Sa mission s'était bien passée. Il y avait eu de la casse, ils avaient brisé quelques rotules et quelques nez, et tout était rentré dans l'ordre. Une bonne mission bien comme elle les aimait. Un peu d'enquête, et quelques salauds à tabasser pour avoir le boss. Zarya pouvait faire ça toute la journée. La mission avait duré quatre jours. Puis elle était revenue au Watchpoint, avait fait son rapport au lieutenant Amari, et s'était retrouvée désœuvrée, dans l'attente d'une nouvelle mission qui occuperait son esprit et en chasserait les souvenirs, qui depuis son retour de Russie ne semblaient jamais être très loin. La première nuit, elle s'était emparée de la salle de musculation et avait soulevé de la fonte jusqu'aux premières lueurs de l'aube. La journée suivante avait été un enfer embrouillé d'ennui et de sommeil. Mais alors que les aiguilles pointaient de plus en plus résolument vers minuit, la fatigue semblait reculer, laissant la place à une hypervigilance anxieuse.

Avec un soupir exaspéré, elle se prépara à une nouvelle nuit blanche.

Elle allait sortir courir lorsqu'un bruit sourd de métal martelé la fit changer de direction.

« Hey, Rutledge, tu étais sérieux l'autre fois ? »

L'Australien la dévisagea de derrière sa moto, puis acquiesça une fois avant d'entreprendre de soulever son immense carcasse du sol sur lequel il était assis.

Elle observa les lieux, décida qu'un des établis ferait un bon ring, et se mit à le débarrasser des outils abandonnés dessus.

Rutledge amena deux tabourets de métal.

Elle s'assit, abattant son coude sur la surface de polymères usés de l'établi.

Il lui prit la main doucement, tranquillement, puis hocha la tête pour lui dire qu'il était prêt.

Elle allait commencer à pousser mais se ravisa.

« Il faut des règles. »

Le Junker acquiesça.

« Trois manches gagnantes ? » proposa-t-elle.

Nouveau hochement de tête.

Elle approuva, puis se ravisa encore.

« Et le prix ? »

Un grognement interrogateur.

« Que gagne le vainqueur ? » clarifia-t-elle.

Rutledge haussa les épaules.

« Le prix doit être fixé avant. Qu'est-ce que tu veux mettre en jeu, Junker ? De l'argent, ou peut-être que tu es plus du genre bouffe ? »

Le grondement de l'homme sonnait comme un avertissement.

« Et toi, Ruskoff, tu veux quoi ? »

Elle réfléchit. Parier de l'argent n'était pas intéressant. Des services, c'était trop risqué. Elle eut une idée.

« Un gage. »

L'homme pencha la tête, interloqué.

« Avant chaque manche, chacun fixe le gage que l'autre devra faire s'il perd. D'accord ? »

Rutledge réfléchit puis acquiesça.

« Si je gagne, tu retires ton masque. »

Elle l'avait déjà vu sans, mais c'était le geste qui comptait. Pas ce qu'il y avait dessous. Elle voulait voir l'homme vulnérable sous le masque du criminel invincible.

« Non. Autre chose. »

Elle fronça les sourcils, agacée.

« Soit. Si je gagne, tu me donne ce badge, là. » exigea-t-elle, en désignant un avec un motif de boule de billard.

Il réfléchit un instant, puis acquiesça et, détachant de sa main libre le badge, le posa sur la table.

« A ton tour. »

Rutledge prit le temps de réfléchir.

« Si je gagne, demain, tu ne te maquilles pas. »

Elle détestait sortir sans maquillage, mais c'était un prix acceptable.

Elle opina.

« Prêt ? »

Un grognement, et elle couina de surprise alors que sa main était écrasée brutalement contre la table.

Elle jura dans sa langue natale. Le sale porc l'avait prise par surprise, mais elle ne se laisserait plus avoir.

