Ce chapitre n'a rien de spécial. Pourtant, ce jour est spécial.
Ma Clélia, mon Alpha, je suis tellement désolée de ne pas avoir réussi à t'écrire un chapitre ou un OS juste pour toi. Je n'ai pas pu, le NaNo m'a déjà à moitié tuée, et je suis trop épuisée par le boulot en ce moment. Mais ça ne m'empêche pas de t'aimer du plus profond de mon coeur, et te souhaiter, pour ce jour glorieux de ta naissance, un très, très joyeux anniversaire. L'année dernière, je te souhaitais d'obtenir ce que personne ne pouvait te donner sinon la nature, et aujourd'hui tu l'as eu, je te souhaite donc tout le bonheur du monde avec Clélio et Clélius (et M. Clélia aussi ;p). Même si ce chapitre n'est pas un cadeau pour quoi, il est quand même un peu spécial. Il est seul et unique en son genre, spécialement pour toi ! Parce qu'il n'y a rien de plus beau que l'enfance... *coeur* D'énormes bisous, ma Clélia *coeurcoeurcoeur qui ressemble à un zizi !*
Bonne lecture !
17 Décembre – Paris – 14 juillet 1789
Sherlock courait à travers les rues. Il avait peur. Il ne comprenait pas. Il y avait tellement de monde, tellement de cris, tellement de bruits. Il ne savait pas ce qui se passait, où étaient ses parents.
– Maman ! cria-t-il.
Mais le bruit des armes et de la foule engloutit sa supplique. Il y avait tellement de gens dans les rues qu'il se cognait tout le temps, sans que personne ne fasse attention à lui, et il avait mal. Il avait peur. Il ne voulait pas pleurer. Mais dans sa poitrine, il y avait une intense envie de hurler.
– Eh gamin ! Viens donc voir par ici ! T'es sapé comme un prince, gamin !
Sherlock, tout effrayé qu'il était pour un gamin de six ans, comprit immédiatement que le ton avec lequel on s'adressait à lui n'avait rien de sympathique. Il savait aussi vaguement ce qui se passait. Papa et Maman, ainsi que son grand frère et sa grande sœur lui avaient expliqué que l'aristocratie, à laquelle ils appartenaient, était fortement menacée, ces derniers temps. Ses parents, pourtant si intelligents, n'avaient pas eu suffisamment de recul pour partir de la capitale avant qu'il ne soit trop tard. Et maintenant ils avaient disparu dans la foule, laissant Sherlock seul dans son costume queue de pie, dont il était assurément très fier.
L'enfant était jeune, mais déjà arrogant. Une partie de lui savait que c'était de la folie que de répondre à ces adultes armés de son ton le plus noble possible, mais il en avait envie, et il gonfla ses joues de colère, prêt à assassiner verbalement les malandrins sales et dégoûtants.
– Tu es là ! Enfin te voilà ! Ne lâche plus jamais ma main !
Avant même que Sherlock n'ait eu le temps de dire quoi que ce soit, une femme était brutalement apparue entre lui et les impudents qu'il s'apprêtait à corriger. Sans lui laisser le temps de dire ouf, elle avait attrapé sa main de force.
– Pardonnez-lui, m'sieurs, c'est qu'un gamin qui sait pas ce qu'il fait ! Allez viens, on rentre !
Elle l'entraîna avec poigne, souriante envers les trois hommes qui avaient interpellé Sherlock, sévère lorsqu'elle croisait son regard, jouant parfaitement le rôle de sa mère. Qu'elle n'était pas. Sherlock n'avait jamais vu cette femme de sa vie.
Elle l'entraîna à travers quelques rues, s'éloignant de plus en plus du tumulte et des armes. Sherlock la suivait sans résistance. Ce n'était pas comme s'il avait le choix. Elle pénétra finalement dans une petite rue adjacente, et poussa une porte en bois, faisant passer Sherlock devant elle.
– Allez dépêche-toi, petit. Les rues ne sont pas sûres.
Sherlock obéit, pénétra dans la pièce, et fut surpris de se retrouver dans un intérieur qui n'avait rien à voir avec l'appartement particulier dans lequel il vivait, mais qui était propre et bien rangé.
La femme avança, le doubla, et vint attiser le feu qui brûlait dans la large cheminée, réchauffant agréablement la pièce. Malgré le mois de juillet, un froid persistant glaçait les os de Sherlock. Elle ôta la coiffe blanche qu'elle portait, se massa les tempes, se frotta les yeux, avant de se laisser tomber sur une chaise, comme épuisée.
– Comment t'appelles-tu ? demanda-t-elle d'un ton doux.
Sherlock, méfiant, ne répondit d'abord rien. Il ne la connaissait pas.
– Je m'appelle Jeanne, moi, lui sourit-elle en voyant son hésitation. Je ne veux pas te faire de mal.
– Sherlock.
