Ses poumons la brûlaient alors qu'elle suffoquait à moitié dans l'épaisse fumée qui emplissait tout l'espace. Elle se sentait écrasée. Elle tenta de bouger et glapit alors qu'une lance de souffrance lui déchirait le flanc. Son hurlement se transforma en quinte de toux qui la fit sangloter de douleur. Merde. Elle se força à se calmer. Pour survivre, il faut avoir l'esprit clair et analyser la situation.

Inspirer, expirer. Inspirer, expirer. Zen... zen, Mei.

Elle était dans le noir et l'air était empli de poussière et de cendre, mais la chaleur n'avait rien

d'anormal. Ce taré de Junker avait fait s'effondrer l'étage sur eux, mais au moins, elle ne risquait pas de mourir tout de suite, brûlée vif.

Elle tenta prudemment de bouger les doigts, puis les mains, puis les bras. Tout fonctionnait. Elle tâta doucement son côté et sentit quelque chose de chaud et de poisseux. Du sang. Elle était blessée, mais quel que soit le débris ayant causé ça, il n'était pas resté planté dedans. Bonne nouvelle.

Elle tenta de se relever, ravalant la plainte de douleur qui menaça de lui échapper. Elle parvint à s'asseoir, dos à ce qu'il restait du mur, mais sa tête effleurait le « plafond ». Ce n'était pas une bonne nouvelle. Pas plus que le fait qu'elle n'entende aucun bruit à part sa propre respiration hachée et ne voie toujours rien. Elle testa la fonctionnalité de ses jambes. A part la blessure au côté, elle n'avait que des bosses et des bleus. Ç'aurait pu être pire.

Mei ne put retenir un petit rire désabusé. Elle qui pensait que la mission était un fiasco parce qu'elle n'était pas ressortie tout de suite ! Maintenant, c'était un vrai fiasco.

Il fallait qu'elle se sorte de là, et vite. Le sang n'arrêtait pas de couler et elle ne savait pas combien de temps elle tiendrait avant de s'évanouir.

Elle se redressa davantage, commençant à tâter alentour seulement pour se figer alors qu'un bruit d'éboulis la glaçait.

« Mei ? » toussa une petite voix dans l'obscurité.

Jamieson Fawkes ! Il était en vie !

Elle laissa une bordée de jurons chinois lui échapper. Il le méritait bien.

« Ah ! Tu es en vie ! » répliqua-t-il, visiblement soulagé.

Elle entendit encore d'autres bruits d'éboulis et de quelque chose de lourd qui rampait. Quelque chose qui rampait dans sa direction. Elle sentit tous ses poils se hérisser, et même si une part d'elle savait que c'était le Junker, elle ne put retenir un glapissement de peur lorsqu'une immense main osseuse se posa sur sa cheville, la tâtant avant de commencer à remonter le long de sa jambe.

Bientôt, suivant la main, elle sentit le reste du Junker qui se traînait jusqu'à se retrouver vautré à côté d'elle.

« Haha, belle explosion hein ? » demanda-t-il à demi-voix.

Au loin, un choc sourd. Comme si l'effondrement n'était pas encore total.

« On dirait que ça barde, là-haut. »

Elle ne répondit pas, tentant plutôt de compresser sa blessure à mains nues - car ce n'était pas comme si ce qu'il restait de sa petite robe suffirait pour faire un bandage.

Il dut la sentir bouger, car il se redressa un peu.

« Tu n'as rien ? »

« Non ! Non, je n'ai pas rien ! A cause de vos conneries, espèce de grand malade, je suis blessée ! » hurla-t-elle, ses mots la soulageant presque un peu.

Jamesion s'agita encore un peu à côté d'elle, changeant de position, puis il commença à la tâter, d'abord la tête, puis le cou, puis... Elle l'arrêta d'une tape de la main hargneuse.

«Je crois que vous m'avez assez tripoté, sale pervers ! »

« J'te tripote pas, j'essaie de trouver tes blessures. »

« Suffisait de demander, abruti ! »

« Où es-tu blessée ? » demanda-t-il, contrit.

« La taille. Une grosse estafilade. »

La main revint, hésitante.

« J'peux ? »

Serrant les dents, elle opina. Il ne l'avait certainement pas vue, mais il sembla prendre son manque de réaction pour un acquiescement et, prudemment, il tâta les bords de la plaie.

«Ça saigne beaucoup.» constata-t-il, et elle faillit le féliciter pour son extraordinaire sens de la déduction, mais ravala ses sarcasmes.

