Le lieutenant Balai-dans-le-cul avait décidé qu'ils s'occuperaient en priorité du réseau d'armes canadien et si le « monde civilisé » semblait s'être presque arrêté de tourner pour les fêtes de fin d'année, ce n'était pas leur cas. Il n'y avait pas de fête chez les Junkers et ça lui allait très bien comme ça. Ils étaient passés d'une année à l'autre sans qu'il le réalise vraiment, alors qu'ils sillonnaient sans cesse le nord du continent américain. Il n'aimait pas plus le froid qu'avant, mais il avait pris goût aux pancakes au sirop d'érable et au chocolat chaud aux marshmallows. Et puis, une fois, alors qu'ils avaient été régler leur compte à des revendeurs à Toronto en faisant sauter les quatre immeubles qui leur servaient de planque, une fois la mission terminée, Mako avait fait un détour pour l'emmener voir de gigantesques chutes d'eau situées de l'autre côté du grand lac qui bordait la ville. C'était tellement haut qu'il avait eu envie de sauter, mais Mako ne l'avait pas laissé faire. Il avait juste eu le droit de balancer quelques grenades par-dessus la falaise, les explosions projetant des gerbes d'eau et de roches en l'air et créant des arcs-en-ciel au-dessus des gros bateaux plein de touristes terrifiés.

A leur retour, l'Egyptienne leur avait montré les news, furieuse, et Roadie avait pris sa défense en disant que s'ils continuaient à ne s'en prendre qu'à des salauds notoires, quelqu'un allait finir par se poser des questions. Surtout qu'elle ne les laissait pas piller les sites à volonté. Il avait ajouté que personne n'était mort, et que ça entrait dans la logique chaotique de Junkrat et Roadhog. Puisque c'était ce qu'elle voulait qu'ils soient publiquement.

La femme avait finalement acquiescé à contrecœur, ils s'en étaient sorti avec un simple avertissement et les missions avaient continué. Puis un jour, alors qu'assis sur un des lits de l'infirmerie, il attendait que la doc lui dise qu'elle avait fini de lui recoudre l'arcade sourcilière et qu'il pouvait y aller, cette dernière se tourna vers lui, retirant ses gants.

« M. Fawkes, j'aimerais vous faire passer quelques tests. »

« Des tests ? Mais j'suis pas malade ! »

« Non. Ce ne sont pas des tests médicaux. J'aimerais vous faire passer un test de Q.I. »
« Un test de Kui ? Mais c'est pas un truc de vieux sorcier chinois, ça ? »

« Q.I, M. Fawkes. Quotient intellectuel. »

« Aaah ! Vous voulez savoir à quel point j'suis taré ? Pas besoin d'un test pour savoir que j'suis taré, doc ! » ricana-t-il, sautant du lit.

« Vous n'y êtes pas. Il s'agit d'un test d'intelligence. Pour évaluer vos facultés. »

Il ne put s'empêcher de s'avachir un peu. Pas besoin d'un examen scientifique pour savoir qu'il était un abruti fini au cerveau cramé par la radioactivité.

« Nah. Pas besoin de ça, Doc. »

« M. Fawkes, s'il vous plaît, laissez-moi vous évaluer. »

Mais qu'est-ce qu'elle voulait à la fin ? Le ridiculiser publiquement en prouvant à tous combien Jamieson Fawkes était un crétin ?

« Non ! »

La femme eut un petit sourire patient qui le hérissa.

« Allons, calmez-vous, ce test n'est en aucune manière invasif. Il ne s'agit que de répondre à des questions et de résoudre de petits casse-têtes. »
« M'en fous ! » cracha-t-il, la bousculant pour sortir de la pièce, trop blanche, trop propre et soudain beaucoup trop petite.

« M. Fawkes... »

.

