Chapitre 5 : Pas de fumée sans feu
Livaï se réveilla en nage. Et en tension. Il grogna, gorge sèche, décidé à ignorer ce qui venait de l'éveiller subitement.
"Putain, tu vas me foutre la paix, oui ?!" aboyé contre lui-même et contre cet homme qui habitait sa tête et son cœur ; du corps on ne parlait même pas, il était devenu hors de contrôle !...
"Si tu cessais de te torturer comme ça ?..."
Livaï cligna, se redressant vivement dans le lit, avisant le coin d'où provenait la voix superbe et connue. Elle caressait comme du velours.
"Putain, enfoiré !... Tu m'as foutu la trouille, merde !..." Ça, il fallait le garder pour soi.
"Tss." suffira pour seule justification du malaise. "C'est ta mère qui t'a appris à t'inviter sans frapper ?..."
Cette réflexion déplacée était une pique à elle-seule.
Eren bascula lentement en avant, coudes en appui sur ses cuisses. "C'était habilement visé. Et ça aurait sans doute fonctionné quelques années auparavant." admit Eren, beau joueur.
Livaï se laissa retomber dans le lit, avant-bras barrant son visage. La voix suffisait.
Ceci n'était cependant pas au goût d'Eren qui se leva pour se diriger jusqu'au lit, s'y installant.
Le corps entier de Livaï vibrait de cette proximité insensée !...
Dans un geste presque tendre, Eren souleva le bras obstinément posé en travers de la vue.
Un rayon glacé de lune vint souligner le magnifique regard aux iris aigues-marines.
Eren plaça son bras de l'autre côté de Livaï, résolument tourné vers lui, ouvert à toutes suggestions.
Le cœur de Livaï avait un tel rythme qu'il semblait qu'il allait bondir hors de la cage thoracique.
"De l'eau..."
Eren avisa la cruche et le gobelet posé sur la table de nuit.
La gorge de Livaï piquait, muqueuses sèches.
Eren remplit le gobelet à mi-hauteur, le lui tendant.
Livaï but quelques gorgées, assis.
"Bon. Et maintenant ?..."
"Je passais simplement te souhaiter bonne nuit, Livaï."
"Peuh !... Me fais pas rire. Je sais exactement ce qui t'a conduit jusqu'à mes quartiers, ordure." le ton était presque tendre.
"Hmm... c'est pourtant la réalité, Livaï." venant embrasser le front, dont il dégagea les mèches d'une main douce, laissant ses lèvres glisser entre les deux, dans le pli renfrogné, descendant le long de ce nez adorablement retroussé, échouant sur les lèvres entrouvertes de surprise autant que de délice.
"Bonne nuit, Livaï." souffles mêlés.
Livaï fermait les yeux devant les cadavres déchiquetés qui s'étalaient sur la plaine désertique.
Il était pourtant un grand habitué de telles scènes de désolation morbide.
Un soupir prononcé le traversa tout entier.
"Putain... ça va s'arrêter quand ?..."
Plus la guerre avançait, plus elle devenait meurtrière, poussant les plus glorieux guerriers à devenir des monstres se nourrissant de la mort des plus faibles.
Il avisa Mikasa, plus loin. Elle ressemblait à une coquille vide depuis qu'Eren lui avait signifié qu'il la haïssait. Livaï eut un léger sursaut coupable.
Son regard convergea avec celui de Mikasa, fixés sur Eren.
L'Assaillant se tenait là, presque majestueux, chevelure châtain balayée par un vent dominant.
Il n'en avait strictement rien à foutre de mettre les cœurs en pièces ; sa lame sentimentale était aiguisée à en faire peur.
Trop longtemps brimé, méprisé, il prenait là une belle revanche.
"Eren. Aide les autres à ramasser les corps."
Qu'importe si c'était un ordre. Cela prouvait que Livaï venait de le regarder et de le considérer.
De retour à la base, Livaï se défit de son équipement qu'il posa sur la pile de ceux destinés à l'entretien.
Eren fit de même, côte-à-côte.
Les pertes humaines, ce jour, étaient considérables.
Livaï envisagea un court instant trouver refuge dans les bras d'Eren. Cette simple pensée agita son esprit et éveilla son corps ; un soupir éloquent le traversa.
Eren eut un petit sourire. Ici ?... Dans un lieu qui n'était absolument pas destiné à recevoir les amours désolés de soldats usés ?... Dans un endroit où l'on pouvait être découverts à tout moment ?... Dans un mélange de corps suintants de crasse et moites de sueur ?... Pour quelqu'un qui tenait en culte la propreté ?... Le paradoxe flatta les sens aiguisés d'Eren.
Les deux hommes se redressèrent en même temps.
Livaï attrapa Eren par les hanches, donnant un coup vif du pied à la porte qui claqua pour y plaquer son dos, venant dévorer les lèvres d'Eren sans demi-mesure, invitant sa langue à des joutes dans et hors des cavités.
Se dévorer sans avoir la patience de s'apprécier, d'une fièvre qui ronge les reins, sexes tendus vers l'avant. Tout contact devenait un supplice, exacerbant les sensations déjà trop présentes.
Eren bascula la tendance, plaquant son propre dos contre la lourde porte en bois, ployant les genoux pour se placer à hauteur du beau mètre 60 de Livaï.
Dans des gestes frénétiques, déboutonner, extirper sans douceur pour soulager la pression.
C'est Eren qui les empoigna tous deux, hampes littéralement collées l'une à l'autre, extrémités suintant déjà.
Se dévorer... au lieu de crier.
La main d'Eren était d'une agilité monstrueuse, appelant toujours plus de plaisir et de tension.
Livaï défaillait sous le baiser, cherchant l'air, étouffé par ce qui se jouait plus bas.
Eren n'en menait pas plus large, dévoré par la volupté grisante de l'instant.
Aux traces de boue et de sang se rajoutèrent les marques laiteuses d'une étreinte débridée.
Livaï trempa son corps usé dans le baquet fumant. Sa peau, claire et fine, rougit rapidement. Il n'eut aucune grimace particulière. Il aurait apprécié de brûler vif. La température de l'eau s'accordait parfaitement avec le feu qui faisait rage dans ses entrailles.
Ses pensées étaient de plus en plus vives à l'égard d'Eren.
"Tss. Tu quittes une Ackermann pour un Ackermann... C'en est presque risible si ce n'était pas aussi... aigu."
