Elle avait beau savoir que Jamieson était d'un caractère instable, ses changements d'humeur étaient toujours aussi perturbants. Elle fixa la porte par laquelle il était parti pendant de longues secondes avant de penser à regarder ce qu'il avait posé devant elle.
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Elle le trouva occupé à marteler furieusement un bout de métal dans l'atelier, non loin de Rutledge affairé à souder quelque chose.
« Jamieson ?»
Il l'ignora, continuant à abattre furieusement son marteau sur le malheureux bout de tôle.
« Jamieson ? »
C'était peut-être son imagination, mais il lui semblait qu'il frappait encore plus fort.
Avisant une caisse juste de l'autre côté du Junker, elle le contourna et grimpa dessus, puis rapidement, avant d'avoir l'occasion de changer d'avis, déposa un baiser sur sa joue crasseuse.
« Xiè xiè.» murmura-t-elle avant de littéralement s'enfuir de l'atelier. Ce type de frivolités n'était vraiment pas son genre.
Derrière elle, le martèlement cessa progressivement, mais elle ne s'arrêta qu'une fois en sécurité dans sa chambre.
Elle se rendit dans la salle de bains, étudiant avec attention la barrette à présent accrochée dans ses deux pauvres centimètres de cheveux. Un flocon de neige argenté qui scintillait comme du givre sur un lac. Ce n'était qu'un accessoire en toc, mais elle l'effleura avec autant de révérence que s'il s'était agi d'un joyaux précieux. Jamieson avait eu raison. Elle ne pourrait plus porter la baguette héritée de sa grand-mère avant quelques mois, mais ce bijou irait parfaitement d'ici là. Quelque chose s'agita en elle. Il faudrait vraiment qu'elle se penche sur ses sentiments à l'encontre du Junker, mais pas tout de suite. Pour l'heure, il fallait qu'elle travaille un peu.
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« J'me laverai plus jamais la joue. »
« Parce que tu la laves ? » gronda Mako, ironique.
Virant au rouge, il fit une grimace odieuse au géant et se remit à battre la pièce de métal qu'il travaillait, seulement pour s'arrêter une minute plus tard. Il avait complètement oublié ce qu'il voulait en faire. Comme s'il arrivait à se concentrer sur quelque chose d'aussi trivial à cet instant.
Mako reposa son fer à souder et l'observa attentivement derrière ses verres fumés.
Avec révérence Jamieson effleura doucement sa joue.
« Oï, Roadie, tu crois que ça veut dire qu'elle ne m'déteste plus ? »
Le géant se mit à rire, d'un gros rire qui le secouait tout entier et le forçait à tenir son ventre.
« Héhé... Hahaha ! Comme si elle pouvait détester qui que ce soit ! Hahaha ! »
« Ferme ton claque-merde, Roadie. Mei m'détestait ! »
« Ouais, et moi j'suis le roi Kamehameha (1). »
« Le roi des camés ? Avec ce que tu t'défonces au Hogdrogen, p't-être bien. En attendant, tu sais rien de Mei, alors la ferme ! »
Mako haussa les épaules et ralluma sa torche à souder.
« Hey ! Tu pourrais me répondre quand j'te parle ! »
Mako ricana encore, puis se remit au travail.
La fureur fit voir rouge à Jamieson pendant quelques secondes, puis elle s'apaisa. Il avait trop l'habitude d'être ignoré.
Mais ça ne l'aidait pas à se rappeler pourquoi il était venu ici en premier lieu et s'était mis à marteler ce bout de tôle. Qu'est-ce qu'il faisait avant... La doc l'avait fait venir dans son bureau, et lui avait donné le drôle de cube et lui avait dit que ça pourrait l'aider à se concentrer. Il le sortit de sa poche et se mit à jouer avec. Entre la doc et le bout de métal, qu'est-ce qu'il s'était passé ?
Il avait suivi la princesse jusqu'à son labo, où il avait croisé sa saleté de drone. Il détestait la boîte de conserve volante, mais il avait eu une idée. Oui, c'était ça. Il avait eu une bonne idée... Une idée inspirée par le drone volant... Drone... robot... saloperie... omnic... destruction... truc qui explose... truc qui explose et qui vole... il avait pensé à construire une mine volante. C'était ça. Une espèce de version volante de son Pneumastic pour les environnements trop escarpés pour ce dernier.
Mais il n'avait pas eu le temps d'y réfléchir davantage, donc le bout de tôle, ce n'était pas pour ça. Alors pourquoi ? D'ailleurs, pourquoi il n'avait pas eu le temps d'y réfléchir ? Il avait voulu s'y pencher et avait été prendre le cube pour jouer avec, juste comme maintenant. Mais quelque chose l'avait empêché de faire comme maintenant.