« Deuxième round.» nota sobrement ce dernier, se remettant en position.

Cette fois, elle était prête, et ils luttèrent longtemps. Elle remporta la seconde manche.

« Ex æquo ! » triompha-t-elle.

Impassible, il lui tendit la main.

La troisième manche, elle ne la perdit que de très peu.

Elle jura un peu, puis concéda à l'homme sa victoire.

« Pas de maquillage demain, tu as ma parole, Junker. »

Il approuva de la tête, puis tendit la main en une question muette.

« Tu me proposes une revanche ? »

Il opina.

Elle se rassit.

« Mêmes conditions ? »

Acquiescement.

« Alors je veux que tu enlèves ton masque. »

« Non. »

« Alors, le badge. »

Il opina.

« La chapka. Sur ta tête. De l'aube au coucher du soleil. »

Encore une fois, c'était plus ridicule qu'autre chose. Elle acquiesça.

.

Mei s'était réveillée tellement glacée qu'elle avait emporté avec elle sa couverte en polaire au réfectoire, même s'il ne devait sans doute pas faire si froid que ça. Encore une fois, ça devait juste être elle.

Comme toujours, Zarya l'avait précédée et elle leva un sourcil. Peut-être que la température était effectivement plus fraîche que d'habitude, car son amie portait sa chapka enfoncée jusqu'aux oreilles.

Elle alla se chercher son petit déjeuner et vint s'installer en face d'elle. Il y avait quelque chose d'étrange chez Zarya en plus de la chapka, mais elle ne parvenait pas à dire quoi.

« Salut. »

« Bonjour, Aleksandra. Tu as froid ? »

« Non. »

« Heu... alors pourquoi... (Elle désigna la coiffe.) »

Zarya haussa les épaules et enfourna une grande bouchée de muesli.

Visiblement, elle n'était pas d'humeur bavarde. Mei n'osa pas insister sur le sujet.

« Ça a été, ta mission ? »

« Oui. Même si on a dû tirer Reinhardt par le fond de son armure pour l'empêcher de démolir la limousine d'un sale type. D'après la Lindholm, ce gars voit des trucs. Genre, des dragons à la place de certains mecs... des trucs comme ça. »

« Mais c'est très grave ! »

Zarya haussa les épaules.

« Ziegler et Amari sont OK avec ça. » répondit-elle comme si ça justifiait tout.

Mei essaya bien d'argumenter son point de vue, mais cela revenait à parler à un rocher.

Finalement, Zarya décida qu'elles avaient assez traîné et qu'il était temps pour leur entraînement quotidien. Mei gémit, mais se résigna et partit chercher ses affaires dans sa chambre.

.

Jamieson n'avait rien remarqué jusqu'à ce qu'il aille manger avec Roadhog.

Ils avaient croisé Mei et la Ruskoff qui avaient déjà terminé leur repas.

La militaire portait de manière fort incongrue un T-shirt et un pantalon de sport avec sa chapka.

« Sursaut patrio... » avait-il commencé, moqueur, avant de s'interrompre brusquement en remarquant le badge accroché à son T-shirt. Il connaissait ce badge. Il s'était tourné vers Mako, détaillant son harnais, sur lequel manquait absolument ledit badge.

La bouche entrouverte, il les avait désignés les deux à tour de rôle. Mako avait soupiré et l'avait traîné vers le self-service tandis que les deux femmes partaient.

Il avait essayé de tirer les vers du nez de son ami, puis le choix de son repas l'avait distrait et il avait oublié jusqu'au lendemain.

Mais le lendemain, il avait croisé la Russe dans la salle de musculation alors qu'il cherchait Roadhog, et les trois badges accrochés sur sa veste à capuche lui avaient sauté aux yeux.