Le Junker s'agita encore à côté d'elle et pile quand elle allait lui demander à quoi il jouait, elle sentit un tissu être appliqué sur sa blessure.
« Tu arrives à le tenir ? »

Elle tâtonna un peu. C'était la chemise de Fawkes. Elle l'ajusta afin qu'aucun bouton ne se plante dans la chair à vif et appuya aussi fort que possible, gémissant sous la douleur.

Elle l'entendit retenir sa respiration.

« Ça va aller ? » demanda-t-il finalement.

Elle grogna un assentiment et il s'éloigna doucement, rampant à moitié. Elle l'entendait grommeler et marmonner alors que, tel un ver, il se frayait un chemin au milieu des décombres. C'était à cause de lui qu'elle était dans cette merde. A cause de lui qu'elle allait mourir enterrée vivante.

Elle recommença à l'injurier. Ça ne servait à rien, mais ça soulageait. Finalement, elle fut à court de vulgarités et, la gorge sèche et des larmes aux yeux, elle en fut réduite à fixer le néant, écoutant la lente progression du Junker qui avait dû trouver quelque chose, car elle l'entendait fouiller dans les décombres. Il y eut un bruit plus fort que les autres, puis le sol trembla alors qu'une partie de leur espace déjà restreint s'éboulait, la noyant dans un nouveau nuage de poussière.

« Fawkes ?! »

Une toux et un rire aigrelet lui répondirent, puis le Junker revint s'avachir à côté d'elle.

« Bon, ben, on est coincés ici et maintenant, on en est au même point tous les deux.» nota-t-il tristement.

« Je ne veux pas mourir dans un trou ! » protesta-t-elle.

« Moi non plus, princesse, moi non plus, mais ni toi ni moi ne sommes en état de sortir d'ici et j'ai plus un seul gramme d'explosif sur moi. »

Ce qui, selon elle, n'était pas forcément une mauvaise nouvelle.

Le silence retomba tout comme la poussière, et elle finit par discerner quelque chose. Une vague lueur. Le reflet d'un reflet se glissant entre deux plaques de béton. Au moins, ils ne mourraient pas étouffés.

« Mei ? »

Au bout de bien vingt secondes, elle consentit un vague acquiescement.

« J'suis désolé. »

« Je m'en fous. Je ne veux pas d'excuses, je veux sortir de là ! »

Le Junker se redressa un peu, et elle crut deviner un reniflement.

« J'suis désolé. J'peux pas te faire sortir de là, flocon de neige. Tu étais pas censée être là... Tout ça, c'est à cause de moi... »

«Oui ! »

« Je suis qu'un abruti et à cause de moi, maintenant tu vas sûrement mourir... »

A présent, elle en était certaine, Fawkes avait à nouveau reniflé.

« J'sais que chuis pas quelqu'un de bien... J'suis même pas sûr d'être vraiment quelqu'un, mais j'voulais pas que ça se passe comme ça. J'te jure ! Tu devais pas être là. Tu devais pas être blessée. Ta jolie robe devait même pas être salie. Maintenant, tu devrais être dans la grosse limousine avec le type et sa casquette ridicule, en train de boire un verre en regardant les étoiles. Pas ici. Pas comme ça... »

Sa voix se brisa.

Il pleurait ?!

Un peu incrédule, elle écouta. Il pleurait bel et bien, à gros sanglots désemparés.

« Hé, Fawkes... Vous êtes aussi coincé là. »

Le Junker renifla encore, émit un bruit humide alors qu'il s'essuyait le nez d'un revers de main, puis inspira à fond.

« Mais moi, c'est pas grave... C'est sûrement ce qu'ils diront. Moi, j'suis qu'un criminel. Suis pas intelligent. Suis pas doué. Suis pas utile. Suis pas comme toi. »

Ce sale rat arrivait à lui faire pitié. Elle eut envie de l'étrangler.

Il renfila de plus belle, bougea un peu, gémit, rit vaguement et baragouina un « Merde ».

« Qu'est-ce qu'il se passe ? » demanda-t-elle, inquiète de son comportement.

« Haha, j'en fous partout, c'est tout. Faut pas t'en faire, princesse. »
Quelque chose lui disait qu'il ne parlait pas de sa morve.

« Qu'est-ce qu'il se passe ? » répéta-t-elle.

Le Junker ne répondit pas, ne bougea pas, et un doute affreux naquit en elle.

