Eh oui, j'suis comme ça moi, à la veille de Noël, je fais exploser des centrales nucléaires ;p Mais pas d'inquiétude, tout ira bien demain, c'est promis ! Le chapitre final est également beaucoup plus long ;)
RaR des anonymes - Schroumpfette : Bonjour, je te remercie pour ta review. Tu as le droit d'avoir ton opinion et ton ressenti, et de l'exprimer, et je respecte cela. En revanche, tu ne sais absolument rien de moi, et je ne te permet pas de me juger, merci. De plus, pour quelqu'un qui parle de respect, je trouve que ton message, insultant et posté en anonyme sans me laisser de droit de réponse et de dialogue avec toi, est profondément irrespectueux, tant pour moi que pour mes lecteurs. Par respect pour ceux-ci, je n'ai aucune envie de polluer mon chapitre avec une réponse à ta diatribe assassine. Encore une fois, ne lis pas si cela ne te plaît pas. Ou bien ne reviewe pas, si tu veux pas dialoguer. Bonne journée.
Bonne lecture à tous ! :)
(Chapitre non corrigé, juste relu par mes soins, désolée pour les coquilles!)
24 Décembre – Tchernobyl – 26 avril 1986
John travaillait sur le site de la centrale principale depuis quelques temps quand on lui annonça l'arrivée d'un nouveau dans l'équipe.
– Ne t'en fais pas, tu n'auras pas à le former longtemps, celui-là...
– Parce qu'il ne va pas rester longtemps ?
John était fatigué, acerbe et cassant. Ce n'était pas vraiment dans sa nature, mais il bossait depuis plusieurs longues heures, et les trois dernières embauches pour renforcer son équipe, qui en avait un besoin urgent, s'étaient soldées par des échecs retentissants. John estimait qu'on ne pouvait pas faire preuve d'imprécision quand on travaillait dans une centrale nucléaire, et il avait un haut niveau d'exigence pour son équipe. Alors il pouvait se permettre d'être sceptique quand on lui annonçait l'arrivée d'un nouveau.
– Non. Parce que celui-là, tu ne pourras pas lui reprocher d'être trop stupide. Il ne peut pas l'être.
– Quoi ? ricana John. C'est un génie ? je croyais que le génie de la team, c'était moi ici !
John était en effet ainsi surnommé par ses collègues eut égard à son jeune âge, vingt-et-un an bientôt vingt-deux, et il était déjà titulaire d'un master, en attente de validation de sa thèse pour devenir docteur en nucléaire. On pouvait difficilement faire plus brillant et travailleur que lui, et il en était fier.
– Désolée John ! décréta la responsable de ressources humaines avec un sourire narquois. Mais dans le genre, tu vas faire office de bébé à côté de lui !
John fronça les sourcils, surpris.
– Il a dix-huit ans, depuis hier. La seule raison justifiant que nous ne l'avons pas embauché plus tôt, c'était bien parce qu'il était mineur. Il a plusieurs diplômes en science, prépare deux thèses en parallèle, je ne me souviens plus les intitulés exacts. Il parle quatre langues.
Le palmarès était déjà impressionnant, et John était complètement intrigué. Mais la jeune femme ne lui avait pas encore porté le coup de grâce :
– Et puis, il a de qui tenir dans sa génétique. Son nom de famille, c'est Holmes.
John se figea un bref instant, et la responsable de RH supposa qu'il s'agissait de la surprise quant à son annonce. Il n'en était rien. John, comme tout le monde, connaissait la brillante famille Holmes. La mère était mathématicienne, nominée à la médaille Fields. Le père était physicien, et paraissait régulièrement dans des revues scientifiques, son nom accolé à des gens qui recevaient par la suite des prix Nobel, tandis que lui-même ne recherchait jamais cet honneur. Le fils aîné était médecin, chirurgien de précision, et spécialiste en neurochirurgie. La fille aînée était chimiste, et seul son jeune âge l'empêchait pour l'heure d'avoir eu un prix Nobel.
