Petit note destinée à Cao et à tout ceux que ça peut intéresser:
Déjà merci de me lire et de commenter si régulièrement, ça fait tellement plaisir!
Ensuite, merci pour tout particulièrement pour ce passage là: "Avec ton écriture chacun devient plus humain, et j'aime beaucoup."
Parce que c'est fondamentalement ce qui m'intéresse quand j'écris. L'humain. Ce n'est pas l'action qui m'intéresse, mais comment chacun réagit et vit cette dite action.
C'est ce dont j'ai envie de parler et c'est ce que je fais. Je suis heureuse que ça se ressente dans mes textes et que ça plaise.
Mais assez parlé de moi.
Bonne lecture et à samedi pour le chapitre 24!
Mei avait laissé les deux Junkers discuter, et s'était approchée de Nikolei qui montait la garde avec le soldat à la jambe abîmée un peu plus loin.
« Vous avez été soigné ? » demanda-t-elle à son homologue.
« Oui. Merci infiniment de tout ce que vous avez fait pour nous, Dr Zhou. Igor ici présent a pu enfin désinfecter et panser correctement sa jambe et prendre des antibiotiques.»
« Tant mieux. Je n'ai vraiment pas fait grand-chose.»
L'homme fit une drôle de tête, puis jeta un regard inquiet aux deux Australiens qui discutaient toujours de l'autre côté du camp.
« Vous êtes partie seule avec ce psychopathe. »
« Qui ? Jamieson ? Il n'est vraiment pas aussi méchant qu'il en a l'air. »
Igor cracha quelque chose en russe, que Nikolei traduisit.
« Il dit qu'il a quand même failli le tuer. »
« Heu... hum... oui. Il est désolé de ce malentendu. »
« Malentendu ?! »
« Hem... c'est compliqué. Mais personne n'est mort, heureusement. » bafouilla-t-elle.
Le scientifique gronda un assentiment froid et elle préféra s'éloigner, faisant le tour au large du camp.
Dans quoi s'était-elle engagée au juste ? Et surtout pourquoi ? Pourquoi se mettre ainsi en danger pour deux sinistres criminels ?
Elle repensa à son rêve. Celui où Zarya était une effrayante stalker et Jamieson un jeune ingénieur prometteur. Selon la théorie des multivers, ce rêve était la réalité dans une autre dimension. Basiquement, qu'est-ce qui avait empêché cette possibilité de devenir réalité ? Quelques détails. De petites choses, elle en était certaine. Et elle se sentait obligée d'essayer de réparer cette injustice. Elle ne savait pas pour Rutledge, mais Jamieson lui avait déjà prouvé qu'il était capable du pire, mais aussi du meilleur. Jusqu'à maintenant, il avait surtout eu l'opportunité de montrer le pire. Peut-être pouvait-elle l'encourager à montrer le meilleur ?
Mais si elle était tout à fait honnête avec elle-même, ce n'était pas que par altruisme qu'elle s'était engagée. Le Dr Ziegler dirait sûrement qu'essayer de « sauver » les Junkers était un moyen pour elle d'essayer de racheter la mort de ses compagnons de l'Ecopoint. Et sans doute aurait-elle raison. C'était pour ça qu'elle avait fait tout ce qui était nécessaire pour sauver Jamieson de la mort par hypothermie une première fois sous le Palazzo milanais, et une seconde fois la nuit précédente. Parce qu'elle ne pouvait pas supporter l'idée de voir qui que ce soit mourir ainsi. Elle ne supporterait pas d'autres fantômes. Et puis, il y avait ça aussi. C'était égoïste. Mais les fantômes et les remords qui avaient hanté chacune de ses heures de sommeil depuis son retour d'Antarctique l'avaient laissée en paix la nuit précédente. Pendant les quelques heures qu'elle avait passée blottie contre Jamieson, elle avait dormi d'un sommeil profond et réparateur, malgré les incessants sursauts nerveux du Junker. A son réveil, elle avait froid, mais ce n'était que le froid normal de la toundra. Pas le froid glacial semblant émaner de son cœur et qui la faisait frisonner sous ses couvertures chaque matin. Ça avait été comme une révélation. De combien elle était atteinte. De quel poids pesait sur son cœur. D'à quel point elle n'avait rien réglé du tout. Sa culpabilité n'avait pas diminué. Elle avait juste appris à vivre avec son fardeau. Et si elle n'avait aucune idée de comment traiter ça, elle était prête à tenter toute mesure qui permettrait de diminuer sa peine. Y compris soutenir la réinsertion des deux pires criminels d'Australie.