Tendant un bras, elle commença à le tâter, comme il l'avait fait pour elle un peu plus tôt. Sa main rencontra quelque chose de chaud et poisseux à hauteur d'épaule.

« Héhé... faut pas t'en faire, c'est juste le trou de balle de l'autre piñata qui s'est rouvert. »

Vu la quantité de sang, ce n'était pas rien, et elle avait de sérieuses raisons de s'inquiéter.

« Faut pas rester comme ça ! Il vous faut aussi une compresse. »

Le Junker rit bêtement et, se retenant de le gifler, elle retira la chemise de la plaie sur sa hanche.

Le sang qui avait commencé à coaguler se remit à couler de plus belle, mais elle l'ignora, se servant d'un débris tranchant pour déchirer la belle chemise de prix en deux. Non pas qu'il y ait encore eu quoi que se soit à sauver après l'explosion.

Replaçant la moitié de chemise la plus humide sur sa blessure, elle tendit l'autre au Junker qui s'en empara et commença à bidouiller avec.

Une minute plus tard, il gigotait toujours, mais ne sanglotait plus.

« Vous ne pouvez pas rester tranquille ? » siffla-t-elle.

« Désolé. C'est juste que c'est pas du bon côté.» s'excusa-t-il, renonçant à faire ce qu'il faisait.

Pas du bon côté ? Qu'est-ce qu'il avait voulu dire par là ?

...Mais quelle crétine ! Shǎguā ! Báichī ! Bien sûr qu'il n'arrivait à rien. La blessure était du côté de son bras valide. Difficile d'appuyer sur son épaule avec le bras du même côté, et tout aussi difficile de faire un pansement compressif avec un moignon.

Avec un grondement mi-douleur, mi-consternation, elle se redressa, tentant de se positionner de manière à pouvoir le tenir pour lui. Mais la main relevée en arrière, elle fatiguait vite, et même pas cinq minutes plus tard, tout son bras la lançait.

Elle tenta de trouver une autre position, mais aucune ne lui permettait de tenir plus de quelques minutes.

« Heu... Héhé... J'apprécie beaucoup ce que tu fais pour moi... mais c'est peut-être pas la peine ? » finit par suggérer Jamieson alors qu'elle changeait de position pour la quatrième fois.

Peut-être qu'il en avait assez d'avoir mal à chaque fois qu'elle bougeait ? Compréhensible, mais il risquait autant qu'elle de se vider de son sang sans une compresse.

« Désolée, mais il vous faut ce pansement. » répliqua-t-elle.

Le Junker marmonna pendant un moment, s'agita un peu, bafouilla vaguement, inspira à fond et se lança.

« J'ai peut-être une idée... Mais elle va pas te plaire. »

Au point où elle en était...
« Dites toujours. »

« Tu viens sur mes genoux. Comme ça, on sera face à face. Ce sera plus facile pour toi, et j'pourrais même t'aider pour le tien. »

Elle tenta de visualiser la situation. Certainement pas !
« Non, c'est bon, je crois que cette fois, j'ai trouvé un truc qui marche. »

Vingt minutes plus tard, elle devait se rendre à l'évidence : non, elle n'avait pas trouvé le moyen de positionner son bras d'une manière convenable.

Elle capitula.

« OK. On va essayer votre idée. Redressez-vous. »

Il s'exécuta, serrant les jambes bien droites devant lui pour qu'elle puisse venir s'asseoir dessus.

Maladroitement, elle vint s'y installer, ses jambes de chaque côté des hanches de Jamieson, les os saillants du Junker lui rentrant dans les fesses.

Mais force était de constater qu'il avait raison et qu'elle pouvait facilement tenir les deux compresses en même temps.

Il faisait toujours aussi sombre, et bientôt elle perdit toute notion du temps. Lorsque l'adrénaline ne fit plus effet, elle se retrouva à dodeliner de la tête, vidée, tremblante et gelée.

« Tu devrais dormir. » nota Jamieson, qui s'était tenu extraordinairement tranquille depuis qu'elle était sur ses genoux.

« Non. Faut que je continue à appuyer. »

« Haha, j'dis pas le contraire, princesse. Attends, bouge pas. »

Il se contorsionna sous elle jusqu'à croiser ses jambes. Du moins aurait-il croisé ses jambes s'il en avait encore deux. En tout cas, elle se retrouva perchée quelques centimètres plus haut qu'avant.

« Ferme ton poing.» réclama-t-il ensuite tapotant la main qu'elle maintenait sur son épaule.