John ignorait qu'il restait un membre de la famille la plus brillante d'Europe, mais si le gamin qu'on venait d'embaucher et lui assigner provenait bien de la géniale famille, il avait en effet de qui tenir.
Mais ce n'était pas ça qui gênait John. Il connaissait la réputation de la famille Holmes, tout scientifique digne de ce nom la connaissait. Mais pour lui, c'était différent. Parce que ce nom étrange, improbable, résonnait en lui bizarrement. Cela avait toujours été le cas, et c'était resté sans explication durant des années. John avait l'impression de savoir quelque chose, mais il ne savait pas quoi, n'avait jamais pu s'en souvenir. Un simple souvenir fugace et sans fondement, dont il n'avait jamais parlé à quiconque.
– En effet, le CV est impressionnant. Il faut voir ce que ça va donner en pratique, désormais...
Il allait avoir un vrai Holmes sous la main, sous peu, et même si c'était le petit frère totalement inconnu de la place scientifique internationale, John ne pouvait s'empêcher d'en attendre beaucoup de cette rencontre.
Il ne fut pas déçu.
Quand on lui annonça que le nouveau était arrivé, John râla pour la forme. Il détestait être interrompu dans un compte rendu d'expérience. Mais comme il n'avait pas le choix, il se traîna jusqu'au hall, et le vit. Il le reconnut immédiatement. Son cerveau n'était pas capable de dire son nom, sa mémoire ne connaissait pas encore le son de sa voix et la texture douce de sa peau, mais le cœur de John, lui, savait.
Il n'hésita pas, et lorsque le nouveau redressa les yeux pour mieux regarder John, le bleu nuit rencontra le bleu glace. Le compte à rebours a commencé. Cette fois, il savait son nom. Il comprenait pourquoi il s'était toujours senti bizarrement proche des Holmes sans jamais les avoir connus.
Tout son univers s'éclaircit avec un simple mot, un simple nom, qu'il prit plaisir à prononcer :
– Sherlock... bienvenue dans l'équipe.
Et ce dernier de lui renvoyer un sourire éblouissant. John n'était plus vexé ou intrigué. Il avait toujours su, depuis des décennies, qu'il était moins intelligent que Sherlock, et cela ne le choquait plus le moins du monde. Il connaissait Sherlock mieux que quiconque, et c'était parfait.
– C'est d'une stupidité sans nom, commenta Sherlock de son habituel ton froid et méprisant.
En quelques semaines à la centrale nucléaire de Tchernobyl, Sherlock avait réussi un exploit : être détesté et méprisé par tout le monde. A croire qu'il l'avait prémédité. Il disait absolument tout ce qu'il pensait, sans le moindre filtre, et si John trouvait cela drôle, ce n'était pas au goût du reste de ses collègues.
Seul subsistait John, qui venait toujours lui parler, l'écouter, et pas seulement en tant que chef d'équipe. Mais John, même lui, devait parfois reconnaître que, comme tout ce que disait Sherlock, c'était entièrement vrai. Seulement, même si c'était vrai, cela ne se disait pas.
Dire que Anatoli Diatlov, chef de la centrale nucléaire, avait pris une décision stupide, était par exemple de ce genre de situations, et John soupira lourdement.
– Tu ne peux pas dire ce genre de choses, Sherlock, murmura-t-il.
Ce dernier fronça les sourcils, donnant à John une furieuse envie de l'embrasser au coin de la fossette qu'il avait au menton, et d'apaiser ses rides prématurées qu'il se faisait au front.
– Pourquoi pas ? demanda, buté, le génie.
– Parce qu'il pourrait passer à l'improviste, et qu'il ait vent qu'un nouveau venu vienne critiquer ses idées pourrait ne pas le mettre de bonne humeur...