– C'est un très joli prénom. Et où sont tes parents, Sherlock ? À ton âge, tu ne devrais pas être tout seul par les temps qui courent.
La mention de ses parents ramena à l'esprit de Sherlock l'idée qu'il les avait perdus, peut-être pour toujours, et malgré toute sa maturité et son arrogance, sa lèvre inférieure trembla de panique. Il se sentait seul au monde. Dans un monde en ruines, sur le point de changer.
– Ça va, Sherlock. Ça va. Tu ne risques rien. Tu es en sécurité. Ça va aller.
La douce voix, presque hypnotique, de la femme réussit à ramener Sherlock à la surface. Il ne devait pas faire de crise de panique. Ce n'était pas le bon moment. Elle lui parlait, doucement et tendrement, sans l'approcher, ayant probablement inconsciemment réalisé que Sherlock était pire qu'un chat sauvage, et qu'il fuirait à la moindre tentative d'approche.
– Je ne sais pas... murmura-t-il finalement. Je les ai perdus...
– Et tu connais ton nom complet ?
– Oui... Mais...
La femme lui sourit.
– Mais tu n'as pas envie de me le dire par les temps qui courent. C'est normal, tu as bien raison. Tu es vraiment de la haute, pas vrai, gamin ? Dehors, enfant ou pas, ils t'auraient détruit. Pardonne-moi d'avoir agi de manière bien cavalière, mais ça m'a semblé mieux pour te sauver la vie.
Sherlock haussa un sourcil surpris. Ce n'était pas vraiment le niveau de langue auquel il se serait attendu.
– J'étais femme de chambre chez des gens comme tes parents. Je sais parler comme vous, lui apprit la femme avec un sourire narquois. Tu peux rester ici, pour l'instant, d'accord ? Je vais te donner des vêtements pour que tu sois moins... voyant. On verra bien ce qu'on fait de toi quand tout sera fini !
Sherlock savait que son ton léger était censé sous-entendre qu'il pourrait retrouver ses parents à l'issue du conflit qui déchirait Paris, mais elle n'y croyait pas, et l'enfant qu'il était non plus.
– JOHN ! Viens ici, mon chéri ! Je dois te présenter quelqu'un !
Il y eut un bruit sec dans une pièce invisible, puis une cavalcade, et finalement, il entra dans la pièce où Sherlock se trouvait avec la femme. Sherlock le regarda entrer bouche bée, Il était un peu plus âgé que lui, peut-être huit ans ? Il avait des yeux bleus, des cheveux blonds, et Sherlock le reconnut aussitôt. Il l'aima aussitôt, de toute son inconscience enfantine.
John, en le regardant, eut un instant un mouvement de recul, de surprise, mais il ne lâcha pas Sherlock des yeux. Bizarrement, leurs corps d'enfants qui absorbaient en quelques secondes des tas de souvenirs de vies adultes, réagirent nettement mieux que lorsqu'ils étaient adultes. La douleur fut supportable, et ils ne s'évanouirent pas le moins du monde.
– Voici mon fils, John, présenta Jeanne. John, c'est Sherlock. Il va rester avec nous quelques temps, d'accord ? Tu peux l'aider à lui trouver des vêtements, et se changer. Il sera moins voyant.
John acquiesça, la gorge nouée. Sa mère ne se rendit compte de rien.
– Je dois y retourner... Soyez sages, d'accord ?
Où devait-elle retourner, au juste, Sherlock ne le saurait jamais. Elle se releva, embrassa le front de son garçon, remit sa coiffe et quitta la maison.
À la seconde précise où la porte claqua derrière elle, John se jeta dans ses bras. Et Sherlock n'eut d'autre choix que de le serrer contre lui.
Main dans la main, John lui avait fait visiter sa maison, pas très grande, mais confortable. Il était étrange de se sentir relié à ce garçon comme si sa vie en dépendait. Ils avaient deux ans d'écart, et Sherlock avait la sensation d'avoir perdu une famille et retrouvé une autre, aujourd'hui. John ne l'avait presque pas lâché, ce qui convenait bien à Sherlock. Il avait tellement peur qu'on le lâche, qu'on l'abandonne à nouveau qu'il refusait de lâcher la main de son nouveau meilleur ami. Ils avaient patienté ensemble, pendant longtemps, le retour de la mère de John.
Puis finalement, en désespoir de cause, ils avaient rejoint le lit de John et s'étaient blottis sous les draps, l'un contre lui.
Certes, le lit était petit, mais c'était parfait. Ils étaient épuisés tous les deux, et sombrèrent dans le sommeil à une vitesse exponentielle.
Au matin, ils étaient toujours seuls.
– Ce n'est pas normal, murmura John. Normalement Maman devrait être rentrée !
Sherlock garda pour lui la réflexion qu'elle ne reviendrait pas pour toujours. Et préféra faire un grand sourire à John.
