Attention, extrême violence - un peu gratuite.
La princesse avait été la première à recevoir une mission. Un petit truc en lien avec la météo. Partie le matin, revenue le soir même. Ensuite ça avait été la Ruskof qui était partie avec le chevalier taré et son écuyère. C'était un nouveau mot que Mako lui avait appris. Ça voulait dire « apprenti », apparemment. En tout cas, c'était plus logique d'appeler la femme en armure une apprentie qu'une cuillère. Elle n'avait vraiment rien d'une cuillère. Une écuyère sans doute, mais pas une cuillère. Ni une fourchette d'ailleurs.
Il avait été traîner vers l'Egyptienne pour savoir quand est-ce qu'ils auraient quelque chose à faire, et elle lui avait dit que ça viendrait. Alors il avait rongé son frein et résisté à l'envie très forte de faire sauter des trucs pour s'occuper.
Et finalement, ç'avait été leur tour. Enfin. Lieutenant Balai-dans-le-cul les avait convoqué pour leur expliquer leur mission et, même s'il avait vraiment écouté de son mieux, il ne se souvenait pas de grand-chose, à part qu'ils étaient censés foutre le plus de bordel possible dans un hangar servant de plaque tournante au réseau de trafic d'armes du Canada. Il ne se souvenait que de ça. Qu'ils avaient le droit, non mieux, qu'ils devaient foutre le bordel, et aussi qu'ils avaient le droit de tuer. Ceux qui seraient là-bas seraient des méchants. Il n'aurait pas à faire attention. Il n'avait pas spécialement envie de tuer ces gens. Il n'en avait aucune raison. Il n'avait envie de tuer que les personnes lui ayant personnellement fait quelque chose, mais il n'aimait pas non plus devoir se refréner pour éviter les « victimes collatérales » comme disaient les gens d'Overwatch. Et là, pas besoin de le faire. Ça serait bien. On l'avait laissé fabriquer une nouvelle version de son lance-grenades et réparer le canon de Roadhog, ainsi que préparer et emporter tous les explosifs qu'il voulait, qu'il avait chargés sur la moto enfin rénovée de Roadie, et ils avaient été emmenés par le petit vaisseau de l'organisation, qui les largua sur une route en plein milieu d'une forêt glaciale - qui lui rappelait de mauvais souvenirs -, décollant immédiatement après.
Il se tourna vers Mako qui faisait vrombir la Hog.
« Bah, il est où le hangar ? » demanda-t-il.
« A trois heures de route.» siffla son ami.
« Quoi ?! Trois heures ?! Mais je vais mourir congelé d'ici là ! »
Mako lui jeta un coup d'œil.
« Tu ne portes pas les affaires que Mei t'as donné ? »
« Si, et j'ai chaud pour l'instant, mais je vais sûrement geler d'ici là. Y neige ! »
Mako soupira, rajusta l'écharpe qui cachait presque le groin de son masque et accéléra.
Il se tassa dans le side-car, tâchant d'offrir aussi peu de prise que possible au vent.
Il se détendit et se déplia bientôt. Les habits que la princesse des glaces lui avait donné pour la mission ressemblaient beaucoup à ceux qu'il portait en Russie, mais isolaient de toute évidence bien mieux. Il était douillettement au chaud, excepté pour son visage exposé aux éléments, mais pas de quoi l'empêcher de savourer le voyage au côté de son fidèle ami et partenaire : Roadhog.
« Hey, pourquoi on a été posés aussi loin déjà ? » demanda-t-il pour la cinquième fois au moins, alors qu'ils faisaient une pause pipi au bord de la route.
Mako grommela, remontant sèchement le zip de son pantalon.
« Parce qu'ainsi, personne ne risque de faire le lien entre notre présence et celle d'une navette d'Overwatch. »
« Aaah oui, c'est vrai. Mais attends, ça veut dire qu'on va devoir se retaper tout le chemin avant de pouvoir rentrer ?! »
Le géant acquiesça et Jamie le suivit en grommelant, remontant à bord de son side-car dans lequel il se mit à jouer avec une de ses mines, l'air boudeur.
Ce fut long, froid et ennuyeux, mais ils finirent par arriver à destination.
