Quelque chose la tira brusquement du sommeil sans qu'elle parvienne à dire quoi. Un instant plus tard, elle fut rudement secouée par Zarya qui, bondissant en sous-vêtements thermiques dans ses bottes, jaillit ensuite hors de leur tente, son canon à la main.
Quoi qu'il soit en train de se passer, il s'agissait clairement d'une urgence, mais un peu moins réchauffée que son amie, Mei prit le temps d'enfiler son manteau. Puis, après une hésitation, elle passa le harnais du pistolet. Ça ne pouvait pas faire de mal d'être prudente.
Elle n'était visiblement pas la seule à avoir été réveillée, car tout le monde, à divers degrés d'habillement, jaillissait des tentes. Le bruit sourd d'une explosion lointaine résonna, puis une seconde, et encore une autre.
Zarya se détendit imperceptiblement.
« Pilonnage d'artillerie lourde » nota-t-elle alors que Vassa désignait quelque chose dans le ciel.
Plissant les yeux, Mei devina une traînée orangeâtre devant les étoiles.
« On ne risque rien ? »
Zarya lui jeta un drôle de regard.
« Pourquoi crois-tu qu'on a évacué un cordon de cinquante kilomètres derrière la ligne de front ? »
Un filet de sueur glacé coula entre ses omoplates.
« Mais il faut faire quelque chose alors ! »
« Si un de ses trucs tombe à moins de deux cent mètres d'ici, on est de toute façon morts. Autant retourner se coucher. »
« On ne peut rien faire ?! » demanda-t-elle désemparée et terrifiée.
« Prier » murmura tristement le Dr Iourlov en retournant à sa tente.
Il y avait de la résignation dans sa voix, comme dans la démarche de chacun d'entre eux.
A sa peur, elle sentit se mêler de la pitié. Quelles horreurs devaient vivre ces gens au quotidien pour être ainsi résignés face à la mort ?
Avec un frisson dû autant à la situation qu'à la température, elle retourna à l'abri de son sac de couchage. Elle doutait de pouvoir dormir, mais au moins, elle aurait un peu moins froid.
.
Elle avait dû finir par s'endormir, car elle se réveilla en sursaut. Et cette fois, elle avait une idée assez claire de ce qui l'avait tirée des bras de Morphée. Une explosion. Une explosion toute proche. Trop proche.
Elle jaillit à toute vitesse de son lit, enfilant dans un même geste sa veste et ses bottes avant de saisir son pistolet, qu'elle ne prit pas le temps de passer, sortant en courant à la suite de Zarya.
C'était la panique dans le camp.
Des flammes dévoraient la tente-laboratoire, et à couvert d'un des camions, Poda tentait de faire un bandage d'urgence à un de ses hommes dont le visage était rouge de sang.
Instinctivement, Mei fit comme à l'entraînement, et elle suivit Zarya. C'était une situation de combat. Ce n'était plus elle qui commandait.
La soldate hurla des ordres en russe, et bientôt, ils se retrouvèrent à couvert de divers obstacles en dur. Camions, rochers, cantines métalliques, ce qu'ils pouvaient trouver de plus proche.
Le silence retomba, presque surnaturel : seuls les pleurs étouffés d'Iourlov, la respiration hachée de Nikolei et le crépitement des flammes qui finissaient de dévorer le laboratoire et tout ce qui s'y trouvait le brisaient. Avec horreur et soulagement, Mei réalisa que sans l'incident avec Nikolei lors du repas, elle y aurait laissé Snowball, et qu'il ne serait à présent plus qu'un bout de métal fondu.
Zarya lui jeta un regard. Comme pour s'assurer qu'elle allait bien. Elle leva le pouce. La soldate lui décrocha un sourire féroce et elle réalisa que malgré sa peur, elle était calme. Contrairement à sa première rencontre avec Talon, elle avait une vague idée de quoi faire et de comment réagir. Elle n'était plus totalement novice dans l'art du combat.
Elle se recentra sur son environnement. Pour voir venir une menace, il fallait être attentif.
Il lui sembla percevoir quelque chose. Un bruit distant perçant le silence. Un vrombissement. Un son familier. Le bruit d'un moteur s'approchant à toute vitesse. Le moteur d'une motoneige de grosse cylindrée. De celles conçues pour l'exploration arctique.
Elle allait le signaler à Zarya lorsqu'une nouvelle série d'explosions les secoua, les forçant à s'abriter et les couvrant de terre, de neige et de débris de leur campement pulvérisé.