Un peu perplexe et sans doute à moitié anesthésiée par tout ce qui venait de lui arriver, elle obtempéra.

Il appuya donc la tranche de son poing fermé sur sa blessure, puis l'attira doucement contre lui, jusqu'à ce que sa main se retrouve coincée entre leurs deux épaules. Un vague sourire passa sur ses traits alors qu'elle comprenait. En s'appuyant ainsi sur lui, c'était son propre poids qui maintenait la compression, et elle n'avait plus besoin d'une pression consciente. Ingénieux, mais ça ne réglait pas le problème de sa propre blessure qui suintait toujours. Elle le lui signifia et même sans le voir, elle devina le sourire du Junker alors qu'il passait sa main dans son dos, l'attirant un peu plus contre lui pour pouvoir tenir le pansement à sa place.

« Voilà. Tu peux te reposer tranquille, princesse, aucun de nous deux ne saignera à mort. »

Elle acquiesça vaguement. Elle était trop épuisée pour discuter et le Junker émettait une chaleur plus que bienvenue. Frissonnant un peu, elle s'appuya contre lui et sombra si vite qu'elle ne remarqua même quand il la stabilisa en passant son moignon autour de son épaule. Loin au-dessus d'eux retentissaient toujours les coups sourds d'explosions.

.

Il avait mal. Mais ça n'avait rien d'inhabituel. Impossible de se souvenir d'un jour sans douleur. Ses moignons lui faisaient mal à cause du frottement. Ses membres disparus lui faisaient mal. Les docs appelaient ça le syndrome du membre fantôme. Sa colonne vertébrale lui faisait souvent mal. Roadie lui disait que s'il ne portait pas un pneu bourré d'explosifs et aussi lourd que lui tout le temps, il aurait moins mal, et il avait sans doute raison, mais son pneu était une des raisons de sa survie. Personne n'a envie d'embêter le psychopathe avec un pneu explosif téléguidé sur le dos.

Il y avait aussi les crises de tétanie et toutes les douleurs liées à une vie de criminel et de fugitif. Il avait l'habitude. Même si avoir les membres engourdis à force de ne pas bouger n'était pas une douleur commune pour lui. Mais ce n'était pas grave. Une douleur était une douleur et il savait très bien les ignorer.

En revanche, ce qu'il avait beaucoup de peine à ignorer était la présence de la femme contre lui. Sur lui. Normalement, les gens ne s'approchaient pas de lui. Ils ne le touchaient pas, sauf pour lui coller des coups de poing. La seule personne qui ne semblait pas répugnée par son contact était Mako. Mako n'avait pas peur de le prendre dans ses bras quand il faisait une crise, et plus d'une fois, lorsqu'il faisait trop froid et que leur planque n'était pas assez bien isolée ou qu'ils n'avaient pas de quoi la chauffer, il l'avait laissé dormir sous la même couverture que lui. Même s'il l'avait menacé de lui casser le cou s'il gigotait, Roadie l'avait toujours laissé dormir avec lui quand il faisait froid.

Les gens normaux. Les gens du monde. Les gens comme Mei ne le touchaient pas. Pas sans être dégoûté. Pas sans horreur et répugnance. Et pourtant, elle était là, bavant vaguement sur son épaule, profondément endormie, et il pouvait jouer de son moignon avec une mèche de cheveux échappée de son chignon.

Il n'était pas idiot, et se rendait bien compte que jamais elle n'aurait accepté dans d'autres circonstances. Mais elle avait quand même accepté de monter sur ses genoux pour qu'il ne meure pas d'hémorragie. Pourtant, à sa place, il se serait laissé crever dans un coin. C'était entièrement de sa faute s'ils s'étaient pris le bâtiment sur la tête. Même s'il avait fait tous les calculs. Quatre fois.

Mais oui... il les avait fait quatre fois, ses calculs ! Il ne pouvait pas s'être trompé à ce point. Quelque chose clochait. Il se concentra très fort. Qu'est-ce qui clochait ? Les informations fournies par ses employeurs sur les caractéristiques du coffre-fort et la structure des deux bâtiments étaient parfaitement correctes, pour autant qu'il puisse en juger. Ses calculs pour la charge étaient corrects également, il en était certain, et il ne s'était pas trompé de salle, il en était raisonnablement convaincu. Et même si ç'avait été le cas, il n'y aurait eu aucune raison pour que le bâtiment s'effondre ainsi. Pour autant qu'il puisse en juger depuis son trou et avec ses connaissances d'expert en démolition, c'était - si ce n'était tout le Palazzo - au moins une bonne partie de celui-ci qui s'était effondrée, et même si les fondations avaient souffert de graves malfaçons, cela n'aurait pas pu se produire avec sa charge... du moins pas avec juste sa charge.