Si ça pouvait l'aider à se retrouver un peu, ce serait sans hésiter.
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Elle entamait son second tour du camp lorsque le Dr Iourlov la rejoignit.
« Je vous dérange, Dr Zhou ? »
« Non pas du tout. Vous voulez m'accompagner ? »
La biologiste s'empressa de calquer son pas sur le sien.
« Le Dr Nikolei ou Mme Zaryanova vous ont-ils expliqué ce que nous avons découvert ? »
Elle hocha négativement la tête et Vassa lui expliqua tout ce que Zarya avait découvert.
« Ce n'est pas exactement une bonne nouvelle, mais au moins, cette mission ne sera pas un complet échec. » soupira Mei lorsqu'elle eut fini son exposé.
« Oui. Je ne sais pas si ces trafiquants sont responsables de cette anomalie, mais au moins, nous ne reviendrons pas les mains vides. »
Elles marchèrent un peu en silence.
« Est-ce que toutes vos missions sur le terrain sont aussi mouvementées ? » demanda finalement Iourlov.
« Non. Celle-ci fait partie des exceptions. »
« Donc, ce n'est pas la première fois que tout vire à la catastrophe ? »
Mei rit.
« Non. Mais la plupart du temps, c'est plutôt tranquille. La dernière fois que quelque chose s'est mal passé, j'aidais les survivants d'un tsunami et un des secouristes volontaires de mon équipe s'est cassé une jambe en tombant dans un trou d'eau. »
Iourlov sourit.
« En effet, ce n'est pas la même chose. Moi, la dernière fois que quelque chose a mal tourné, je recensais une population de mouflons des neiges et le mâle du troupeau n'a pas apprécié mon attention. J'ai dû grimper dans un pin pour lui échapper ! »
Mei rit de bon cœur à l'anecdote.
« Comment vous êtes-vous sortie de ce mauvais pas ? »
« Je suis restée dans l'arbre jusqu'à ce qu'il se lasse, puis je suis descendue. Je n'ai jamais eu aussi mal aux fesses de toute ma vie. » expliqua la femme avec une grimace.
Elles continuèrent à discuter de tout et de rien pendant une petite heure, avant de revenir au camp pour le repas de midi, sobrement composé de rations de survie. Les deux Junkers vinrent chercher leur part mais repartirent aussitôt, allant les manger à l'écart. Personne ne protesta.
Zarya, qui avait un peu dormi, semblait aller mieux, tout comme les blessés chez qui les antibiotiques, antidouleurs et autres antipyrétiques commençaient à faire effet. La tente étant définitivement trop petite pour accueillir dix personnes, ils mirent sur pied un complexe tournus puis, aidée de Iourlov, de Zarya et d'un Jamieson qui essayait de toutes ses forces d'avoir l'air inoffensif, Mei entreprit de collecter des restes de bâches et autres débris pour construire une sorte d'abri coupe-vent pour ceux qui ne seraient pas sous la tente.
Avec son expérience du terrain, le sens pratique et la force de Zarya, les mains agiles de Iourlov et l'extraordinaire don des Junkers pour fabriquer n'importe quoi à partir d'ordures, ils parvinrent à presque reconstituer une seconde tente, qui permettrait de garder tout le monde réchauffé.
Une fois l'abri terminé, Zarya repartit profiter de quelques heures de sommeil, tandis que Jamieson allait rejoindre Mako, avec qui il se mit à examiner le camion le moins endommagé.
Au bout d'une heure, curieuse, elle les rejoignit.
