reconnaissait aussi, et dans ses yeux brillaient tellement de larmes que Sherlock avait l'impression que son cœur allait exploser. Il tendit une main tremblante, et soudain l'axe du monde se remit d'aplomb, tandis que John, dans un effort surhumain et provoquant la chute de nouveaux objets précieux, se rapprochait et plaçait sa paume contre la sienne.
Un instant plus tard, il chutait contre Sherlock, se blottissant contre lui dans le sofa. Qu'importait leur position aléatoire, l'absence du confort d'un accoudoir qui laminait le dos de Sherlock. Le souffle de John était contre sa peau, son odeur emplissait ses narines, et ses mains accrochaient sa peau dans des grands mouvements désespérés. Jamais Sherlock ne s'était senti aussi vivant et heureux qu'en cet instant, où sa tête menaçait de se fendre sous la douleur, qu'il était écrasé contre des coussins, et qu'il pouvait à peine respirer, trop serré par John.
La douleur reflua, et ils finirent par se détacher l'un de l'autre, lentement, tout en restant proche, blottis contre l'autre. Ils adoptèrent simplement une posture plus confortable. Sherlock avait envie de réconforter et protéger, et pourtant c'était lui qui était dans les bras de John, lui qui se faisait bercer au son d'une litanie de je t'aime et de serments d'amour, lui qui grognait d'appréciation sous les doigts experts de son amant qui massait sa boîte crânienne.
– John... finit-il par murmurer, trouvant le courage. Que t'ont-ils fait... que t'est-il arrivé ?
Il se redressa doucement, brisant l'étreinte amoureuse dans laquelle il aurait pu vivre éternellement, et regarda son amant droit dans les yeux. Ses yeux tuméfiés. Ses pommettes brisées. Son nez cassé. Tout son corps était marbré de cicatrices plus ou moins récentes, plus ou moins profondes. Des hématomes, des plaies et des croûtes fleurissaient à peu près à tous les endroits visibles. Sherlock ne doutait pas que sous les vêtements, c'était pire.
– Rien de plus que ce qu'ils font aux autres, lui répondit John sereinement.
Même avec son visage abîmé, presque lacéré, son sourire était la plus belle chose que Sherlock avait vue de toute sa vie... de toutes ses vies.
– Personne n'en arrive à ce stade... C'est... inhumain.
Le regard de John posé sur lui lui apprit que ce n'était sans doute pas le bon terme.
– L'esclavage tout entier est inhumain, Sherlock, lui répliqua doucement John. Quand je pense que, lorsque je te retrouve, c'est pour découvrir que tu es un connard d'exploitant !
Manifestement, il arrivait à rire de la situation improbable dans laquelle ils étaient fourrés. Sherlock, lui, n'arrivait même pas à distinguer autre chose que ses lèvres fendues.
– Mais pour te répondre, mon amour, j'ai juste empêché le connard avec qui tu travailles de violer sa femme de chambre. Sept fois. Il m'a fait cogner un peu plus durement à chaque fois. Puis il m'a viré de la maison et m'a envoyé dans les champs. Ça n'a pas changer grand-chose à la finalité du problème. Il croit sans doute pouvoir réussir à me mater un coup de poing... Mais il peut frapper tant qu'il veut, il ne détruira jamais certaines choses. Comme ma liberté d'esprit, ou mes convictions.
John fit glisser son pouce sur la joue de Sherlock, caressa son menton et l'obligea à le regarder bien en face.
– Ou l'amour fou, total et immodéré que j'ai pour toi, désormais, et que nul ne pourra jamais m'enlever. TU as un plan, maintenant, génie ? Parce que dans cette situation, je crains que ça soit difficile... et je ne peux pas vivre loin de toi. Et toi non plus...
John ne cherchait pas à présumer des sentiments de Sherlock. Il énonçait un fait. Ils ne pouvaient pas vivre sans l'autre.
– Aucun plan pour l'instant mon amour. Juste un horrible pressentiment que quelque chose va mal se passer... Je vais trouver quelque chose... Je veux te mettre à l'abri.
En fait de plan, Sherlock s'était finalement laissé dominer par une pulsion de colère. Il avait été obligé de quitter John, pour conserver leur crédibilité, et son cœur avait souffert le martyre quand il avait vu à quel point son amant boitait. Sherlock n'osait imaginer les dégâts qu'il lui cachait sous ses vêtements.
Alors quand Chesnut, au dîner, avait mentionné cette rencontre, et le rat, le sous-homme que Sherlock avait exigé de rencontrer, il n'avait pu s'empêcher de se dresser de colère. Sherlock était toujours aussi peu empathique avec ses pairs, avec les esclaves. Mais personne n'avait le droit de toucher à John. John était l'amour de sa vie, de ses vies. Il refusait qu'on l'insulte.
Alors il s'était levé de table, et avait donné des ordres clairs, nets et précis, et plus froid que la banquise, pour virer Chesnut. Ce dernier l'avait mal pris. Très mal pris. Mais n'avait pu défier l'autorité que représentait Sherlock, et avec lui la famille Holmes.
Alors il s'en était pris à la seule personne qu'il pouvait. John, au matin, les yeux vitreux, avait été retrouvé avec une balle dans la poitrine. Et Sherlock avait appris une leçon fondamentale : faire confiance à ses pressentiments. Ils annonçaient la fin.
Prochain chapitre : Paris - 14 juillet 1789
Reviews, si le coeur vous en dit ? :)