Il avait harcelé Mako, s'accrochant à lui, le secouant, se vautrant sur ses épaules pour qu'il lui dise ce qui se passait, mais n'avait réussi qu'à se faire jeter hors de l'atelier dont la porte s'était refermée avec un claquement sec. Il avait donc été trouver Mei - qui n'en savait pas plus que lui - et qui l'avait laissé parler des mouches qu'il avait vues contre la vitre d'un hangar jusqu'à ce qu'il commence à lui raconter comment il leur avait mis le feu avec un verre et les rayons du soleil après les avoir capturées pour leur arracher les ailes. Là, elle l'avait aussi mis à la porte de son laboratoire, et il était retourné voir si Mako voulait bien à nouveau de lui. Mais la porte de l'atelier était restée fermée, et comme c'était là que se trouvaient tous ses explosifs, il était allé s'occuper ailleurs.

Après avoir dessiné avec un marqueur noir une jupe à tous les petits bonhommes des toilettes pour hommes de la base, il erra un peu, redécora un ou deux vieux posters poussiéreux de lunettes ou de moustaches, jeta des cailloux, quelques bouts de métal ramassés dans un des autres ateliers et même une grosse caisse par-dessus la falaise, juste pour le plaisir de les voir éclabousser partout en heurtant l'eau.

Il avait erré davantage, puis avait croisé Mei qui revenait d'un entraînement au combat contre le ninja cybernétique et, en la voyant toute brillante de sueur, le souffle court et les seins plus que mis en valeur par sa tenue de sport qui les faisait pigeonner, il décida qu'il pouvait très bien s'occuper tout seul dans sa chambre.

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Depuis que Jamieson - avec qui elle avait dû nettoyer les plaquettes indicatives de toutes les toilettes de la base, puisqu'elle était responsable de lui - lui avait fait remarquer le mystère des badges, Mei était restée à l'affût. Et effectivement, régulièrement, si ni les Junkers ni la Russe n'étaient en mission, Zarya arborait de nouveaux badges - tous auparavant portés par Rutledge - ainsi que d'autres excentricités allant d'un maquillage bleu vif jurant avec ses yeux vert à une tenue de sport rose et turquoise tout droit sortie des années 1980. Le plus étrange avait sans aucun doute été la fois où elle était venue avec une boîte de feutre vers Jamieson et lui avait dit qu'il pouvait dessiner ce qu'il voulait sur ses avant-bras. Bien sûr, le Junker s'était empressé de s'exécuter, et Zarya s'était retrouvée avec une impressionnante collection de bombes et de smileys à même la peau. Et un pénis avec de gros testicules poilu. Mais un seul, tout petit et dans un coin pas trop visible.

A ce stade là, avec Jamieson, ils n'étaient depuis longtemps plus les seuls à se poser des questions. Lena avait supposé qu'il s'agissait d'un étrange jeu dont elle ignorait les tenants et les aboutissants. Genji avait suggéré que Rutledge faisait peut-être chanter Zarya, ce qu'elle avait rejeté aussi fermement que Jamieson qui passait par là à ce moment précis. Zarya ne se laisserait jamais faire ainsi sans broncher et, comme l'avait fait remarquer Jamieson, si Rutledge voulait faire chanter quelqu'un, il lui pétait les genoux, mais ne lui donnait pas ses badges.

Badges que d'ailleurs le Junker semblait remplacer avec application, arborant un nouvel éventail coloré sur son harnais.

Lorsque Jamieson l'avait interceptée alors qu'elle sortait de son laboratoire et l'avait traînée jusqu'à sa chambre, elle s'était posée quelques questions. Des questions inquiètes. Pourquoi est-ce qu'il voulait absolument l'emmener là ? Là et pas ailleurs. Son échange avec Lena à la soirée cinéma deux petites semaines auparavant lui était revenu en tête et elle avait très sérieusement envisagé de s'enfuir, mais au final trop polie, elle était restée.

Jamieson lui proposa de s'asseoir sur son lit crasseux et elle déclina.