Le docteur Ziegler l'avait appelée pour lui dire qu'elle avait enfin eu l'occasion de proposer à Jamieson de passer les tests et qu'il ne l'avait pas bien pris. Vraiment pas bien. Mei avait ensuite dû précipitamment raccrocher pour répondre à la série d'appels qui l'assaillait soudainement. Le lieutenant Amari, pour lui rappeler qu'elle était responsable des Junkers, Winston paniqué pour lui dire qu'il venait de voir Junkrat passer avec une quantité inquiétante d'explosifs et l'air hors de lui, Zarya pour lui demander si elle savait ce qui se passait et enfin, pour achever cette avalanche, un message de Rutledge, à qui elle n'avait pourtant jamais donné son numéro.

Attention, Jamesion est dangereux. Tenez tout le monde à distance.

Passant d'inquiète à paniquée, elle était partie au petit bonheur la chance à la recherche du Junker.

« M. Fawkes est derrière le hangar sept. » nota aimablement Athena.

Passant du pas rapide à la course, elle remercia l'I.A. et fonça.

.

« Jamieson ! Arrête ! Je t'en supplie, arrête ! Ne fais pas ça ! On peut discuter ? Je t'en prie... »

Le Junker, accroupi sur une de ses propres mines, la fixa, perplexe.

Levant les mains en un geste apaisant, elle s'approcha doucement.

« Jamieson, je t'en prie, ne fais pas de bêtise. D'accord ? »

Il la fixait toujours, l'air perplexe.

Elle continua à approcher pas à pas.

« Flocon de neige, tu devrais reculer. » nota-t-il, sinistre.

« Non ! Tu as dit que tes explosions ne me feraient jamais de mal. Et je ne vais pas reculer, alors s'il te plaît, descends de cette mine, qu'on trouve une solution moins explosive à ton problème. OK ? » Intérieurement, elle pria. Fort, très fort. Faites qu'elle ne se trompe pas. Faites qu'il n'appuie pas sur le détonateur pour les envoyer tous les deux au ciel. Faites que tout se passe bien. Pitié ! Elle fit encore un pas.

Loin derrière elle, elle entendit des bruits de course et la voix de Zarya qui lui hurlait de s'éloigner.

« Mei, recule... » gronda Jamieson.

« Non ! »

Deux pas de plus.

« Mei, recule... »

« Non ! »

Encore deux pas.

«Mei... »

« Non ! »

Un dernier pas et elle fut à côté de lui. Les lèvres pincées, elle s'accrocha à son bras de toutes ses forces et ferma les yeux très fort. Si elle devait mourir, elle ne voulait pas le voir.

Une secousse sèche puis une autre alors que le Junker essayait de se dégager de son étreinte, puis un soupir résigné.

« Tu vas pas me lâcher, hein, Miss Glaçon ? »

Rouvrant les yeux, elle lui jeta un regard farouche.

« Non ! »
Jamieson la fixa un moment, l'air profondément agacé, puis un sourire éclaira son visage et il rit doucement.

« D'accord. D'accord, princesse. Je bouge, si tu me laisses le faire. »

Elle desserra un peu son étreinte sans pour autant le lâcher, et il se déplia, la fixant avec un drôle d'air.

« Donne-moi le détonateur. » exigea-t-elle.

Rabattant le cache de protection du bouton, il s'exécuta, puis se laissa piloter vers la petite foule qui s'était massée à distance prudente de la mine.

Zarya semblait sur le point de le tuer à mains nues, le lieutenant Amari paraissait mortifiée, et Angela sincèrement inquiète pour eux deux. Du coin de l'œil, elle remarqua Shrike qui se relevait de sa position couchée sur le toit d'un hangar voisin, son fusil de sniper à la main.

La Suissesse s'avança.

« M. Fawkes. Je... Est-ce qu'on peut avoir un peu de tranquillité ? » commença cette dernière avant de se tourner vers les spectateurs, qui s'éloignèrent tous, le lieutenant Amari y compris après avoir tenté en vain d'affronter du regard la doctoresse.

