Je suis sincèrement désolée. Je suis la première à râler contre les magasins qui nous sortent déjà les décos de Noël alors qu'Halloween n'est pas encore passé, mais me voici avec un chapitre de noël. Rien de trop mielleux, je vous rassure. C'est juste qu'il était là, et qu'il n'était pas question que j'interrompe deux mois la publication pour attendre d'être à la bonne période.
Bonne lecture donc, et je vous en prie, soyez indulgents envers moi.
Le jour où elle se ferait à la manière de fêter Noël d'Overwatch, il serait vraiment temps pour Mei de raccrocher. Elle n'avait jamais vraiment fêté Noël avant de rejoindre l'organisation, mais la manière très abrupte que la célébration avait d'arriver lui paraissait toujours étrange. Le matin, le réfectoire était comme tous les autres jours, et à midi, il s'était paré de décorations en papier, d'un humble sapin enrubanné, et d'un Reinhardt en tenue de Père Noël. Ils avaient eu droit à un vrai petit buffet de Noël, puis Pharah leur avait donné quartier libre jusqu'au lendemain à midi et mis à disposition l'Orca pour ceux qui voulaient rentrer chez eux. Ce qui n'avait pas fait grand-monde. Reinhardt bien sûr, qui partit jouer les Pères Noël pour les innombrables enfants Lindholm, dont Brigitte - qui l'accompagnait - n'était que l'aînée. Lena rentra à Londres, et Angela partit retrouver de jeunes médecins qu'elle parrainait en Ouzbékistan. Tous les autres restèrent. Parce qu'ils n'avaient pas de famille à retrouver ou que toute leur famille était là.
Alors que le soleil se couchait, la base se nimba d'une étrange ambiance triste. Winston partit s'enfermer dans son laboratoire, Genji s'isola au sommet de la tour radio, méditant face à l'océan, insensible à la morsure du froid de la nuit, le Soldat 76 se mit à hanter les couloirs, atrocement sinistre alors qu'il tentait de donner l'illusion d'avoir un sourire réjoui accroché aux lèvres.
Shrike et Pharah disparurent quelque part, et Mei se retrouva à dix-huit heures seule avec Zarya dans le réfectoire devant le buffet froid que leur avaient laissé Dolorès et Paola avant de rentrer célébrer en famille.
« Grosse ambiance. » nota Zarya, avisant 76 qui passait dans le couloir.
Mei se mordit la lèvre.
« Désolée. C'était déjà bizarre avant, mais là, j'avoue que... »
Zarya haussa les épaules.
« Bah. T'y es pour rien. De toute manière, ce genre de truc, à part pour la bouffe, ça n'a jamais été ma tasse de thé. » la rassura-t-elle, se servant généreusement dans les plats disposés sur une table décorée d'une nappe en papier à motif d'étoiles.
Mei acquiesça, soulagée, et l'imita.
Elle allait se resservir lorsque les Junkers entrèrent.
« Ah ! Tu vois, Roadie, je t'avais dit qu'il y aurait encore plein de choses à manger ! » s'exclama la grande perche, les saluant de la main tout en se dirigeant résolument vers le buffet.
Rutledge le suivit, puis une fois tous deux servis, ils s'approchèrent.
Jamieson se laissa tomber à côté de Mei, tandis que Rutledge eut la politesse d'attendre qu'elles l'invitent à s'asseoir.
« Wouach ! Ché 'oi 'a ? Eh 'a ? Eh 'o 'on ! Eh 'e 'uc ? Mmmh ! »
« Jamieson, ou tu manges, ou tu parles, mais là, on ne comprend rien. » soupira Mei.
Le Junker manqua s'étouffer en avalant, puis après s'être jeté sur son verre pour faire descendre la nourriture coincée dans sa gorge, il se redressa, des larmes aux coins des yeux.
« Ahh... C'est trop bon. C'est juste chro bonch... » marmonna-t-il, enfournant de suite une autre bouchée.
« Jamieson ! »
« Ouich ? »
« Rhhha, tu m'énerves ! »
Sa réaction sembla amuser tout le monde. Boudeuse, elle piqua une pomme de terre avec plus de violence que nécessaire.