Le flocon de neige ! Le flocon de neige pour la princesse des neiges ! C'était pour ça qu'il n'avait pas pu réfléchir à sa mine volante... et pour ça qu'elle l'avait embrassé... Le flocon de neige qu'il voulait lui offrir à Noël et qu'il avait oublié !
Il ne put retenir un petit rire joyeux, alors que tout son corps semblait se contracter en un immense frisson de joie. La dernière fois qu'il s'était senti aussi heureux, c'était sur le toit, le soir du feu d'artifice. Il se mit à rire de plus belle, agitant les mains en une tentative vaine de trouver quoi en faire pour contrôler ce trop-plein d'émotion qui le submergeait.
Mako, qui n'avait même pas encore recommencé à souder, reposa sa torche, pour le fixer, la tête penchée de côté d'un air interrogateur.
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Jamieson était aussi volatile que de l'éther, mais même pour lui qui avait l'habitude, parfois, c'était dur à comprendre, quoi qu'en dise la doc.
Jamieson lui avait dit la fermer, et il avait profité de sa pique pour se remettre au travail, et voilà que même pas trois secondes plus tard, il se mettait à rire et à couiner d'une joie dont il ne l'avait que rarement vu empli.
La dernière fois, ça devait être quand ils poussaient le chariot explosif rempli de leur butin mondial vers les portes de Junkertown. S'il ne l'avait pas forcé à réfléchir un peu, Jamie y serait allé tout droit et aurait fini avec sa tête au bout d'une pique sur le sommet des murs de la cité - et sans doute que la sienne aurait fini juste à côté. Mais les choses ne s'était pas déroulées comme ça. Elles ne s'étaient pas non plus déroulées selon le plan établi par Jamie, que ce dernier avait fait superbement capoter à la première seconde. Mais pendant quelques minutes, pendant qu'il préparait le plan de sa parfaite vengeance, Jamie avait été comme ça. Rayonnant et trépignant de joie. (2) Et il avait compris pourquoi alors, mais là, il ne comprenait pas.
Jamieson, un immense sourire aux lèvres, s'approcha de lui, sans doute dans le but de lui expliquer. Sauf qu'il était incapable de parler, et qu'il se contenta de se hisser sur lui en s'accrochant à son harnais pour venir coller son nez contre le groin de son masque en poussant de petits cris joyeux mêlés de rires déments. Il resta ainsi quelques instants, secouant sporadiquement son harnais, avant de redescendre pour arpenter l'atelier en agitant les bras comme s'il était en pleine discussion animée. Finalement, avec une grande inspiration, Jamieson se calma et, un sourire stupide aux lèvres, se laissa tomber sur un tabouret qu'il fit tourner sur lui-même.
« Roadie ! »
Visiblement Jamieson attendait une réponse. Il poussa un grognement neutre. Il n'avait toujours pas compris la raison de cette explosion de joie, et tant qu'il n'en connaîtrait pas la cause, il ne pourrait pas savoir si c'était une bonne chose ou pas.
Le jeune Junker prit une grande inspiration.
« Roadie... Je crois que j'suis amoureux ! »
Il ne put retenir un soupir fatigué. Tout ce cirque pour ça ! Pas de raison de s'inquiéter. Il pouvait retourner à son travail.
« Sans blague. » répondit-il, reprenant sa torche.
« Sans blague ? Je te dis que je suis amoureux, et toi, espèce de tas de merde, tout ce que tu trouves à dire, c'est « sans blague » ? »
Il haussa les épaules. Qu'est-ce qu'il était censé dire d'autre ? Tout le monde ici devait être au courant depuis des semaines. Tout le monde sauf lui... et sans doute la seule autre personne vraiment concernée : Mei-Ling Zhou.
« Pfff ! Pourquoi je m'énerve ? Après tout, t'es Roadhog, le tueur sans âme. Sans âme et sans cœur. Tu peux pas comprendre, hein ? »
Il gronda. Un grognement mauvais. Menaçant. Comme pour lui donner raison. Techniquement, il n'avait pas tort. Roadhog, le tueur, se foutait de ce genre de chose. Mais Mako ? Mako avait été amoureux. Passionnément amoureux. Il pouvait comprendre. Il comprenait. Et parce qu'il comprenait, Mako - le putain de Mako qu'il avait lui-même enterré dans le sable de l'Outback - avait forcé Roadhog a passer un accord secret avec une saleté de Ruskoff. Ruskoff qu'il baisait de temps à autre depuis quelques semaines. Jamais une bonne idée de baiser avec ses partenaires en affaires. Il le savait, pourtant ! Mais ça ne l'empêchait pas de la laisser entrer à chaque fois qu'elle se ramenait au milieu de la nuit devant sa chambre, à bout de souffle et couverte de sueur d'avoir été soulever de la fonte ou courir à s'en faire exploser les poumons.