Le hangar en question était plutôt une vieille grange en bois, comme plantée un peu de travers au bord de la route. Devant, un semi-remorque dont la carrosserie affichait un spectaculaire aigle sur fond de soleil couchant, un tas de gravier recouvert d'une vieille bâche, deux gros conteneurs métalliques à ordures et une petite berline blanc sale, derrière laquelle ils devinèrent une demi-douzaine de moto garées sous un appentis dont le toit de tôle était à moitié enfoui sous les aiguilles en décomposition tombées des pins omniprésents.
Le tableau était complété par une cabine de toilettes chimiques en plastique décoloré et un ou deux tas d'enjoliveurs, de fils barbelés et autres déchets métalliques achevant de rouiller sous la neige qui tombait toujours paresseusement.
Mako ralentit au pas, cerclant paresseusement autour du hangar tandis qu'il tentait de refréner les gloussements d'excitation qui le secouaient. Ils entamaient leur deuxième tour lorsque la grande porte sur le côté de la grange s'ouvrit et qu'un homme aux cheveux gris et armé d'une carabine en sortit.
« Z'êtes sur une propriété privée, foutez le... »
La fin de sa phrase fut noyée par la vague de shrapnel jaillie du canon rénové de Roadhog, portant encore le petit autocollant libellé « From : Junkrat » qu'il y avait mis avec l'idée de plaisanter en présentant l'arme comme un cadeau de Noël un peu en avance, puisque la fête - qu'il n'avait jamais fêtée de sa vie - se célébrait apparemment à peine un mois plus tard. Il ricana. En tout cas, son cadeau marchait parfaitement. Le vieux avait été instantanément transformé en passoire.
Roadie jeta un regard à l'arme, et se tourna vers lui, levant un pouce avec un grognement appréciateur. Il lui sourit de toutes ses dents en retour, avant de se redresser dans le side-car avec un rire féroce et de tirer une volée de grenades dans la direction approximative de la porte du hangar, qui vomissait un petit groupe de bikers armés. Il y eut des cris, des hurlements, du sang et la délicieuse onde de choc de ses grenades, et sur les sept hommes, il n'en resta plus que deux à couvert d'un des conteneurs, et un... non, une moitié de troisième au sol, qui fixait la purée qu'étaient devenues ses jambes en hurlant comme un abruti.
« Assieds-toi. » gronda Roadhog, le forçant d'une poigne invincible à obéir avant d'accélérer, droit vers la porte, les pneus crantés patinant à peine dans la bouillie de chair et d'esquilles d'os qui constellait le chemin.
Avant même de savoir ce qui les attendait à l'intérieur, il tira trois grenades au hasard tandis que Roadie leur dégageait le chemin avec ses shrapnels.
Il arrêta néanmoins rapidement la Hog dans un dérapage qui fit décoller le side-car du sol, et Jamieson put enfin apprécier pleinement l'étendue de ce qu'il allait détruire.
L'intérieur du hangar était réparti en deux étages, le second palier formé d'une sorte de large galerie de bois faisant tout le tour du bâtiment. Au rez, à même le sol de terre battue, de grands établis étaient recouverts de fusils et autres pistolets en attente d'expédition dans des caisses de bois étiquetées « Les belles pommes de l'Alberta » qui, dans un coin, s'entassaient presque jusqu'au deuxième étage.
L'étage en question semblait être consacré au stockage et au conditionnement d'armes plus exotiques - lance-grenades, railguns et autres canons énergétiques - ainsi qu'aux munitions ad-hoc.
Avant de tout faire sauter, il allait falloir neutraliser les locataires. Ou du moins ceux qui restaient.
Quatre types armés et une femme, qui se cachait sous une table à l'étage avec un gros sac de toile dans les bras.
« J'me charge de la meuf, j'te laisse les autres, mon pote. » annonça-t-il, sautant avec un rire maniaque hors du side-car pour bondir dans l'escalier menant à l'étage.
Une balle éclata le bois juste à côté de son pied, puis il entendit le bruit caractéristique de quelqu'un qui vient de se faire cueillir par le crochet de Roadhog et il rit de plus belle. Le pauvre type devait avoir eu une sale surprise. Il tendit l'oreille. Un bruit d'impact mou, puis quelque chose de plus croustillant. Il approuva mentalement. Défoncer la face à coups de poing était une des spécialités de Roadhog.
Il arriva en haut seulement pour découvrir que la femme n'était plus sous la table où il l'avait aperçue.