« Qu'est-ce que tu voulais me dire ? »
« Hein ? Ah, oui ! D'après mes calculs... ce soir est un de ces soirs. »

« Ces soirs ? » demanda-t-elle, perplexe.

«Oui ! Un de ceux où après, la Ruskoff a plus de badges ! » explosa-t-il.

« Oh. OK, et qu'est-ce que j'ai à voir là-dedans ? »
« Tu veux bien m'aider ? » demanda-t-il, plein d'espoir.
« T'aider à quoi, Jamieson ? »

« A percer ce mystère ! » répliqua-t-il, comme si c'était la plus évidente des choses.

«Non. Je refuse d'espionner Zarya. »

« Princesse... » supplia-t-il.

« Non. »

.

Comment avait-elle fini cachée dans un placard non loin de la chambre de Zarya, et donc de la sienne, où l'attendait son lit moelleux ? Mystère. Mais elle était pourtant là, à attendre que Zarya sorte pour la suivre.

Si seulement Snowball était là, tout serait tellement plus simple. Winston lui avait dit qu'elle pourrait le récupérer avant la fin de la semaine. Elle s'accrocha à cette idée, puis sursauta lorsque la porte de Zarya s'ouvrit dans un chuintement.

Elle laissa son amie la dépasser, puis se glissa discrètement derrière elle. Zarya se dirigea droit vers la salle de musculation. Étrange heure pour aller s'entraîner, mais rien de trop surprenant jusque là.

Son communicateur vibra.

Un message de Jamieson, à qui elle avait fait l'erreur de donner son numéro.

« Alors ? »

« Zarya est dans la salle de musculation. » écrivit-elle.

« Roadie est dans l'atelier. »

Elle attendit encore un peu, puis ressortit son communicateur.

« Je vais me coucher. »

Un smiley de chat, puis un autre représentant un soleil, puis un nuage fâché, une aubergine, une araignée, un smiley content, un qui rougit, puis un qui pleure.

Elle coupa le vibreur et fit demi-tour.

Le bruit de la porte de la salle de musculation la fit se figer. Après dix secondes sans être hélée, elle en déduisit que Zarya était partie dans l'autre sens. Jurant entre ses dents, elle fit demi-tour. Maudite curiosité !

Zarya traversa une bonne partie de la base, prenant la direction de l'atelier occupé par les Junkers.

Avisant un escalier qui lui permettrait de rejoindre la galerie surplombant la caverne et donc de suivre son amie de plus loin, Mei s'y engouffra, poursuivant sa filature.

Elle ressortit son communicateur, toujours sur silencieux. Elle avait cinq nouveaux messages.

« Désolé, trop de stupides boutons. »
Puis à nouveau le smiley qui pleure.

« S'il te plaît, ne pars pas (suivi d'un smiley représentant un flocon de neige, de trois points d'exclamation et à nouveau de celui qui pleure). »

« Princesse ? »

« Tu es toujours là ? (Le smiley flocon de neige - puis une raquette de ping-pong.) »

Elle secoua la tête en soupirant, mais sourit malgré elle. Quel âge avait-il ?

Un sixième message apparu, lui indiquant qu'il ne voulait pas mettre la raquette.

« Zarya est en train de se diriger vers votre atelier. » écrit-elle, jetant un regard par dessus la rambarde pour s'assurer que son amie se dirigeait toujours dans cette direction.

Un smiley heureux, une explosion, un cœur et un flocon de neige.

Elle étouffa un petit rire et secoua encore la tête. Il allait vraiment falloir qu'elle lui apprenne à utiliser cette technologie correctement, car là, elle avait plus l'impression de parler à un adolescent de quatorze ans qu'autre chose.

« Roadie pas bougé » répondit Jamieson.

Elle continua a suivre Zarya qui tourna effectivement dans l'atelier. Avisant une étroite grille illuminée, au ras du sol de la galerie, elle se pencha.