Et à chaque fois, c'était la même chose chose. Il mettait son masque et Mako - toujours le même putain de Mako - l'enlevait pour le poser sur la table de nuit. Pas comme si ce foutu bout de cuir l'empêchait de tirer un coup. En vingt ans, ça ne l'avait pas gêné une seule fois. Pas que les occasions aient été nombreuses, mais tout de même !
« Oï, Roadie ?! »
« Mmh ? »
« Tu m'écoutes ? »
« Non. »
« Ah ! Je me disais. »
Il fit signe à son ami de répéter. Si son babillage pouvait le sortir de ses ruminations...
« Donc, je disais : à ton avis, qu'est-ce qui serait le mieux ? De l'acier trempé ou, puisqu'ici on en trouve dans tous les coins, du titane ? »
Mais de quoi il parlait l'autre crétin ?! La dernière fois qu'il avait écouté, Jamieson parlait de son épiphanie amoureuse. Qu'est-ce que du titane venait faire là-dedans ?
« Acier trempé.» répondit-il au hasard.
« Acier trempé ? Nah yah ! T'as raison, ce sera plus lourd, mais plus facile à mettre en forme ! »
Quelle qu'ait été la question, Jamesion était satisfait de la réponse, et il se mit à griffonner dans son carnet.
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Winston lui avait demandé un rapport d'exploitation des six derniers mois pour les stations météorologiques qu'elle avait remis en fonction. Zones couvertes, efficacité dans la prévision de l'évolution climatique et de la prévention des catastrophes naturelles, coûts d'usage et d'entretien, utilité. Elle avait pensé à tout et anticipé toutes ses questions. Pouvaient-ils obtenir les données fournies par d'autres biais ? Oui et non. Est-ce que ça coûtait cher ? Oui, mais le coup d'exploitation de trois stations pendant un an équivalait à une recharge biotique du caducée de Mercy. Avec le budget bisannuel actuel en traitements biotiques d'Overwatch, elle pouvait entretenir toutes ses stations pendant trente-huit mois. Est-ce que c'était utile pour prévenir les catastrophes ? Il fallait demander ça aux quarante-trois mille personnes évacuées à temps de la trajectoire de la super-tornade Conelly, que son réseau de stations avait détecté huit heures avant les autres stations météorologiques mondiales. Est-ce que c'était utile pour étudier les changements climatiques ? Bien sûr, d'autant qu'elle avait tous les relevés des mêmes stations avant la fermeture d'Overwatch dix ans plus tôt.
Est-ce que c'était utile pour lutter contre lesdits changement ? Oui et non. Ça donnait des preuves, et des pistes sur les causes et – donc - les solutions, mais ça ne résolvait rien. Ça n'offrait que des informations. Avec plus de budget, que ferait-elle ? Renforcer le maillage de stations afin d'affiner ses relevés. Et avec moins de budget ? Elle fermerait quelques stations secondaires afin de concentrer ses efforts sur les points essentiels.
Le gorille avait finalement été satisfait, et avec un de ses inimitables sourires qui faisait pétiller ses yeux derrière ses lunettes rectangulaires, il lui avait annoncé que l'organisation ayant débloqué de nouveaux fonds, il allait lui donner davantage de budget. Elle était donc priée de lui fournir une liste des stations ou équipements prioritaires, avec une estimation des coûts de mise en fonction et d'exploitation de ces nouveautés.
Elle s'était attendue à beaucoup de choses mais pas à ça, et après avoir bafouillé des remerciements, elle était sortie, se laissant guider pas son estomac gargouillant jusqu'au réfectoire.
« Ah, Dr Zhou ! » la héla le lieutenant Amari, assise seule à une table au milieu de la vaste pièce.
« Bonsoir, Lieutenant. » la salua-t-elle en retour, abandonnant à regret son plateau encore vide au début de la ligne de self-service pour s'approcher d'elle.
« J'ai lu le mémo de Winston. Félicitations pour cette augmentation de budget. Vous avez dû bien défendre votre travail. »
« Heu, merci... »
Pharah pouffa et lui fit signe de s'asseoir. Elle s'exécuta.
« Vous n'étiez pas au courant que c'était une enveloppe budgétaire mise au concours, n'est-ce pas ? »
Une sensation glacée la fit frissonner. A cause d'elle, quelqu'un d'autre ne pourrait peut-être pas réaliser son projet.
