Il y a un peu de russe. Je ne parle pas russe, donc si quelqu'un le parle et détecte des fautes, dites-moi comment les corriger, s'il vous plaît.
Menton appuyé sur sa main posée sur son canon, qu'elle gardait à portée sur ses genoux, Zarya réfléchissait, observant en coin le gigantesque Junker dont les seuls mouvements étaient la respiration profonde. Dans quoi est-ce que Mei s'était encore fourrée ? Et surtout pourquoi ? Qu'est-ce qu'elle avait bien pu voir dans les deux hommes et qu'elle-même ne voyait pas ? Roadhog était un combattant redoutable, mais ce n'était pas comme si Overwatch manquait de guerriers de cette trempe. Et elle ne voyait vraiment pas en quoi le maigrichon obsédé par les explosions pouvait avoir quoi que ce soit à apporter à l'organisation, à part des ennuis. Mais elle avait vu le regard de Mei. Elle avait senti sa conviction. Y avait aperçu cet éclat brillant. Une lueur qu'elle n'y avait jamais vu. Comme si une étoile s'était allumée dans le ciel noir du cœur triste de son amie. Et elle se sentait mal.
Mei ne pouvait avoir raison. Ramener ces deux criminels ne pouvait rien donner de bon, mais elle ne voulait pas lui faire de peine. Arracher à son amie la lueur qu'elle était devenue pour elle-même. Et puis Mei et ces deux terroristes n'avaient rien en commun, non ? C'était normal, légitime, qu'elle voie en la petite Asiatique un espoir. Un rappel de ce que son combat et ses sacrifices protégeaient. Mais les Junkers... De quoi étaient-ils le symbole ? Qu'est-ce qu'ils lui évoquaient ? A part un tas d'ordures en décomposition ?
Plissant les yeux, elle essaya de se mettre à la place de son amie. Si elle était une petite climatologue chinoise ayant passé ces neuf dernières années prisonnière de la glace, qu'est-ce qu'elle verrait derrière le masque noir du géant ?
Elle le fixa, très concentrée, jusqu'à ce que l'homme - qui de toute évidence ne dormait pas - tourne la tête dans sa direction et qu'elle s'empresse de regarder ailleurs.
Ça n'avait pas marché. Elle n'était pas Mei. Elle n'arrivait pas à voir le monde comme elle. Parce que même si elles partageaient un traumatisme glacial, leurs vies avaient été trop différentes. Mei n'avait jamais vraiment connu la guerre. La peur des omnics. La nécessité de survivre avec de misérables ressources sans avoir la certitude d'être encore là demain. Ne rien avoir et pourtant tout perdre.
Mei n'avait jamais eu à se faire sa place à coup de griffes dans un monde qui ne voulait pas d'elle.
Et soudain, elle vit ce que Mei voyait.
Parce qu'elles étaient amies, parce que Mei savait ce qu'elle avait vécu, ce qu'elle avait fait, qui elle était, elle avait pu voir sous la crasse et le sang les ressemblances avec les Junkers. Et Mei était une scientifique. Elle analysait. Elle comparait. Elle faisait des hypothèses. Et si elle, Aleksandra Zaryanova, la petite orpheline de la taïga, avait pu devenir une athlète mondialement reconnue, l'idole de sa nation et une héroïne du peuple russe, qu'est-ce qui empêchait l'homme-enfant du désert et le géant sans visage d'abriter le même potentiel ?
Elle sourit. Adorable Mei, au cœur aussi pur que la neige des plus hauts sommets. Peut-être qu'à un certain point, ç'aurait été possible. Peut-être que Jamieson Fawkes aurait pu faire de grandes choses si quelqu'un l'avait recueilli lorsqu'il était enfant, bien avant que ne naisse Junkrat. Peut-être que Mako Rutledge n'aurait pas cédé à la plus crue des violences en devenant Roadhog, le tueur éternellement masqué, si quelqu'un lui avait rappelé son humanité avant qu'il ne l'enterre quelque part dans le désert d'Australie. Mais à présent, il était trop tard. Personne ne pouvait revenir de vingt ans de sauvagerie et de folie. Ils étaient des causes perdues. C'était sans doute injuste, mais la vie n'avait jamais été juste.
En fin de compte, Mei aurait le cœur brisé, et il y aurait sûrement des morts.