Ses oreilles sifflaient et résonnaient, donnant l'impression d'un rire hystérique et suraigu flottant sur ce chaos. Les acouphènes s'estompèrent, mais pas le rire. Et sa peur se mua alors en colère. Elle connaissait ce rire de maniaque.
Elle se redressa, furieuse, tentant de percer du regard l'obscurité au-delà des incendies.
« Jamieson Fawkes, espèce de grand malade ! » hurla-t-elle, tournant sur elle-même pour localiser à nouveau le vrombissement du moteur qui résonnait toujours au-delà de son champ de vision.
Une nouvelle série d'explosions embrasa le ciel à une cinquantaine de mètres et, dans la lueur tremblante, elle distingua la forme sombre de la motoneige, montée d'une silhouette massive et d'une autre, grande et maigre. Maintenant qu'elle les avait vus, elle ne les lâcherait plus. Ignorant Zarya qui lui ordonnait de rester à couvert, elle partit à angle droit, anticipant leur trajectoire, et dès qu'elle fut à portée de tir, elle s'aplatit dans la neige. D'autres grenades tombèrent, détruisant la tente d'habitation des russes et un des camions, dont l'explosion engloutit un des hommes de Poda.
Elle compta les secondes, tentant d'estimer la vitesse de la motoneige, puis ouvrant l'iris de son pistolet, elle fit feu. En moins de trois secondes, un mur de glace de près d'un mètre de largeur pour quatre de haut jaillit du sol, et la motoneige fit une embardée, éjectant son passager tandis que le pilote tentait d'éviter de s'écraser à pleine vitesse contre la paroi glacée.
Elle se releva d'un bond alors que les pas lourds de Zarya faisaient crisser la neige derrière elle, et sans se retourner, elle s'élança, allant coller son arme sous le nez du pyromane qui, à moitié sonné, gisait dans la neige. Zarya, quant à elle, se planta devant la moto-neige, braquant presque à bout portant le gigantesque Junker masqué qui, avec un grognement mauvais, lâcha la commande des gaz, mais refusa de baisser sa propre arme qu'il tenait pointée sur la russe.
« Jamieson Fawkes, espèce de sale... » siffla Mei, une fureur brûlante l'emplissant.
« Princesse... C'est bien toi ? »
Elle lui colla son arme presque dans la narine, tremblante de rage.
« Dire que j'ai été gentille avec toi... dire que... que je t'ai sauvé la vie... Espèce de sale rat... Hypocrite... Dégénéré... Salaud ! Chǔn dàn ! »
Le regard de l'homme s'égara un instant sur son lance-grenades planté hors de portée dans une congère, puis revint à elle, et il leva les mains en signe de reddition.
« On savait pas que c'était toi, juré. Sinon, on aurait pas pris le contrat, hein Roadie ? »
Le géant ne répondit pas.
« J'suis pas un gars bien... »
« T'es un salaud, oui ! »
« Oui, je suis un salaud... »
« Un gros connard ! »
« Un gros connard, certes. »
« Un pyromane meurtrier ! »
« Aussi, c'est vrai... mais jamais je ne te ferais de mal. Juré ! Tu m'as sauvé la vie, et ça j'peux pas l'oublier. D'accord, flocon de neige ? »
« Non, pas d'accord, Fawkes ! Tu ne peux pas tirer sur les gens, et ensuite dire « désolé » et espérer que tout se passera bien ! Tu ne peux pas ! »
« Mais je savais pas que c'était toi... » plaida-t-il piteusement.
Elle le fixa, le souffle court, tentant de sonder son âme, puis lentement, baissa son arme.
« Ça veut dire qu'on fait la paix ? » demanda-t-il avec espoir, un sourire hésitant étirant ses lèvres.
Tirant sur le levier de contrôle de l'iris, elle grimaça.
« Non, ça veut dire que je ne te tue pas tout de suite » siffla-t-elle, noyant le lance-grenades sous cinquante centimètre de glace.
« C'est déjà pas mal » acquiesça-t-il alors que son sourire retombait.
« Oui, estime-toi heureux. Maintenant debout ! »
Il tenta de s'exécuter, mais se figea assez vite avec un cri de douleur.
« Quoi encore ? » s'agaça-t-elle, guère encline à la gentillesse.
« Ahhhh... J'crois que je me suis cassé quelque chose » chouina-t-il, des larmes aux yeux, se tâtant les côtes avec précaution au travers de la parka crasseuse qu'il portait.
« Ouais, c'est ça. A d'autres. Debout ! »
Il la fixa avec un regard suppliant, puis voyant qu'elle ne transigerait pas, tenta de se relever en se tortillant de la plus étrange des manières.