En s'y collant, elle pouvait distinguer l'intérieur de l'atelier.

« Prêt, Junker ? » demandait Zarya, débarrassant un établi des outils qui y traînaient.

Rutledge grogna un assentiment et termina d'ajuster quelque chose sur son canon à shrapnels avant de la rejoindre.

« Alors y s'passe quoi ? » murmura une voix à l'oreille de Mei, la faisant bondir de peur.

Si une main de métal ne l'avait pas bâillonnée, elle aurait hurlé.

Elle se dégagea tout en assassinant le Junker du regard.

« Alors ? » répéta Jamieson, étrangement discret.

Elle haussa les épaules et désigna la grille.

Il se pencha, gloussa, et lui fit signe de faire pareil. Ils se retrouvèrent donc tous les deux à quatre pattes, le haut de leurs têtes collés, à épier par une grille poussiéreuse.

Visiblement, Lena n'avait pas complètement tort : il s'agissait d'une sorte de jeu. Ils avaient loupé la demande de Zarya, mais Rutledge demanda qu'en cas de victoire, Zarya chante une chanson paillarde au petit déjeuner.

La Russe jura puis accepta.

Lorsque le match commença, Mei ne put s'empêcher de se redresser pour jeter un regard ébahi à Jamieson, qui le lui rendit. De tout ce qu'ils avaient imaginé, des duels nocturnes de bras de fer étaient la dernière chose à laquelle ils auraient pensé, et pourtant à l'origine, c'était à cause d'eux que Zarya et Rutledge s'étaient affrontés.

Jamieson haussa les épaules en souriant bêtement, sortit deux billets de sa poche, articulant silencieusement « Mako » avant de les poser par terre entre eux. Elle sourit, fouilla dans sa poche, se rendit compte qu'elle n'avait pas son porte-monnaie, et écrivit sur son communicateur :

« Je n'ai pas d'argent sur moi, mais je renchéris de deux sur Zarya. Et de un sur Rutledge. » avant de le lui montrer.

Il articula silencieusement « tricheuse » mais acquiesça.

Ils se penchèrent à nouveau pour observer l'issue du duel.

Apparemment chaque match était en trois manches gagnantes. Au quatrième match, Mei avait déjà encaissé le triple de sa mise de base, et Jamieson lui faisait des grimaces de plus en plus odieuses tout en continuant à parier à chaque fois sur Mako, alors qu'elle tentait de prévoir au mieux sur qui parier le plus et sur qui parier le moins en vertu de son habitude de ne jamais parier sur un seul cheval.

« Hem. Les paris sont ouverts ? » demanda une voix douce, les faisant bondir de surprise.

Jamieson poussa un glapissement et recula en rampant sur le dos. Mei leva simplement le nez, détaillant le long manteau usé jusqu'à croiser le viseur triangulaire de Shrike qui l'observait tranquillement. Ses oreilles commencèrent à la brûler. Elle venait d'être prise en flagrant délit comme une gamine hors de son dortoir après l'extinction des feux.

« Je peux aussi parier ? » répéta la mercenaire.

Il y eut du bruit dans l'atelier en dessous, et Zarya, une énorme clé à molette à la main, suivie de Rutledge avec son canon, apparurent en bas.

Cette fois, Jamieson - qui s'était repris - rougit presque autant qu'elle.

« Qu'est-ce qui se passe ? » demanda Zarya, les sourcils froncés, levant le nez pour les détailler.

Shrike, qui n'avait jusque là pas bronché, se retourna calmement.

« Rien. Navré de vous avoir fait peur. Je faisais une petite promenade nocturne lorsque j'ai croisé le Dr Zhou, puis nous sommes tombés sur M. Fawkes. Je crois qu'il a eu peur en me voyant.» répondit-elle d'un ton apaisant.

Jamieson bafouilla quelque chose d'inaudible pendant qu'elle s'émerveillait de la capacité de la mercenaire à ne pas dire la vérité sans pour autant mentir.