Elle se leva, s'appuyant lourdement sur ses cuisses. Poda qui montait la garde un peu plus loin, s'approcha, mais elle lui fit signe que ce n'était pas après lui qu'elle en avait et il repartit en sens inverse.
D'un geste de la main, elle fit signe au géant de la suivre. Il se leva lentement, difficilement, et la suivit dans l'obscurité.
Elle s'arrêta près de la carcasse brûlée du camion. Ils ne risquaient plus de réveiller ceux qui dormaient.
« Demain, les secours vont arriver. Je veux que d'ici là, toi et ton congénère soyez loin. Prenez la moto-neige et disparaissez. »
« Pourquoi ? » demanda le géant.
« Parce que vous n'avez rien à faire à Overwatch. Mei croit qu'il y a encore quelque chose de bon en vous. Que vous pouvez encore changer. On sait tous les deux que ce n'est pas le cas. »
« Alors, pourquoi ne pas demander à l'armée de nous arrêter demain? »
Elle serra les poings.
« Mei ne me le pardonnerait jamais. »
Le géant eut un rire sourd.
« Donc tu es lâche, Zaryanova. »
« Je ne suis pas lâche ! »
« Peu importe. Ni moi ni Jamieson ne partirons, et rien de ce que tu pourras dire, femme, ne nous fera changer d'avis. » gronda-t-il, faisant demi-tour pour revenir vers le chauffage bricolé et sa douce chaleur.
Elle le regarda partir, bouillonnante de colère.
« Pochemu ? Pourquoi ? »
L'homme s'arrêta, puis fit très lentement demi-tour et revint, se plantant devant elle, la dominant de toute sa hauteur.
« Tu as sans doute raison, Zaryanova : pour moi, il est trop tard. Mais Jamieson est encore jeune. Il peut encore se construire une vie. Faire plus que juste exister. Mais ça n'arrivera pas s'il meurt tué par la police ou empoisonné par les radiations. Je suis son garde du corps. C'est mon travail de le protéger. » siffla-t-il, très bas, la fixant une seconde ou deux avant de repartir en sens inverse.
Elle le suivit avec un instant de retard, trottant un peu pour le rattraper.
« OK, Junker, toi tu protèges le squelette pyromane, mais moi, je veille sur Mei, et il n'est pas question que je laisse des tarés comme vous l'approcher ! »
Le géant pouffa.
« C'est déjà trop tard, la Ruskof. »
« Comment ça ? »
Posant un énorme doigt sur le groin de son masque, il lui fit signe de se taire, et entrouvrit doucement le rabat de la tente avant de s'écarter pour lui permettre de regarder.
Lorsqu'elle recula pour aller se rasseoir vers le chauffage, un peu livide, il referma le rabat et se réinstalla à sa place sans un mot.
« Tu savais, n'est-ce pas ? »
Un grognement lui répondit.
« Comment tu peux croire que quoi que ce soit de bon puisse en ressortir ? »
Il haussa les épaules.
Elle sentit la colère l'emplir et elle se redressa.
« Je ne laisserai pas un sale terroriste crasseux profiter de Mei ! »
Un bras jaillit et se referma autour du sien, l'empêchant de bouger.
Elle fixa avec colère l'énorme main gantée, puis son propriétaire.
Il hocha lentement la tête de gauche à droite.
D'un coup sec, elle essaya de se dégager, en vain, et lorsqu'il se releva, la traînant comme si elle ne pesait rien, elle hésita un instant à sonner l'alerte, mais se retint. Son instinct lui disait qu'elle n'était pas physiquement en danger. Après quelques pas, elle cessa de résister, et cette fois, lorsqu'elle tira, le Junker la lâcha, gardant tout de même un œil sur elle pour s'assurer qu'elle le suive.
Ils revinrent vers le camion carbonisé.
« Qu'est-ce que tu veux ? » cracha-t-elle, furieuse, les bras croisés sur la poitrine.
L'homme souffla, semblant se dégonfler un peu avant de se redresser, impressionnant, lui aussi droit et les bras croisés. Ils se toisèrent quelques instants.
« Toi et moi, on est semblables. On se comprend. Tu ne crains pas la mort. Moi non plus. Jamieson n'est pas pareil. Il la recherche autant qu'il la fuit. Comment pourrait-il faire autrement ? Il n'a pas encore commencé à vivre. Et tu vas lui laisser cette chance. »
« Pas si ça signifie détruire la vie de Mei. » cracha-t-elle.
