Le dimanche matin Bella était très triste de voir que l'assiette qu'elle avait laissée pour les loups était pleine. Elle a jeté le contenu en silence et elle paraissait tellement affectée que je me suis promis de la vider moi-même en cachette la prochaine fois qu'elle mettrai à manger pour les loups….

Puis, après le petit déjeuner, j'ai emmené Bella repérer les lieux. Non que Forks soit une grande ville, mais elle n'y serait désormais plus en vacances et devait avoir une autonomie minimale.

Le bus scolaire passait au bas de notre rue et la déposait devant le Lycée.

Je lui ai fait parcourir le chemin qu'elle allait emprunter le lendemain, pour qu'elle repère bien les arrêts.

Le trajet ne durait que 5 ou 6 minutes.

Je me suis garé sur le parking désert du Lycée:

« Voilà ma chérie, ton école à partir de demain! Il n'y a qu'un peu plus de 300 élèves, tu verras, c'est très familial! »

Elle avait un petit air abattu et j'ai tapoté son genou:

« Je suis certain que tu te feras rapidement des camarades! »

Elle a soupiré pour toutes réponse, puis, tandis que je repartais vers la maison elle m'a regardé avec de grands yeux de biche:

« Mon papounet, est-ce qu'il y a un bus qui va de Forks à LaPush tous les jours? »

« Euh, oui »

Elle m'a souri, ses grands yeux bruns plein d'espoir:

« Alors est-ce que je pourrais plutôt aller à l'école de la réserve? S'il te plait! »

J'ai failli en lâcher le volant…

« Mais Bella…Tu es inscrite à ce Lycée! Pour aller à celui de la réserve il faudrait que tu vives à LaPush! »

« Jake a dit que je pourrai dire que j'habite chez lui! S'il te plait papa! Tu comprends ici je ne connais personne, alors qu'à l'école de la réserve je serai en classe avec Seth puisqu'on a le même âge et je verrai Leah et Jacob entre les cours! S'il te plait! »

Je ne savais plus quoi dire. Alors je lui ai dit la vérité:

« Bell's, chérie, je comprends que tu ais peur mais…Tu es blanche , jamais le directeur de la réserve ne t'inscrira! »

Sa lèvre infèrieure a commencé à trembler:

« C'EST DU RACISME! »

« Sans doute. Mais les amérindiens sont très pauvres et les subventions qu'ils reçoivent pour l'école de la réserve suffit à peine à maintenir un niveau scolaire acceptable pour les jeunes Quileutes. Il serait injuste de leur rajouter un élève supplémentaire alors que tu peux fréquenter le Lycée de ta ville »

Elle a serré les poings:

« Tout ça c'est la faute de nos ancêtres! Ils ont fait TELLEMENT de mal aux amérindiens. C'est ignoble! Et maintenant c'est nous qui payons les pots cassés! Je ne peux pas aller à l'école où je veux! Je voudrais être une Quileute! »

« C'est vrai que les indiens ont été victimes d'atrocités. Mais ce n'est pas toi et moi qui leur avons fait du mal. Nous ne pouvons pas réparer le passé mais on peut agir sur le présent, et c'est-ce que nous faisons, en étant amis avec des Quileutes et en les traitant comme n'importe lesquels de nos amis. »

« Mouiiii…Mais si on payait ma place à l'école de la réserve, ça pourrait pas marcher? »

« Ecoute moi Bella, on se donne un peu de temps. Tu fais deux semaines au Lycée de Forks et si tu ne t'habitue pas on verra ce qu'on peut faire, d'accord? »

« Oui »

« Mais tu dois faire des efforts pour t'intégrer, d'accord? »

« Moui »

J'ai poussé un soupir de soulagement.

Puis je lui ai montré le snack du centre ville, où les lycéens aimaient bien se retrouver à ce que j'en avais remarqué le samedi soir, le magasin d'articles de pêche, la petite épicerie, le magasin de sport, la pharmacie et l'hôpital local. Enfin, je me suis garé devant le commissariat.

J'ai ouvert la porte et je lui ai fait visiter les lieux.

Elle avait retrouvé sa bonne humeur et a rit en me rappelant de vieux souvenirs:

« Tu te souviens quand je t'avais enfermé dans la cellule pour rire? Et que je n'arrivais pas à attraper les clés pour te libérer! »

Je m'en souvenais parfaitement. Elle avait 5 ans et j'avais fini par l' envoyer demander de l'aide auprès de la pharmacie d'à côté. La pharmacienne avait ri pendant des mois de la mésaventure.

Nous avons ri ensemble et je puis je l'ai prise par les épaules:

« Ecoute chérie, si tu as le moindre problème tu peux venir ici, ou me téléphoner, ou encore joindre mon adjoint. Tu te souviens de Daniel? »

« Oui, un peu »

« Je l'ai briefé. Il t'aidera si besoin! »

Ensuite nous sommes rentrés à la maison.

Bella a passé le reste de l'après-midi dans sa chambre, puis elle a préparé des pates au fromage et de la salade pour le repas.

