Pour Cao, en réponse à ton commentaire du chapitre 26.

Je suis ravie que tu me détestes pour de si bonnes raisons. Quel plus belle récompense que d'apprendre que mes textes font voyager mes lecteurs avec les personnages ?

Merci encore, à toi et à tout les autres.

Sur ce, bonne lecture.


Minutes, heures, jours : le temps s'était confondu en une longue obscurité morbide, qui s'était brusquement éteinte alors qu'un rai de lumière éblouissante déchirait - en même temps que des pinces hydrauliques - la gangue précaire de leur abri.

Un ange était venu les chercher, sous les traits du Dr Ziegler en personne. Mais loin de l'élégance de son armure Valkyrie, ils l'avaient découverte sous un épais masque à gaz et une tenue Hazmat. Même ainsi, elle semblait être un véritable ange descendu du ciel.

Nul n'avait protesté alors que d'autres personnes engoncées dans les mêmes tenues les aidaient à descendre, puis à grimper dans un camion très similaire à celui qu'ils venaient de quitter, tandis que la doctoresse grimpait à l'arrière de la ruine qui les avait abrités duquel jaillit bientôt une belle lumière dorée. Deux minutes plus tard, elle en descendait, bientôt suivie d'un Roadhog un peu chancelant et définitivement en hypothermie, mais conscient et sans plus de brûlures.

A peine les eurent-ils rejoint à l'arrière que le camion et son escorte armée repartaient en sens inverse.

Ils roulaient depuis une dizaine de minutes lorsque Mei commença à paniquer.

Elle avait oublié Snowball, toujours accroché sur son réservoir cryogénique abandonné dans le camion. Elle se leva, hurlant qu'il fallait arrêter le camion, se débattant alors que des mains essayaient de la faire se rasseoir, jusqu'à ce qu'une plus insistante que les autres ne la force à s'arrêter un instant. Elle leva les yeux sur Jamieson qui lui fit signe de se retourner.

Zarya agita le réservoir qu'elle avait ramassé.

Mei se sentit subitement très bête et très heureuse, et elle se rassit docilement, le rouge aux joues et un sourire bête aux lèvres, serrant contre elle le petit drone désactivé, répétant des remerciements que son amie ne pouvait entendre.

Ils furent emmenés dans un hôpital de campagne, les lambeaux de leurs vêtements leur furent confisqués, et ils furent tous passés à la douche décontaminante. Sommaire pour les plus blessés, minutieuse pour les autres puis, un peu hébétés et les cheveux dégouttant encore sur les pyjamas qu'on leur avait prêtés, ils furent parqué dans une petite pièce toute blanche.

Puis le Dr Ziegler entra, toujours en Hazmat, ignorant les récriminations de ses pairs russes, et planta un gros tube biotique au centre de la pièce, duquel s'échappa bientôt une douce couleur dorée. Elle fit ensuite le tour de tout le monde, distribuant piqûres et cachets comme des bonbons à Halloween.

Personne ne protesta, même pas Jamieson qui avala docilement les pilules avec un peu d'eau.

Avec un « pop » désagréable, leurs tympans percés cicatrisèrent, et soudain le son revint, presque étourdissant malgré le relatif silence de la pièce, principalement brisé par quelques annonces aux haut-parleurs dans le couloir, et une ventilation poussive quelque part au-dessus d'eux.

« Est-ce que tout le monde m'entend ? » demanda la doctoresse qui avait fini sa distribution de médicaments.

Ceux comprenant l'anglais hochèrent la tête et Zarya traduisit pour les soldats qui acquiescèrent.

« Bien. Vos blessures et autres traumas ont été guéris ou sont sur le point d'être guéris par le champ biotique, et d'ici une heure, toute conséquence sur le long terme des taux de radiations absurdes auxquels vous avez étés exposés devrait être écartée. »

« Mais ? » demanda Mei.

La doctoresse eut un sourire navré, et prit le temps de retirer le casque intégral de sa tenue avant de continuer.

« Mais malheureusement, il est trop tard pour contrebalancer les dégâts à court terme. La bonne nouvelle est qu'aucun de ces symptômes ne devrait être permanent. A moins d'une exposition beaucoup plus prolongée, comme c'est le cas pour les deux ressortissants australiens étrangement présents aujourd'hui. »

Jamieson se désigna du doigt avec un grand sourire et Mako soupira.

« Quels sont ces symptômes ? » demanda Nikolei.