Mais si le bâtiment avait été miné auparavant...alors là ça changeait tout. Ça expliquait tout, y compris les chocs sourds qu'ils entendaient depuis le début ! Et surtout, ça changeait tout !

Il secoua doucement la jeune femme qui protesta vaguement dans son sommeil et se serra un peu plus contre lui. Il lutta très fort contre le sourire joyeux qui s'étendait irrésistiblement sur son visage. Il devait se concentrer. Même si elle sentait bon. La poussière, la sueur, le sang et, dessous, quelque chose de floral. Un de ces parfums de gens du monde. Un de ces parfums que portent les gens classe.

Se concentrer. Il la secoua un peu plus fort, et elle se réveilla avec un reniflement tenant presque du ronflement.

« Hein ? Quoi ? Les secours sont là ? » demanda-t-elle d'une voix rendue pâteuse par l'air très sec.

« Non, mais on va peut-être pouvoir sortir. »

Elle fut parfaitement réveillée en un instant.
« Comment ? »

« J'me suis trompé dans mes estimations.» expliqua-t-il.

« J'avais remarqué.» nota-t-elle froidement.

« Non, non, tu ne comprends pas. J'me suis pas trompé avec mes explosifs. »

« Alors pourquoi on est ici ? » demanda-t-elle, grincheuse.

« Parce que ce que j'ai pas pris en compte, et ce n'est pas de ma faute, c'est que le bâtiment était déjà miné. »

« Quoi ? »

« Quelqu'un avait déjà posé des charges. La mienne a juste... huhu... mis le feu aux poudres. »

« C'est pas le moment de plaisanter, Fawkes ! »

« OK, OK, Miss Glaçon. » .

« Donc, Qu'est-ce que ça change pour nous que quelqu'un ait eu la même idée que vous? »

« L'Egyptienne m'a bien prévenu que mon explosion ne devait pas faire de victimes. Je lui ai dit que j'pouvais pas être tenu pour responsable si y avait quelqu'un de l'autre côté du mur, mais j'ai fait en sorte que mon explosion ne détruise pas plus que la pièce. Mais les gens qui ont mis les charges voulaient que tout le bâtiment saute. A ton avis, pourquoi ? »

Il se retint de se trémousser d'excitation alors qu'elle réfléchissait.

« Je ne sais pas. »

« Pourquoi faire sauter un palace plein de gens friqués ? »

« Parce qu'on est un salaud ? »

« Non ! Personne ne fait sauter des bâtiments sans raison ! »

Il sentit même sans pouvoir le voir son air dubitatif.

« J'ai toujours de très bonnes raisons ! » se défendit-il.

Elle ne répondit pas et il s'empressa de continuer.

« S'ils voulaient leur argent, ils les auraient pris en otages, pas fait sauter. Alors pourquoi faire sauter le bâtiment ? »

« Pour assassiner quelqu'un ? » proposa-t-elle.

« Ça pourrait, mais c'est beaucoup d'efforts pour pas grand-chose. Tu l'as vu toi-même, la sécurité était quasi nulle, n'importe qui aurait pu rentrer avec une arme et assassiner qui il voulait avant de ressortir. »

Il la sentit acquiescer.

« Alors pourquoi ? »

Elle était bête ou elle le faisait exprès ?
« Pour la même raison que nous ! » explosa-t-il.

« Le truc dans la banque ?! »

« Oui ! »

« Mais pourquoi faire sauter le bâtiment ? »

« Pour semer la panique. Pendant que les secours essaient de sortir le comte truc et madame machin des décombres... »
« ...Personne ne s'occupe de gens qui traînent un peu trop du côté de la banque. » comprit-elle enfin.

« Exactement ! »

« Mais en quoi ça nous aide, nous ? »

« Si mes déductions sont exactes, leur point d'entrée dans le coffre est la porte. Ce qui signifie qu'ils ont dû faire en sorte qu'au moins une partie de la banque soit encore debout... »

« Et nous on a creusé un trou dans le coffre... si on arrive à l'atteindre, on pourra ressortir par là où ils sont venus?! »

« T'as tout compris, princesse ! »