Chapitre 2 : Fais confiance au temps qui passe

Eren observait la morne plaine. Son regard, jadis vivant et pétillant, était devenu éteint, à l'instar de tous ceux qui avaient perdu une partie de leur âme dans ce combat acharné contre les Titans.

La rage bouillonnante qui frappait Eren jadis avait fait place à une colère froide.

En outre, quelque chose de calmement bestial le rongeait de l'intérieur.

L'adolescent braillard avait fait place à un adulte dont le calme apparent n'augurait rien de bon.


La première chose que Livaï adressa à Eren fut un coup de pied magistral qui envoya le jeune homme heurter la paroi du dirigeable. Visiblement, le Caporal-chef disposait d'une droite toujours aussi percutante !...

Une fois de plus, Eren accepta la sentence et la remarque acerbe qui l'accompagnait.

Alors que l'équipe se dispersait, Eren se redressa, essuyant le sang à la commissure.

"T'as toujours eu une curieuse façon de dispenser ce qu'on nomme l'affection, Livaï."

Livaï demeura un instant figé ; croyant à une hallucination auditive.

En appui d'une main sur son genou, Eren envisagea celui qui fut pendant longtemps son supérieur.

"Ma parole... t'en redemandes, Jäger ?"

"Tu pourrais m'éclater la gueule jusqu'à ce que je ne ressemble plus qu'à une pulpe sanglante, ça tout le monde le sait. Inutile de rabâcher le sujet."

"Mais... ta gueule, Eren. Bordel, ta gueule !..."

Eren renifla, filet de sang lui sortant d'une narine.

"Qu'est-ce qui ne va pas, Livaï ? C'est pas toi qui m'as dit d'envoyer chier camarades et supérieurs ?"

Livaï recula d'un pas puis de deux. Jusqu'au moment où il serra le poing avec la ferme intention de recadrer l'importun.

Jäger venait de se relever, dépliant son mètre 80.

Oh, Livaï n'avait aucun mal à mettre ses menaces à exécution !... Seulement, blasé et passablement fatigué, le rebelle préféra s'installer sur un coffre non loin, jetant des coups d'œil circonspects au détenteur du Titan originel.

"Bien. Maintenant que j'ai affirmé mon territoire, je peux passer à l'offensive." songea Eren, masquant habilement sa satisfaction.


La balle lancée à pleine vitesse, Eren l'arrêta d'une main.

Un gamin vint la lui réclamer et il l'observa un instant, dans le creux de la paume, avant de la renvoyer.

Livaï se laissa choir sur le banc. "Faut qu'on cause."

"Tu dis ça si sérieusement !..." presque amusé.

"Te fous pas de ma gueule, Eren. Un accident est si vite arrivé..."

"Tu pourrais éviter de proférer une menace dans chaque phrase, si tu voulais fournir un petit effort, Livaï."

Les deux observaient le jeu des gosses pour leur éviter de se regarder... de se dévorer.

Livaï était penché en avant, coudes reposant sur ses cuisses.

Eren était, quant à lui, adossé au banc, jambes croisées.

"Il ne se passe pas un jour sans que je ne pense à toi." affirma la voix calme d'Eren.

"Tss. A quoi ça t'avance ? A quoi ça nous avance ?..."

"A nous accorder un répit."

"Bordel, Eren. T'as tout défoncé voilà quelques jours et c'est toi qui viens causer d'une trêve ?"

Eren adopta une position similaire à celle de Livaï. "Que les choses soient claires, Livaï. Je te veux dans mon lit." fixant un point à l'horizon.

"J'sais pas si j'dois en rire ou t'en coller une. J'sais juste que tu fous un sacré bordel dans ma vie."

"Oh, ta vie ? Ta petite vie bien rangée dans laquelle chaque objet a sa place ?... Nous ne sommes pas des objets, Livaï. Tu ne peux pas me ranger à ta guise sur une étagère en espérant m'oublier. Je me rappellerai sans cesse à ton esprit."

Livaï ferma brièvement les paupières face au soleil déclinant, laissant une légère brise lui caresser le visage.

"Qu'est-ce qui te fais penser que j'ai envie de ça, Eren ?"

"Livaï... cela fait des années que je t'observe. J'ai fini par connaître la moindre de tes mimiques. Tu m'as ouvert une porte, t'étonne pas que je m'y engoufre."

"Vas chier, Jäger."

Eren se leva, s'étirant tout son long.

Livaï plissa les yeux, éblouis par le côté sauvage couchant du soleil.

"Et Mikasa, dans tout ça ?" questionna soudain le Caporal-chef.

"Mikasa ? Depuis quand te soucis-tu de Mikasa ? Non, vraiment, permets moi de te dire que tes tentatives atteignent le niveau le plus bas de l'histoire."

Livaï laissa ses mains camoufler son visage.

"J'ai pas l'intention de te laisser y réfléchir, tu sais. Tu m'as toujours montré à quel point une attaque vive bénéficie de l'effet de surprise. Je compte bien me servir de tes enseignements à des fins plutôt personnelles."