« Perte de cheveux (Jamieson pencha la tête, désignant joyeusement les zones nues de son crâne), noircissement et/ou chute des ongles (il agita la main, montrant bien ses ongles noircis) - et puisque M. Fawkes est un véritable catalogue des conséquences des radiations sur le corps humain et qu'il semble ravi de servir d'exemple, je vais lui demander de me rejoindre pour illustrer mon propos. »

Le Junker bondit sur ses pieds avant de pousser un cri et de se mettre à battre des bras alors qu'il trébuchait sur sa prothèse tordue. Avec un grognement fatigué, Roadhog le rattrapa et l'aida à venir s'asseoir sur la chaise que la Suissesse avait précipitamment tirée pour lui.

« Donc je disais, perte de cheveux, ongles noircis, saignements et récession gingivale (il tira sur ses lèvres pour exposer ses dents à moitié déchaussées), jaunissement des dents (un sourire éclatant), nausées, vomissements, fatigue (le Junker se chargea de mimer le tout, non sans un certain talent), diarrhée - inutile de l'illustrer, M. Fawkes. En ce qui concerne les derniers symptômes évoqués, s'ils persistent plus de septante-deux heures, veuillez venir me voir, ou consulter votre médecin traitant. Si d'autres symptômes, tels qu'hémorragies, problèmes respiratoires, atteinte cutanée grave - non, M. Fawkes, cela ne concerne pas vos plaques de peau sèche -, immunodépression ou douleurs thoraciques, il s'agit d'une urgence absolue. Vous ne devez pas attendre que « ça passe ». Est-ce clair ? »

Ils acquiescèrent avec plus ou moins d'inquiétude, et avant que la doctoresse puisse poursuivre, un homme en treillis militaire surmonté d'une blouse blanche débarqua, l'emmenant dehors, visiblement furieux. Par la petite fenêtre de la porte de leur salle, ils observèrent.

« Quelqu'un sait c'qu'y s'passe ? » demanda Jamieson, se rongeant un ongle distraitement.

Quelques haussements d'épaules et de vagues « non » lui répondirent.

Mei ne dit rien. Zarya non plus. Elles savaient lire sur les lèvres, contrairement aux autres. Mais ça aurait été inutile et cruel de partager ce qu'elles avaient appris. La mercenaire russe semblait amère et un peu honteuse.

Mei pouvait comprendre pourquoi. Apparemment, le militaire en blouse était le responsable de l'hôpital, et Poda et ses trois hommes survivants n'avaient pas été jugés suffisamment importants pour bénéficier de soins biotiques. Seuls les deux scientifiques en auraient bénéficié, et encore, seulement de manière à garantir leur capacité à conclure la mission en présentant leurs recherches. Apparemment, l'armée russe n'avait pas d'argent à sacrifier dans la vie de quatre troufions et de deux scientifiques civils. Des antidouleurs pour abréger leur agonie était tout ce que leur pays était prêt à leur offrir en remerciement pour tout ce qu'ils avaient fait au cours de cette catastrophe qu'on avait appelé mission.

Et le Dr Ziegler devait être au courant, car elle était intervenue avant que les papiers ne soient signés, avant que leurs dossiers ne soient seulement ouverts, et avait soigné tout le monde. Parce que Angela Ziegler était Mercy, l'ange de miséricorde des champs de bataille. L'espoir des combattants. Et que, si elle ne pouvait pas sauver tout le monde, elle pouvait au moins faire quelque chose pour ces hommes, qui avaient presque donné leur vie pour les protéger.

Zarya revint s'asseoir lourdement sur un des étroits lits. Ça lui faisait mal de voir ça. Le médecin n'avait pas une seconde discuté pour elle. Parce qu'une fois encore, elle était connue. Elle était une icône. Elle aurait de toute manière eut les meilleurs soins. Mais les quatre militaires en treillis ? Des anonymes. Des matricules et rien de plus. Elle comprenait la nécessité de traiter les hommes comme une ressource en temps de guerre, mais cela ne la répugnait pas moins.

Un frisson la parcourut. Le gouvernement russe - son gouvernement, se rappela-t-elle - avait refusé qu'Overwatch envoie qui que ce soit d'autre sur leurs terres. Même pour une simple mission de secours. Ç'avait failli leur coûter la vie, pour une stupide question de fierté nationale, et pourtant, Mercy, le médecin général de l'organisation, était là. Par quel miracle ? Par quelle ruse ?

