Chapitre 4 : Suis le, il te fuit

Sur la plage, le flux et le reflux venaient lécher les roches nues.

Quelques coquillages, vivaces et obstinés, s'attachaient là, baignés dans cet environnement hostile.


Abrité derrière les vitres sur lesquelles battait à présent une pluie assassine, Livaï n'avait de cesse de passer la pulpe de ses doigts sur ses lèvres ; elles picotaient délicieusement, comme si elles portaient encore l'empreinte du baiser échangé. C'en était agaçant et troublant à la fois.

Il préférait reléguer dans un coin de sa tête l'être qui était à l'origine d'un tel déchaînement.

Jambe ramenée sur l'autre, allongé sur le dos, Livaï laissait son esprit vagabonder par-delà les murs de sa propre existence, fouetté par cette passion qui lui échappait totalement.

"Attends, merde... on parle d'Eren là !... De ce bâtard !..." avant de partir dans un rire totalement inattendu, corps cognant sur un tout autre air que celui de la douleur. "Putain, c'est vraiment ce qui manquait !..." riant toujours, comme habité par un autre, un autre qui n'avait pas de telles habitudes.

Avant, Livaï pouvait encore avancer la minorité d'Eren. Aujourd'hui, plus aucun argument ne pouvait venir contrer cette attirance irraisonnée.

La pulpe des doigts se reprit à circuler le long des ourlets de chair, habités par ce picotement incessant de plaisir, ravivé par le moindre souffle. "Bordel... un titan quoi !... Merde !..." s'arrachant le sourire qui venait de fleurir sur les coupables.

Ah, le pisseur avait bien grandi, c'était un fait indéniable !...

Livaï jeta un bref coup d'œil à la serrure de sa porte, portant une main coupable à son sexe qui n'avait de cesse de palpiter de déraison, ouvrant le pantalon dont la toile épaisse faisait entrave, se saisissant à travers le fin tissu de ce qu'il portait autour de la taille ; et merde !... Il ne s'était pas imaginé si haut !... Putain, bordel, Eren !...

Il se cambra d'un seul tenant sur ce lit, faisant hurler plusieurs lattes.

C'était bon à en crever !...

"Eren... foutu bâtard... d'enfoiré !..."

Tordu sur ce matelas, plongé dans une crise dont l'origine tenait plutôt du surplus d'hormones que d'une maladie fiévreuse, Livaï se procurait du bien à s'en faire hurler, si bien qu'il fut contraint de mordre brutalement la face externe de sa main, tandis que l'autre était occupée à tout ce qui tenait de l'inavouable.

Sitôt empoigné, sensations affluant, bas du corps irradiant, Livaï se rappela qu'il s'était toujours appliqué à faire passer les intérêts martiaux avant tout autre.

Il libéra sa main mordue jusqu'au sang pour s'autoriser des caresses plus osées, centrées sur un même mouvement, le faisant saillir du lien.

Presque effrayé par l'ampleur des sensations qui inondaient à présent son bassin entier, passant du nombril à l'anus sans exception, Livaï se tordait frénétiquement et en rythme sur le lit, le faisant abominablement grincer. Parvenu au point de non-retour, il leva une main tremblante devant ses yeux agrandis par la pression qui le vrillait entier, tandis que l'autre demeurait crispée sans rien lâcher. Dans un ultime spasme qui lui arracha un rauque éblouissant, il jouit là, solitaire et éreinté, en ayant l'impression d'avoir craché des litres de soulagement chaud et épais...


"Dégage, Armin." s'installant à côté d'Eren sitôt la place libérée sans objection.

L'Assaillant ne put empêcher un petit sourire de naître et s'installer sur ses lèvres. Ce qui allait suivre promettait d'être passionnant et Eren vint soutenir sa tête en s'aidant du poing. Il avisa d'emblée la blessure caractéristique trônant sur le dos de la main, étant lui-même habitué à de telles traces. On ne pouvait arborer d'aveu plus parlant que celui-ci. Il nota également que les cernes de Livaï semblaient plus prononcées qu'à l'ordinaire.

"Qu'est-ce qui peut bien te tenir ainsi éveillé ?..." un soupçon moqueur, ayant une claire idée sur la question.

Le poing de Livaï s'abattit sur la table qui manqua de céder. "Tu t'amuses bien, hein, Jäger ?! C'est le grand kif ?!"

Eren ramena ses deux mains en avant, dans une attitude défensive. Le geste était prémédité, ayant parfaitement conscience que la question qui torturait Livaï n'allait pas se débattre à table.

"J'ai toujours su que tu n'étais qu'un aimant à emmerdes, Jäger !... Et je le maintiens !..." se rabattant sur son déjeuner qu'il avala quasiment sans mâcher.

Tout à l'heure, Livaï le menacera sans doute d'insubordination... C'était trop drôle !...

Eren se pinça la lèvre de délice, couvant du regard à la fois le profil fier qui s'empiffrait que la colère consumait son supérieur.

Les tablées se vidaient et c'était tant mieux.

"Tu as toujours veillé sur moi - avec plus ou moins de succès ces dernières années, il est vrai. Laisse moi, à présent, te rendre la pareille."

Livaï manqua de s'étouffer, noyant la nourriture en excès avec de l'eau.

"Je l'ai toujours su. Tu n'es qu'émotions, Livaï." amusé, ayant bien envie de placer quelques mèches sombres échappées derrière l'oreille attentive.

"Putain, quand je pense que j'ai arraché des yeux pour bien moins que ça."

"L'âge. On passe tous par là à un moment ou à un autre." tendrement moqueur avant de redevenir plus sérieux. "Ce qui s'est passé sur la plage hier n'appartient qu'à nous."