– Pff, répliqua Sherlock. S'il était intelligent, il se remettrait en cause et ne se vexerait pas quand on lui dit la vérité.
John leva les yeux au ciel. Le drôle d'énergumène était entré dans son travail et sa vie depuis quelques semaines, et ils avaient naturellement recommencé à vivre ensemble comme ils l'avaient toujours fait. John, au début, était engagé dans une relation avec une autre femme, qu'il fréquentait depuis suffisamment peu de temps pour que la rupture ne la choque pas, et ne la rende pas inutilement suspicieuse, agressive, ou triste. Sherlock, jaloux de cette parfaite inconnue qui avait osé toucher l'amour de sa vie avant lui-même, avait posé plus de problèmes à John lors de la rupture que la jeune femme.
Depuis, comme ils l'avaient toujours fait, ils vivaient cachés, mais heureux. Sur leur lieu de travail, rien ne laissait supposer qu'ils pouvaient être ensembles ou plus proches de simples collègues vivant en colocation.
Et John, depuis le jour où ils avaient retrouvé leur mémoire, aimait désespérément l'arrogant et trop brillant Sherlock Holmes, et il était souvent d'accord avec lui... Mais il avait aussi conscience de ses limites en tant que chef de projet.
– Parce que toi, pas arrogant du tout comme tu l'es, tu le prendrais bien si on t'informait que tu étais stupide ?
– Hypothèse hautement improbable. Je ne suis pas stupide, et je n'ai jamais tort.
Le pire était qu'il avait raison. John leva les yeux au ciel, vaincu.
– D'accord, génie, je t'écoute. En quoi est-ce stupide ?
Heureux d'avoir eu gain de cause, Sherlock gonfla la poitrine, se rengorgea comme un coq, et John se prépara psychologiquement à ce qui allait suivre, le débit ultra rapide de son amant mis au service de son intelligence hors norme qui allait beaucoup trop vite. Heureusement, ils étaient au bureau, John avait pris un café, et il était prêt.
La diatribe de Sherlock avait perturbé John. Il y avait beaucoup de vrai dans ce qu'il disait, et même s'il était excessif, et alarmiste inutilement, certains points nécessitaient d'être vérifiés. Trop de précautions valaient mieux que pas assez. C'était dans ce contexte qu'il était allé demander un entretien à l'ingénieur en chef de la centrale.
– Monsieur Diatlov a dû partir pour une urgence familiale, monsieur Watson, lui répondit poliment sa secrétaire. Il sera là ce soir pour superviser l'opération.
John hésita. C'était le 24 avril, et les tests d'îlotage prévus sur le réacteur n°4, pour tester l'alimentation de secours censée permettre audit réacteur de fonctionner pendant une panne de courant, étaient prévus ce soir.
– Ça ira, décréta-t-il. Ce n'était rien d'important.
Sherlock avait émis des doutes sur l'expérimentation qu'ils allaient réaliser cette nuit, mais tout génie qu'il soit, il n'avait que dix-huit ans, et beaucoup moins d'expériences que Diatlov, ou même que John.
Ce n'était qu'un test. Rien de grave ne pouvait se produire, John en était certain. Il s'inquiétait trop. Il connaissait Sherlock depuis trop longtemps, et avait trop tendance à considérer sa parole comme d'évangile. Après tout, il pouvait se tromper aussi.
John avait eu le réflexe, étrange, de regarder sa montre. Il était minuit et vingt-cinq minutes. Ce fut, dans ses souvenirs, le point de départ de tout. Le réacteur avait beaucoup trop diminué de puissance. Et il descendait encore. John ne savait plus qui avait commis l'erreur d'insérer les barres de commande trop loin, mais ce fut pire encore, et le réacteur chuta encore et encore, tombant à une puissance de seulement 30MW, alors qu'elle aurait dû être située à 700 MW.
– Empoisonnement du réacteur au xénon ! cria quelqu'un. On doit rétablir la puissance !