« Y a-t-il quelque chose à sauver ? »
« Bien sûr princesse, mais si ta question est « Ce machin va-t-il à nouveau rouler ? », la réponse est «Jamais de la vie » caqueta joyeusement Jamieson.
« Alors qu'est-ce que vous faites ? »
« Surprise... »
« Ce n'est pas un truc explosif, j'espère ? »
« Nah ! T'en fais pas. C'est pas explosif et c'est pas une arme. C'est tout ce que j'peux te dire. »
Elle n'avait pas envie de se disputer. Elle haussa donc les épaules et s'éloigna.
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Lorsque le soleil s'était couché, les Junkers étaient revenus, Rutledge portant une étrange machine composée essentiellement de pièces de moteur crasseuses, mais aussi de quelques bouts récupérés parmi les machine d'analyses pulvérisée.
« Qu'est-ce que c'est ? » demanda Zarya qui venait de se lever, suspicieuse.
« Aha ! Pose-le là, on va faire une démonstration. » répondit Jamieson, théâtral.
Le géant s'exécuta, ignorant la Russe qui, sans le menacer ouvertement de son canon, gardait clairement ce dernier prêt à servir.
Jamesion s'approcha et, bidouillant un peu la drôle de machine, la mit en marche. L'engin se mit à vibrer, toussota un nuage de fumée nauséabonde, puis commença à ronronner comme un gros chat alors qu'une douce chaleur s'en dégageait en même temps que de petites bouffées de vapeur blanche.
« C'est un chauffage ? » s'étonna Zarya.
« Affirmatif ! Mei et moi, hier, on a constaté combien un feu pouvait être dangereux et combien les nuits étaient froides, alors Roadhog et moi, on a construit ça. Pas de flamme, pas de lumière, mais on gèlera pas non plus. »
La soldate hocha la tête d'un air appréciateur tandis que Iourlov examinait la machine avec curiosité.
« C'est très ingénieux comme système... très impressionnant. »
Jamieson sembla s'illuminer sous le compliment.
Mei en profita pour s'approcher d'eux.
« Tu vois, vous êtes tout à fait capable de faire des choses bien. » glissa-t-elle au maigrichon qui rougit sous sa crasse, un sourire idiot aux lèvres.
« Vous avez discuté ? » demanda-t-elle ensuite, redevenant sérieuse.
Le géant acquiesça mais ne dit rien, et Jamesion non plus jusqu'à ce que Mako le secoue un peu.
« Hein ?! Ah, oui, discuter ! Ouais, on a discuté. On va rester. On tente le coup. »
Un grand sourire fendit le visage de l'Asiatique.
« Qu'est-ce qu'il se passe ? » demanda Zarya en approchant.
Son sourire disparu instantanément. Il allait falloir qu'elle explique son projet.
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« Tu as proposé quoi ?! »
« Aleksandra, ne crie pas, s'il te plaît. » gémit-elle, jetant un regard inquiet aux Russes qui, à couvert de la tente bricolée, les observaient pendant que leurs rations réchauffaient sur la machine des Junkers.
« Mei, tu te rends compte de ce que tu as fait ?! Ce sont des criminels ! De dangereux criminels ! »
« Je sais, je sais, pas la peine de hurler. Mais je pense sincèrement qu'ils ont une chance de changer. Regarde Jamesion. OK, il a failli tous nous tuer avec ses grenades, mais il aurait pu me faire n'importe quoi pendant qu'on n'était que tous les deux, et il n'en a rien fait. Il m'a même protégée. Il aurait pu fuir cent fois, et il ne l'a pas fait. Et je ne parle même pas de Milan. On ne doit pas non plus ignorer ce qu'ils ont fait de bien... même si ce n'est pas grand-chose. »
Zarya gronda, souffla et grinça des dents.
« Soit ! De toute manière, ce n'est pas à moi de décider, après tout, je ne suis qu'une mercenaire. Mais j'espère sincèrement que le lieutenant Amari comprendra quelle folie c'est ! » conclut la soldate en s'éloignant à grands pas.
