Suite à un petit chamboulement dans mon programme d'écriture, Oxymore vas passer jusqu'à nouvel avis d'une publication hebdomadaire tout les jeudis à bi-hebdomadaire les mardi et samedi.
N'hésitez pas à me faire part de vos remarques, critiques ou même simple smiley, ils me font tous toujours immensément plaisir.
Bonne lecture!
Atlantis
Vêtue d'un pantalon de sport un peu trop long pour elle et d'un tank top sur son soutien-gorge de sport qui lui écrasait les seins, Mei se tenait face à Zarya. Au début, elle avait été soulagée que ce fût son amie qui soit la première à se charger de son entraînement, mais après vingt minutes de torture sur un tapis de course en guise d'échauffement et autant à soulever à deux bras et à grand-peine ce que la Russe soulevait d'une seule main négligente, elle ne l'était plus tant.
« Allez ! Hop ! Hop ! Hop ! Pose cet haltère et prend la corde à sauter. On commence en douceur. Cinquante sauts. »
Soufflant comme un phoque, et non moins dégoulinante, elle se releva lentement et prit sans entrain la corde posée au pied du banc de charge. Zarya sautait déjà à une vitesse ahurissante. Mei tenta vaguement un saut mais la corde, trop longue pour elle, s'échoua misérablement au sol devant elle. Avec un soupir, elle l'enroula autour de ses mains pour la raccourcir puis recommença. Toujours trop long. Après un dernier réglage, elle fit un premier saut un peu mou, puis un second, et se prit les pieds dans la corde au troisième.
« Allez, bouge-toi ! J'en suis déjà à 136... 137... 138... » la harangua Zarya.
Elle soupira et persévéra péniblement.
Il lui fallut de longues minutes pour faire ses cinquante sauts, mais elle finit par les faire. Zarya, magnanime l'autorisa à prendre une petite pause.
Elle vidait goulûment sa trop petite bouteille d'eau lorsque des pas lourds attirèrent son attention.
Mako Rutledge, seulement vêtu de sa vieille salopette, entra, ses traits dissimulés sous son éternel masque.
Zarya fronça le nez à l'odeur et elle ne se retint qu'à grande-peine de faire pareil.
Le géant leur jeta un coup d'œil puis se mit à charger les poids sur la barre.
« Hey ! C'est pas pour les porcs ici ! » cracha la Russe, qui pourtant n'avait pas semblé outre mesure dérangée par sa saleté auparavant.
Le gigantesque Australien la toisa puis se retourna, continuant à préparer la machine.
« Tu m'as entendu, Junker ? » siffla-t-elle, venant se planter devant lui, défiante.
« J'ai le droit d'être ici. » gronda l'homme.
« Certainement pas ! Les porcs comme toi n'ont pas le droit de mettre les pieds ici ! »
A une vitesse surprenante pour son gabarit, le poing du colosse jaillit pour se refermer sur le cou de son amie, qui se retrouva soulevée du sol, tentant en vain de lui faire lâcher prise.
« Personne ne me traite de porc... » siffla-t-il tout bas.
Après un bref instant de stupeur, Mei bondit en avant.
Si Zarya n'arrivait pas à se défaire de lui par la force, elle n'y arriverait jamais, mais elle pouvait essayer autre chose.
« Arrêtez ! M. Rutledge, arrêtez ! Lâchez-la. Zarya n'aurait pas dû vous insulter. Elle s'excuse. Hein, tu t'excuses ? »
La Russe suffocante fit non de la tête, et dans un accès de colère, Mei lui colla un coup de pied dans le tibia.
Elle acquiesça.
« Vous voyez ? Elle s'excuse. S'il vous plaît, lâchez-la... »
« Elle m'a traité de porc. »
« Oui, c'est vrai. Mais Zarya, heu... ne voulait pas dire ça ! »
Même à travers les épais verres fumés du masque, elle devina le regard dubitatif de l'homme.