« Avait-elle l'air de souffrir ? D'être malheureuse ? Est-ce qu'on l'a forcée à quoi que ce soit ? »
A son tour, elle grogna.
« N'oublie pas Zaryanova. Mei Ling Zhou marchait déjà sur cette terre que tu n'étais même pas encore dans les couilles de ton père. Elle est assez grande pour faire ses propres choix. »
Elle gloussa.
« Mais toi, tu peux décider pour Fawkes ? »
« Je ne décide pas pour lui. J'empêche quiconque de le faire à sa place. »
Le silence retomba, lourd et tendu.
« Qu'est-ce que tu attends de moi, Junker ? » cracha-t-elle finalement.
Le géant soupira, semblant se radoucir.
« Passons un pacte, Zaryanova. »
« Un pacte ? »
« Je veille sur Jamieson et tu veilles sur Mei, et on ne s'interpose pas entre eux. Si les choses tournent mal, tu as ma parole, Jamieson et moi, on disparaîtra de vos vies. »
Elle prit le temps de réfléchir et le géant attendit patiemment.
« Si j'accepte, j'ai ta parole que si, à cause de l'un de vous deux, il arrive le moindre mal à Mei, vous disparaissez ? »
« Oui, mais si quoi que ce soit arrive à Jamieson à cause de toi, c'est toi qui disparais. »
Elle pencha la tête.
« Seulement à Fawkes ? »
« Oui, je sais me défendre seul. »
« Si j'accepte, je veux que ni Mei, ni Fawkes n'en entendent jamais parler. »
Il acquiesça.
« Soit. Marché conclu. » décida-elle après une ultime seconde de réflection.
Elle tendit la main et, avec un grondement appréciateur, Mako la lui serra avec force, avant de repartir vers la tente pour se réinstaller à sa place.
.
Peu avant la fin de leur quart de garde, Mako se mit à tousser bruyamment, et lorsqu'elle entra dans la tente pour réveiller tout le monde, Mei, frissonnant un peu sans sa parka que portait toujours Iourlov, refaisait son éternel chignon dans un coin tandis que Jamieson, serré dans le sac de couchage, tentait de jeter un coup d'œil dehors pour s'assurer que Rutledge allait bien.
Se mordant la langue, elle se força à ne pas tuer le pyromane du regard, mais n'y réussit que partiellement à en juger par l'air un peu effrayé de ce dernier tandis qu'elle secouait du pied les deux soldats et se penchait pour réveiller plus doucement la biologiste.
Il y eut quelques échanges de paroles. Un rapport général, puis tandis que ceux qui venaient de se réveiller partaient se réchauffer près du chauffage extérieur, son équipe tentait de s'installer pour les quelques heures de sommeil qui leur étaient allouées.
Bien que toujours convaincue d'avoir fait le bon choix en ayant décidé de garder un œil sur Roadhog, il lui apparut rapidement que leur séparation des troupes posait un très léger problème de place. La tente était conçue pour abriter quatre personnes de taille normale, pas cinq, et encore moins trois hommes, un géant obèse et une ancienne haltérophile.
A moins de courber les lois de la physique, ils ne pourraient pas tous tenir allongés dans l'espace exiguë.
Le Junker grogna, puis se laissa lourdement tomber au sol, dépliant ses jambes devant lui.
« Les soldats, ici. » grogna-t-il en désigna l'espace un peu plus grand à sa gauche. « Le scientifique, là. » poursuivit-il en montrant l'autre côté.
« Et moi ? » demanda-t-elle, après avoir traduit à l'attention des militaires.
« Dans mon dos. »
Ainsi donc, elle était censée dormir assise. Elle haussa les épaules. Ce n'était pas comme si elle ne l'avait pas déjà fait.
Contournant prudemment Poda, elle obtempéra. Lorsqu'elle fut installée, le Junker s'appuya un peu sur elle, et elle dut rajuster sa position. Après quelques changements dans leurs appuis, ils trouvèrent un équilibre, leur masse respective leur permettant de rester droits sans effort.
Nikolei toussota.
« Bonne nuit. Spokoynoy nochi. »
Quelques vagues grognements lui répondirent et Zarya fixa la toile de la tente.