Elle n'en savait rien, mais s'en sentit autant reconnaissante que coupable. Depuis quand son dévouement à sa patrie avait-il commencé à faiblir ? Depuis quand commençait-elle à considérer les hommes et les femmes d'Overwatch comme ses coéquipiers ? Depuis quand commençait-elle à remettre sa vocation en question ? Elle ne voulait pas y penser.

Le Dr Ziegler revint après avoir retiré sa combinaison, un sourire rassurant aux lèvres.

« Dr Zhou, sergent Zaryanova, il faut que nous discutions. Le colonel Nadov nous prête une salle. »

Elles se levèrent sans protester.

« Serait-il possible d'avoir un rasoir ou une tondeuse ? » demanda Zarya.

« Je suppose que oui. Pourquoi ? » demanda la doctoresse.
« Si je dois perdre mes cheveux, j'aimerais autant éviter de ressembler à ça. » répliqua la militaire, désignant du pouce Jamieson qui se curait à présent le nez et s'interrompit, l'air outré.

« Hey, ça a des oreilles ! »

Tout le monde l'ignora et la Suissesse s'effaça pour les laisser sortir. Ziegler les emmena dans une petite chambre meublée de quatre lits vides et s'installa sur un des derniers avant de leur faire signe de faire de même sur celui d'en face.

« Pharah... le lieutenant Amari m'a délégué son autorité en ce qui concerne la fin de cette mission. » indiqua-t-elle.

« D'accord, mais j'ai une question, Docteur. Comment avez-vous fait pour venir ici officiellement ? Mei m'a dit que le lieutenant avait essayé de négocier l'envoi d'une mission de secours, sans succès. » demanda Zarya.

La scientifique sourit.
« Le Dr Zhou ne vous a pas menti. Mais en presque deux décennies de travail sur le terrain, j'ai eu le temps de me faire des contacts, et je puis vous garantir que le gouvernement chinois n'a pas du tout été satisfait des moyens déployés par leur principal acheteur de tungstène et d'uranium afin de retrouver leur plus éminente climatologue. Mon très cher ami l'ambassadeur Xin n'a pas manqué de le faire remarquer à son homologue russe. » expliqua-t-elle avec un petit sourire satisfait.

Elles échangèrent un regard. La douce doctoresse avait quelque chose de terrifiant dans cette efficacité discrète.

« Cela répond-t-il à votre question, Sergent ? »

Zarya acquiesça.

« Bien, alors puis-je vous demander un rapport sur les événements ? Je suis particulièrement curieuse de savoir comment M. Fawkes et M. Rutledge ont terminé en votre compagnie. »

L'explication fut longue, tortueuse et un brin confuse, mais à deux, elles finirent pas y arriver.

« Donc si je comprends bien, votre conclusion est la suivante : Fawkes et Rutledge ont à l'origine été envoyés pour vous éliminer, sans doute pour éviter que vous ne découvriez cette exploitation illégale - probablement de molybdène - et sont à l'origine de la mise en péril de toute la mission, avec la destruction de vos deux véhicules ainsi que des tentes et de tous les échantillons prélevés. Mais néanmoins, ils ont fait par la suite amende honorable et ont prouvé leur volonté de se faire pardonner, et comme il n'y a pas mort d'homme – pas de leur main du moins -, vous êtes toutes deux prêtes à soutenir leur reddition à Overwatch pour une réinsertion par le travail ? »

« C'est exact. » confirma Zarya, s'attirant un coup d'œil surpris de Mei.

La climatologue avait dû louper quelque chose, car aux dernières nouvelles, Zarya était farouchement opposée à son projet. Mais ce n'était certainement pas le moment d'en discuter.

Elle hocha vigoureusement la tête.

Ziegler prit le temps de soigneusement réfléchir.

« Il apparaît évident dans votre rapport que, s'ils ont été la cause de beaucoup de problèmes, ils n'ont par la suite fait aucune tentative d'évasion ou de prise de contrôle, et ce malgré d'innombrables opportunités. De même, il semble que leur implication dans les combats qui ont suivi ait été décisive quant à leur issue. Il faut encore que je leur parle, mais bien que je ne puisse pas me prononcer à la place du lieutenant Amari, je pense qu'il est raisonnable de les placer de suite sous la juridiction d'Overwatch et de les rapatrier avec nous. » conclut-elle, se levant avant de lisser l'avant de sa tenue, que le port du Hazmat avait un peu chiffonné.