« Ce qu'elle voulait dire, c'est que vous ne respectez pas les règles du gymnase ! Regardez ! (Elle désigna la page cornée scotchée dans un coin, détaillant les règles de bon usage des locaux.) Il est précisé que les utilisateurs doivent porter des vêtements spécialement adaptés à la pratique du sport et laisser les lieux propres après leur passage. »
Elle désigna également les vagues traces de terre sèche laissée par les rangers de l'homme. Il les fixa un instant, puis reposa une Zarya très rouge par terre.
« Je n'avais pas vu les règles. Je vais nettoyer et aller me changer. » déclara-t-il d'un ton redevenu égal. « Mais ne m'insulte plus jamais, la Russe. Le Dr Zhou ne sera pas toujours là pour te sauver. » gronda-t-il à son amie qui reprenait son souffle en se massant la gorge.
« Da ! Vot i vse ! Gros p... ! »
La fin de sa phrase se noya dans le linge que Mei venait de lui enfoncer dans la bouche.
Roadhog, qui s'était arrêté, se remit en marche et Zarya eut la bonne idée de ne cracher sa serviette qu'après son départ.
La soldate se releva avec hargne, ramassant sa bouteille d'eau et ses quelques autres affaires avant de se diriger vers la sortie.
« Zarya ? Où tu vas ? »
« Fin de la leçon, Mei ! » cracha cette dernière.
Elle la regarda partir, puis se rassit tristement sur le banc de charge. Même si cette leçon était une torture, elle ne voulait pas qu'elle se finisse ainsi.
Avec un soupir, elle se releva, sentant déjà les courbatures qu'elle allait avoir, et commença à péniblement ramasser les haltères et autres équipements abandonnés par terre pour les ranger à leur place.
Quelques minutes plus tard, un genre de sifflement qui se termina en glapissement de douleur la fit se retourner, pour découvrir Roadhog pieds nus et à présent habillé d'un truc qui avait dû être un jogging dans une autre vie, accompagné d'un Junkrat qui se frottait la tête d'un air vexé, et vêtu quant à lui d'un ridicule mini-short vert et d'un genre de marcel sans doute plus à la taille de son ami qu'à la sienne. L'ensemble lui donnait encore plus l'air d'une grande sauterelle égarée.
Comme pour compléter le tableau ridicule, Mako tenait à la main un balai et une balayette qui faisaient figure de jouets dans ses grosses pognes.
Elle dut avoir l'air surpris, parce que Jamieson oublia qu'il boudait pour désigner avec un grand sourire la brosse.
« Tu vois, on est pas de cochons, princesse ! »
Ne sachant que répondre, elle haussa les épaules, et se retourna pour poursuivre son rangement.
Avec un sifflement souffreteux, Mako s'agenouilla pour balayer ses saletés, tandis que Jamieson venait fureter vers le rack des poids, en choisissant deux qu'il emmena en titubant vers la barre, poursuivant visiblement le travail de son ami.
Lorsque le géant se releva en soufflant comme une locomotive, Mei ne put s'empêcher d'énoncer ses inquiétudes quant à son état de santé.
« M. Rutledge, vous êtes sûr que vous êtes en état de faire du sport ? »
« Nah ! T'inquiète pas, flocon de neige, Roadie est solide ! » répondit Jamieson à sa place.
Ignorant la sauterelle, elle fixa le grand Junker qui gronda et, voyant qu'elle ne renoncerait pas, consentit à lui répondre.
« Je vais très bien. »
« Vous êtes sûr ? »
Quelque chose dans son attitude la découragea d'insister et, les lèvres pincées, elle ramassa sa bouteille vide et sa serviette avant de partir.
Arrivée devant sa chambre, elle se rendit compte qu'elle avait oublié son lecteur de musique.
Avec un gémissement défait, elle fit demi-tour.
Avant même d'arriver à la salle de sport, elle fut accueillie par les bruits. Grognement de bêtes fauves, sifflement de poumons malades et par-dessus, d'atroces caquètements fous.