Elle est allée se coucher tôt et je suis allé dans le garage pour vérifier que mon matériel de pêche ne prenait pas trop la poussière. Ensuite j'ai chargé la tête de biche empaillée dans le coffre de la voiture de patrouille, le plus discrètement possible.

Le lendemain matin, lundi, j'ai trouvé Bella déjà debout, devant un bol de céréales, son sac de cours posé à côté d'elle, les yeux rouges et la lèvre tremblante.

Elle portait un jean gris foncé et un pull bleu marine, avec une écharpe gris clair.

Elle avait noué ses cheveux en queue de cheval et elle avait du vouloir se maquiller mais son mascara avait coulé sur ses joues avec ses larmes.

J'en ai eu l'appétit coupé et je lui ai tendu un mouchoir.

Puis je l'ai accompagnée en voiture, comme ça elle ne prendrait le bus que ce soir.

Elle n'a rien dit, mais son angoisse était visible.

Une fois garé sur le parking j'ai vu Angela Weber. C'était la fille du pasteur, et une très gentille jeune fille.

Je l'ai appelée et elle est venue à notre rencontre.

« Angela, je te présente ma fille Bella, elle entre au Lycée aujourd'hui et elle est un peu intimidée, tu voudrais bien prendre soin d'elle? »

« Mais bien entendu! En quelle classe entres-tu Bella? »

« En seconde… »

« Très bien, je vais t'accompagner au secrétariat, on te donnera un emploi du temps, et puis je te présenterai à mes amis! Tu verras Ben est adorable, ainsi que Yorkie, Jazz, Alice, Jess, Mike, Rose, Edward, Ty, on est tous supers! »

Bella a souri et Angela l'a maternellement prise par les épaules. Elles se sont éloignées et Bella s'est retournée pour m'adresser un petit salut de la main, accompagné d'un sourire triste et résigné.

Je suis allé travailler, mais j'ai pensé à ma fille toute la journée.

En fin de matinée je n'y ai plus tenu et j'ai appelé le secrétariat du Lycée, et Mme Cope m'a informé que le lundi ma fille terminait les cours à 15h30.

J'ai décidé d'aller la chercher. La journée avait déjà du être éprouvante, et elle n'aurait pas à y ajouter un trajet en bus.

Je me suis garé devant le bus de ramassage, puisque c'était là qu'elle viendrait en sortant de cours.

Bien sûr l'endroit était réservé au bus mais j'étais le shérif, je me garais où je voulais.

J'ai attendu. Un bon moment.

Le bus a fini par repartir et Bella n'était pas apparue.

Je suis sorti, inquiet. Elle m'avait dit ne pas avoir le sens de l'orientation mais personne ne pouvait rater le bus scolaire, jaune, qui se garait devant l'entrée, tout de même!

Je l'ai appelée sur son portable. Pas de réponse.

Alors je suis entré dans le Lycée et je l'ai cherchée. Mais elle n'était nulle part.

Mme Cope m'a assuré l'avoir vu sortir.

Alors je suis allé à la maison.

Mais il n'y avait personne.

Les mains tremblantes j'ai appelé le pasteur Weber, lui exposant la situation.

Il m'a rappelé 30 secondes plus tard, et le ton de sa voix était légèrement ironique:

« Tout va bien Shérif, Bella est avec Angela, elles sont au snack »

J'ai soupiré de soulagement.

Je m'apprêtais à aller la chercher quand j'ai vu par la fenêtre du salon une voiture se garer devant l'allée.

Un jeune homme en est descendu, a ouvert la portière à ma fille et l'a accompagnée jusque devant la porte, en lui portant son sac de cours.

J'ai ouvert la porte d'entrée et j'ai tout de suite reconnu Mike Newton.

Son sourire s'est crispé quand il m'a vu et il a tendu son sac à Bella.

« Bonne soirée Bell's! A demain matin, je serai là à 7h30! »

« D'accord! Super! »

J'ai dévisagé ma fille. Elle était tout sourire.

Envolée la petite biche apeurée du matin même.

Disparue la Quileute en herbe de la veille.

Bella s'est mise à sautiller sur place:

« Ils sont tous adorable, Angie avait raison! Je suis en classe avec Mike, Alice et Jessica, mais ils sont tout un groupe d'amis, de la seconde à la terminale, j'ai mangé avec eux c'était très sympa! Et je ne suis pas en retard sur le programme, à part en littérature, ils sont en train d'étudier Roméo et Juliette mais je vais le lire ce soir dans mon lit, il y avait un exemplaire à la bibliothèque du Lycée, je n'ai pas encore de carte de bibliothèque mais Alice l'a emprunté pour moi. Et en sortant on est allé boire un milk shake au snack, je n'avais pas d'argent mais Alice et son frère m'ont offert le mien, j'en ai pris un à la fraise, il était trop trop bon!Et ils m'ont dit qu'ils y vont presque tous les jours après les cours, mais que quand il fait beau ils vont à First Beach pour surfer ou se promener sur la plage. Tu te rends compte. C'est génial! Mes deux groupes d'mais vont pouvoir passer du temps ensemble! »

J'ai tiqué.