« J'ai vraiment mal. Pitié, Mei... »
« Non. Il fallait y penser avant de nous balancer des grenades. »
« Mais je ne savais pas que c'était toi ! Et... et la Russkoff. Salut, Zarya » se justifia-t-il, agitant vaguement la main en direction de la soldate.
L'intéressée ne quitta pas des yeux son adversaire, lui faisant aussi signe de lâcher son arme.
Jamieson jeta un dernier regard suppliant à Mei puis, voyant qu'elle n'allait pas baisser son arme, se tourna vers son garde du corps.
« Baisse-la, Roadie. C'est un très gros malentendu. Très, très gros malentendu. »
Avec un grondement mauvais, Roadhog s'exécuta, et Zarya le fit descendre de la moto et avancer vers le centre du campement ravagé.
« Maintenant à genoux, les criminels » siffla cette dernière, mauvaise.
Ils s'exécutèrent avec peine, et bientôt le sergent Poda et le dernier de ses hommes à peu près valide - mais boitant tout de même misérablement - vinrent les menotter avec des serres-câbles.
Mei doutait que ce soit réellement utile pour entraver Rutledge, mais à défaut d'une meilleure solution, elle ne dit rien.
Une fois certaine qu'ils ne bougeraient plus, Zarya l'envoya voir comment allait le reste de l'équipe.
Tout le monde était vivant, mais pas indemne. Un des soldats avait été partiellement mais grièvement brûlé, un autre avait reçu des éclats de shrapnel dans la jambe et boiterait sans doute pour le restant de ses jours, le troisième avait une blessure à la tête et sans doute une commotion cérébrale. Le sergent était à peu près indemne, tout comme Iourlov qui pleurait dans un coin, en état de choc. Quant à Nikolei, elle le retrouva évanoui dans la neige un peu plus loin, une vilaine foulure commençant déjà à faire enfler sa cheville.
Ils n'avaient qu'une simple trousse de soins basique, pas de champ biotique, pas de technologie de pointe, et les trois soldats nécessitaient de vrais soins médicaux.
Il leur fallait revenir à la civilisation le plus vite possible.
Laissant le soin à Poda de s'occuper des blessés, elle partit inspecter les camionnettes. La première n'était plus qu'un châssis fumant, et la seconde n'irait plus nulle part, un énorme bout de métal venu de la première s'étant planté en plein dans le moteur. Quant à la radio, elle était dans la tente principale d'habitation, et cette dernière était partie en fumée.
A grands pas furieux, elle repartit en sens inverse, traversant le campement.
« Un problème, flocon de neige ? »
« A ton avis, Jamieson ? » beugla-t-elle furieuse.
S'approchant de la motoneige, elle en fit tourner la clé. Le moteur vrombit. Elle soupira de soulagement, avant de se renfrogner. Le réservoir était presque vide. Ils ne feraient pas plus de cinquante kilomètre avant la panne sèche. Et il n'y avait rien d'habité à moins de cent kilomètres à la ronde.
Elle jura, tirant un coup de pied dans l'engin avant de revenir vers les autres.
« Bon. La motoneige fonctionne, mais on n'ira pas bien loin avec. Cinquante kilomètre, au plus. »
Zarya jura en russe, tout comme Poda quand elle lui eut transmis.
Nikolei, que Poda avait réveillé, s'approcha en boitillant, s'appuyant sur le soldat commotionné.
« Il reste peut-être du carburant dans la seconde camionnette » suggéra-t-il.
Aussitôt Mei partit vérifier. Une odeur suspecte et une flaque huileuse lui apprirent rapidement que non.
« Mā de ! »
« Mei ! »
L'appel était pressant. Elle revint en courant.
« Qu'est-ce qu'il se passe ? » demanda-t-elle à une Zarya qui semblait soudain perdue.
La Russe, qui surveillait les Junkers, lui désigna Rutledge, dont la respiration était passée de laborieuse à erratique et qui commençait à dangereusement pencher en avant.
Un instant, elle crut à une ruse, mais l'air totalement paniqué de Jamieson la convainquit du contraire.
Avec un bruit sourd, le géant s'effondra dans la neige, son immense masse se soulevant douloureusement à chaque inspiration agonisante.
« Mā de ! »
Elle nota qu'elle jurait beaucoup ces temps derniers. Se précipitant en avant, elle tenta de basculer le Junker en position latérale de sécurité. Autant essayer de déplacer une montagne.