A la porte, elle découvrit la manière bien particulière de faire du sport des Junkers. Si Roadhog soulevait de la fonte à s'en faire exploser les bras, Junkrat allait et venait d'une machine à l'autre, les essayant toutes de toutes les manières possibles sauf la bonne, tout en ricanant comme un dément à chacune de ses nouvelles pitreries.
Les caquètements hystériques s'éteignirent brusquement lorsqu'il l'aperçut et, après s'être figé, l'air très embarrassé, Jamieson descendit du vélo d'appartement sur lequel il était perché à l'envers et avec son sourire habituel, il s'approcha d'elle.
« Oublié quelque chose, princesse ? »
« Oui. Mon lecteur. » marmonna-t-elle, se dépêchant d'aller le ramasser avant de repartir.
Elle avait atteint la porte lorsqu'une poigne de fer, littéralement, l'arrêta.
Un frisson la parcourut à l'idée de ce qui était en train de la toucher, et elle força un air neutre sur ses traits avant de se retourner.
Ce n'était pas parce qu'elle leur était reconnaissante de lui avoir sauvé la vie qu'ils ne la dégoûtaient plus.
« Lâchez-moi.» parvint-elle à dire sèchement mais sans trop de méchanceté.
Il retira prestement sa main avant de la lever en signe de paix.
« Y a pas de mal, princesse, y a pas de mal ! J'ai appris ce que l'Égyptienne veut que tu fasses... et comme Mme Muscle t'a laissée en plan, je me disais que... peut-être... éventuellement... par le plus grand des hasards... ça te dirait de t'entraîner avec nous ? »
Elle le fixa, lui avec son short trop court, fixa le vélo d'appartement sur lequel il était perché peu de temps auparavant, puis l'autre Junker qui, imperturbable, continuait à lever de la fonte. Assez de fonte pour pouvoir la broyer, elle en était sûre.
« Non, sans façon, merci. »
Jamieson sembla se dégonfler comme une baudruche, mais elle ne resta pas pour voir jusqu'où.
« Héhé, c'est pas grave... Bon après-midi, flocon de neige ! » la salua-t-il, se grattant une plaque nue sur le crâne avec un sourire tordu.
« J'ai un nom, Jamieson Fawkes ! »
« Bon après-midi, Mei ! » répondit-il joyeusement.
Ne pouvait-il pas ne pas se rendre compte à quel point il était agaçant. Non ?
« Ouais, c'est ça ! » répliqua-t-elle, agitant vaguement la main en une parodie de salut, mi-geste d'adieu, mi-geste grossier, tout en continuant à marcher.
.
« Héhé, t'as vu Roadie... Elle m'a dit au revoir ! »
« ... »
« D'accord, pas tout à fait, mais y a du progrès non ? »
« ... »
« T'es pas cool, mec ! Pas cool ! » marmonna-t-il, se vautrant sur une machine à se muscler les tibias.
Jouant distraitement avec la barre de charge de laquelle il avait retiré tout poids, il ne put s'empêcher de rire un peu.
« Héhé, tu as vu ce qu'elle portait pour faire du sport ? Pas du tout à sa taille... Je croyais que les filles, surtout les filles qui sont pas de l'Outback, elles faisaient attention à ce genre de choses... Comment ça, je devrais me regarder avant de parler ? »
Un grondement plus appuyé lui répondit et il comprit le message.
« OK, OK, mon pote, je me tais. »
Vingt-six secondes plus tard, il commençait à fredonner tout en rampant à plat ventre dans le rayon de soleil qui baignait un coin des dalles en mousse de la zone de musculation.
C'était confortable. Plus moelleux que la plupart des endroits où il avait dormi au cours de sa vie, et le soleil le réchauffait délicieusement, mais il ne parvenait pas à somnoler.
Il n'était pas un ange, c'était un fait, mais depuis qu'ils avaient été engagés par Overwatch, il faisait de gros, gros efforts pour bien se comporter. Il n'avait presque rien volé du tout. Juste quelques outils et un ou deux produits chimiques. Et il n'avait fait de mal à personne, à part aux types de Talon qui remplissaient à présent la morgue de la base... Roadie non plus d'ailleurs... Peu de gens pouvaient se vanter de l'avoir insulté et d'être encore en vie... La Ruskof avait bien de la chance que Mako tienne tant que ça à la prime juteuse que le singe leur avait promis pour le casse.