Rutledge et Zarya reculèrent mais ne s'éloignèrent guère, et elle ne bougea pas d'un centimètre, le détonateur toujours dans sa main crispée.

Une fois certaine qu'ils étaient tranquilles, Angela se tourna à nouveau vers le jeune homme.

« M. Fawkes, je suis désolée si je ne me suis pas bien exprimée plus tôt. Je suis consciente qu'avec votre passé, votre confiance en le corps médical soit limitée, mais en aucun cas je ne cherchais à vous nuire. J'aimerais toujours sincèrement vous faire passer ces tests, mais bien évidemment, cela ne doit pas aller à l'encontre de votre bien-être. Vous comprenez ? »
A contrecœur, il acquiesça. La scientifique soupira et força un de ses sourires rassurants sur ses lèvres.

« Je suis votre médecin traitant, M. Fawkes. Votre bien-être et votre santé sont de mon ressort. Votre santé mentale également. Je pense que nous devrions parler de ce qui vient de se passer. Il existe des traitements et des thérapies contre la dépression et les pulsions suicidaires... »
« Suicidaire ? J'suis pas suicidaire ! »

Angela le fixa, un sourcil levé.

« Et si nous allions en discuter dans mon bureau ? »
« Pis quoi encore ! Espèce de sale... J'ai pas besoin de vous et de votre science de merde pour savoir que j'ai le cerveau frit, alors foutez-moi la paix ! J'vous ai rien demandé ! J'ai jamais rien demandé à personne ! Foutez-moi la paix ! » se mit-il à hurler, découvrant les dents en un rictus menaçant.

La doctoresse recula, les mains levées en signe de paix. Du coin de l'œil, Mei vit Shrike se réinstaller en position de tir.

« D'accord, M. Fawkes. D'accord. » susurra Angela d'un ton apaisant, reculant doucement et lui jetant un regard suppliant.

Que lui voulait-elle ? Qu'est ce qu'elle était censée faire que la grande Mercy ne soit pas capable de faire ?
Elle se posait encore la question lorsque Jamieson se tourna vers elle.

« Tu m'lâches. »

Prise de court, elle réalisa qu'elle était toujours accrochée à son bras et le lâcha précipitamment.

Sans un regard, le Junker s'éloigna à grands pas. Elle hésita une seconde à le suivre, puis abandonna. Bientôt, une grande main se posa sur son épaule.

« Je m'en occupe, Dr Zhou. » gronda Rutledge en la dépassant, partant sur les traces de son compatriote.

Avec un soupir résigné, elle acquiesça, puis partit rejoindre le Dr Ziegler afin de tenter d'avoir quelques éclaircissement supplémentaires.

.

Jamie s'était arrêté au bord des falaises. Il vint se poster à côté de lui, se laissant lourdement tomber au sol.

« Un problème, boss ? » demanda-t-il, comme si de rien n'était.

Jamie émit quelques sons frustrés, agita les mains, puis se mit à parler, très vite, oubliant de prononcer un mot sur deux et mélangeant les autres. Jurant beaucoup aussi. Il l'écouta en silence.

Finalement, le flamboyant pyromane se calma et s'avachit à côté de lui, appuyant son menton sur son bras comme un chien errant en quête de de caresses.

« J'croyais qu'ici peut-être... comme t'avais dit... Mais en fait, c'est comme partout ailleurs. La sale doc, elle veut juste prouver « scientifiquement » que mon cerveau, il est cramé. Mais pas besoin d'être un génie pour savoir que je suis un crétin. » gémit-il, pitoyable.

« Pfff, t'es un abruti, c'est certain. T'es un sacré abruti pour croire que c'est ce qu'elle veut faire. »

Son ami le fixa de ses grands yeux si expressifs, puis leva les bras au ciel d'un geste théâtral.

« Si elle veut pas me ridiculiser, pourquoi elle dit qu'il y a des traitements à mon problème, hein ? »

Il pouffa.

« Crétin. Tout le monde a cru que tu voulais te suicider. »

L'incompréhension se peignit sur les traits du jeune homme.