Zarya les fixa, l'air agacé, puis tendit la clé à Rutledge, lui souhaita bonne nuit et s'éloigna.

Mei hésita un instant, puis se lança à sa poursuite après avoir jeté un regard reconnaissant à la tireuse d'élite qui ne les avait pas dénoncés.

.

« Vous nous espionniez ? »

« Non ! Oui... Je suis désolée, Aleksandra. »

Zarya lui jeta un regard blessé.

« Pas autant que moi. »

Mei se sentit misérable. Elle suivit en silence.

« J'espère au moins que cette fois, tu as gagné assez pour pouvoir me payer plus qu'un verre de bière. »

Elle fixa son amie, les yeux ronds.

Zarya lui jeta un regard étrange. Presque amusé.

« Heu... non, désolée. On n'a pas parié de grosses sommes.» répondit-elle sans réfléchir.

« Bah, la prochaine fois, fais cracher sa thune à ce sale rat. »

Elle acquiesça, trop abasourdie pour faire autre chose, puis elle réalisa qu'elle s'était figée contrairement à Zarya, et elle se lança à ses trousses.

« C'est Rutledge qui te fait porter ses badges ? »

Zarya pouffa.

« Non, les badges, ce sont mes victoires. Le reste, les siennes. »

« Donc tu veux dire que la chapka, le vernis à ongles vert, les dessins de Jamieson et tout le reste, ce sont les idées de M. Rutledge ? »

Zarya acquiesça.

Mei se mordilla la lèvre, songeuse. C'était étrangement mignon et inoffensif comme gages. Très bon enfant. Pas du tout le genre de chose qu'elle aurait imaginé venant de l'un - ou de l'autre.

« Vous faites ça depuis longtemps ? »

Zarya haussa les épaules.

« Un moment. »

« Mais pourquoi ? »

« Pour passer le temps. »

Elle comprit ce que Zarya ne disait pas. La militaire souffrait d'un SSPT (1), comme la moitié des membres de la base. Comme elle-même. Elle, elle se roulait sous la couette en espérant parvenir à finalement dormir malgré ce froid surnaturel qui la glaçait. Zarya avait ses méthodes, autres.

« Et si Rutledge n'est pas là ? »

« Je vais courir. »

« Ça arrive souvent ? »

« Des fois. »

Zarya semblait tendue. Comme si elle redoutait son jugement.

Elles avancèrent en silence pendant un petit moment.

« Si ça te permet de te sentir mieux, alors c'est bien. » décida-t-elle finalement de lui concéder.

Zarya lui jeta un regard en coin et Mei fixa un point imaginaire devant elle.

Elle venait de se rappeler pourquoi, à la base, elle avait décidé de tout faire pour que les Junkers puissent revenir au Watchpoint. Parce que les deux nuits où elle avait partagé son sac de couchage avec Jamieson avaient été les deux seules nuits depuis son réveil en Antarctique sans cauchemars et sans ce froid atroce. Ce qui était à la fois très pitoyable et très égoïste.

« Tu ne me juges pas ? » demanda Zarya alors qu'elles arrivaient à leurs chambres.

« Non, je ne te juge pas. »

« Ce n'est pas ce qu'aurait dit la Mei d'avant. » nota la Russe avec une pointe de cynisme.

Mei sourit tristement. Elle ne savait pas quand était exactement cet « avant », mais elle comprenait l'idée générale.

« Après ce qui s'est passé en Russie... je n'ai plus rien à dire à personne. »

Zarya approuva.

« Bonne nuit, Mei. »

« Bonne nuit, Zarya. »

« Et la prochaine fois que vous voulez parier sur nous, pointez-vous en bas, OK ? »

Elle opina.

Zarya lui sourit puis disparut dans sa chambre.


(1) Syndrome de stress post-traumatique (PTSD en anglais).