S'arrachant machinalement les peaux mortes des lèvres avant de les gober, il se retourna sur le dos.
Il avait l'habitude d'être mal accueilli, mais pour une raison qu'il ignorait, la froideur de la Chinoise... (La froideur... pour la princesse des glaces... il pouffa, puis se rembrunit.) Sa froideur lui faisait de la peine. A chaque fois qu'il essayait d'être gentil, sympathique à son égard, elle le rembarrait comme un déchet dégoûtant.
Un sourire sardonique étira ses lèvres gercées, faisant perler un peu de sang là où il venait d'en arracher la peau. Elle le rembarrait ainsi parce que c'était ce qu'elle voyait, ce que tout ces gens voyaient quand ils les regardaient, Roadie et lui. De dégoûtants déchets radioactifs qu'on aimerait bien oublier. Mais, ils ne les laisseraient pas les oublier. Plus jamais ! Et quitte à se rappeler à leur bon souvenir, autant que ce soit comme leurs pires cauchemars que comme des choses pitoyables et répugnantes dont on se débarrasse en vitesse.
Dans cinq jours, ils allaient faire le casse pour les « gentils » d'Overwatch, prendre leur prime obscène, et s'en servir pour se lancer dans une seconde vague de crimes et de pillages sanglants.
Jamais le monde ne pourrait oublier Junkrat et Roadhog.
Jamais !
Un rire hystérique lui échappa et, se tenant les côtes, il se roula par terre jusqu'à ce qu'il s'apaise.
.
Zarya s'était bientôt calmée, et l'avait rejointe pour le repas du soir comme si de rien n'était. Ce n'était certainement pas Mei qui allait remettre les choses sur le tapis. Les colères de son amie étaient bien assez terrifiantes comme ça.
Le lendemain cependant, elle avait eu le droit à la triple peine. Zarya, Pharah et l'odeur des Junkers que même la brise marine entrant par les fenêtre grandes ouvertes du gymnase ne parvenait pas à évacuer.
Les deux militaires la poussèrent dans ses derniers retranchement pendant plus de trois heures avant de la libérer, et c'est sur des jambes tremblantes d'épuisement qu'elle se traîna à la douche. Elle se sentait si faible et fatiguée que malgré un ventre gargouillant, elle fit l'impasse sur le réfectoire, se dirigeant directement vers sa chambre. Il devait bien lui rester une barre énergétique ou quelque chose du même genre quelque part.
Elle comatait depuis plus d'une heure, physiquement épuisée, mais parfaitement reposée mentalement, lorsque Athena lui signala poliment que le lieutenant Amari désirait la voir.
Avec un grognement, elle se redressa sur ses coudes, poussant un gémissement pitoyable lorsque des muscles qu'elle ne savait même pas avoir se rappelaient à son bon souvenir, puis avec des gestes de vieille femme, elle ramassa ses lunettes, les posa sur son nez et entreprit péniblement de quitter son pyjama pour une tenue plus présentable.
Pharah l'attendait dans son bureau, celui du commandant de la base, une feuille de papier imprimée annonçant sobrement « Lieutenant Amari » scotchée sur la plaque portant encore le nom de l'ancien maître des lieux.
La guerrière lui fit signe de s'asseoir et, voyant sa peine, lui offrit un petit sourire encourageant.
« Si la douche chaude et une bonne hydratation ne suffisent pas, allez demander quelque chose au Dr Ziegler, d'accord ? »
Elle acquiesça.
« Mais je ne vous ai pas fait venir pour parler de vos courbatures. Je suis parfaitement au courant que ce que je vais vous demander est en complète contradiction avec ce que je vous ai dit avant-hier, mais malheureusement, nous n'avons pas le choix. »
Elle attendit la suite.