« Mais... mais je leur ai dit que j'étais pas suicidaire ! »
« Tu étais assis sur une mine, Jamieson. »

« Oui ! Je voulais aller sur le toit du mirador pour regarder la mer, me changer les idées, et OK, peut-être jeter une ou deux grenades. »

« Les gens normaux ne montent pas sur des mines, ils prennent l'escalier. »

« C'est chiant, les escaliers. »

Il ne put s'empêcher de rire à cette dernière remarque.

« Est-ce que tu l'as au moins expliqué à Mei ? »

« Heu... non. Tu crois que j'devrais ? »

« Oui. »

« OK » répondit Jamesion en se laissant tomber dans l'herbe, les bras derrière la tête, sa colère déjà oubliée.

« Maintenant. »

« Mais c'est qui le boss, ici ?! » s'agaça le jeune homme.

« ... »

« OK! OK ! » capitula l'intéressé bien vite.

Jamieson se releva avec un luxe de grognements protestataires tandis qu'il restait là, le regardant partir.

.

Jamieson lui avait expliqué ce qui, en définitive, n'était qu'un très gros quiproquo, et elle lui avait expliqué ce qui n'en était qu'un autre : le fameux test de Q.I. Pour finir, il avait même accepté de s'y soumettre, et le Dr Ziegler, une fois rassurée sur ses penchants suicidaires - quoique toujours inquiète, et à raison, quant à son instinct de survie -, commença les tests.

Tests qui durent être répartis sur plusieurs jours, tant à cause du planning de missions des Junkers que des capacités de concentration misérables de Jamieson. Lorsque Angela eut terminé, elle convoqua Jamieson puis, avec son accord, fit venir Mei, tout comme Rutledge.

Une fois qu'ils furent assis devant le bureau de Ziegler de part et d'autre d'un Jamieson rayonnant, ce qui lui donna l'étrange impression d'être dans une de ces comédies adolescentes où les parents du délinquant de l'école sont convoqués chez le proviseur, Angela commença ses explications.

« Dr Zhou, M. Rutledge, merci d'être venus. Donc, comme je l'expliquais tout à l'heure à M. Fawkes, afin de mesurer ses aptitudes mentales tout en prenant en compte l'accès extrêmement restreint à une éducation académique qu'il a subi, j'ai utilisé un mélange de matrices progressives de Raven et de tests de performances neuropsychologiques (1). Les résultats obtenus sont... stupéfiants. Comme il ne s'agit pas de tests standards, je ne peux pas classer M. Fawkes sur une échelle numéraire, mais je suis certaine que si je faisais passer ces mêmes tests à Winston, à vous-même Dr Zhou, ou à qui que ce soit avec au minimum un doctorat, il ne serait pas garanti de faire mieux. »
« Elle veut dire que je suis pas si con que ça ! » traduisit inutilement l'intéressé.

« En effet. Le terme est même un peu faible. Génie serait plus adéquat. » acquiesça la doctoresse avec un sourire.

La nouvelle ne l'étonnait pas le moins du monde, mais voir Jamieson rayonner de joie alors qu'il était pour la première fois publiquement et officiellement reconnu pour ses capacités était une vision extraordinaire.

« Je dois dire que ces tests n'ont pas toujours été une partie de plaisir et que M. Fawkes a dû m'expliquer plus d'une fois la logique sous-jacente à ses réflexions, mais même si cette logique est loin d'être celle proposée par les manuels, elle n'en est pas moins cohérente et rationnelle, et donc valide (2). Ces tests ont aussi mis en avant quelques autres particularités du cerveau de M. Fawkes, et notamment qu'il souffre de très sévères troubles du déficit d'attention avec hyperactivité. »

Le sourire de Jamieson retomba un peu et Rutledge grogna, semblant dire « Non, sans blague ?! ».