Il se pencha, inspectant les alentours tandis qu'un combat sanglant s'engageait en dessous de lui.
« Petite, petite, petite, viens ici... Si tu es sage, tu repartiras peut-être vivante... Viens ici... Petite, t-t-t-h, allez, viens. »
Il se redressa, avançant prudemment entre les caisses pleines et les tables couvertes d'armes.
Du coin de l'œil, il aperçut du mouvement en face, de l'autre côté de la galerie.
La femme s'était redressée, un lance-roquette à l'épaule. Il sourit. Un duel. Ça allait être amusant.
« Comment on fait ? C'est quoi les règles, déjà, hein ? Au douzième coup, c'est ça, no... »
Il dut plonger pour éviter la petite fusée qui passa juste au-dessus de sa tête, brisant un carreau sale avant d'exploser quelque part au-dessus de la forêt avoisinante.
« Raté, pétasse. A moi maintenant ! » beugla-t-il, tirant en cloche deux grenades.
La première fit s'effondrer une partie de l'étage, la seconde ricocha contre la barrière et tomba en bas, explosant au milieu des caisses vides.
« Ohhh » soupira-t-il, rechargeant, déçu.
Il en était certain, la femme était toujours là, et d'après ce qu'il avait vu, elle avait encore des munitions.
« Allez, poulette, c'est ton tour. Regarde, je suis là. Je t'attends. Allez, vas-y tire. Sinon c'est pas drôle. »
Cette fois la roquette jaillit de sous une table, et il allait rire de sa trajectoire complètement ratée - mais il poussa à la place un glapissement terrifié alors que le sol sous ses pieds se transformait en une masse de flammes et d'échardes incandescentes.
Dans le même temps, il vit avec horreur le second missile qui suivait la trajectoire du premier et qu'il allait rencontrer à mi-course.
Il ferma les yeux et à la place de l'explosion tant attendue, ce fut le choc rude du crochet de métal de Roadhog autour de sa taille qui l'accueillit, puis une seconde plus tard, la douleur d'une rencontre brutale avec le sol.
Il se redressa sous une pluie d'échardes enflammés.
« Merci, mon pote. » caqueta-t-il, essuyant le sang coulant de son nez miraculeusement pas cassé.
« Abruti. » gronda Roadhog, dégageant le crochet d'un mouvement du poignet pour le lancer à nouveau en direction du dernier homme encore en vie.
Le laissant à son combat, il se concentra sur le sien. Mais il en avait assez de jouer. Il avait failli perdre, et il détestait perdre.
Elle voulait jouer à ce petit jeu ? Elle allait être servie. Fonçant vers le side-car, il en extirpa le gros sac contenant toutes ses mines et, riant d'avance en imaginant la tête de la femme lorsqu'elle comprendrait sa fin, il se mit à les lancer en l'air pour qu'elles se collent sous la galerie.
Le temps qu'il les ait toutes posées, Roadhog s'était débarrassé du dernier type, avait essuyé la chair collant sous ses semelles sur le bord d'une chaise, et l'attendait assis sur la Hog. Et la femme avait aussi tiré deux roquettes pour tenter de le toucher. La première avait traversé comme du beurre le mur à moitié pourri pour exploser dehors, et il avait neutralisé la seconde d'un contre-lancer heureux de grenade.
Il revint en courant vers Roadhog.
« Vas-y, sors. Juste un dernier détail... » ricana-t-il, détachant avec délice son nouveau modèle de Pneumastic de son dos.
La main de son garde du corps l'arrêta, et Roadhog hocha négativement la tête. Il comprit le message, et suivit docilement, marchant à reculons jusqu'à ce qu'ils soient suffisamment loin du hangar.
« Allez, poulette. Dis au revoir ! » caqueta-t-il, tirant sur le démarreur du moteur de l'engin.
Le pneu bondit en avant, et il se concentra sur la rudimentaire télécommande pour le piloter avant d'appuyer sur le détonateur.