« Attends chérie, c'est très bien mais je ne veux pas que tu sois redevable à qui que ce soit, je vais te donner de l'argent pour que tu puisses rembourser tes amis et que tu puisses t'acheter un milk shake tous les jours. Combien coute un milk shake? »

Bella a un peu grimacé:

« Ca m'ennuie que tu me donnes encore de l'argent, déjà que tu payes mes repas à la cafétéria…Je pourrais peut-être trouver un petit boulot? Mike m'a dit que ses parents cherchaient quelqu'un pour les seconder le samedi après-midi. Mike y travaille avec eux ce jour-là mais ça ne suffit pas. Il pourrait peut-être me faire avoir le poste! »

Mike Newton.

Je le connaissais depuis toujours. Il avait un an de plus que Bella mais l'intelligence ne l'étouffant pas particulièrement il avait un an de retard au Lycée.

Je lui avais fait passer le test de piéton, quand il avait 5 ans , et c'était bien le seul gamin à avoir du le passer 3 fois pour l'obtenir. Hors de question que ma fille passe du temps avec ce garçon, surtout que j'avais bien vu comment il la regardait.

« Tes études d'abord ma chérie, et je gagne suffisamment bien ma vie pour t'offrir un milk shake tous les jours! »

« Il a couté 2 dollars 50 »

« Très bien, je vais te donner 20 dollars par semaine, comme ça tu pourras sortir avec tes amis, d'accord? »

« Merci papa! »

« Ne me remercie pas. Je suis heureux de t'avoir. Et n'oublie pas que ta mère me donne une pension pour toi, je ne voulais pas mais c'est la loi comme a dit le juge »

Je lui ai tendu 2 billets de 10 dollars qu'elle a rangé dans son sac à dos.

« Je vais faire mes devoirs, merci encore p'pa! »

Elle est monté et j'ai entendu de la musique, et aussi Bella rire et parler.

Vers 18 heures elle est descendu, son carnet de liaison tout neuf à la main.

« Mon papounet…Demain il y a sport au Lycée mais je vais avoir mes règles cette nuit ou demain matin, et je ne pourrai pas faire basket, tu pourrais me faire un mot d'excuse? »

Je me suis senti rougir et je me suis raclé la gorge. J'ai pris le carnet , que Bella avait ouvert à la page des dispenses temporaires.

Elle m'a tendu un stylo et j'ai rempli la date et son nom. Puis il y avait une case « motif » à remplir. Paniqué j'ai regardé ma fille:

« Je mets quoi, comme motif? »

« Indisposition féminine »

Seigneur.

J'ai tenté une voie de secours:

« Si je mets « ne se sent pas bien » ça marchera? »

« Non. Les profs de sport sont retors, tu sais »

Elle avait l'air de bien connaitre la question et j'ai écris en essayant de penser à autre chose.

Puis j'ai regardé ma fille.

« Bella, 2 petites choses. Tout d'abord comment peux-tu travailler si tu écoutes de la musique? Et à qui parlais-tu? »

« Non mais je travaille toujours en musique, ça m'aide à me concentrer. Et je parlais à Alice sur Messenger. Son frère nous aidait à faire le devoir de maths. »

« Ah. Bon. Sinon je suis ravi que tu ai des amis et que tu passes du temps avec eux après les cours, tant que ça ne t'empêche pas de travailler mais je me suis inquiété cet après-midi, je t'ai appelée et tu ne m'as pas répondu »

« Je t'avais envoyé un texto »

J'ai été obligé d'avouer la triste vérité:

« Je ne sais pas envoyer ou recevoir de textos »

Bella a ouvert de grands yeux effarés:

« Attends, je vais t'apprendre, fais voir ton téléphone »

Je le lui ai tendu et elle est restée effondrée:

« Oh là là! Un nokia à clapet! Mais je croyais qu'on n'en trouvait plus que dans les musées! Je ne sais même pas m'en servir! »

J'ai grommelé mais elle s'est exclamé:

« Mais papa, tu dois avoir des tas de points chez ton opérateur, tu dois pouvoir avoir un super smartphone gratuitement, on ira samedi si tu veux, je t'aiderai à choisir! »

Elle a tripatouillé mon téléphone et m'a montré les textos. Il y a en avait plusieurs. Le sien, qu'elle m'avait effectivement envoyé à 15h31 et 4 très anciens, 2 de la banque pour m'informer de l'arrivée de cartes bancaires depuis longtemps périmées et 2 publicités.

Bella m'a souri:

« Je t'appellerai plutôt, hein. C'est mieux je crois! »

« Oui »

« Bon je te laisse, Alice m'attend pour finir ce devoir de maths! »

Elle faisait référence à Alice Cullen, la fille de Carlisle Cullen. La petite était adorable, à part qu'elle sortait avec le fils Hale. Quand à son frère, Edmund ou quelque chose comme ça, il sortait avec la fille Hale. Aucun danger donc, j'étais rassuré.

Ndla: Bien sûr Charlie se trompe, le frère d'Alice s'appelle Edward, pas Edmund et il ne sort pas avec Rosalie, c'est Emmett. Mais tout ça, Charlie va l'apprendre très rapidement!