« Non. Je n'en savais rien. On m'a seulement demandé de présenter un rapport d'exploitation annuel. »
« Je m'en doute bien. C'est tout à fait le genre de Winston de faire les choses comme ça en douce. »
« Heu... Est-ce que vous savez quels sont les, heu... projets qui n'ont pas eu son approbation ? »
« Oh, comme vous êtes dure... Aucun « projet » - comme vous dites - n'a été annulé, mais certains n'auront pas plus de fonds cette année. C'est tout. »
« Lesquels ? » se surprit-elle à supplier.
La militaire l'observa une seconde ou deux.
« Voyons voir... Mlle Lindholm. qui s'occupe de l'entretien de nos véhicules n'en aura pas de nouveau à réparer cette année. Je doute que cela lui déplaise. Elle a déjà beaucoup de travail avec ceux que nous exploitons, et son armure ainsi que celle de Reinhardt. Le Dr Ziegler a, comme chaque année, demandé un renouvellement complet des équipements de l'infirmerie. A part le scanner qui tient littéralement avec du scotch et de la ficelle, les autres gros appareils ne prendront pas leur retraite cette année, mais tout comme moi, Winston a approuvé une augmentation du budget « médicaments et consommables ». Mlle Oxton et M. Shimada désireraient que nous renforcions nos efforts de recrutement de nouveaux ou anciens membres. Si sur le principe, je suis d'accord, il me paraît plus sage d'attendre un peu. L'arrivée de Rutledge et de Fawkes change pas mal de paramètres dans la gestion du personnel. De fait, il est plus raisonnable d'attendre d'avoir les premiers résultats concrets avant de décider si cette expérience doit être reconduite avec d'autres, ou stoppée. »
« Vous ne pouvez pas les mettre à la porte si ça ne marche pas ! Ils nous ont fait confiance ! Ils ont accepté toutes vos conditions sans discuter ! Ils... »
« On se calme, Docteur. Comme je viens de le dire, il n'est pour l'heure pas question de changer quoi que ce soit. Les choses se passent étonnamment bien vu leur passif, donc inutile de vous alarmer ainsi. »
Honteuse, Mei se rendit compte qu'elle s'était relevée, attirant l'attention de Soldat 76, de Reinhardt, Brigitte et Lena, qui mangeaient ensemble un peu plus loin.
Elle se rassit prestement.
« Désolée. »
« Pas de problème. Votre implication dans l'intégration des Junkers fait plaisir à voir, Mei. Je sais d'expérience que sans soutien, il est impossible de s'intégrer dans une force comme Overwatch, et ma décision de tenter cette... expérience est très loin de faire l'unanimité... »
Mei observa en coin l'Egyptienne, qui piqua un bout de tomate cuite dans son assiette et se mit à le mastiquer avec soin.
« Pourquoi avez-vous accepté ? Je veux dire, même si je déteste ça, les arguments avancés par le Soldat 76 ou les autres étaient tous pertinents. »
La militaire soupira et reposa sa fourchette.
« C'est vrai. Leurs arguments sont tous très justes. Et il y en a beaucoup d'autres qui seraient tout aussi pertinents. Mais parfois, il faut laisser tomber la logique et écouter ses tripes. »
« Je ne comprends pas. »
« Dr Zhou, vous avez connu l'ancien Overwatch. Vous avez forcément entendu parler de Blackwatch, n'est-ce pas ? »
« Les « forces spéciales » d'Overwatch ? Genji en faisait partie, non ? Oui, j'en ai entendu parler. Enfin, surtout lorsque le scandale est sorti dans les news. Je n'ai jamais été très au fait du côté militaire d'Overwatch. »
« Bien sûr. Enfin, vous connaissez l'essentiel. Overwatch a toujours fait énormément de bien, mais une organisation mondiale qui a un bureau dans chaque ville de plus de dix mille habitants est par sa nature même impuissante devant certaines menaces. Aujourd'hui, Overwatch n'est plus que l'ombre de ce qu'elle était. Que dis-je ? L'ombre de son souvenir. Regardez-nous ! Treize personnes, quinze si nous comptons nos précieuses cuisinières, dont entre trois et cinq mercenaires selon comment vous considérez ces derniers. A sa grande époque, avec toutes ses antennes, Overwatch, c'était plus de sept-cent mille personnes employées sur toute la planète et même au-delà. Nous n'avons plus les moyens d'alors, et pourtant, certaines choses n'ont pas changé. Comme je l'ai dit lorsque j'ai accepté de prendre les Junkers ici : certains héros doivent agir depuis l'ombre. »
« D'accord, je comprends bien. Mais concrètement, ça signifie quoi ? »
« Vous voulez du concret, Mei ? Je vais vous en donner alors. » répondit Pharah, attrapant sa tablette posée à côté de son plateau pour se mettre à tapoter dessus. « Voici concrètement le nombre de morts liés au trafic d'armes en Amérique du Nord ces douze derniers mois. Ces chiffres incluent les personnes assassinées par des armes achetées au marché noir, les innocents pris dans des fusillades, et bien sûr les trafiquants abattus en plein « exercice de leur fonction ». Bref, toute personne morte à cause d'une arme illégale. »
Mei prit la tablette et examina le graphique.