« Ça veut dire que je suis un génie, mais que j'suis malade de la tête, c'est ça, Doc? Frit de la caboche ? »

« Non, M. Fawkes. Cela veut juste dire que votre cerveau ne fonctionne absolument pas de manière standard. Vous êtes neuroatypique. Cela fait de vous qui vous êtes. Ce n'est pas une maladie, mais si cela vous donne votre intelligence, ça peut aussi causer quelques désagréments, comme vos problèmes de concentration. Mais il existe des méthodes qui peuvent vous aider. Des traitements médicamenteux aussi, mais dans votre cas, je ne les prescrirais pas, le risque d'interaction néfaste avec vos autres traitements étant trop grand. »

« Des méthodes ? » demanda le jeune homme, méfiant.

« Oui. Ce sont des techniques et des astuces. Ce genre de thérapie est généralement mis en place durant l'enfance, mais rien n'empêche de les commencer à l'âge adulte. C'est pour cela que j'ai demandé à M. Rutledge et au Dr Zhou de venir. Leur aide pourrait être précieuse dans la mise en place de ces protocoles. Mais la décision et le gros du travail doivent venir de vous, M. Fawkes. »

Le Junker se mordilla la lèvre, ses doigts courant sur le bureau de la doctoresse comme des araignées folles.

« Mais qu'est ce que j'y gagnerais ? » demanda-t-il finalement.

« Une meilleure capacité de concentration. Et aussi plus de contrôle sur vos émotions. »

« Et c'est dur ? »

« Dur, non. Mais ça demande de la persistance et de la patience. »

« Heu... Chuis pas très patient. »

« Je m'en suis rendu compte. C'est pour ça que je pense que l'aide de vos amis vous sera bénéfique. » répondit la Suissesse avec un sourire.

Jamieson leur jeta un regard dubitatif, et Rutledge leva le pouce tandis qu'elle lui souriait.

« OK. J'veux bien essayer. Je dois faire quoi ? »
« Déjà, commencez par prendre ça, et essayez-le. Regardez si ça vous aide à vous concentrer, sur un livre, un film ou même une conversation. » suggéra la doctoresse, sortant un petit objet d'un tiroir pour le lui jeter.

Jamieson l'attrapa au vol et commença à le tripoter, curieux. Il s'agissait d'un petit cube de métal, composé lui-même de huit plus petits cubes articulés entre eux et pouvant être reconfigurés sans fin.

« Qu'est-ce que c'est ? » demanda-t-il après une minute de parfait silence concentré.

« On appelle ça un cube infini (3). C'est un petit gadget qui sert à occuper les mains pour laisser l'esprit libre. »

« J'aime bien. » décida Jamieson, posant l'objet sur le bureau.
« Non, prenez-le, M. Fawkes. Il est à vous. »

« Vous me le donnez ? »

Angela pouffa.

« Je vous le prescris. »

« OK... Euh, merci Doc. » répondit-il en reprenant le cube.

« De rien, M. Fawkes. »

Mei toussota.

« Dr Ziegler, vous nous avez demandé de venir, mais ne nous avez pas concrètement dit ce que nous pouvions faire pour nous rendre utile. »

« Oh ! Absolument. Désolée, Dr Zhou ! Les personnes comme M. Fawkes souffrant de TDHA ont souvent besoin d'aide extérieure pour leur rappeler leurs tâches ou les aider à se concentrer et à ne pas trop se disperser. De ce que j'ai cru comprendre, vous avez déjà endossé ce rôle avec brio, M. Rutledge. Cependant, des routines, des horaires ou des listes des tâches pourraient offrir à M. Fawkes une plus grande stabilité. Je suis néanmoins consciente des limites de telles méthodes dans un cadre tel que le Watchpoint. Cependant, si vous pouviez l'aider dans ce sens, ce serait merveilleux. » expliqua-t-elle, les regardant à tour de rôle.

« Ça a l'air super chiant ! » râla Jamieson.

« Il faut essayer avant de dire qu'on n'aime pas. » répondit d'un ton maternel la doctoresse.