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Couchée dans son lit, Zarya ne dormait pas. Elle ne dormait pas, mais pour une fois, l'alcool et la fatigue d'un repas trop copieux la tenaient apaisée. La soirée avait été étonnamment agréable. Après le repas froid, peu désireux de croiser le regard presque accusateur du vieux mercenaire à visière qui ne cessait de passer et repasser devant la porte du réfectoire, ils étaient sortis, et dans l'idée de s'aider à digérer les plats un peu trop riches, avaient improvisé des joutes stupides entre deux hangars.
C'était censé être bon enfant, mais Fawkes - qui s'était empiffré plus que quiconque - avait pris les choses trop au sérieux et s'était fait vomir à force d'effort, faisant tourner court le jeu. Pourtant, le Junker avait retrouvé tout son enthousiasme aussitôt son estomac vidé, et ils avaient continué, poursuivant par un match de ping-pong en double, qu'elles avaient gagné haut la main, tant à cause du talent de Mei dans cette discipline qu'à cause du manque total de compréhension des règles de Fawkes. Il y avait ensuite eu les fléchettes, où le jeune Junker avaient encore une fois terminé bon dernier, ex-æquo avec Mei. Il avait eu beau prétendre que viser était surfait, il n'avait convaincu personne.
Quelqu'un, soit elle, soit Fawkes avait suggéré un concours de boisson, et Mei avait proposé de corser le jeu avec des questions. Elle avait sans doute pensé à des questions de culture générale ou quelque chose du genre, mais les Junkers avaient rendu ça beaucoup, beaucoup plus drôle, avec des questions du type « Qu'est-ce qui fait Tagadagadagada-prout hiiiiii ? » pour Fawkes, et de très sobres mais cryptiques « Pourquoi ? » de la part de Rutledge. Des questions absolument insolubles qui avaient mis Mei au bord du coma éthylique et lui avait fait piquer du nez avant minuit. Encore à peu près stable sur ses jambes, Zarya l'avait installée sur un vieux canapé garnissant un des coins de la salle de repos qu'ils avaient investi avant de retourner auprès des Junkers pour continuer. Roadhog avait fini par être disqualifié, lorsqu'il s'était comme figé, ne répondant plus à aucune question, et ne réagissant plus. Elle avait donc entamé la finale contre Fawkes, étonnamment solide pour quelqu'un d'aussi maigre, et l'avait remportée quand ce dernier, la vessie pleine, avait essayé de se relever et s'était mollement effondré au sol.
Rutledge s'était alors ranimé et l'avait aidé à se remettre debout, puis après que le jeune Junker se soit plaint qu'il n'arriverait jamais jusqu'aux toilettes et qu'elle lui ait suggéré en riant d'aller pisser dans le pot d'une des plantes en plastique du couloir, l'avait escorté jusqu'au yucca synthétique le plus proche.
Sa vessie vidée, Fawkes s'était littéralement endormi sur le bras de son garde du corps, et ce dernier l'avait prudemment déposé dans le fauteuil voisin du canapé dans lequel Mei ronflait déjà depuis quelques heures, avant de se diriger vers elle. Elle avait essayé de se relever pour lui proposer de prendre la place de son ami, mais le monde s'était mis à tourner et elle avait dû s'accrocher à la table pour ne pas tomber. Puis, elle s'était littéralement vomi dans la bouche et avait tout ravalé pour ne pas trop se ridiculiser. Avec un soupir et ce qu'elle devina être un roulement d'yeux derrière son masque, Rutledge l'avait attrapée par l'épaule et l'avait pilotée gentiment en direction du couloir.
« On va où ? Tu t'prends pour qui, Junker ! J'ai pas fini de picoler !» avait-t-elle protesté, la langue pâteuse.
« T'es sûre, Zaryanova ? » avait demandé l'intéressé, la lâchant une seconde.
Le monde se mit à tanguer encore plus furieusement, et elle avait dû se raccrocher à lui.
« OK... Faut p't-être qu' je fasse une petite pause... genre une pause pipi... Elles sont où les tualet ? J'suis une dame moi... j'pisse pas dans les rasteniya comme un chien ! »
Un grognement amusé lui avait répondu. Elle s'était laissée guider, son cerveau imbibé tout occupé à la difficile tâche de coordonner ses jambes.