« Attention, ça va péter ! »
Le pneu explosa quelque part à l'intérieur, et moins d'une seconde plus tard, toutes les mines. La boule de feu engloutit le bâtiment, les explosions des milliers de munitions comme un sublime chœur chantant, et les bras écartés, il s'offrit à l'onde délicieusement brûlante, s'abandonnant à sa morsure. Ça, c'était une vraie explosion. De vraies flammes. Pas une merde nucléaire. Pas une saloperie toxique qui tue à petit feu et rase tout à des kilomètres à la ronde. Non : juste une bonne vieille boule de feu et une belle conflagration. Et une pluie de billets. C'était toujours cool, une pluie de billets. Il en empocha quelques-uns, attrapés au vol. La patronne avait dit qu'ils pouvaient un peu se servir dans le butin.
Rapidement, trop rapidement à son goût, les flammes et la chaleur se dissipèrent, ne laissant que des restes de poutres finissant de brûler.
Il se tourna vers Roadie, qui n'avait pas bougé de son siège.
« Y reste le camion et les motos... s'teu plaiiiit. »
D'un geste de la tête, Mako acquiesça.
« Merci, Roadie, t'es le meilleur ! » s'écria-t-il, bondissant en avant avant de se rappeler qu'il n'avait plus de munitions.
Il n'avait plus de pneu et plus de mines, mais bien assez de grenades, et il lui restait ses huit petites bombes-tuyaux accrochées à son harnais.
Chantonnant joyeusement, il en relia sept par une mèche avant de les égrainer entre les motos, puis alluma et revint vers son ami.
« Attention. Trois, deux, un... Boum !... Pas boum ? » décompta-t-il, les mains sur les oreilles, avant de se redresser, surpris.
L'explosion le fit chanceler, et il rit alors que Mako soupirait.
« Plus que le camion ! » le rassura-t-il, repartant de plus belle. Il allait faire simple. Une grenade dans le réservoir à essence. Ça allait faire une jolie fumée noire. Jolie, et qui sentait si bon.
Il s'arrêta à mi-chemin, apercevant la cabine de plastique bleu, et il lui fallut presque une minute pour se remettre de son fou-rire.
« Junkrat, dépêche-toi ! » le tança son ami.
Essuyant les larmes hilares qui avaient coulé sur ses joues, il se redressa, détacha sa dernière pipe bombe, celle qu'il avait gardée au cas où - mais si ça ce n'était pas un cas d'au-cas-où, il ne savait pas ce que c'était - et régla la mèche sur « longtemps », l'alluma, la balança dans les chiottes et claqua la porte avant de repartir en courant vers le camion, puis vers le side-car dans lequel il bondit, l'explosion du camion manquant de le faire tomber face la première sur l'asphalte.
Roadhog fit vrombir le moteur tandis qu'il ramenait tant bien que mal ses longs membres dans le side-car et ils s'élancèrent en avant, à l'instant exact où la cabine de plastique explosait, repeignant toute la zone en brun.
Heureusement, personne ne semblait être à leur poursuite, car il lui fallut presque une demi-heure pour se remettre de sa crise de fou-rire.
Le trajet retour lui semblait avoir duré trois fois moins longtemps que l'aller, alors qu'il racontait encore et encore ses exploits tous récents à Mako qui, comme toujours, l'ignorait.
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La sniper masquée qui leur avait déjà servi de pilote à l'aller les récupéra en silence, semblant juger leur tenues salies et brûlées de derrière son masque au viseur triangulaire.
« Je vais vous déposer à côté de la buanderie. » statua-t-elle en guise de salut alors que le petit vaisseau décollait doucement.
« Ben pourquoi ? »
« Pour que vous ne repeigniez pas toute la base avec des bouts de boyaux, M. Fawkes. » nota-t-elle tranquillement.
Il grogna. Il ne l'aimait pas, avec son ton doux, détaché, neutre. Personne n'était censé avoir un ton pareil en parlant des bouts de gens collés sous ses semelles et celles de Roadie.
« Enfin, je suppose que cela signifie que votre première mission est un succès, non ? »
Boudant, il refusa de répondre. Mako grogna un assentiment et il lui jeta un regard furieux.
La femme soupira, et le silence retomba, s'éternisant pendant presque quatre minutes.
Lorsque la sniper le brisa, il ne put s'empêcher d'échanger un regard surpris avec Mako. Normalement c'était lui qui brisait les silences.
« J'espère que ce succès sera suivi de beaucoup d'autres. J'espère que Fareeha n'aura pas à regretter sa décision comme nous avons regretté la nôtre. » soupira-t-elle pour elle-même.
Le silence revint jusqu'à ce qu'il l'achève, commençant à chantonner pour lui-même.