Mei acquiesça de concert avec Rutledge et Jamieson s'affaissa en soufflant, tripotant frénétiquement le cube.

« Un autre aspect des TDHA est la grande volatilité des émotions. Passer de la joie à la colère puis à la tristesse et à nouveau à la joie en un instant. Cet aspect pose souvent problème, mais étrangement, vous semblez tous deux très bien le tolérer. Je tiens cependant à vous mettre en garde : M. Fawkes, comme de nombreuses personnes avec un quotient intellectuel hors norme, accuse un retard émotionnel tout aussi important, retard encore aggravé par les traumatismes vécus dans son enfance. Il n'a que peu de contrôle sur ses émotions. »

Rutledge pouffa et elle ne put que lever les yeux au ciel. Elle n'avait pas eu besoin de Ziegler pour s'en apercevoir. Jamieson, tout entier concentré sur le cube, ne réagit pas.

Angela lui jeta un coup d'œil, soupira, puis sourit.

« Au final, ces tests n'ont fait que confirmer ce que vous soupçonniez déjà, Dr Zhou. (La remarque de la doctoresse fit pencher la tête à Rutledge, qui semblait la dévisager depuis derrière son masque.) Mettre des mots sur les particularités de M. Fawkes est bien, mais ce qui compte, c'est sa qualité de vie. Je sais que tous les deux, à votre manière, vous avez déjà travaillé dur en ce sens, et en tant que médecin traitant, je vous en remercie. Vous êtes les deux personnes avec qui il a le plus de contacts et celles qui le fréquentez le plus au jour le jour. Je vais transmettre mes conclusions au lieutenant Amari. Je vais également demander à ce que quelques aménagements soient faits pour M. Fawkes. Je compte sur vous pour continuer à le soutenir comme vous le faites. »

Mei sentit un étrange sentiment l'envahir. Une sorte de chaude fierté du travail bien fait. Elle aidait vraiment Jamieson. Elle faisait quelque chose de bien pour lui. Lui donnait vraiment une chance. Elle sourit et acquiesça.

« Comptez sur nous, Dr Ziegler. » gronda Rutledge.

Angela hocha la tête, puis tapota son bureau devant Jamieson pour attirer son attention.

« Merci, M. Fawkes, pour votre patience. Je vois que le cube vous plaît beaucoup. J'en suis ravie. Vous pouvez y aller. Bonne soirée. M. Rutledge, Dr Zhou, merci d'être venus. »

Ils se levèrent.

« Dr Zhou, juste une dernière chose, je vous prie. »

Mei se rassit alors que les deux Junkers sortaient, Jamieson tentant de convaincre un Mako réticent de la « génialitude » de son cube.

Lorsque la porte se fut refermée, le Dr Ziegler parcourut rapidement un fichier sur son ordinateur.

« En vérité, je n'ai pas révélé tout ce que nos entretiens m'ont appris sur M. Fawkes. »
« Heu... Vous n'enfreignez pas le secret médical, là ? »
« Si, Dr Zhou. Mais après tout ce que M. Fawkes vient d'apprendre, je ne pense pas qu'il soit judicieux d'en rajouter. »
Mei commençait à craindre ce que la doctoresse pouvait bien avoir encore à dire.

« M. Fawkes souffre, de manière tout à faire prévisible, d'un syndrome de l'enfant soldat. Il a été plongé si jeune dans une telle violence qu'il ne distingue pas le bien du mal. Ces notions ne sont pour lui que des concepts abstraits et fluctuants. Il réagit à un niveau instinctif, presque animal. Ce qui est bien est ce qui lui est bénéfique, ce qui est mal est ce qui lui est néfaste. Le reste n'est pas important. Je suppose que vous avez entendu parler de ce petit problème de philosophie à propos d'un train sans freins plein de passagers qui fonce sur un aiguillage. Sur une voie, un bébé, sur l'autre trois vieillards. Vous avez le pouvoir d'envoyer le train sur une voie ou une autre, laquelle choisissez-vous ? »

« Je... je ne sais pas... » bafouilla-t-elle, tentant de choisir entre une vie pleine de potentiel et trois existences déjà bien remplies.