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La nuit était tombée, et alors que Nikolei, Poda, un de ses hommes, Rutledge et Zarya - qui avait décrété qu'étant la seule capable de tenir au tête au géant, elle devait être à côté de lui à tout instant - prenaient leur tour de garde pour la première moitié de la nuit, les autres allaient se coucher, s'entassant tant bien que mal dans la tente.
Jamieson, dernier arrivé, resta planté à l'entrée, incertain. Il ne savait pas où se mettre, n'osant pas plus aller vers le Dr Iourlov - qui lui jetait un regard terrifié - que vers les deux soldats qui le fixaient avec haine.
Avec un soupir, Mei, qui se trouvait entre la toile de tente et les soldats, se décala dans leur direction, puis fit signe au Junker de venir s'installer à côté d'elle, tandis que tout le monde se poussait un peu. Il s'exécuta en silence, coinçant sa longue carcasse dans un espace ridiculement petit, et Iourlov éteignit la lanterne sourde.
Quinze minute plus tard, les ronflements réguliers et sonores des deux soldats emplissaient toute la tente. Mais plus que les vibrations sonores, c'étaient les tremblements incessants venant de sa droite qui empêchaient Mei de s'endormir.
« Jamieson... » finit-elle par gémir, lassée.
« J'suis... j'suis désolé... Fait froid... » bégaya le Junker, pourtant emballé dans son sac de couchage à elle, qu'elle n'avait pas tenu à récupérer après les outrages qu'il avait subi.
« Pourtant, il ne fait pas si froid ici. » murmura-t-elle, jetant un œil au petit chauffage à convection qui tenait l'atmosphère juste au-dessus du zéro.
« P-par rapport à l'Australie... si ! »
« Essayer de te réchauffer le torse. C'est l'endroit le plus important. »
« Mais j'essaie ! Pourquoi hier j'avais moins... moins froid ? On avait même pas de tente... » demanda-t-il, gigotant un peu pour se réchauffer.
Elle soupira. Elle n'était pas prête de dormir s'il continuait à grelotter de la sorte.
Et dire qu'elle était simplement couchée sur un matelas de camping sous une couverture de survie avec seulement ses vêtements pour la protéger du froid ! De quoi était-il fait pour geler en parka dans un sac de couchage arctique ?
« Bon, enlève la veste, le pull et le pantalon. » soupira-t-elle en se redressant pour faire pareil.
Iourlov, qui ne dormait visiblement pas non plus, se redressa sur un coude dans la semi-obscurité de la tente, encore éclairée par la lanterne sourde de ceux qui veillaient en silence sous l'abri improvisé.
Mei fut reconnaissante du manque de lumière qui dissimulait la teinte de son visage.
« Dr Zhou... Je peux avoir votre veste, si vous l'enlevez ? » demanda la biologiste.
Elle s'était attendue à des reproches ou du dégoût, pas à ça. Elle bugga pendant deux secondes, puis la lui tendit.
« Tu veux aussi la mienne ? » proposa Jamieson.
La biologiste refusa prestement. Ce n'était pas Mei qui allait la contredire. Le Junker et ses affaires n'étaient pas exactement propres. Mais elle était déjà bien au-delà de ça... malheureusement.
Sans se laisser le droit de réfléchir au genre de saleté et de germes auquel elle s'exposait, elle se glissa rapidement dans le sac de couchage que l'homme avait ouvert et ce dernier s'empressa de se coller contre elle, frissonnant et aussi froid que s'il sortait d'un réfrigérateur.
Elle en eut la chair de poule, mais après une minute à claquer des dents dans ses oreilles, les tremblements de Jamieson s'apaisèrent.
« Aahhh... T'es tellement chaude... » souffla-t-il.
Elle soupira, résignée. Qu'il fasse exprès ou pas, il était irrécupérable.
Au moins, il ne tremblait plus et elle avait une chance de dormir à présent.
Elle replaça avec fermeté sa main, qui s'aventurait un peu trop haut à son goût, et ferma résolument les yeux.