Ce jour-là, ils s'armèrent de courage et partirent affronter la foule. Cette derrière était désormais nettement moins nombreuse, et moins armée. Suffisamment pour que cela reste effrayant, cependant, et que Sherlock soit content de porter les vêtements mal ajustés de John.
Ce jour-là, ils ne retrouvèrent pas la mère de John. Elle ne revint pas non plus à la maison, qu'ils marquaient de manière stratégique pour être sûr de pouvoir la reconnaître en revenant. Le soir, ils dormaient au chaud et l'estomac rempli grâce aux stocks bien conservés, vivaient heureux.
Le jour, main dans la main, ils cherchaient la mère de John, sans jamais la trouver. Ils en profitaient pour se raconter leurs jeunes vies, et leurs précédentes, et leur incroyable jeunesse, dans cette vie-là.
– Est-ce que tu crois que ça veut dire que c'est la dernière fois qu'on se retrouve, tu crois ? demanda John, la voix serrée et angoissée.
– Je ne pense pas, murmura Sherlock en réponse. Il n'y avait rien de différent, entre cette vie et les autres. Pourquoi y aura-t-il un changement ?
Ils étaient assis en tailleur sur le lit de John, et il avait l'air tellement inquiet que Sherlock ne put s'empêcher de sourire, et de le rassurer avec les mots vides de sens que le génie ne pensait pas, mais qu'il aurait aimé qu'on lui dise.
Pendant des jours, ils cherchèrent la mère de John, sans succès. Ils ne retrouvèrent jamais son corps, et se découvrirent brutalement orphelins, tous les deux. Était-ce une manière pour la mère de John se s'assurer que son fils ne serait pas tout seul, que d'avoir ramassé Sherlock sur le bord du chemin ? Qu'importait, ils étaient deux, et l'un d'entre eux était intelligent.
Bon gré, mal gré, ils se firent à leur nouveau statut de voleur et vécurent de menus larcins, n'ayant pas d'autre choix. Et lentement, les années passèrent, dans l'indifférence.
– Peut-être que c'est ça le secret, en fait, pour vivre heureux, commenta John un matin.
– Vivre dans le dénuement et voir des choses atroces ? Le secret pour quoi au juste ?
Aujourd'hui, on décapitait Louis XVI et les deux garçons avaient eu, ces dernières années, suffisamment de déboires pour avoir brusquement grandi et ne s'étonner plus de rien. Physiquement, ils avaient grandi et il aurait été difficile de dire de Sherlock qu'il avait seulement neuf ans, et non douze ou treize. John, du haut de ses onze ans, pouvait parfois en paraître quinze.
– Le secret pour ne pas mourir, et se retrouver dans nos prochaines vies ! corrigea John dans un soupir.
– Vivre dans le dénuement, donc ? reproposa Sherlock.
– Non, poursuivit John sans tenir compte de l'interruption de son meilleur ami. Être enfant. Ça fait des années qu'on est ensemble, maintenant...
Sherlock se mordit la langue.
– Mais être enfant ça ne dure pas...
Ils s'interrompirent soudain. Le roi venait d'arriver sur la place, et ils étaient aux premières loges pour l'exécution. Incapables de se détacher du spectacle.
– Tu te souviens ? demanda soudain John. Je l'ai soigné.
Sherlock se retourna brutalement vers lui. Avoir leurs souvenirs était parfois une expérience profondément perturbante, puisque la plupart du temps, cette mémoire se déroulait alors qu'ils étaient plus vieux qu'aujourd'hui.
– À Versailles, poursuivit John. Juste avant que le Roi Soleil ne meure... Il était né, ce roi-là. Je me suis occupé de lui, comme de tous les bébés du château. Et aujourd'hui...
Il n'acheva pas sa phrase. Sur l'échafaud, Louis XVI déclamait : « Je meurs innocent de tous les crimes qu'on m'impute. Je pardonne aux auteurs de ma mort. Je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe jamais sur la France ».
– Il faut qu'on trouve le moyen d'arrêter ça, Sherlock, gémit John. Ces existences. C'est insupportable. On ne peut pas rester comme ça, à attendre la mort, à craindre de se perdre !
Sherlock ne pouvait qu'agréer. Malgré leur jeune âge, leur mémoire et les atrocités que ce monde leur offrait tous les jours, ils avaient gagné en maturité. Il voulut tendre le bras vers son ami, le réconforter. La guillotine tomba soudain, et la foule amassée autour d'eux sursauta, cria, bondit. Sherlock, dans un élan de hasard improbable, se prit un coup de coude qui lui coupa le souffle. Puis un coup de pied qui le déséquilibra. John tendit la main en retour vers lui. Sherlock tomba. Et se rompit les cervicales sur les pavés. Il mourut sans souffrir, et sans avoir eu le temps de dire un mot.
Prochain chapitre : Londres -1842
Reviews, si le coeur vous en dit ? :)