John avait quitté la pièce en courant, sans se retourner. Sherlock était, comme certains membres des équipes, resté pour passer la nuit sur le site de la centrale. John devait le trouver. Il devait le protéger. Ils avaient trop connu la perte et vécu les heures sombres de l'histoire de l'humanité pour que John prenne le moindre risque. Il refusait de perdre son amant.
Même si, au fond de lui, il ne ressentait pas le pressentiment familier qui accompagnait toujours l'imminence de la mort de Sherlock. Son amant n'allait pas mourir cette nuit.
– Non, John. On ne fuira pas. Je refuse de partir.
Sherlock était têtu, et il dominait John de toute sa taille, ses yeux brillant de détermination.
– Sherlock, c'est dangereux ! Je...
– Premièrement, l'imminence de la mort ne devrait pas t'effrayer, John. Nous sommes immortels, et on se retrouvera dans la prochaine vie. Deuxièmement, où est passé l'humanité que tu es censé avoir et que tu me reproches d'oublier tout le temps ? Pourquoi veux-tu partir, en laissant les autres ? Pour eux aussi, c'est risqué. Mais eux pourtant, ils se battent pour stabiliser le réacteur. Troisièmement, nous sommes des hommes de science. Et je suis plus intelligent que la moitié des idiots réunis ici ce soir. On peut trouver une solution pour remonter la puissance à une limite normale, et refroidir le réacteur. Tu es avec moi, John ?
La question ne se posait même pas. John avait honte d'avoir eu envie de fuir, d'avoir voulu protéger son amant et seulement lui, trop marqué par la douleur de la perte qui gangrénait sa mémoire depuis des siècles. Mais Sherlock avait raison. Et John aurait suivi cet homme jusqu'au bout du monde, et même au-delà. Si leur prochaine vie les faisait se rencontrer sur la Lune, John ne trouverait même pas cela surprenant. Envers et contre tout, son âme retrouvait toujours celle de Sherlock.
– Je suis toujours avec toi, Génie, déclama-t-il.
Il était une heure du matin et vingt-cinq minutes quand ils revinrent dans la salle de contrôle, et qu'Alexandre Akimov venait de déclencher l'arrêt d'urgence. Il était déjà trop tard. Lentement mais sûrement, et dans la plus grande indifférence, le réacteur explosa. D'abord des petites explosions, puis plusieurs tonnes de béton, en provenance de la dalle entourant le réacteur, fracturèrent le cœur de celui-ci. Un violent incendie se déclara. Et personne, à part Sherlock et John, ne semblait réaliser ce qu'ils avaient fait.
Lorsque John réalisa que, pour éteindre l'incendie, Brioukhanov, leur directeur tiré du lit et inconscient du danger, avait simplement appelé les pompiers, il paniqua.
– Mais... On ne peut pas... C'est un réacteur nucléaire ! Ils ne vont pas l'éteindre avec de l'eau ! Ils risquent l'irradiation, ils ne sont pas avertis, pas prêts, pas...
Sherlock lui avait rappelé qu'il ne fallait pas fuir lâchement, et John n'était pas un lâche. Se dérobant aux ordres de ses supérieurs, il laissa Sherlock essayer de convaincre Brioukhanov d'arrêter le réacteur à froid, pour éviter de le perdre totalement, et partit aider les pompiers qui tentaient de maîtriser l'incendie.
Il décéda, comme tous les pompiers de Tchernobyl, dans d'atroces souffrances, à l'hôpital numéro 6 de Moscou, où ils avaient été transportés par la suite, sans les bras de Sherlock pour atténuer sa souffrance, mais avec une certitude vissée au cœur et au corps : il retrouverait Sherlock dans sa prochaine vie.
Prochain chapitre : Londres - 2018 (eh oui, enfin !)
Reviews, si le coeur vous en dit ? :)
JOYEUX RÉVEILLON DE NOËL ! :)