« Aidez-moi, il est en train de s'étouffer ! » supplia-t-elle.
Avec un juron, Zarya ordonna à Poda de braquer son arme sur Fawkes, qui semblait totalement paralysé, avant de lâcher son canon et de venir l'aider. Soudain, les choses furent beaucoup plus faciles.
Dès qu'il fut en position sécuritaire, Mei se rua vers son complice.
« Où sont ses médicaments ? » siffla-t-elle.
Jamieson se mit à rire d'un rire triste et aigre entre ses dents claquant de froid.
« Quels médocs ? Hahaha... Y a plus de médocs ! »
Il agita ses mains entravées comme pour dire «envolé ».
« Quoi ?! »
« Héhéhé, pourquoi tu crois qu'on a accepté de venir se peler les miches dans ce trou du cul du monde envahi de putains d'omnics ? Hein, princesse ? Un indice : c'est pas pour le plaisir. Tu crois que c'est facile d'acheter des putains de médocs sur ordonnance quand t'as une prime à 25 millions sur ta tête ? Ben, j'te le donne en mille, ça l'est pas. Y a qu'au marché noir qu'on peut les avoir, et encore, une fois sur deux c'est juste du sucre. Et tu sais ce que c'est le marché noir ? C'est de la merde dont la date est dépassée, revendue dix fois le prix normal. Dix fois le prix ! C'te blague... Ahaha !... C'te blague. »
Il s'affaissa un peu, un rictus amer découvrant ses dents abîmées.
« La vérité, c'est qu'on a plus un rond, et que si on en trouve pas très vite, on va crever comme les sales rats qu'on est. Mais je suppose que ce sera mieux. Hein ? Tout le monde sera content quand y aura plus Roadhog et Junkrat pour les faire chier. Tu seras contente, hein, princesse ? »
« Je... quoi... Non ! »
Sa colère s'était envolée comme elle était venue. Ce qu'ils avaient fait était mal, mais personne n'était mort - pas encore du moins - et ils avaient une bonne raison de le faire - en quelque sorte. Ils avaient fait le mauvais choix, mais pour une bonne raison.
Elle se massa les tempes. Il fallait qu'ils trouvent une solution. La vie de Rutledge était déjà en danger, et sans soins adéquats, les hommes de Poda ne tarderaient pas à suivre. Pareil pour Nikolei. Il n'irait pas bien loin dans la neige avec une cheville foulée.
Si elle partait avec la motoneige, puis continuait à pied, elle aurait une chance de rejoindre la civilisation d'ici deux jours. Sans doute trop tard pour sauver tout le monde. Soudain, elle réalisa quelque chose.
« Fawkes. Comment aviez-vous prévu de repartir ? »
« Avec la motoneige. »
« Je m'en doute, mais comment ? Rutledge est beaucoup trop maniaque avec ce genre de chose pour avoir négligé de prévoir assez de carburant. Or, là, il n'y en a pas assez. Comment aviez-vous prévu de repartir ? »
Le visage du Junker s'illumina.
« T'es un génie, princesse. J'avais oublié ! Roadie a caché du carburant dans les ruines d'une ferme à une trentaine de kilomètres d'ici. Assez de carburant pour aller jusqu'au bled de notre employeur... Ninjetova... Ninjevaska... Nin-kekchose » tenta-t-il de se rappeler.
Zarya aboya des ordres, et bientôt Poda ramena une carte papier comme Mei ne pensait plus jamais en voir.
Ils la déplièrent sur le sol gelé.
«Là : Nijnevartovsk. Il y a une des principales usines de production de mécas Svyatogor là-bas. Les matières premières sont amenées par bateau, et les mécas sont ensuite directement envoyés au front » expliqua Zarya.
« Ouais Ninji-truc, c'est ça !C'est là-bas qu'un gros type doit nous filer une mallette pleine de biffetons... enfin, devait » approuva vigoureusement le Junker toujours entravé avant de se rembrunir.
« Attendez une seconde. Pourquoi quelqu'un serait prêt à payer des mercenaires pour nous tuer ? » demanda Nikolei, qui avait suivis de loin, assis sur une caisse.
« C'est une excellente question, ça. Jamieson ? »
« Bah, qu'est-ce que j'en sais moi ? »
« Mais je sais pas moi ! Peut-être parce que tu fais partie des chǔn dàn qui ont essayé de nous tuer ! »
« Je l'ai déjà dit, on savait pas que c'était vous, OK ? »
« Non pas OK ! Pourquoi quelqu'un voudrait nous tuer ?! »
« Je sais pas ! Moi je pose pas de questions, je me contente de faire la mission et de prendre le fric ! »
« Ben tu devrais t'en poser des questions, abruti ! Ça éviterait peut-être ce genre de situation ! »
« Bon, les deux, si vous avez fini de vous crêper le chignon comme des concierges, on peut peut-être continuer à chercher une solution pour s'en sortir ? » suggéra Zarya, les coupant dans leur verve.