« Hé ? On est où ?... Ma chambre ? »
Le géant avait acquiescé.
« Pourquoi ? »
Le junker n'avait pas répondu, prenant sa main pour la poser sur le verrou digital de la porte qui s'était ouverte en chuintant.
« Mais j'ai pas envie ! Suis en pleine forme ! Je peux t'battre au bras de fer quand tu veux ! Pis pourquoi tu m'ramènes et pas le rat ou Mei, hein ? Haha... J'vois ce que t'essaie de faire, Junker... Comme l'autre jour... »
Elle avait tenté de mimer quelque chose d'obscène d'un mouvement de hanche et manqué de tomber.
Rutledge avait pouffé et l'avait lâchée face à la porte de sa petite salle de bains.
« Kek tu veux que... ? Ooh... OK, pipi. »
Elle s'était avancée, fermant avec peine la porte, tentant de s'asseoir sur les toilettes, les ratant, tombant à côté, insultant en russe l'imbécile qui les avait déplacées, se relevant, retentant, y parvenant, et réalisant qu'elle avait oublié de baisser son pantalon. Jurant encore, se relevant, baissant ses vêtements, se rasseyant, manquant presque la cuvette, se rattrapant in-extremis, jurant davantage, avant de pouvoir enfin se soulager.
Le temps qu'elle ressorte de là, elle était épuisée, et définitivement vaincue par l'alcool.
Rutledge l'avait attendue patiemment, planté au milieu de la pièce.
« Junker ! Aide-moi ! » avait-t-elle ordonné, tirant sur son pull.
L'Australien n'avait pas bougé.
« Aide-moi, blyat ! Je déteste dormir habillée ! Trop chaud ! »
Avec un soupir et un hochement de tête consterné, il l'avait aidée à se déshabiller, et à se coucher dans son lit et pas à côté, puis il avait été chercher un seau empestant vaguement le détergent dans le couloir, l'avait posé à côté d'elle, et l'avait laissée seule dans l'obscurité et le calme de sa chambre.
Et c'était comme ça depuis ce qui lui semblait des heures. Juste le silence, le tangage lent de son lit, et une migraine qui s'installait doucement au milieu d'un sentiment doux de satisfaction.
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Quand Jamieson s'était réveillé, c'était très tard, ou plutôt très tôt. Pendant un moment, il n'avait pas compris où il était, ni pourquoi il se sentait si mal, et il avait paniqué, puis sa mémoire s'était à peu près mise en marche, et il avait réalisé qu'il était quelque part dans les locaux du Watchpoint Gibraltar et que la seule personne à l'avoir drogué, c'était lui-même, à grand renfort d'alcool. Rassuré, il avait examiné les alentours, et découvert qu'il n'était pas seul. Avachi sur une chaise, Mako ronflait doucement à trois mètres de lui, et roulée en boule sur le canapé, Mei lui faisait sérieusement concurrence en terme de décibels.
Quelqu'un lui avait posé une vieille couverture râpée dessus mais elle frissonnait, gémissant vaguement entre deux ronflements sonores. Il ne faisait pas vraiment froid, mais il avait remarqué qu'elle était généralement plus habillée que tout le monde. Comme si elle avait perpétuellement froid. Ce qui était plutôt étrange pour quelqu'un aimant autant la glace qu'elle. Après cinq minutes à la regarder frissonner, il décida que ç'avait assez duré, et se releva prudemment. Il se sentait un peu vacillant, mais en y allant doucement, tout devrait bien se passer. Rassuré, il vint donc s'agenouiller à côté du canapé, et la secoua doucement par l'épaule. En vain.
Il recommença, un peu plus fort.
« Oï, Mei ! Mei ! » murmura-t-il, soucieux de ne pas réveiller Mako.
La femme s'interrompit à mi-ronflement, marmonna quelque chose, s'agita un peu, puis reprit le rythme de ses respirations lourdes.
