Dague

Il quitta discrètement sa chambre, en passant par la fenêtre, avant de gagner l'infirmerie, par les toits. Il faisait nuit noire et il n'était qu'une ombre invisible et silencieuse. Il pénétra le plus discrètement possible dans la pièce, avant de chercher le lit qui l'intéressait.

Il était là. Étendu, inconscient, pâle comme un mort et ses bandages imbibés de sang. Sa poitrine se soulevait si peu que si son corps n'avait pas été pris, de temps à autre, de spasmes de douleur, il aurait pu croire qu'il contemplait un cadavre.

Et c'était ce qu'il avait failli devenir. Reposant à tout jamais avec son frère, sous des décombres, dans ce temple de Salomon. Son corps irrécupérable, qu'il n'aurait pas pu contempler une dernière fois. Il n'aurait plus vécu que dans ses souvenirs. C'était d'ailleurs déjà le cas, pour ce qui était de son sourire, qu'il était sûr de ne plus jamais revoir.

Il se pencha doucement au-dessus du corps, le frôlant imperceptiblement, mais assez prêt pour sentir son souffle discret sur ses lèvres et sa chaleur corporelle, confirmant la vie encore présente en lui.

« Je suis désolé. Si tu savais comme je regrette. Je t'ai perdu en cherchant trop à te mériter. Ne pourras-tu jamais me pardonner de trop t'aimer ? »

Une unique larme atterrit sur la joue de l'endormi.

Quand Malik se réveilla au matin, il ne se douta jamais de la visite nocturne qu'il avait reçue. Pas plus qu'il ne s'aperçut que sa lame avait était échangé avec une autre ou de la présence mystérieuse d'une dague, magnifiquement forgée, qui s'était ajouté à ses affaires, quand la guérisseuse les lui rendit à la fin de son rétablissement, avant de partir pour devenir la Rafiq de Jérusalem. Mais un autre savait tout cela et l'avoir fait posait un peu de baume sur son cœur qui culpabilisait.