« Peu importe votre réponse, M. Fawkes m'a demandé ce qu'il se passerait s'il ne faisait rien. Je lui ai dit que le train continuerait tout droit et que tous les passagers mourraient. Il a choisi cette option car, je cite : « J'ai jamais vu un accident de train, ça doit être spectaculaire ! » Comme je le disais, il choisit ce qui lui est bénéfique sans penser au-delà. Il est très intelligent, mais manque terriblement d'empathie sauf, semble-t-il, envers vous et M. Rutledge. Lorsque je lui ai posé la même question en remplaçant l'enfant et les vieillards par vous deux, il m'a dit qu'il ne dévierait pas le train, pour qu'il n'écrase aucun d'entre vous. Je lui ai alors dit que cela impliquait qu'il meure écrasé par ledit train : il a dit que sa vie ne comptait pas. En remettant l'enfant et les anciens, et en vous plaçant dans le train, il a décidé de le dévier sur l'enfant car « le squelette d'un bébé risque moins de le faire dérailler que trois squelettes adultes ». » expliqua-t-elle.

Mei se sentit horrifiée par sa froide logique.

« Comme vous pouvez le voir, il n'est pas fondamentalement mauvais, mais il ne comprend pas les notions normales de bien ou de mal. Cependant, vous lui avez déjà fait faire des progrès dans ce domaine. J'aimerais que vous continuiez. »

Mei fronça les sourcils, perplexe.

« Mais... si je lui apprends le bien et le mal, il ne pourra plus faire tout ce qu'il fait actuellement et l'accord avec le lieutenant Amari ne tiendra plus. »

Angela eut un petit rire dur.

« Si Pharah ose jeter dehors M. Fawkes ou M. Rutledge parce qu'ils ont cessé d'être des tueurs sans remords, je vous garantis que nous ne serons pas les seules à lui botter le cul. »

Elle ne put s'empêcher de sourire à l'assertion étrangement violente de la si douce scientifique.

« Merci, Dr Ziegler. C'est tout ?»
« Ne me remerciez pas. C'est vous qui allez devoir faire tout le travail. »

« Non. C'est Jamieson, et aussi M. Rutledge, car j'ai l'impression qu'il a aussi un peu oublié ce qu'est le bien ou le mal. » répondit-elle en se relevant.

Angela pouffa.

« Vous feriez une très bonne thérapeute. »

« Mouais. »

.

Il avait insisté pour attendre Mei, et Mako l'avait laissé tout seul devant la porte du bureau de la doctoresse. Finalement, la climatologue ressortit de l'antre du gentil dragon en blouse blanche.

« Hey, princesse, elle t'a dit quoi ? »

Mei se mordilla la lèvre, puis haussa les épaules.

« Rien de spécial. Juste quelques précisions. »

« Sur quoi ? »
« Sur comment je pouvais t'aider. » répondit-elle, prenant la direction de son laboratoire.

« J'ai besoin de l'aide de personne ! » répliqua-t-il en lui emboîtant le pas.
« On parle de tes capacités de lecture ? »
« Hey ! C'est pas cool de frapper là où ça fait mal ! »

Elle sourit, lui faisant rater un battement de cœur.

« Peut-être que maintenant qu'il a été cliniquement prouvé que tu n'est pas un idiot et que, de fait, je ne perdrai pas mon temps en t'apprenant à mieux lire, tu accepteras que je t'aide, du moins dans ce domaine là ? »

« Parce que y en a d'autres ? » demanda-t-il, soudain inquiet.

Elle le fixa, éberluée.
« Tu as écouté ce que le Dr Ziegler a dit ? »
« Ouais, que j'étais un génie et que j'avais des troubles de la concentration hyperréactive. »

« Et ensuite ? »
« Heu, non... mais c'est pas de ma faute, c'est elle qui m'a donné ce truc trop génial ! » se défendit-il de son mieux, sortant le cube de sa poche.