« Deux pourcent de baisse en six semaines ? C'est peut-être une anomalie. »
« C'est possible. Cependant, si vous regardez les chiffres de ces cinq dernières années, on peut observer une augmentation stable de zéro-trois pourcent par mois. »
« Zéro-trois pourcent ? Mais alors, deux pourcent, ça sort drastiquement de l'écart type ! C'est une baisse énorme ! »
L'Egyptienne sourit.
« Sans doute imputable au fait que, depuis six semaines, une cargaison importante sur sept d'armes en transit par le Canada n'arrive jamais à destination. »
« Une sur sept ? Je n'y connais rien, mais cela me semble beaucoup. »
« Ça l'est. Selon les chiffres de la police anti-trafic canadienne, jusqu'à il y a six semaines, c'était à peine une cargaison sur trente qui était interceptée, et ce, malgré notre collaboration depuis des mois. Ce qui est intéressant (elle lui reprit la tablette et afficha quelques brèves de journaux de l'époque), c'est qu'à peu près à la même période, les deux pires criminels du monde se sont mis à sévir sur le territoire canadien. En plus de deux individus mystérieux qui ont déjà posé passablement de problèmes aux mafias du monde entier. » nota Pharah avec un sourire entendu, tapotant du doigt une page Web qui, en plus d'un titre racoleur annonçant « Les tueurs australiens sont peut-être à votre porte. Dix astuces pour vous protéger contre les criminels » affichait deux portraits-robots approximatifs mais néanmoins reconnaissables du Soldat 76 et de Shrike.
La militaire avala avec satisfaction deux bouchées supplémentaires, ce qui rappela à Mei qu'elle était affamée.
« Comme vous le voyez, malgré tous les efforts des agents d'Overwatch et des forces de police, nous ne sommes pas parvenus à enrayer cette épidémie de violence, mais quatre criminels recherchés semblent y suffire. Voilà pourquoi j'ai accepté. (Elle tapota à nouveau l'article.) Je me fous du pedigree de ces gens. Je me fous royalement de savoir si ce sont d'anciens héros que tout le monde croit morts, ou des criminels recherchés sur les cinq continents. Honnêtement, ça pourrait même être une souris qui fait de la lucha libre, si ça me permet d'avoir ce genre d'effet, je prends. J'ai fait le calcul : deux pourcent en six semaines, ça signifie qu'aujourd'hui, cinq-cent dix-huit personnes sont encore en vie parce que j'ai pris une décision controversée. Voilà pourquoi j'ai accepté de prendre Messieurs Fawkes et Rutledge à mon service. Parce qu'ils ont sauvé cinq-cent dix-huit personnes que ni moi, ni vous, ni aucun des autres membres officiels d'Overwatch n'auraient pu sauver. »
C'était affolant comme chiffre. Affolant.
« Je... Est-ce que vous m'autorisez à leur montrer ces chiffres ? »
Pharah haussa les épaules.
« Si vous voulez. Je peux vous envoyer une copie. »
« Merci. Merci beau... »
La fin de sa phrase fut engloutie par un gargouillis monstrueux de son ventre. L'Egyptienne pouffa.
« Allez donc manger, Dr Zhou. Je crois que vous en avez besoin. »
« Heu, oui... Désolée. »
La militaire sourit, et se remit à son propre repas alors qu'elle s'esquivait.
(1)Les rois Kamehameha (1er à 5e du nom) sont les souverains qui ont gouverné l'archipel d'Hawaï entre 1810 et 1872. Kamehameha Ier à fondé le royaume d'Hawaï en annexant plusieurs autres îles de l'archipel. C'est sa statue qui se trouve devant les bureaux du 5-0 dans Hawaï 5-0. Mako étant de culture polynésienne, je le voyais plus mentionner le roi d'Hawaï que la reine d'Angleterre.
(2) Voir le short Junkertown, bien sûr.