« Comme vous le savez sûrement, nous sommes actuellement en train de préparer la plus grosse mission depuis la réouverture d'Overwatch. »
« La mission dans quatre jours ? Celle pour laquelle vous avez engagé les Junkers ? »
« Précisément. Or, malgré leur présence et celle de Mme Zaryanova, nous sommes à cours de personnel. »
« Vous voulez que je garde la base en votre absence ? » demanda-t-elle, tentant de se rassurer.
Talon n'allait pas ré-attaquer à peine une semaine après sa dernière tentative - et pas après la raclée qu'ils s'étaient pris.
« Non. J'ai besoin de vous sur le terrain. »
« Moi, sur le terrain ? Mais je croyais que je devais être formée... »
« En effet, mais nous n'avons pas le choix. Le cadet Oxton devait se charger de cette partie de la mission, mais malheureusement ce ne sera pas possible. »
Mei déglutit avec peine.
« Qu'attendez-vous au juste de moi ? »
Pharah sourit.
« Que savez-vous exactement de la mission ? »
« Pas grand-chose. Juste que c'est très important et que vous devrez sans doute faire sauter des trucs. Sinon, pourquoi engager les Junkers ? »
« Vous avez tout juste. Nous allons récupérer, dans la banque Gutenberg de Milan, une technologie qui, bien qu'en elle-même inoffensive, pourrait avoir des applications meurtrières entre de mauvaises mains. »
« Quelle genre de technologie ? »
« Moins vous en savez, moins vous risquez d'en dire, Mei. Nos associés australiens entrent malheureusement dans la catégorie des mauvaises mains. »
Elle acquiesça.
« Alors pourquoi les avoir engagés ? »
« Car malheureusement, les cambrioleurs capables d'entrer dans de telles forteresses et d'en ressortir vivants ne courent pas les rues. Ceux prêts à vendre leurs talents encore moins. »
« Je ne comprends pas quel rôle je pourrais bien jouer dans tout cela. »
« Un rôle capital. Pour que nous puissions accéder à la chambre forte, il faudra que M. Fawkes nous ouvre un passage, et pour cela, il faudra qu'il s'infiltre. »
Elle fronça les sourcils. Comment le bruyant Junker pourrait-il bien s'infiltrer sans se faire repérer ?
Pharah anticipa sa question.
« Les entrées de la banque sont trop sécurisées pour que nous puissions espérer les forcer, mais au Palazzo Bianco, juste à côté, se tiendra dans quatre jours une grande soirée mondaine. Ce sera notre entrée. »
« Si les portes ne s'ouvrent pas, passez par les murs... » marmonna la scientifique pour elle-même.
« Précisément. Mais il faudra d'abord faire entrer M. Fawkes et son matériel dans le Palazzo et accéder aux sous-sols. »
« Je ne comprends toujours pas ce que vous attendez de moi. »
« J'y viens. Nous allons vous procurer deux invitations. Votre rôle consistera à faire entrer M. Fawkes. Seul, il n'a aucune chance de passer pour un nanti venu s'amuser. Dès que c'est fait, vous partez. Vous serez loin avant même que la mission ne commence vraiment. »
« Vous voulez que je l'escorte ? »
« Oui. Vous vous ferez passer pour M. Zoubarev et sa nouvelle épouse, Masami Sanada, tous deux grands héritiers et investisseurs majoritaires de Volskaya Industries. Ils sortent peu, et fuient les médias comme la peste. Faites en sortes que M. Fawkes n'ouvre pas la bouche et tout devrait bien se passer. »
Mei ne put s'empêcher de noter l'usage du conditionnel, alors que la soldate lui montrait deux photos sur un écran. Un homme maigre aux cheveux blonds impeccablement gominés et une Asiatique qui faisait au moins vingt-cinq kilos de moins qu'elle, mais pour peu que le portier fasse partie de ces personnes pour qui tous les Asiatiques étaient des Chinois et tous les Noirs étaient pareils, avec un peu de maquillage, ça pourrait le faire.