Même à travers son manteau et celui du Junker, elle sentait sa chaleur, tandis que sa respiration faisait vibrer toute sa cage thoracique. C'était presque réconfortant. Ça lui rappelait l'armée. Les longues nuits de garde sur des miradors battus par les vents, où elle se mettait dos à dos avec son coéquipier pour ne pas avoir trop froid.
L'Australien avait sans doute tort pour beaucoup de choses, mais il avait raison sur un point : ils se ressemblaient plus qu'elle ne voulait l'admettre.
Fermant les yeux, elle se laissa bercer par la respiration sifflante.
.
L'aube était venue, et Zarya s'était levée, courbaturée et grincheuse. Son humeur ne s'était pas améliorée alors que les heures s'éternisaient dans un silence seulement interrompu par les bruits lointains de combats. Le soleil avait poursuivi sa course dans le ciel, et avait entamé sa lente descente, portant sur les nerfs de tout le monde, lorsque Iourlov - qui avait insisté pour faire sa part de garde et s'était perchée sur le toit de la camionnette « intacte » - signala du mouvement. Ils avaient tous bondi sur leurs pieds, et Zarya s'était précipitée à côté de la scientifique, lui arrachant pratiquement les jumelles des mains. Mei avait su que quelque chose clochait lorsque la Russe ne s'était pas tournée vers l'ouest, mais plein est, sa silhouette massive se découpant glorieusement sur le soleil couchant. Une seconde plus tard, elle sautait au sol dans un nuage de neige, jurant dans sa langue natale.
« Pauk-Bot ! Voyennaya podgotovka 12 ! Pryamo seychas ! Serzhant Poda, zashchitite mirnykh zhiteley ! » beugla-t-elle, ramassant son canon qu'elle enclencha.
« Qu'est-ce qui se passe ? Zarya ? » demanda l'Asiatique, en vain.
Nikolei s'approcha d'elle en boitant, la poussant vers la camionnette sur laquelle se perchaient déjà les hommes de Poda, leur arme au poing, aussi amochés fussent-ils.
« Qu'est-ce qui se passe ? »
« Un omnic vient par ici. » répondit Nikolei, l'air tendu, la poussant à s'accroupir pour ramper sous le véhicule.
« Juste un ? »
« Un gros. Un bot-araignée. »
« Une araignée mécanique? On en a croisé en revenant. » objecta-t-elle, se figeant.
Elle jeta un coup d'œil à Jamieson, qui avait littéralement escaladé Mako pour fixer l'horizon.
Il eut un petit rire aigrelet. Ce qui n'était pas bon signe.
Zarya, qui s'était approchée pour savoir pourquoi elle n'était pas encore sous le camion avec les deux autres scientifiques, se tourna vers elle, les traits tendus.
« Ceux que vous avez croisés devaient être des modèles d'infiltration. Ça, c'est un tank-araignée omnic. Une saleté de six tonnes qui passe sur tous les terrains ou presque. » lui expliqua la soldate, tentant de la convaincre de s'allonger sous le véhicule.
Mei résista.
« Si c'est un tank, il tire des obus, non ? Alors à quoi ça sert que je me cache là-dessous ? Un obus passera au travers comme dans du beurre. Et j'ai une arme. Je sais m'en servir. »
« Mei, tu n'es pas une combattante. »
Elle lui fit face, devant lever la tête pour la regarder dans les yeux.
« Je fais partie d'Overwatch. J'ai été formée au combat et tu le sais, c'est toi-même qui m'as entraînée. Je ne veux plus être un fardeau qu'il faut protéger ! »
« Mei, tu n'es pas un fardeau... »
« Aleksandra... »
La soldate allait répliquer, mais fut interrompue.
« Heu... si j'ose intervenir... Elle a raison, la princesse... Elle sait se défendre comme une reine... Je l'ai vue se battre. J'ai jamais vu personne planter un glaçon dans un omnic avec plus de classe... Faut la laisser combattre. Elle sera pas de trop pour démonter cette saloperie. » intervint Jamieson, son immense congénère opinant dans son dos.
Zarya soupira.
« Soit. Mais c'est moi qui commande. Tu obéis à mes ordres. Et c'est aussi valable pour vous deux, les dégénérés ! Compris ? »
Ils acquiescèrent, tous.