Ils acquiescèrent de concert et, avec un grondement exaspéré, la militaire retourna à l'étude de sa carte.
Au final, même avec l'imprimé topographique sous le nez, Jamieson s'avéra incapable d'indiquer l'emplacement de la ferme. Mei dut se résigner : elle allait devoir l'emmener avec elle.
Ce point là fut aussi sujet à dispute. Zarya arguait que c'était elle qui devait partir, et Mei qu'au contraire, le campement ravagé étant plus près de la ligne de front, c'était à la Russe de rester pour veiller sur les blessés.
Finalement, ce fut la climatologue qui gagna la bataille des arguments. Elle était moins bonne combattante, mais avait l'expérience des déplacements de longue distance en conditions extrêmes, et même sans la motoneige, elle saurait comment continuer à avancer.
Il ne restait que quelques heures à la nuit et plutôt que de partir dans le noir au risque de se perdre, Mei préféra employer les dernières heures d'obscurité à sauver ce qui pouvait l'être, à installer aussi bien que possible tout le monde dans la dernière tente debout - la sienne, prévue pour maximum quatre personnes - et à réunir une sorte de pack de survie qu'elle emmènerait avec elle. Tout ça lui rappelait de mauvais souvenirs. De très mauvais souvenirs. Mais elle ne pouvait pas se laisser submerger par la peur. Il fallait qu'elle avance car cette fois, ce n'était pas que sa vie qui était en jeu.
Finalement, le soleil fit pâlir l'horizon et, endossant le réservoir de son pistolet endothermique, dans lequel était toujours logé un Snowball désactivé, elle s'approcha de Zarya qui, les yeux étrangement brillants, la serra dans une étreinte à lui briser les côtes avant de la relâcher.
« Promets-moi que tu reviendras » murmura la militaire
Elle accrocha le sourire le plus confiant qu'elle put à ses lèvres.
« Je te le promets. »
La soldate hocha la tête.
« Je supporterai pas une deuxième fois. »
Cette fois, ce fut Mei qui la serra dans ses bras.
« Je reviendrai avec des secours, même si pour ça je dois marcher jusqu'à Moscou. »
« Moscou est à plus de trois mille kilomètres d'ici. »
« J'ai déjà marché la moitié de cette distance. Tu n'es pas la seule à être prête à battre tes records personnels. »
Zarya eut un petit sourire.
« Tu es plus courageuse que moi, Mei. »
« Mais non, c'est pas moi qui reste toute seule dans une zone de guerre avec de potentiels omnics meurtriers. »
« Les omnics ne me font pas peur. La toundra, si. »
Comme elle pouvait la comprendre. Mais elle ne pouvait toujours pas se permettre de se laisser paralyser par la peur. Elle avait une mission.
Elle serra une dernière fois le bras de son amie, puis se dirigea vers la motoneige chargée.
« Fawkes, en route. »
Le Junker, qu'elle avait libéré un peu plus tôt, apparut avec un sourire satisfait, son lance-grenade encore à moitié encroûté de glace à la main.
« Où tu crois aller avec ça, Junker ? » siffla Zarya en s'approchant, son canon prêt à faire feu.
« Hey, je me traîne pas dans cette putain de décharge à boîtes de conserve sans une arme ! »
« Je pense que tu vas faire une exception pour cette fois » persifla la militaire, menaçante.
« Non, laisse, Zarya. Jamieson a raison. Si on tombe sur des omnics, il faut qu'il puisse se défendre. »
« Mais il pourrait aussi te faire du mal. »
Elle jeta un coup d'œil à l'homme qui ajoutait avec peine une grosse caisse de bois kaki décorée de smileys au matériel chargé sur la moto. Même avec des côtes cassées, s'il le voulait vraiment, il pourrait sans doute la neutraliser à mains nues.
« Je doute qu'il le fasse. Il n'est pas si bête. »
Jamieson approuva vigoureusement.
Jetant un dernier regard au campement ravagé, Mei rabattit sa capuche et démarra la motoneige alors que le Junker s'installait derrière elle sans aucune grâce, ses côtes cassées l'empêchant de bouger normalement.