Mei soupira, levant les yeux au ciel.

« Oui. Elle a entre autres dit que des routines te feraient du bien. »
« Beurk ! »
« Jamieson ! »
«Beurk ! Nah ! » renchérit-il en tirant la langue.

« Tu m'agaces ! »
« Je sais » ricana-t-il, comme à chaque fois qu'elle lui disait ça.

Ils continuèrent un moment à marcher dans les couloirs, échangeant piques et répliques avec familiarité.

Elle avait depuis longtemps renoncé à le chasser de son laboratoire, et il s'installa à sa place habituelle à même le sol pendant qu'elle allumait son ordinateur. Snowball, son maudit drone qu'elle avait finalement récupéré, afficha quelques symboles grossiers à son attention depuis sa station de charge et il lui tira la langue avant de rouler sur le dos, fixant le plafond quelques secondes avant de plonger la main dans sa poche pour y récupérer le fantastique cube. Alors qu'il bataillait pour le sortir de sa poche, qui s'était à moitié retournée lorsqu'il s'était couché, ses doigts butèrent sur quelque chose. Se désintéressant le cube, il sortit l'objet mystérieux dont il avait oublié jusqu'à la présence, puis après l'avoir fixé une seconde ou deux d'un air vide, il se redressa.

« Princesse... J'ai un truc pour toi... »

Avec un soupir, elle s'était retournée.
« Quoi, Jamieson ? »

Face à son air lassé, toute son assurance bravache se volatilisa.

« Héhé... m'regarde pas comme ça, flocon de neige. C'est juste un petit cadeau... Rien du tout. Vraiment rien du tout. » bafouilla-t-il, battant en retraite jusqu'à son coin.

« Non, attends. Qu'est-ce que c'est ? »

« Rien, rien. Pas grave. »

Soudain, il se sentait puéril. Stupide.
« Jamieson ! »

«OK, OK. Voilà ! J'me suis juste dit que tu pourrais le mettre en attendant que tes cheveux aient assez repoussé pour la grande aiguille, mais fais-en ce que tu veux. Tu devrais peut-être le jeter, je l'ai testé sur les poils de bras de Roadie. » cracha-t-il, honteux et furieux, plaquant brutalement l'objet devant elle avant de sortir.


(1) Ce sont les deux seuls types de test d'intelligence adaptés aux personnes illettrées que j'aie pu trouver. Tous les autres tests requièrent un bon niveau de lecture. Certains sont même extrêmement critiqués car très dépendants de la culture générale. Ainsi, certains tests américains demandent des faits historiques américains et de même pour des tests italiens ou français, etc. Ne pas savoir qui a été le premier président américain ne fait pas de vous un idiot, et pourtant, selon ce genre de test, ça peut être le cas. A cause de ça, les tests privilégiant la logique, la mémoire et la réflexion sont de plus en plus utilisés. Ils requièrent malheureusement toujours la lecture, sauf pour les tests adaptés aux tout-petits pour une détection précoce.

(2) Je m'inspire ici de ma propre expérience. La plupart des tests ont des parties du type « classer les dominos dans une suite logique ». En général, si le psy qui me testait était du genre à suivre le manuel, j'échouais lamentablement, car même avec ses explications, une fois sur deux, je ne comprenais pas pourquoi la suite « du manuel » était censée être plus logique que la mienne. Lorsque que le psy était un peu moins procédurier, je lui expliquais ma logique et, généralement, il convenait que j'avais réussi l'exercice en trouvant une solution non proposée.

(3) Infinite cube. En faisant le tour des différents « fidget gadgets », je suis tombée amoureuse de celui-là, et il a l'air tellement plus intéressant à manipuler qu'un hand spinner et tellement plus cool qu'un fidget cube. Il fallait que je le donne à Jamie !