Elles acquiescèrent, et Mei se sentit infiniment soulagée.

« Merci, Dr Ziegler. »
« Ne me remerciez pas, Dr Zhou. Je ne suis pas certaine que ce soit la meilleure décision que j'aie prise. » tempéra la doctoresse.

Voyant qu'elle allait objecter, elle la coupa d'un sourire.

« La plus humaine, au vu des traitements expéditifs de l'armée russe, mais pas forcément la meilleure. Seul l'avenir nous le dira. Ceci dit, ne traînons pas, j'aimerais officialiser cela avant qu'un militaire tatillon ne poser les yeux sur le rapport préliminaire de vos collègues russes et ne décide de placer M. Rutledge et M. Fawkes aux arrêts. »

.

Visiblement, personne n'était encore venu arrêter les Junkers, qui suivirent la doctoresse avec un air vaguement inquiet tandis que Zarya, qui avait obtenu sa tondeuse, se rasait la tête sans pitié, bientôt imitée par tous les hommes présents. Mei hésita, tout comme Iourlov, et elles décidèrent finalement d'attendre un peu avant de prendre une décision aussi radicale.

Une demi-heure plus tard, le Dr Ziegler revint, seule.

« Dr Zhou, le transport nous attend. J'ai négocié afin que vous puissiez faire votre rapport aux autorités compétentes par téléconférence. Sergent Zaryanova, vous êtes libre de rester si vous le désirez, mais dans le cadre de votre engagement par Overwatch, le lieutenant Amari aura au moins besoin de votre rapport écrit sur cette mission, ainsi que d'une lettre de non-renouvellement de votre contrat avec nous si vous désirez nous quitter. »

Mei jeta un regard inquiet à son amie, mais cette dernière n'hésita pas un instant.

« Je viens, Docteur. Un instant, s'il vous plaît. » réclama-t-elle, avant de se tourner vers ses compatriotes pour échanger quelques mots avec eux.

Nikolei et Iourlov s'approchèrent des deux scientifiques, les remerciant et les saluant. L'élégante biologiste serra avec affection Mei dans ses bras.

« Si toutes vos missions sont aussi terribles, je ne puis que vous offrir toute ma compassion et tout mon respect, Dr Zhou. En tout cas, vous aurez toujours mon amitié, malgré quelques... recours... hum... australiens et robotiques que je ne puis approuver. »

Elle acquiesça en silence, ne trouvant rien à répondre.

Nikolei lui colla une grande claque dans le dos avant de lui faire une bise sonore.

« Dr Zhou, moi qui rêvait de sortir de mon labo, je puis vous promettre une chose : je ne veux plus jamais avoir à le quitter ! Prenez soin de vous, et encore désolé de m'en être pris à vous à cause de votre drone. »

« Prenez soin de vous aussi, Dr Nikolei. J'espère que nous pourrons à l'occasion poursuivre cette discussion passionnante commencé dans le Transsibérien à propos des éclairs, et jamais terminée. Pour Snowball, ce n'est rien. Si vous n'aviez pas réagi, je l'aurais laissé dans la tente-laboratoire et il aurait été détruit. Si je l'ai encore, c'est seulement grâce à vous. Alors merci du fond du cœur !»

L'homme rougit et, un peu gêné, la poussa doucement vers la sortie.

« Nous discuterons des éclairs un de ces jours, Docteur. » la salua-t-il.

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Apparemment, Mercy était parvenue à convaincre les Junkers de se laisser menotter et de le rester, du moins jusqu'à ce que la porte de la navette Orca se soit refermée. A peine la lumière bleue indiquant la fermeture hermétique du sas s'était-elle allumée que les menottes de Jamieson tombaient au sol, crochetées, tandis que la chaîne reliant celles de Mako se brisait avec un cliquetis pitoyable.

« Aaaah, on rentre à la maison ! » plastronna Jamieson, posant les pieds sur une caisse de matériel devant lui.

« Avec un peu de chance, le lieutenant Amari va te jeter dans un trou et t'y laisser pourrir, Junker. Ne te réjouis pas trop. » siffla Zarya, repoussant du pied les longues jambes qui heurtèrent le sol avec un bruit sourd.

« Hey, c'est pas gentil ! »

Mei les observa en silence, heureuse malgré tout.
Même si elle ne s'expliquait pas les changements d'humeur de son amie, tout allait bien. Enfin.