Il tenta une dernière fois de la secouer, sans plus de résultat. Il allait lui falloir trouver une solution. Il tenait sur ses jambes mais n'était certainement pas en état de la porter à travers la moitié de la base. Mako pourrait peut-être le faire. Mais il ne serait pas forcément plus stable que lui, et s'il lui tombait dessus, Mei n'y survivait pas. Il fallait qu'il trouve autre chose.
Une idée le traversa, et il sortit aussi vite que le mélange prothèse et alcool le lui permettait. Il trouva ce qu'il cherchait dans un bureau désaffecté un peu plus loin. Une chaise ergonomique à roulettes.
Il n'eut pas trop de mal à y déposer l'Asiatique, qui ne se réveilla pas un instant, puis riant alors qu'il apercevait leur reflet absurde dans la vitre du couloir, il entreprit de la ramener à sa chambre.
Arrivé à destination, il tenta de la réveiller pour qu'elle ouvre la porte, mais il ne parvint qu'à obtenir un « Pas maintenant, Jamieson. » avant qu'elle ne sombre à nouveau.
Pendant un moment, il envisagea de l'emmener dans sa chambre à lui, mais la vision un peu trop nette de sa réaction à son réveil l'en dissuada et il décida d'opter pour une solution plus neutre.
« Hey, la saleté d'omnic sans corps, t'es aussi bourrée ? »
Aucune réponse de la présence désincarnée.
« Oh ! Athena de mon cul ! Y a quelqu'un ? »
« Oui, M. Fawkes, je vous entends parfaitement. Mes processus cognitifs ne sont pas atteints, contrairement aux vôtres. »
« Ouais, cognitif toi-même, saleté. J'ai besoin d'une chambre libre pour Mei. »
« Le Dr Mei-Ling Zhou a déjà une chambre. »
« T'es un vrai génie, ma parole ! J'peux pas ouvrir la porte, alors indique-moi juste où est-ce que je peux trouver un lit pour l'y mettre ! »
« Si le Dr Zhou n'est pas consciente, l'infirmerie me semble tout indiquée. »
« Pas l'infirmerie, boîte de conserve ! »
«Dans ce cas, il y a une chambre un peu plus loin à votre gauche. La numéro deux-cent deux. La porte n'est pas verrouillée. »
« C'était pas si dur, cochonnerie.» cracha-t-il, se mettant en route.
Comme l'IA le lui avait promis, la porte s'ouvrit et il put installer Mei sur le lit, sur lequel il entassa toutes les couvertures qu'il put trouver dans les placards. Ainsi, avec un peu de chance, elle n'aurait pas froid.
Il contempla son œuvre quelques instants, très satisfait, puis s'esquiva. Restait le problème Mako. Il pria pour que son ami soit capable de marcher tout seul. Il ne pourrait pas le transporter, lui.
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Mako émergea avant même qu'il ne l'ait appelé. S'il n'avait pas entendu ses ronflements, Jamie aurait juré qu'il ne dormait pas.
« Oï ! T'es réveillé, mon pote ? Tu penses que tu peux marcher ? C'est pas bon pour ton dos, c'te chaise. Viens, je te ramène à ta chambre. »
Avec un grognement douloureux, Mako se leva et le suivit.
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Se réveiller avec la migraine du siècle dans une chambre qui n'était pas la sienne n'était pas très agréable. Se réveiller avec la migraine du siècle dans une chambre qui n'était pas la sienne, tout habillée, chaussures comprises, était pire encore.
Quelques bribes de la soirée lui revinrent, et avec elles, la nausée s'invita, comme si son corps avait jusque là aussi oublié qu'elle avait abusé des liqueurs.
Alors que, après avoir constaté que cette chambre, quelle qu'elle soit , ne disposait pas de salle de bains privative, elle se dirigeait en titubant vers les toilettes communes les plus proches, Mei ne pouvait que se résigner. Elle ne serait pas en état de reprendre du service à midi comme l'avait demandé le lieutenant Amari. La militaire serait sans doute furieuse de son manque de sérieux. Mais c'était sans regret. Presque sans regret. Elle regrettait de se sentir aussi mal, mais certainement pas de ne pas être, pour une fois, opérationnelle à l'heure.
« Désolé, Miss Balai-dans-le-cul. » vomit-elle en même temps que de la bile dans la cuvette de la première cabine à sa portée.