Elle serra les lèvres. C'était quand même risqué.
« On y va, je montre les invitations, et je ressors aussitôt. Ça ne sera pas suspect ? »
« Oubliez votre pochette dans la limousine. »
« Limousine ? »
« Vous ne pensez tout de même pas que M. Zoubarev et sa femme prennent le taxi ou, pire encore, les transports publics ? »
« Non, bien sûr que non. »
« D'ailleurs, maintenant que j'y pense, il va aussi vous falloir des tenues. Pourriez-vous aussi vous en occuper ? »
« Quoi ? »
« Des vêtements. Robe de soirée, bijoux, costard, la totale. Je suis sûre que vous avez dû aller à quelques galas du temps d'Ecopoint. »
Oui, elle avait été à des galas, et n'en gardait pas forcément de bons souvenirs. Elle s'était toujours sentie ridicule en robe de soirée et talons.
Elle opina.
« Vous acceptez donc ? »
« J'ai le choix ? » demanda-t-elle, un peu surprise.
« Oui, mais, j'en conviens, votre participation est plus que nécessaire à la réussite de l'opération. »
« Donc je n'ai pas le choix. »
La militaire prit le parti de ne pas répondre, se contentant de la fixer.
Elle n'avait pas envie de se coltiner le Junker, encore moins de jouer son épouse, mais elle qui se plaignait sans cesse de ne servir à rien, elle avait enfin l'occasion de faire quelque chose de vraiment utile. Et Pharah le lui avait promis, elle ne risquait rien. Elle serait loin avant que les choses ne se gâtent.
« OK. Je vais le faire. Je vais le faire. »
« Fantastique ! Voici une carte de crédit sans plafond pour vos achats. Je suis certaine que vous serez raisonnable. Commencez tout de suite, il faut souvent un peu de temps aux couturiers pour ajuster les vêtements. »
« Hein ? Vous voulez que j'aille maintenant acheter des vêtements ? »
« Oui. »
« Mais je ne connais même pas la taille de Fawkes. »
« C'est sans importance, il vient avec vous. »
« Quoi ?! »
« Vous avez accepté la mission, c'est à vous de faire en sorte qu'il ressemble à autre chose qu'à un mannequin de crash-test et qu'il ne sente plus la charogne. »
Dans quel pétrin s'était-elle mise ?
« Je suis censée faire ça comment ? »
« Douchez-le vous-même si nécessaire. »
Elle frémit. Dans le pire des cas, elle prendrait le nettoyeur à haute pression et le savon industriel du réfectoire. Pas question qu'elle aille dans une cabine de douche avec ce désaxé !
Pharah agita une fois de plus la carte de crédit qu'elle n'avait toujours pas prise.
Elle s'en saisit, la fixant avec appréhension.
« D'autres questions ? » demanda aimablement la militaire.
« Heu... non... oui... Je sais pas... Si ! Quel est le plan à propos des prothèses ? »
« Pardon ? »
« A moins que M. Zoubatruc ne soit aussi un double amputé, comment comptez-vous faire passer M. Fawkes pour cet homme avec ses deux prothèses ? »
Pharah fit la moue. Visiblement, elle n'avait pas pensé à ça.
« Je vais demander à Winston qu'il lui procure deux prothèses plus... passe-partout. Excellente remarque. Merci. »
Elle se sentit immensément fière d'avoir mis le doigt sur une faille dans le plan de la très compétente militaire.
« Je vous charge de prévenir M. Fawkes. »
Et merde. Quelque chose lui disait que le Junker risquait de le prendre assez personnellement.
Le silence retomba, un peu malaisant, puis Pharah la congédia avec un dernier remerciement, et elle se retrouva tout seule, perdue et courbaturée devant la porte close du bureau.
Mais quelle mouche l'avait piquée ?
Elle fixa la carte dorée dans sa main, puis avec un haussement d'épaules la fourra dans sa poche et partit en quête du Junker. Autant arracher ce pansement aussi vite que possible.
